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Daniel Defoe

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Message par Tristram le Lun 8 Avr - 16:26

Daniel Defoe
(1660 – 1731)

mort - Daniel Defoe Daniel10


Daniel Defoe, de son vrai nom Daniel Foe, est un aventurier, commerçant, agent politique et écrivain anglais, né vers 1660 à Londres dans une famille protestante originaire des Flandres et mort en avril 1731 dans la Cité de Londres.
Entrepreneur à partir de 1682, Daniel Defoe s'occupe de diverses affaires pendant vingt ans : commerce (bonneterie de gros, tuilerie), spéculation, politique. Il fait faillite à plusieurs reprises, ce qui lui vaut plusieurs séjours en prison, comme la prison de la Fleet le 29 octobre 1692 après une faillite retentissante.
Appartenant au parti des Whigs et des Non-conformistes, il combat dans plusieurs pamphlets virulents le gouvernement impopulaire de Jacques II d'Angleterre, et prépare de tout son pouvoir la Glorieuse Révolution de 1688. Il jouit de quelque faveur auprès de Guillaume III d’Orange, et obtient alors des emplois lucratifs. Il propose à Robert Harley, comte d’Oxford et speaker des Communes, un projet de services secrets, l’ébauche d’une police politique qui donnerait au gouvernement un état de l’opinion publique.
Mais sous le règne de la reine Anne, il est condamné en 1703 au pilori et à la prison pour avoir écrit Le plus court chemin pour en finir avec les dissidents, un pamphlet contre l’intolérance de l’Église anglicane. Il publie, depuis la prison de Newgate, la Weekly Review, une revue d'actualité qui a une grande diffusion, entre 1704 et 1713 et finit par être éditée trois fois par semaine dès 1705.
Une fois que Defoe a recouvré sa liberté, Harley l'envoie dans tout le pays durant l’été 1704 sous le pseudonyme d’Alexander Goldsmith. Deux ans plus tard, le même Harley lui confie la tâche capitale de travailler à l’union de l’Écosse et de l’Angleterre en se rendant à Édimbourg pour préparer les négociations entre parlementaires anglais et écossais. Defoe, presbytérien comme beaucoup d’Écossais, devient rapidement un « ami de l’Écosse » et réussit dans cette mission. D’autres missions lui seront confiées par la suite en tant qu’agent secret. Il organisera l’infiltration réussie des jacobites, les partisans des Stuarts, qui conspirent pour la restauration de cette maison. C’est lui également qui avertira en 1717 le ministre Charles Townshend de l’imminence d’une insurrection dans laquelle est impliquée la Suède. Mais des pamphlets lui ayant attiré de nouveau la disgrâce, il fut alors dégoûté de la politique et ne s’occupa plus que de littérature.
Ses nombreux livres sont des témoignages précieux sur le développement économique, social, démographique et culturel de l'Angleterre et l'Écosse du tournant des années 1700.

Œuvres :

- Essais sur divers projets 1695 ou 1697
- L'Anglais bien né 1701 : pamphlet
- The History of the Kentish Petition 1701
- La plus courte façon d'entrer en dissidence  1702
- L'Hymne au pilori 1703
- L'Orage 1704
- Histoire de l'Union 1709
- Robinson Crusoé 1719
- Mémoires d'un Cavalier 1720
- Captain Singleton 1720
- Heurs et malheurs de la fameuse Moll Flanders 1722 : Page 1
- Journal de l'Année de la peste  1722  : Page 1
- Colonel Jack 1722
- Lady Roxana ou l'Heureuse Catin 1724
- A Tour Through the Whole Island of Great Britain 1724-1727
- The Complete English Tradesman 1725-1727
- Histoire générale des plus fameux pyrates ou Les Chemins de Fortune 1724-1728 : Page 1

(Wikipédia remanié)

màj le 12/05/2019


Dernière édition par Tristram le Lun 13 Mai - 0:30, édité 2 fois

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Message par Tristram le Lun 8 Avr - 16:45

Moll Flanders

mort - Daniel Defoe Moll_f10


L’extrait suivant résume assez les débuts défavorisés dans l’existence de l’héroïne-narratrice de ce roman "réaliste" :
« On m’a dit que dans une nation voisine, soit en France, soit ailleurs, je n’en sais rien, il y a un ordre du roi, lorsqu’un criminel est condamné ou à mourir ou aux galères ou à être déporté, et qu’il laisse des enfants (qui sont d’ordinaire sans ressource par la confiscation des biens de leurs parents), pour que ces enfants soient immédiatement placés sous la direction du gouvernement et transportés dans un hôpital qu’on nomme Maison des Orphelins, où ils sont élevés, vêtus, nourris, instruits, et au temps de leur sortie entrent en apprentissage ou en service, tellement qu’ils sont capables de gagner leur vie par une conduite honnête et industrieuse. Si telle eût été la coutume de notre pays, je n’aurais pas été laissée, pauvre fille désolée, sans amis, sans vêtements, sans aide, sans personne pour m’aider, comme fut mon sort ; par quoi je fus non seulement exposée à de très grandes détresses, même avant de pouvoir ou comprendre ma situation ou l’amender, mais encore jetée à une vie scandaleuse en elle-même, et qui par son ordinaire cours amène la destruction de l’âme et du corps. »
Peut-être faut-il compter au nombre de ses handicaps l’ardent désir de devenir « une dame de qualité » ?
« Je continuai là jusqu’à l’âge de huit ans, quand je fus terrifiée par la nouvelle que les magistrats (je crois qu’on les nommait ainsi) avaient donné l’ordre de me mettre en service ; je ne pouvais faire que bien peu de chose, où qu’on m’envoyât, sinon aller en course, ou servir de souillon à quelque fille de cuisine ; et comme on me le répétait souvent, j’en pris une grande frayeur ; car j’avais une extrême aversion à entrer en service, comme ils disaient, bien que je fusse si jeune ; et je dis à ma nourrice que je croyais pouvoir gagner ma vie sans entrer en service, si elle voulait bien me le permettre ; car elle m’avait appris à travailler de mon aiguille et à filer de la grosse laine, qui est la principale industrie de cette ville, et je lui dis que si elle voulait bien me garder, je travaillerais bien fort. »
Recueillie à l’adolescence dans une famille aisée du meilleur monde, « Mme Betty » est subornée par le fils aîné, qui la fait ensuite se marier au cadet d’ailleurs épris d’elle, dans une sorte d’adultère incestueux. Veuve, elle s’éprend d’un gentilhomme commerçant vite failli, et change de nom pour Flanders lorsqu’en tant qu’épouse elle est menacée par la banqueroute.
« Il eut infiniment de goût pour moi pendant environ le quart d’une année, et le profit que j’en tirai fut d’avoir le plaisir de voir dépenser pour moi une bonne partie de mon argent. »

« Il ajouta quelques choses très gracieuses pour moi, comme je m’en allais ; car je vous ai dit que c’était un gentilhomme, et ce fut tout le bénéfice que j’en eus, en ce qu’il me traita fort galamment, jusqu’à la fin, sinon qu’il dépensa tout ce que j’avais et me laissa le soin de dérober à ses créanciers de quoi manger. »
La belle est cependant assez rouée, ainsi cette superbe scène alors qu’elle feint auprès du suivant d’avoir plus de dot qu’il n’est :
« Un matin, il ôte un diamant de son doigt, et écrit ces mots sur le verre du châssis de ma chambre :
C’est vous que j’aime et rien que vous.
Je lus, et le priai de me prêter la bague, avec laquelle j’écrivis au-dessous :
En amour vous le dites tous.
Il reprend sa bague et écrit de nouveau :
La vertu seule est une dot.
Je la lui redemandai et j’écrivis au-dessous :
L’argent fait la vertu plutôt.

Il devint rouge comme le feu, de se sentir piqué si juste, et avec une sorte de fureur, il jura de me vaincre et écrivit encore :
J’ai mépris pour l’or, et vous aime.
J’aventurai tout sur mon dernier coup de dés en poésie, comme vous verrez, car j’écrivis hardiment sous son vers :
Je suis pauvre et n’ai que moi-même.
C’était là une triste vérité pour moi ; Je ne puis dire s’il me crut ou non ; je supposais alors qu’il ne me croyait point. Quoi qu’il en fût, il vola vers moi, me prit dans ses bras et me baisant ardemment et avec une passion inimaginable, il me tint serrée, tandis qu’il demandait plume et encre, m’affirmant qu’il ne pouvait plus avoir la patience d’écrire laborieusement sur cette vitre ; puis tirant un morceau de papier, il écrivit encore :
Soyez mienne en tout dénuement.
Je pris sa plume et répondis sur-le-champ :
Au for, vous pensez : Elle ment.
Il me dit que c’étaient là des paroles cruelles, parce qu’elles n’étaient pas justes, et que je l’obligeais à me démentir, ce qui s’accordait mal avec la politesse, et que puisque je l’avais insensiblement engagé dans ce badinage poétique, il me suppliait de ne pas le contraindre à l’interrompre ; si bien qu’il écrivit :
Que d’amour seul soient nos débats !
J’écrivis au-dessous :
Elle aime assez, qui ne hait pas.
»
Elle part avec ce nouveau mari en Virginie, pour découvrir que sa belle-mère est aussi sa propre mère, et en outre une criminelle reléguée ; c’est l’opportunité de donner un point de vue intéressant sur la colonisation et le système carcéral :
« Et, entre autres, elle me disait souvent comment la plus grande partie de ceux qui vivaient dans cette colonie y étaient venus d’Angleterre dans une condition fort basse, et qu’en général il y avait deux classes : en premier lieu, tels qui étaient transportés par des maîtres de vaisseau pour être vendus comme serviteurs ; ou, en second lieu, tels qui sont déportés après avoir été reconnus coupables de crimes qui méritent la mort. »

« ‒ Quand ils arrivent ici, dit-elle, nous ne faisons pas de différence : les planteurs les achètent, et ils vont travailler tous ensemble aux champs jusqu’à ce que leur temps soit fini ; quand il est expiré, dit-elle, on leur donne des encouragements à seule fin qu’ils plantent eux-mêmes, car le gouvernement leur alloue un certain nombre d’acres de terre, et ils se mettent au travail pour déblayer et défricher le terrain, puis pour le planter de tabac et de blé, à leur propre usage ; et comme les marchands leur confient outils et le nécessaire sur le crédit de leur récolte, avant qu’elle soit poussée, ils plantent chaque année un peu plus que l’année d’auparavant, et ainsi achètent ce qu’ils veulent avec la moisson qu’ils ont en perspective. Et voilà comment, mon enfant, dit-elle, maint gibier de Newgate devient un personnage considérable ; et nous avons, continua-t-elle, plusieurs juges de paix, officiers des milices et magistrats des cités qui ont eu la main marquée au fer rouge. »

« ‒ Et, mon enfant, dit ma mère, peut-être que tu connais bien mal tout cela, ou il se peut même que tu n’en aies jamais entendu parler ; mais sois-en sûre, dit-elle, et nous le savons tous ici, cette seule prison de Newgate engendre plus de voleurs et de misérables que tous les clubs et associations de criminels de la nation ; c’est ce lieu de malédiction, dit ma mère, qui peuple à demi cette colonie. »
Elle est donc régulièrement à l’affût d’un homme à enjôler ‒ d’ailleurs jeu de dupes s’il en est. Suivent un vrai gentilhomme, puis un autre, ainsi que déboires pécuniaires ; une nouvelle grossesse, et occasion de trois étonnants « billets » (devis) d’une discrète sage-femme ‒ considérations sordides, quelque peu "industrielles" et, toujours, mercantiles :
« ‒ Et puis, madame, dit-elle, si l’enfant ne doit pas vivre, comme il arrive parfois, voilà le prix du ministre économisé ; et si vous n’avez point d’amis à inviter, vous pouvez éviter la dépense d’un souper ; de sorte que si vous ôtez ces articles, madame, dit-elle, vos couches ne vous reviendront pas à plus de 5 £ 3 shillings de plus que ce que vous coûte votre train de vie ordinaire. »
De nouveau veuve, elle devient voleuse ; Defoe insiste, c’est la nécessité qui fait vice, et non l’inclination. Elle passe par des périodes assez longues d’aisance voire de bonheur, mais toujours retombe dans la précarité. Et c’est la pauvreté, ou au moins sa perspective, qui motive la délinquance. Puis une sorte d’avarice (ou de peur de manquer) prend la relève de la détresse et l’empêche de cesser de voler, malgré le risque de pendaison à Newgate (la prison où elle vint au monde).
« J’étais maintenant tranquille, quant à toute crainte de témoignages rendus contre moi ; car tous ceux qui avaient été mêlés à mes affaires ou qui me connaissaient sous le nom de Moll Flanders étaient pendus ou déportés [… »
Il est intéressant de se souvenir que Defoe était commerçant, ce qui explique la précision des faits relatés en détail, et rend plus savoureux les personnages de marchands bernés. Arrêtée, emprisonnée à Newgate, celle qu’on surnomme Moll Flanders connaît une période d’endurcissement, bien observée, avant de se repentir et d’être condamnée à mort, sa peine étant par la suite commuée en déportation.
« Au contraire, ainsi que l’eau dans les cavernes des montagnes qui pétrifie et tourne en pierre toute chose sur quoi on la laisse s’égoutter ; ainsi le continuel commerce avec une pareille meute de limiers d’enfer eut sur moi la même opération commune que sur les autres ; je muai en pierre ; je devins premièrement insensible et stupide, puis abrutie et pleine d’oubli, enfin folle furieuse plus qu’aucune d’elles ; en somme j’arrivai à me plaire naturellement et à m’accommoder à ce lieu, autant en vérité que si j’y fusse née. »
Notre héroïne a 61 ans lorsqu’elle débarque en Amérique avec son ancien amour, son « mari du Lancashire », le gentilhomme bandit de grand chemin, pour fonder une plantation de tabac, ceci dans les meilleures conditions :
« Là nous achetâmes deux serviteurs, c’est à savoir une servante anglaise, qui venait de débarquer d’un vaisseau de Liverpool, et un nègre, choses d’absolue nécessité pour toutes gens qui prétendent s’établir en ce pays. »
Puis elle va retrouver son frère-mari ainsi que leur fils, pour faire valoir ses droits à l’héritage maternel.
Autres choses surprenantes : l’indifférence ou au moins le détachement de l’héroïne pour ses enfants successifs, comme s’ils n’étaient pas des personnes (un phénomène d’époque) ; la hantise de l’inceste ; l’obsession de « happer la fortune », il est vrai déterminée par une insécurité financière tout aussi récurrente.
« J’avais été prise une fois à cette piperie nommée amour, mais le jeu était fini ; j’étais résolue maintenant à ce qu’on m’épousât, sinon rien, et à être bien mariée ou point du tout. »
La traduction dans la langue châtiée de Marcel Schwob (écrivain remarquable par ailleurs, et qui traduisit aussi Hamlet) ajoute peut-être un charme supplémentaire à cette lecture.
J’apprécie notamment le recours à des archaïsmes ou régionalismes comme "chamaillis", "rôderies" ou "bélître", ainsi que son emploi étymologique et un peu vieilli de certains termes, telle la nuance menaçante ici dans "imminent" :
« J’étais réduite bien bas en vérité, et j’avais souvent le délire ; mais rien n’était si imminent pour moi que la crainte où j’étais de dire dans mes rêveries quelque chose qui pût lui porter préjudice. »
L’enfance malheureuse dans la société puritaine et patriarcale du XVIIIe renvoie à Tom Jones d’Henry Fielding (1749, alors que Moll Flanders remonte à 1722 ‒ Defoe le date de 1683), et bien sûr à Dickens. D’ailleurs le topos de la pupille/ orpheline/ Cendrillon est caractéristique du roman sentimental de l’époque, notamment en Angleterre, avec le contrepoint du sordide philistinisme pécuniaire (cf. Austen, Mansfield Park).



Mots-clés : #criminalite

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Message par Tristram le Lun 8 Avr - 16:51

Primo, j'ai aimé !
Deuxio, je recommande !
Tertio, toutes mes excuses pour les nombreuses citations, mais certaines (il y a là de beaux morceaux) intéresseront sans doute certains qui ne liront pas tout le bouquin...
Quarto, j'espère avoir posté à temps pour gonfler les statistiques animalières !

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Message par Bédoulène le Lun 8 Avr - 18:51

vu un film ! merci Tristram ! (me semble l'avoir lu mais il y a longtemps, longtemps)

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Message par ArenSor le Lun 8 Avr - 20:01

@Tristram a écrit:
Quarto, j'espère avoir posté à temps pour gonfler les statistiques animalières !
De toute façon elle sont complètement bidonnées pirat
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Message par animal le Lun 8 Avr - 21:54

Ah ben c'est qu'on se bidonne par ici ! pirat

J'en profite :

mort - Daniel Defoe Blackb10

Barbe Noire

Les Chemins de fortune, Histoire générale des plus fameux pyrates I

  Une anthologie de la piraterie ? Passé la très solide préface (de Michel Le Bris)qui a elle seule, s'intéressant à l'histoire du texte, avant et après publication, comme à l'auteur, tient déjà du roman d'aventure ou du presque fantastique et nous mets en état de lire la suite... On n'est mis tout de suite dans le bain. L'auteur doit se défendre de toute apologie et clamer le sérieux de ses sources avant d'attaquer par le menu les histoires des plus fameux pirates qui ont écumé les océans de Madagascar à Terre-Neuve en passant par les Caraïbes et l'Afrique Occidentale au début du XVIIIème siècle. Et une rapide synthèse des "parentés" entre équipages.

  De l'exotisme au menu donc. Et une série de récits portés sur l'énumération tous aussi édifiants et répétitifs les uns que les autres. Répétitif ça l'est et pourtant on ne se lasse pas vraiment, et on ne peut pas dire qu'un puissant souffle romanesque habite les pages, puisque le texte se veut documentaire. Certes quelques dialogues et quelques formes indirectes qui font travailler l'imaginaire...

  Mais pourquoi reste-t-on accroché à ce point ? Le schéma de base est le suivant : un équipage se mutine ou s'enfuit, il attaque d'autres bateaux et s'empare des marchandises de valeurs, voire du bateau lui-même et plus ou moins de gré ou plus ou moins de force une partie de l'équipage rejoint les pirates. Petite pause pour retaper les bateaux et les hommes et c'est reparti, jusqu'à constituer de petites flottilles de pirates qui n'hésitent pas à remonter les fleuves ou à attaquer des forts et des villes ! Plus ou moins cruels et filous les équipages se séparent, s'entretuent ou finissent par se faire coincer par des navires de guerre.

  Le bouquin aime bien raconter les procès faits aux pirates et leur absence de repentir ou le réveil d'une foi fervente à l'aube de la pendaison. Il est vrai qu'il y aurait de quoi faire des pages colorées avec ça entre les scènes de débauches ou de détresse les plus extrêmes, c'est que les erreurs de navigation et le manque d'eau douce ou de vivres ne sont pas rares.

  Le compte n'y serait pas encore. En effet notre auteur est assez retors, il suscite chez nous la fascination et un semblant de sympathie pour ces brutes de toutes nationalités et origines sociales. Ils nuisent au libre commerce des Anglais surtout, mais aussi des autres Espagnols, Portugais, Français mais pas seulement. Le commerce pas toujours légal des êtres humains se porte bien, les arrangements légaux divers aussi, les amnisties sont parfois bien pratiques... et le marin exploité n'est pas toujours le plus coquin et généralement pas le mieux nourri ou le mieux traité. Les volontaires pour tenter de changer de vie sont donc assez nombreux. Quelle vie alors ? Une égalité un peu rustique et parfois violente mais ou chacun aurait voix au chapitre. Des fois ça va mieux que d'autres et certains pirates semblent plus humains. On trouve aussi la tentation une fois fortune faite de se poser à terre pour profiter et vivre "normalement". (On observe aussi en filigrane et bien soulignée par la préface la question de la foi et de la liberté de culte qui a poussé à aller vivre à l'autre bout du monde une part non négligeable de "réformateurs" (je ne sais pas si le terme est juste et mes lacunes en histoire font le reste). ça tient aussi de l'étude de société alternative, de tentatives de sociétés alternatives.

 Le compte rendu est chronologique et il est amusant de suivre la progression du propos, plus lâche, la condamnation apparait moins lourde alors que les crimes sont de plus en plus barbares... et que les récits se rapprochent toujours plus de l'Europe et de l'Angleterre !

Cette somme attribuée au Capitaine Charles Johnson, ou pseudonyme pour Daniel Defoe est réputé être la principale source d'histoire (historique) et d'imaginaire pour ces pirates, mélangeant joyeusement les deux. Ce qui rend la chose encore plus particulière bien que l'effort documentaire sérieux semble avéré.

  Bizarre comme lecture, déroutant, étonnant, une sorte d'à côté du romanesque et d'à côté de l'historique, ou un docu-fiction avant l'heure et savamment tordu ?


Mots-clés : #criminalite #documentaire #historique

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Message par Tristram le Lun 8 Avr - 22:21

Ça complète la lecture de Robinson Crusoé !
« Bref, les pirates ne retinrent rien de ce qui était propriété de l’Église, sinon trois livres de prières et un tire-bouchon. »
Daniel Defoe, « Les Chemins de Fortune », X
(Merci à la petite main qui a sublimé ma piètre présentation !)

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Message par animal le Lun 8 Avr - 22:30

J'ai la deuxième partie dans une étagère je crois bien.

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Message par Tristram le Lun 8 Avr - 22:45

Du coup je ne sais pas si j'ai tout lu ?

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Message par bix_229 le Lun 8 Avr - 23:45

Defoe s'interessait aux marginaux ou aux marginalisés : Robinson-,
prostituées : Moll Fladers-, courtisanes  : Lady Roxane-, pirates : Vie
du capitaine Singleton, Mémoires des plus fameux pirates, etc.
Robinson Crusoe a fait de l'ombre au reste de  l'oeuvre (comme les Voyages
de Gulliver se Swift).
Dommage c'est un reflet de l'époque.

Au fait, conaissez vous le Journal de Samuel Pepys ?
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Message par animal le Mar 9 Avr - 6:22

@Tristram a écrit:Du coup je ne sais pas si j'ai tout lu ?
Le grand rêve flibustier, deuxième volume chez Phébus ?

De nom le journal.

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Message par ArenSor le Dim 12 Mai - 20:05

Journal de l’année de la peste

mort - Daniel Defoe Defoe10

« Affreuse peste à Londres fut
En l’an soixante et cinq
Cent mille personnes elle emporta
Quant à moi, pourtant, toujours je suis là »

Le livre n’est pas vraiment un roman, bien qu’il comporte des épisodes dont la forme de narration appartient à ce genre, ni vraiment un récit ou un témoignage. Il est un peu de tout cela à la fois – peut-être comme Robinson Crusoë que je n’ai jamais lu ?  Crying or Very sad
Il se présente comme un vrai-faux journal. Faux puisque l’auteur n’avait que cinq ans à l’époque de la grande peste qui ravagea Londres en 1665. Cependant, Defoe a pu recueillir des témoignages de première main, consulter nombre de documents disparus aujourd’hui ; n’oublions pas que la capitale sera touchée l’année suivant par un terrible incendie qui la dévasta complètement. Habile romancier, Defoe multiplie les petits détails concrets qui laissent supposer au lecteur qu’il a assisté réellement à certaines scènes décrites. Parfois, il revendique l’exactitude d’un fait parce qu’il l’a observé, d’autres fois, il avoue n’en savoir rien car il s’est basé sur des témoignages.
Le journal est donc supposé rédigé par un bourgeois, sellier de son état, mais l’auteur à un moment déclare qu’il s’agit du journal de son oncle ! Defoe adopte donc le mode d’écriture de ce type de personnage, insistant parfois lourdement sur certains faits, répétant à plusieurs reprises la même chose. A ce sujet, évitez de lire des traductions trop anciennes qui ont lissé le texte, lui enlevant ainsi une grande partie de son charme.
Defoe sait ménager le suspens : début de l’épidémie qui ne semble pas bien méchante et toucher seulement quelques quartiers, multiplication des décès et affolement de la population jusqu’à l’apocalypse de l’automne, enfin, la décrue du nombre des morts au cours de l’hiver.
Lorsque Defoe écrit son « journal », publié en 1722, il a en tête un événement et un but précis : l’épidémie de peste qui a dévasté Marseille et la Provence en 1722. Que ferait-on si la peste revenait à Londres ?
Le livre se présente donc également et surtout comme une enquête précise et, il faut le souligner, très intelligente, sur les mécanismes de l’épidémie et les moyens de s’en prémunir.
Ainsi Defoe s’interroge sur :
1- les statistiques des morts et fait remarquer qu’au départ le nombre de décès s’accroit mais que les cas sont attribués à différentes causes, fièvres, coliques etc. on ne reconnait pas la maladie, puis on la cache pour ne pas effrayer la population avec le mot « peste ».
2- les différentes formes de la maladie sans pouvoir toutefois distinguer clairement peste bubonique et peste pneumonique. Il comprend néanmoins que la maladie présente plusieurs aspects dont certains sont plus dangereux que les autres.
3- les mesures prophylactiques à adopter. Defoe fait un sort aux astrologues et fabricants de remèdes miracle, premières victimes de leurs prédictions et de leurs remèdes. Il comprend que le mal se propage par contact, sans bien sûr soupçonner le rôle des rats et des puces ; mais tous les chiens et chats ont été zigouillés dès le début de l’épidémie.
4- Defoe s’interroge longuement sur le bien-fondé d’une mesure qui a soulevé de nombreuses critiques à l’époque : le fait de consigner les familles chez elles en cas d’infestation. De fait, la mesure était particulièrement cruelle puisqu’elle condamnait pratiquement toute la famille à mourir de la peste. Surtout, souligne Defoe, elle a été inefficace car beaucoup d’habitants ont pu s’enfuir. D’autre par, des membres de la famille avant déclaration de la maladie ont pu diffuser le virus alors qu’ils se croyaient sains
5- la meilleure défense pour Defoe est la fuite à l’extérieur, mais rapidement des barrages ont été établis pour éviter que les Londoniens propagent la peste dans les campagnes. Il préconise aussi de s’enfermer chez soi avec des vivres et de limiter les contacts avec l’extérieur.
6- Defoe souligne le courage et l’efficacité des édiles qui ont réussi à approvisionner en nourriture la population et qui a combattu comme elle l’a pu l’épidémie.
7- Defoe parle de la détresse économique de la ville : artisans et ouvriers n’ayant plus de travail tombent dans la misère ; les navires anglais ne peuvent plus accoster dans les grands ports d’Europe.
Toutes ces considérations n’alourdissent pas un récit enlevé qui alterne moments terrifiants : les charrettes des morts déversant la nuit leur contenu dans les fosses communes au milieu des feux censés purifier l’air de la pestilence, des épisodes comiques comme le joueur de cornemuse ivre qui se réveille dans la charrette des morts ou romanesques avec les aventures d’un groupe fuyant la ville et que suit un temps l’auteur.
Hautement recommandable ! Very Happy

Mots-clés : #documentaire #historique #journal #mort #pathologie
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Message par Tristram le Dim 12 Mai - 20:46

Beau commentaire encore (et je me surprends à supputer avoir lu ce livre)...

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Message par bix_229 le Dim 12 Mai - 21:33

Defoe sociologue comme Swift ?
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