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Paolo Rumiz

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Message par Tristram le Lun 15 Avr - 23:56

Paolo Rumiz
(né en 1947)


Paolo Rumiz Paolo_10

Paolo Rumiz, né le 20 décembre 1947 à Trieste, est un journaliste et un écrivain voyageur italien.
D'abord envoyé spécial au journal Il Piccolo de Trieste, puis à la rédaction de La Repubblica, Paolo Rumiz suit en 1986 les événements de la zone balkanique et ceux du Danube. Pendant la dissolution de la Yougoslavie, il suit en première ligne le conflit de la Croatie, puis celui de Bosnie-Herzégovine.
En novembre 2001, il est invité à Islamabad, puis à Kaboul, pour couvrir l'attaque des États-Unis en Afghanistan.
En tant qu'écrivain voyageur, il parcourut de nombreux pays, notamment le long des frontières de la communauté européenne.
En mai 2013, il est l'invité du festival Étonnants Voyageurs de Saint-Malo.
Spécialiste mondialement reconnu de l’Europe des Balkans et du Danube, il a suivi la chute du communisme, de la Hongrie à la Roumanie, étudié la montée des populismes en Europe, et couvert tous les conflits nés de l’éclatement de la Yougoslavie pour La Repubblica, où il est grand reporter.
Il a reçu en 1993 le prix Hemingway pour ses textes sur le conflit en Bosnie.
Aux Frontières de l’Europe est son premier livre publié en France, où il raconte son périple à travers l’Europe, jusqu’aux confins de ses territoires.

Parutions en français :

Aux frontières de l'Europe 2011
L'ombre d'Hannibal 2012
Pô, le roman d'un fleuve 2014
Le phare, voyage immobile 2015
La Légende des montagnes qui naviguent 2017
Comme des chevaux qui dorment debout 2018

(Mix Wiki-Babelio)

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Message par Tristram le Mar 16 Avr - 0:09

Aux frontières de l’Europe

Paolo Rumiz Aux_fr10


Comme trop souvent, le sens du titre original a été remplacé par une généralisation douteuse : La frontiera orientale dell’Europa correspond bien plus clairement au contenu du livre…
L’« Autre Europe » à sa frontière, six mille kilomètres du Nord au Sud ‒ son centre (entièrement hors de de l’Union Européenne !), la Mitteleuropa, « parcours en zigzag sur la fermeture éclair de l’Europe ». Voyage « vertical », effectué en 2008, avec sa compagne, qui curieusement n’apparaît pas fréquemment dans ce compte-rendu à la première personne du singulier…
Paolo Rumiz a 60 ans, et voyage léger :
« Inutile de se préparer, tant le voyage fera de son mieux pour déjouer tous nos projets. Tout cela, au fond, est une métaphore de la vie, une préparation au grand déménagement. Quelquefois, je me dis que celui qui a franchi de nombreuses frontières est aussi plus prêt à mourir. Il craint moins l’inconnu qu’un sédentaire. »
Il grince beaucoup, conspue la globalisation mondiale et les changements, disparition des paysans et des Juifs, perte d’identité (et d’intérêt pour le voyageur), c’était mieux avant ‒ mais s’il y avait au moins partiellement un fond de vrai dans ces lamentations ? Acariâtreté ou constatation qui s’avère ?
Au départ, c’est l’été, et il neige, car le voyage s’effectuera du Nord au Sud. Norvège, terre du silence. Mourmansk, la Russie près du cercle arctique, presque soviétique, la Frontière incarnée. Péninsule de Kola ravagée par l’exploitation minière, rennes des Samis (Lapons) en voie d’extinction, mer Blanche, poêles et trains russes, Carélie, Baltique, Courlande, Lettonie, Estonie, Lituanie, églises orthodoxes et cimetières juifs, Kaliningrad, Pologne, Biélorussie, Polésie, eaux (lac, rivières, fleuves), Carpates, Ukraine, mer Noire, Bosphore.
Géographie, mais aussi histoire, et donc politique… et un certain engagement, notamment écologique (mais pas pro-Union Européenne).
« …] à l’ouest, l’aventure s’arrêtait, dans le carnet les notes ne manquaient jamais de se raréfier et il y avait dans l’air ce mélange à nul autre pareil de bondieuserie catholique bien-pensante et d’obsession protestante du "faire", qui empoisonne mon univers. Aussitôt son moralisme, sa propreté aseptisée, ses agaçantes petites fleurs aux fenêtres sa présomption d’innocence tout à fait injustifiée m’ont tapé sur les nerfs. Sans parler de sa prétention d’être le cerveau d’un espace politique capable de s’autogouverner, plutôt que son estomac exposé à des maux de ventre de la plus basse origine. »

« Dans la rue, les femmes sont belles, pleines de vie, elles sont le fruit fertile de l’abâtardissement. "Gemischtes Blut is das Beste", disait la vieille dame qui m’apprenait l’allemand, chassée des Sudètes en 1945. Le sang-mêlé est le meilleur. Elle disait que les femmes sont un indice infaillible de ce facteur bâtard de l’Europe. La beauté émigre des ethnies monolithiques pour se mettre en quête des espaces où se font les mélanges. »
La frontière, c’est aussi la ligne sismique, le nouveau rideau de fer…
Voyager c’est encore des attentes, autant d’occasions de rencontres.
On pense bien sûr au Danube de Magris, son aîné également triestin, et à Bouvier évidemment, patron des écrivains-voyageurs. Et ça remue des souvenirs de la route, « […] le livre, père de tous les voyages imaginaires […] »


Mots-clés : #journal #voyage

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Message par Bédoulène le Mar 16 Avr - 8:49

ça me tente bien un voyage ! merci Tristram !

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Message par topocl le Ven 16 Aoû - 9:09

Comme des chevaux qui dorment debout

Paolo Rumiz Proxy198

A bord de trains interminables, Paolo Rumiz part pour de nouveaux voyages, une fois de plus aux frontières de l’Europe, dans une vaste réflexion tout autant intime que géopolitique,

Cette fois-ci c'est sur les traces de son grand-père, soldat de la guerre de 14. Italien de Trieste, il vivait dans cette zone de l'Italie qui était en territoire austro-hongrois. Il est donc parti avec l'armée du  Kaiser, dans les rangs de laquelle il fut méprisé et bafoué. Quand lui et ses congénères sont rentrés après le conflit, ils ont été considérés comme traîtres par les locaux, et gommés des récits et des livres d’histoire.

Paolo visite ce silence, cette douleur. Il traverse des lieux qui stimulent l'imaginaire, entre rêverie, poésie et souffrance. Chaque anfractuosité du terrain évoque une tranchée, chaque bosse suggère un corps enfoui, où les myrtilles et les bouleaux plongent leurs racines dans la chair des soldats tombés au combat. Il va de cimetière en cimetière : là les corps sont honorés, les ennemis réunis,  ailleurs c'est l'abandon le plus complet…

L’émotion d’aujourd’hui rappelle les  drames de jadis. Elle n’empêche pas une réflexion sur cette Grande Guerre, et plus généralement l’histoire d’un siècle où sont en préparation toutes les dérives nationalistes d’aujourd’hui.  

J’ai beaucoup pensé à Marie tout au long de cette lecture.

Mots-clés : #devoirdememoire #lieu #mort #premiereguerre


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Message par Bédoulène le Ven 16 Aoû - 9:19

merci topocl, le livre étant dans ma pal, je le lirai certainement.

J'ai déjà rencontré dans mes lectures des soldats Italiens pendant cette période austro-hongroise et leur situation difficile vis à vis des autres soldats Italiens qui se battaient avec les Alliés.

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Message par Bédoulène le Mar 10 Sep - 13:49

"Comme des chevaux qui dorment debout"

Paolo Rumiz 41yzur11

topocl a fait un très juste commentaire je ne dirais donc que quelques mots.

C'est une lecture importante à faire pour qui veut comprendre la situation délicate des caduti Triestins, Trentins, Istriens.. tous ces hommes dont la région  était sous le régime Austro-Hongrois depuis plus de 400 ans et qui logiquement ont été appelés dans l'armée austro-Hongroise pendant la première guerre.

L' auteur démontre bien l'incidence géopolitique des régions des Balkans, Galicie, Carpathes durant la première guerre, puis s'étend sur la géopolitique actuelle, la situation de l'Europe qui s'est dessinée déjà en 1914.

Il n'hésite pas à plusieurs reprises à donner son opinion en comparant la gestion des Empires et celle des Etats nés de la guerre. Par exemple que sous l'Empire Austro-Hongrois Trieste était florissante alors qu'à notre époque c'est plutôt le démembrement, ceci s'explique par le peu d'intérêt que l'Italie accorde à cette région "coupable" d' avoir été du "mauvais côté".

L'écriture est fluide, poétique, les voyages sont intéressants :  tant par la recherche des soldats morts là-bas, ceux de sa région qu'il souhaite honorer en cette période de "Jours des morts", lesquels d'ailleurs gisent fraternellement avec les ennemis ; que par les descriptions des paysages et de l'accueil réservé.

C'était une très bonne lecture.


Dernière édition par Bédoulène le Sam 25 Jan - 20:16, édité 1 fois

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Message par topocl le Mar 10 Sep - 16:19

Oui, je t'y voyais bien dans cette lecture!

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Message par ArenSor le Jeu 2 Jan - 19:25

Appia

Paolo Rumiz Rumiz_10


Grand voyageur, explorateur des zones frontières, Paolo Rumiz décide de parcourir à pied la via Appia.
Voie mythique, créée en 312 avant Jésus-Christ par le censeur Appius Claudius Caecus pour relier Rome à Capoue, la « Via Regina » fut prolongée 120 plus tard, de Capoue à Brindisi, le grand port vers l’Orient.
Palo Rumiz nous propose un beau voyage dans le temps, l’archéologie, les problèmes de l’Italie contemporaine, mais aussi les saveurs des différentes régions traversées.

La via Appia est encombrée de souvenirs de l’Antiquité dont certains particulièrement sinistres :

« Pour la seule révolte de Spartacus, il y a en eut six mille, cloués à leur poteaux de Rome à Capoue, un tous les trente mètres. Rome dont l’architecture et la cruauté n’ont jamais été dépassés. »

C’est également une route qui a la particularité de fonctionner dans les deux sens, à la différence d’autres axes célèbres :

« Alors que Compostelle est one way, à sens unique, strictement en direction de l’ouest, la voie romaine raconte deux grandioses histoires parallèles, une pour les laïcs avant tout et l’autre pour ceux qui recherchent le sacré. La route vers Brindisi appartient aux légions, celle qui se dirige vers Rome est à Pierre et à Paul, la voie du christianisme débarquant en occident. Deux visions du monde différentes et complémentaires, qui sur l’Appia mettent pour ainsi dire face à face deux races antagonistes de voyageurs. »

Parcourir la via Appia n’est pas une opération de tout repos avec des rencontres parfois cocasses :

« Juste un peu plus loin, nous découvrons que le premier obstacle barrant la voie directrice millénaire n’est ni l’éboulement d’une montagne, ni l’écroulement de murailles, ni le débordement d’un torrent. Non, c’est le bar Fly, de Genzano Laziale. Tout est d’une évidence déconcertante. Ayant survécu à la ceinture périphérique, à la circulation de la « statale » 7, aux décharges municipales, au grondement des avions qui décollent de Ciampino et au marécage au pied des monts Albains, la ligne indéfectible, capable de résister même aux changements de noms (Corso Mateotti, Via della Stella, Via Alcide De Gaspari, Via Remigio Belardi et tout ce qui s’ensuit), s’arrête devant une serveuse de bar qui nous demande ce que nous voulons boire. »

« C’est samedi, la lune sort à peine des Apennins et juste au moment où survient l’heure magique du ressac, voici que devant notre hôtel, la plage devient un enfer de musique boum-boum avec des filles qui se trémoussent, le diable au corps, et des hordes en proie à l’épidémie du selfie. Le Latium au grand complet paraît s’être donné rendez-vous devant notre logis : des jeunes, mais aussi des familles nombreuses avec le grand-père et des bouts de chou déguisés en dandys. J’entends un couple de Suédois, sur la terrasse avec vue qui jouxte la mienne, demander éberlués : « What’s happening on the beach ? » Ils ne savent pas qu’en Italie les gens ont peur du silence. »

Parfois, l’huluberlu et ses compagnons qui vont à pied à Capoue et Brindisi en déclamant du Horace et à la recherche des vestiges du passé glorieux, sont regardés d’un air suspicieux :

Et voilà ce qu’a été, avec quelques lumineuses exceptions, notre périple : une bataille. Un affrontement direct qui, à partir des monts Albains, s’est prolongé jusqu’à Formia, Mondragone, Santa Maria Capua Vetere et même plus loin. Des lieux dont les habitants ignoraient souvent qu’ils vivaient au bord de la Via Regina, la reine des routes ; des lieux où les comités « Appia antica » n’étaient pas là pour défendre la route, mais pour s’en protéger au contraire, pour esquiver les tutelles, les contraintes et les archéologues, pour faciliter le bitume et les parkings. Des terres où la Rome antique survit dans chaque jardin, chaque cave ou chaque sous-sol, mais où quiconque étudie les pierres – comme l’Etat et les lois – est plus redouté que la peste, parce qu’il incarne une entrave au marché des adjudications. Lesquelles, comme chacun sait, rapportent autrement que la protection des antiquités. »

« L’abandon a cela de trompeur qu’il engendre une esthétique, une beauté qui vous cache la responsabilité des coupables et vous pousserait presque à les absoudre. Vous vous retrouvez là, médusé, devant des ruines magnifiques et solitaires, comme un pont romain écroulé, occupé à vous dire que le côté merveilleux de l’endroit naît justement de l’écroulement de toutes ces vieilles pierres. »

Fine bouche et grande gueule, le voyage de Paolo Rumiz est l’occasion, à travers de belles découvertes culinaires, d’étudier toutes les ressources des pays traversés :

« Le terrain ouvert pullule de plantes comestibles : muscaris à toupet, asperges, pousses de houblon, figues de Barbarie, silènes enflés, fenouils sauvages, figuiers retournés à l’état sauvage. Si l’on pouvait compléter le menu en faisant frire dans une pâte à beignets des fleurs de sureau ou d’acacia et peut-être en chapardant une poignée de cerises, on n’aurait pas besoin de provisions. »

« Et c’est ici, toujours du côté de Taurasi, que j’ai connu, il y a des années, une vigne vieille d’au moins trois siècles, qui avait résisté à tout : au fléau européen du phylloxéra, aux barbaries des tailles industrielles, à la tyrannie des œnologues – partisans des vins parfaits et dépourvus d’âme -, à la dictature de la génétique sur les parfums du terroir. Elle était même passée indemne à travers le déferlement des monocultures et les infections épidémiques des pépinières industrielles. »

Plus la joyeuse équipe de marcheurs s’enfonce dans le sud, plus règne la chaleur et l’apparition de dangereux mirages…

« Avec le soleil au plus haut, l’unité de mesure de la distance n’est plus le kilomètre, mais la bière. Le nombre de bouteilles qu’on se propose de boire augmente au fil des heures. »

« L’unique chose que nous avons en commun est la soif et le nombre de bières que nous nous proposons de lamper une fois arrivés. Fraîches, emperlées, blondes, aromatisées et écumantes. Nous les sentons, elles sont proches, maintenant que nous avons franchi les embûches et les labyrinthes et que notre voyage a repris sa vitesse de croisière. »

La seconde partie du livre donne le parcours étape par étape pour les voyageurs qui souhaiteraient reprendre tout ou partie du trajet. Car c’est bien là le but final : tenter de sauver la via Appia en en faisant un lieu de déambulation. L’amateur devrait donc pouvoir s’y retrouver facilement en chargeant les itinéraires sur le site de l’éditeur.
Comme tout voyageur à pied qui se respecte, les cartes prévalent encore sur le GPS !

« Le petit écran fluorescent relié aux satellites ne se borne pas à liquider les cartes géographiques, considérées comme des antiquités passées de mode, en annulant tout ce qui existe entre le départ et l’arrivée, c’est-à-dire l’essence même du voyage. Il fait pire : il emplit le monde de gens qui feraient nettement mieux de rester chez eux. »

Un livre très attachant qui peut donner des idées de randonnées: Il il y a de belles voies romaines en France qui se marquent dans le paysage, même sil elles sont moins spectaculaires que l'Appia  Wink
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Message par Tristram le Jeu 2 Jan - 22:53

Bien tentante cette balade ! Je disais aujourd'hui encore à la seule bouquiniste de la France équinoxiale, qui me vantait Bouvier (et conspuait Tesson) que les auteurs les plus proches de son esprit étaient peut-être Magris et Rumiz...

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Message par Armor le Jeu 2 Jan - 23:19

@Tristram a écrit: (et conspuait Tesson)

Ah tiens donc, pourquoi ? Ca m'intéresse de savoir. Le personnage semble clivant !
Et je note le voyage sur la via Appia, Arensor. Ma fois ça donne bien envie.

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Message par Tristram le Jeu 2 Jan - 23:22

La personnalité autovisuelle, disons _ mais je n'ai pas approfondi. C'est sûr qu'il ne joue pas vraiment dans la même cour que Bouvier...

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Message par Bédoulène le Ven 3 Jan - 7:59

merci Arensor, je note dans le rayon achat !

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Message par ArenSor le Ven 3 Jan - 18:24

Il y a des ressemblances entre Tesson et Rumiz, mais aussi beaucoup de différences, la principale étant générationnelle.
Je dirais que Tesson à une approche beaucoup plus littéraire du voyage, celle de Rumiz est plus "globalisante". C'est un écrivain et un journaliste qui connait tout les rouages des mafias locales et ne manque pas de les dénoncer. Il y a certainement plus de bonhomie et de chaleur humaine chez Rumiz, mais c'est une opinion très subjective Very Happy
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Message par Tristram le Sam 25 Jan - 13:38

Comme des chevaux qui dorment debout

Paolo Rumiz Proxy198

Première Guerre mondiale :
« Quand on comprend comment tout s’est vraiment passé, on ne peut pas supporter que cela ne se sache pas, qu’il ne soit pas écrit en lettres de feu, proclamé à tous les vents et dans tous les livres de classe de l’Union européenne que tout a éclaté par hasard, que la guerre était parfaitement évitable et que l’Europe s’est ainsi suicidée, par étourderie, à l’apogée de sa splendeur. Il devient inconcevable que l’on ne dise pas de façon claire et nette, avant de commencer le moindre discours sur le premier conflit mondial, que personne ne s’y attendait, que tout le monde est tombé des nues et que tout a été sous-évalué. »
Paolo Rumiz part à la recherche des ombres de ses aïeux dans le passé et la topographie de la Galicie, front de l’Est en 1914 et toujours ligne de faille géopolitique, en Mitteleuropa… Son grand-père, qu’il n’a pas connu, a survécu à cette guerre où des millions d’hommes (et de chevaux) sont morts dans la boue, mais c’est surtout la « mémoire perdue » qu’il recherche, « pour le dernier tour de manège de l’ancien monde »...
« …] avec l’Allemagne qui pousse vers l’est, la Russie qui pousse vers l’ouest et la Pologne qui tente d’exister au milieu, sur cette terre ondulée qui n’offre d’obstacles ni aux vents, ni aux armées. »
Dans ce récit, les références culturelles et à une Histoire que je ne connais guère (il semble que ce soit le cas plus généralement des Italiens) rendent difficile d’apprécier la part du chauvinisme, du passéisme, mais en tout cas l’amertume et la nostalgie sont réelles, ainsi qu’un certain ressentiment.
« …] après l’empire, il ne nous est tombé dessus que du mauvais : le fascisme, l’impérialisme, le communisme, la négation des langues des autres, l’esthétique de la mort »

« Et ce n’est pas la peine de leur expliquer que personne ne part d’un cœur léger pour une guerre lointaine et incompréhensible. »

« Il y a toujours quelqu’un pour vouloir vous banaliser, parce que votre complexité ne lui convient pas. Quelqu’un qui a besoin d’un ennemi pour exister. »
Paolo Rumiz paraît voir l’empire austro-hongrois comme une sorte de prélude, de prémisse de l’Europe unifiée. Italien déchiré, il n’est pas tendre pour l’Italie :
« …] ma nation de démolisseurs de voies ferrées, qui ont arraché de chez nous l’âme paysanne, ma nation dévorée par l’incurie, infestée de larbins et de faux dévots hypocrites et sans Dieu, ma terre de bambins tyranniques et d’adultes habitués depuis l’enfance à baiser la main des évêques et des sous-secrétaires. »
Il rencontre en voyage des personnes étonnantes, tels que Marina la Russe, ou Erwin, qui recherche les sépultures des Caduti, y allumant une petite lampe de cimetière pour tirer de l’oubli les morts (rite intime que Rumiz reprend à son compte).
« Afin d’éviter de dire que ces jeunes gens ne sont pas morts pour l’Italie, on emploie le terme générique "Caduti", tombés au champ d’honneur, morts au combat, et puisque les noms sont tous italiens, ce petit jeu de prestige a des chances de réussir. »
Ce sont les « soldats de l’Adriatique et du Trentin » :
« Après avoir été trop italiens pour les Allemands, voilà qu’ils étaient devenus trop allemands pour les Italiens. »
L’Italie a perdu jusqu’à leurs noms et leur nombre, tandis qu’Otto Jaus s’emploie à sauvegarder les tombes austro-hongroises de l’incurie et de l’amnésie.
« Il s’est aperçu que plus il parle avec les morts, plus il s’enfonce dans la compréhension du présent. […]
Et plus il pénètre les raisons de la dissolution de son vieil empire, plus lui apparaît fulgurante, à l’époque actuelle, la décadence de la fédération de peuples à laquelle il appartient. Peut-être ne s’est-il jamais autant avancé à l’intérieur du présent qu’il ne le fait depuis qu’il fréquente les cimetières. Il sent qu’il n’y a pas seulement la lecture des livres. Il y a aussi la voix puissante des lieux. Parce que les lieux ont toujours un secret à confier. »
Rumiz plaide que l’Histoire (hélas méconnue) permet de lire l’actualité (livre écrit en 2014, anniversaire du début de Première Guerre mondiale).
« La Pologne est le lieu entre tous où l’on voit le plus clairement que 1939 est la conséquence de 1914. »
Plus original, il soutient que l’Histoire se retrouve davantage dans les lieux que dans les livres.
« Ce que je cherchais, c’était le chant choral des voix, et je voulais surtout percevoir la distance réelle des événements, parce que les livres d’histoire ne me la donnaient pas. »

« Cela fait bien longtemps, désormais, que je ne cherche plus l’Histoire dans les livres et les monuments. La mémoire se trouve dans les galets des fleuves, dans le bois du Petit Poucet, au cœur du règne végétal, dans le goût des myrtilles couleur de sang. »
Ce récit de voyage dans le temps et l’espace est narré dans un perpétuel chassé-croisé du présent et du passé, dans « une déconcertante compression du temps ».
Se déplaçant essentiellement en train, c’est dans un train grande vitesse italien que Rumiz, de retour de Pologne, se fait voler ses notes, et ses irrécupérables pensées notées au fil du voyage : « l’horreur des pensées perdues »…
Il repart alors vers la Galicie, cette fois en Ukraine.
« Maintenant, je devais continuer, aller voir au-delà de la forteresse Bastiani, me tourner vers le désert des Tartares [… »
Puis il effectue un troisième voyage, dans « la poudrière balkanique », qu'en tant que journaliste il connaît bien aussi.
« Comme en 1914 et en 1992, Sarajevo n’est pas le détonateur, mais le révélateur. Elle montre impitoyablement le somnambulisme de l’Occident. À Sarajevo commence et finit le XXe siècle, la Bosnie est le symbole de l’échec de l’Union européenne. »
(On pense à la dégradation des valeurs décrite par Hermann Broch dans sa trilogie Les Somnambules).
Rumiz boucle logiquement la boucle avec les Centomila, les Cent Mille de Redipuglia dans le Carso (haut-plateau karstique italien).
« Et là, ballotté sur ces rails, je ne sais même plus ce que je cherche, si ce sont les Caduti de la Grande Guerre, ou bien les victimes de la grande famine infligée par Staline, les Juifs de la Shoah, les paysans exterminés par les nazis, déportés dans les goulags, ou même – pourquoi pas ? – les premiers morts de la place Maïdan à Kiev, dont on vient justement d’entendre parler au cours des dernières heures. »

Mots-clés : #deuxiemeguerre #guerre #historique #identite #lieu #mort #politique #premiereguerre

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« Nous causâmes aussi de l’univers, de sa création et de sa future destruction ; de la grande idée du siècle, c’est-à-dire du progrès et de la perfectibilité, et, en général, de toutes les formes de l’infatuation humaine. »
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Message par Bédoulène le Sam 25 Jan - 20:14

merci Tristram, j'avais beaucoup apprécié ce livre !

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