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Édouard Glissant

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Message par Tristram le Sam 13 Avr - 0:44

Édouard Glissant
(1928 - 2011)

Esclavage - Édouard Glissant  Edouar10

Édouard Glissant, né le 21 septembre 1928 à Sainte-Marie à la Martinique et mort le 3 février 2011 à Paris, est un écrivain, poète et philosophe martiniquais.
Fondateur entre autres des concepts d'« antillanité », de « Tout-monde » et de « Relation », Glissant repense également la notion de créolisation mais aussi les catégories de la métaphysique ainsi que les modalités du dialogue des cultures, à l'aune de son prisme relationnel. Surtout connu pour Le Discours antillais (1981), Édouard Glissant est l'auteur d'une importante œuvre conceptuelle et littéraire. De Soleil de la conscience (1956) à l'Anthologie de la poésie du Tout-Monde de 2010, il s'est illustré dans tous les genres, roman, poésie, théâtre, essais philosophiques. Souvent classée parmi les théories du post-colonialisme, la pensée de Glissant est irréductible à une école ou un courant fixe, ayant toujours redéfini les modèles d'une vision du monde en quête de son mouvement.

Il mène l'essentiel de sa carrière universitaire aux États-Unis, d'abord à l'Université d'État de Louisiane à Baton Rouge, puis à New York. Distinguished professor en littérature française à l'Université de New York (CUNY), Édouard Glissant est directeur du Courrier de l'Unesco de 1981 à 1988 et président honoraire du Parlement international des écrivains en 1993. Il reçoit à plusieurs reprises le titre de Docteur Honoris causa de diverses universités de par le monde. Il préside par ailleurs en 2006 la mission de préfiguration d'un Centre national consacré à la traite, à l'esclavage et à leurs abolitions, et fonde la même année l'Institut du Tout-Monde, à Paris.

Depuis 2002, le prix Édouard-Glissant, créé par l'université Paris-VIII, avec le soutien de la Maison de l'Amérique latine et de l’Institut du Tout-Monde, est destiné à « honorer une œuvre artistique marquante de notre temps selon les valeurs poétiques et politiques d'Édouard Glissant : la poétique du divers, le métissage et toutes les formes d’émancipation, une réflexion autour d'une poétique de la Relation, celle des imaginaires, des langues et des cultures ».

Publications :

Essais :
- Soleil de la conscience (Poétique I), Seuil, 1956
- Le Discours antillais, Seuil, 1981
- Poétique de la Relation. (Poétique III), Gallimard, 1990.
- Discours de Glendon. Suivi d'une bibliographie des écrits d'Edouard Glissant établie par Alain Baudot. Toronto : Ed. du GREF, 1990.
- Introduction à une poétique du divers, Gallimard, 1996.
- Faulkner, Mississippi, Stock, 1996
- Traité du Tout-Monde. (Poétique IV), Gallimard, 1997.
- La Cohée du Lamentin. (Poétique V), Gallimard, 2005.
- Une nouvelle région du monde. (Esthétique I), Gallimard, 2006.
- Mémoires des esclavages (avec un avant-propos de Dominique de Villepin), Gallimard, 2007.
- Quand les murs tombent. L'identité nationale hors-la-loi ? (avec Patrick Chamoiseau), Galaade, 2007.
- La terre magnétique : les errances de Rapa Nui, l'île de Pâques (avec Sylvie Séma), Seuil, 2007.
- Les Entretiens de Baton Rouge, avec Alexandre Leupin, Gallimard, 2008
- L'intraitable beauté du monde. Adresse à Barack Obama (avec Patrick Chamoiseau), Galaade, 2009.
- Philosophie de la relation, Gallimard, 2009.
- 10 mai : Mémoires de la traite négrière, de l'esclavage et de leurs abolitions, Galaade / Institut du Tout-monde, 2010.
- L'Imaginaire des langues. Entretiens avec Lise Gauvin (1991-2009), Gallimard, 2010.

Poésie :
- Un Champ d'Iles. Frontispice de Wolfgang Paalen. Editions Instance, 1953
- La Terre inquiète, lithographies de Wifredo Lam, Éditions du Dragon, 1955
- Le Sel Noir, Seuil, 1983
- Les Indes, un champ d'îles, La Terre inquiète, Seuil, 1965
- L'Intention poétique. (Poétique II), 1969
- Boises, histoire naturelle d'une aridité, Acoma, 1979
- Le Sel noir, Le Sang rivé, Boises, Gallimard, 1983
- Pays rêvé, pays réel, Seuil, 1985
- Fastes, éd. du GREF, 1991
- Poèmes complets (Le Sang rivé, Un Champ d'îles, La Terre inquiète, Les Indes, Le Sel noir, Boises, Pays rêvé, pays réel, Fastes, Les Grands chaos), Gallimard, 1994
- La Terre le feu l’eau et les vents : une anthologie de la poésie du Tout-monde, Galaade, 2010

Romans :
- La Lézarde, 1958
- Le Quatrième Siècle, le Seuil, 1964
- Malemort, 1975
- La Case du commandeur, 1981
- Mahagon, 1987
- Tout-Monde, Gallimard, 1995.
- Sartorius : le roman des Batoutos, Gallimard, 1999.
- Ormerod, Gallimard, 2003.

Théâtre :
- Monsieur Toussaint, 1961
- Le Monde incréé : Conte de ce que fut la Tragédie d'Askia, Parabole d'un Moulin de Martinique, La Folie Célat, Gallimard, 2000.

(Basé sur Wikipédia)

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Message par Tristram le Sam 13 Avr - 0:56

Le Quatrième Siècle

Esclavage - Édouard Glissant  Le_qua10


Le vieux quimboiseur ("maître de la connaissance" voire sorcier, qui guérit avec des tisanes ‒ "tiens, bois") papa Longoué raconte au jeune Mathieu Béluse l’histoire de leurs familles (lui est le dernier de la sienne). Les premiers Longoué et Béluse abordent en 1788 en Martinique comme esclaves, et malgré les conditions atroces de la traversée se jettent l’un sur l’autre à l’occasion du débarquement. Longoué, qui semble avoir eu le dessus, marronne dès que vendu à La Roche (plantation Acajou), tandis que Béluse est acheté par Senglis le bossu, époux de Marie-Nathalie, « amazone sans cheval » à la cravache cinglante, planteur et perpétuel antagoniste de La Roche. Longoué (ou La-Pointe) enlève Louise, exposée sur une croix, la « sauvage et guerrière » qui avait coupé ses liens pour qu’il s’enfuie, et l’emmène dans les bois des mornes, où ils auront leurs deux enfants. Il fait le signe du serpent, tandis que La Roche ne se sépare de sa petite barrique que pour l’offrir à Longoué. Béluse quant à lui prospère au cœur d’un programme de reproduction esclavagiste dans la propriété Senglis en déclin de folie. Son fils, Anne, passe son enfance avec le second fils de Longoué, Liberté, qu’il tue. Les esclaves se révoltent, les descentes des marrons respectent les plantations Acajou et Senglis ; il y a une dualité entre hauts et fonds, marrons-esclaves, Longoué-Béluse. Le fils aîné de Longoué, Melchior, devient quimboiseur et père de Liberté, aïeule des Celat, et d’Apostrophe. Fête des morts de la Toussaint et lignée rompue par la déportation, à l’origine des zombis. Stéfanise, fille d’Anne, est attirée par Melchior, puis Apostrophe, qui lui donnera papa Longoué.
Une des femmes arrivées avec celui qui sera Longoué a un fils du géreur Targin, et lui donne ainsi « une descendance par le nom », avec un lopin en propriété, La Touffaille. Il y a au milieu du livre un passage très fort sur le nom, la dénomination :
« "Parce qu’ils y tenaient, à leurs noms. Ils acceptaient bien que tu portes un nom, à condition qu’ils te le donnent. S’ils avaient décidé pour La-Pointe, va donc leur faire admettre que tu veux Longoué, à cause que Longoué est comme un dongré de farine bien pris dans le bouillon de crabes, et raide comme un bois-campêche. Va leur faire admettre ! Que ton nom est pour toi, choisi par toi ? Ils n’acceptent pas !" Sauf s’ils y trouvaient un plaisir particulier ; et c’est Marie-Nathalie par exemple qui ne voulut jamais qu’on appelât l’homme autrement que Béluse (ni Pierre ni Paul mais Béluse) et qui prenait un tel goût à rouler le mot dans sa bouche : Béluse. Car elle savait que le nom était né de sa propre bonne humeur, du rire qui gonfla en elle et qu’elle eut tant de peine à refouler quand ce géreur déclara : "C’est pour le bel usage, madame !" Et ce bel usage, qui devait en elle faire grossir une si belle folie, jusqu’au moment où elle ne put que se raccrocher à la seule et hypothétique fécondation dont elle avait passé commande, elle voulut pour commencer qu’il soit accolé à celui qui l’assumerait, et que l’homme du bel usage s’appelât en effet Béluse. Dans ces cas-là, oui, ils te tueraient plutôt que de t’enlever le nom, si dans d’autres cas ‒ quand tu osais en choisir un et décidais de le porter toi seul ‒ ils t’auraient tué pour te l’ôter sans retour. Ils décrétaient alors : "Il n’a aucun droit à porter un nom." […]
Ceux des hauteurs choisissaient leurs noms : on ne les appelait pas Tel ou Tel, on ne prenait pas l’habitude de les appeler, ils choisissaient et ils disaient à la ronde : "Voilà, c’est Tel mon nom." Tu vois la différence. Ils s’appelaient eux-mêmes, avant qu’on les appelle. »
Le thème est prolongé par l’onomastique farfelue des commis au recensement après l’abolition de l’esclavage, qui ne savent plus qu’inventer comme noms :
« Quand l’impudence était trop visible, ils s’amusaient à inverser les noms, à les torturer pour au moins les éloigner de l’origine. De Senglis en résulta par exemple Glissant et de Courbaril, Barricou. De La Roche : Roché, Rachu, Réchon, Ruchot. »
Une belle observation de la fascination pour la culture dominante, aisément transposable :
« Parce que depuis longtemps déjà la passion était née, s’était fortifiée, de tout ce qui arrivait d’ailleurs, d’au delà l’horizon ; et la confiance éblouie en tout ce qui, légitimement ou non, se proclamait l’émanation et la représentation de l’ailleurs. Comme si c’était un morceau miraculeux du monde qui venait chaque fois traverser en météore l’espace clos de l’ici. »
Dans l’histoire en contrepoint de ces deux lignées, ce roman constitue une réflexion sur la mémoire et le temps ‒ passé, présent et avenir du « pays » ; et le quatrième siècle c’est, en comptant depuis l’extermination des Indiens Caraïbes, l’époque d’un nouvel enracinement dans le terroir…
Le style alterne français châtié et créolismes, flux de conscience faulknérien et métaphores lyriques.
On y retrouve bien des éléments caractéristiques de l’écriture franco-antillaise à venir, notamment celle de Chamoiseau.
A propos, le dongré, ou dombré, est une boulette de pâte qui cuit dans les crabes de terre en matété, mais aussi les haricots rouges à l’antillaise ‒ au moins autant idoine que la queue de cochon dans ce plat !


Mots-clés : #esclavage #famille

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Message par Bédoulène le Sam 13 Avr - 8:03

des mots qu'il faut lire autant qu' écouter ? merci Tristram ! ma lal s'allonge !

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Message par Cliniou le Sam 13 Avr - 11:58

Merci Tristram pour l’ouverture de ce fil, je souhaitais le faire il y a un de ça mais le temps file, file...
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