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Milan Fust

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Message par bix_229 le Mer 8 Mai - 14:55

Milán Füst
(1888- 1967)

Amour - Milan Fust  Fust_m10

Milán Füst, né le 17 juillet 1888 à Budapest en Hongrie et mort le 26 juillet 1967 dans la même ville, est un écrivain, dramaturge, poète et esthéticien hongrois issu d’une famille juive de la petite noblesse appauvrie.
En 1908, il rencontre le célèbre écrivain Ernő Osvát et publie son premier texte dans la revue littéraire Nyugat. Il devient l’ami de Dezső Kosztolányi et de Frigyes Karinthy. Après des études de droit et d’économie à Budapest, il enseigne dans une école de commerce. En 1918, il devient procureur de l’Académie Vörösmarty, mais est amené à prendre son congé en 1921.
En 1928, une névrose l’oblige à séjourner six mois au sanatorium de Baden-Baden. Dès 1904, il commence à rédiger, avec acharnement, son long Journal ; une grande partie (concernant les années 1944-1945) sera perdue : les pages en auraient été détruites.
Son roman le plus connu, L’Histoire de ma femme (A feleségem története), paraît en 1942.En 1947, il enseigne à la Képzőművészeti Főiskola.
Il reçoit le Prix Kossuth en 1948. On pense à lui pour le Prix Nobel en 1965.

Traductions françaises

- L'Histoire de ma femme. - Gallimard, 1958
- Les Malheureux. - Ed. Théatrales, 1990
- Avent. - Ombres, 2000
- L'Histoire d'une solitude. - Cambourakis, 2007
- Précipice. - Cambourakis, 2008


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Message par bix_229 le Mer 8 Mai - 15:01

Amour - Milan Fust  L_hist10

L'HISTOIRE DE MA FEMME

Ce livre est préoccupant. Une sorte de bloc irréductible à l'analyse.
L'histoire est simple pourtant. Un homme, capitaine de la marine marchande épouse, sans trop savoir pourquoi, une jeune française.
Ils vivent quelques années ensemble , mais sans être vraiment heureux. Ils finissent par se séparer et il apprend sa mort huit ans plus tard.
La seule chose qui s'est passée bien avant d'en arriver là, c'est qu'il tombe éperdument amoureux d' elle...

Qui est le capitaine Storr, le narrateur de cette histoire?
Derrière son apparence d'homme fort et d' ours très mal léché, se cache un homme tissé de contradictions.
Persuadé que la femme qu'il a épousé le trompe depuis le début, il s'invente en plus, des histoires et s'enferme dans un piège qu'il a plus ou moins construit lui-même. Il voyage, travaille, esquisse des intrigues amoureuses, et vit en même temps avec elle des moments tumultueux, pervers, destructeurs.
Derrière ces épisodes plutôt sordides, sa passion demeure, inouïe, morbide et inassouvissable.
Le seul moment de bonheur sans mélange, il le connaît alors qu'il est gravement malade, entre la vie et la mort, et qu'elle reste jour et nuit à le veiller.

De cette histoire nous ne saurons jamais que ce que nous en dit le capitaine Storr, le narrateur de cette histoire.

Mais quelle histoire ?
Sa femme est elle infidèle comme il le croit ou bien n'est-il un homme torturé par la jalousie, incapable d'aimer ?
Imagine-t-il qu'il peut se tromper et qu'il détruit ce qu'il aime le plus au monde ?
Pourquoi l'aime t'il vraiment quand elle est absente, séparée ou morte ?
Parce que seule la distance peut permettre d'inventer une passion ?

Telle est cette histoire d'obsessions, de destruction.. De questions sans réponses. De solitude extrême.
Un abîme, comme les Possédés de Dostoievski.

Ma femme serait-elle un etre angélique ? oui ? Non ?
Je demanderai plus rien, ni sur son passé, ni sur ses secrets. Car qu'y a-t-il au fond du coeur humain ? Dans le for intérieur de l'homme ? Ne nous berçons pas de mensonges. Seuls les lents monstres qui rampent au fond des mers reflètent l'image valable de cette obscurité.
P. 291

Ne plus jamais la revoir ! Ne plus jamais penser même à cette posssibilité ! C'était une chose déjà décidée d' ailleurs ; mais à ce moment, je le décidai plus fermement encore... Et pourtant, jusqu'alors, en moi, il n'y avait pas eu autre chose qu'un "plus jamais" ; et cependant l' espoir aussi était en moi, inextinguible ; l'espoir que tout cela n' était que provisoire et qu' un beau jour, elle et moi nous parlerions.
Et si ce n'était en ce monde, alors ce serait un autre. J'en avais le sentiment très doux, un sentiment qui me promettait une merveilleuse
tranquillité, une tranquillité définitive.
P. 381

Je n'avais qu'un seul désir : rentrer à la maison et me remettre à ces notes. Car j' avais le sentiment qu'en elles résidait toute la sérénité de mon âme et que consigner ici le récit de tous mes égarements resterait ma seule chance de pardon sur cette terre.
... J'avais essayé de vivre, j'avais échoué... Que faire ?
Mais cela, ces notes, je ne les lâcherai plus. Et je comprends maintenant ce qu'est la force qui pousse certains d'entre nous à écrire.
Comment réussir à tourner à son profit la malédiction de sa vie autrement qu'en la recréant, en la remodelant, en l'examinant de plus près...
P. 421

Et voilà. Cette même nuit, je finis par trouver la lettre d'Espagne. Ecrite d' une main étrangère ; elle ne comportait ni plus ni moins que cette nouvelle. Qu'elle était morte. Avant de mourir, elle avait dû demander à quelqu'un de me prévenir....
J'aurai cinquante trois ans à l'automne... Et bien que je tienne cette lettre à la main, je ne crois toujours pas qu'il en soit ainsi.
Mais je suis fermement convaincu qu'un beau jour, un jour de soleil radieux, elle me réapparaitra quelque part, au coin d'une rue, dans un quartier désert, et que même si alors elle n'est plus jeune, elle trottinera tout aussi gentiment qu'autrefois de son pas qui m'est familier.
Sur mon âme ce sera ainsi.
P. 430

Récupéré


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Message par topocl le Mer 8 Mai - 17:15

@bix_229 a écrit:
De cette histoire nous ne saurons jamais que ce que nous en dit le capitaine Storr, le narrateur de cette histoire.

Mais quelle histoire ?
N'est-ce pas le cas de toutes les histoires qui nous sont racontées, ou auxquelles nous assistons, dans la vie comme en littérature, une question d'apparences et de tout ce que l'on veut bien prêter aux autres?


Dernière édition par topocl le Mer 8 Mai - 18:26, édité 1 fois

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Message par Bédoulène le Mer 8 Mai - 18:15

mais tu as aimé tout de même Bix ?

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Message par bix_229 le Mer 8 Mai - 18:33

Aime t-on les histoires d'obsessions, de jalousie morbide, d'amours fatales, de fantasmes tragiques ?
Je ne sais pas, mais on peut etre fasciné et admiratif.
De toute façon, l'oeuvre entière de Milan Fust est minée par la solitude.
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Message par Bédoulène le Mer 8 Mai - 18:40

bon je voulais dire apprécié ! l' écriture ?

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Message par bix_229 le Mer 8 Mai - 19:14

Elle est à l'image de son personnage, Storr (une sorte de Falstaff et d'Othello). Torrentielle, excessive parfois, on peut
meme dire qu'elle est ironique.
Question de moment et de point de vue.
Aucun équivalent dans la littérature française, d'où la difficulté à la définir.
Et ça vaut, je crois, pour nombre d'écrivains de l'est de l'Europe.
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Message par Tristram le Jeu 9 Mai - 1:55

En tout cas, pour ce que j'en vois, je suis preneur.

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Message par bix_229 le Ven 10 Mai - 19:06

Amour - Milan Fust  Histoi10

Milan Fust : L'Histoire d'une solitude. - Cambourakis

Le narrateur de cette histoire n'a vraiment pas de chance.

Il a hérité d'une nature rêveuse et vulnérable. Et pire encore, d'une mère odieuse, un véritable dragon venimeux. Stupide, méchante, elle tyrannise son fils qui, quoique conscient de la nature véritable de sa mère ne lui oppose, au mieux, qu'une résistance passive.
Pour mieux asseoir son pouvoir, elle habite chez lui et tout en le critiquant, elle lui dicte sa ligne de conduite. Et la liste des interdits est longue. Par exemple, elle décide ainsi que son fils ne doit pas s'intéresser aux filles, surtout si elles sont jolies.

Par extraordinaire, elle se laisse amadouer par une jeune inconnue qu'elle trouve ravissante et va jusqu'à la présenter à son fils. Le jeune narrateur est tout à fait séduit par la jolie fille et il le lui fait savoir. Malicieuse et aguichante, elle lui fait savoir qu'elle est fiancée et va se marier.
Elle est en fait venue à la ville pour s'acheter des fringues en vue de la cérémonie.. Mais voilà elle n'a pas assez d'argent et le narrateur sollicité sent se refroidit son ardeur. Pas sa mère qui accepte de lui prêter. Exit la ravissante. On ne la reverra pas. Enfin pas immédiatement.

Déçu, désorienté, il s'engage chez les hussards. On est alors en pleine guerre, celle de 14-18. En attendant d'être envoyé au combat, il fait ses classes, et subit lors les mêmes tribulations comico-tragiques que le pauvre soldat Schveik.
On pourrait dire que les militaires de l'ex empire austro-hongrois ont des similitudes. Mais non,  la stupidité militaire est universelle et éternelle. Un jour, il a une altercation avec un adjudant soul. On en vient aux coups et le voilà le narrateur dans un très mauvais cas. Il y échappera grâce à des aides diverses, mais surtout celle de la jolie fille qui l'a filouté jadis. Non seulement elle l'aide activement et de toutes les façons, mais comme elle bénéficie du respect de tous, elle obtient qu'on le relâche. Raide amoureux, il lui demande aussitôt de l'épouser, mais elle refuse et il vivent ensemble quelques temps. Heureux.

Jusqu'au moment où la foutue mère ne supporte plus qu'il lui échappe. Elle trouve le moyen de jeter le ver du doute sur la jeune fille. La jeune fille est sensible, elle le sent et quitte le narrateur. après l'avoir remercié sincèrement.
                                         
**********

Cette histoire serait presque banale, s'il n'y avait l'"obscur objet du désir," cette jeune femme énigmatique, mystérieuse,  insaisissable, mais totalement séduisante. Une véritable héroïne russe, comme en trouve chez Tourgueniev ou Pouchkine.

Et puis la langue de Fust est naturelle, une langue avec laquelle il s'efforce de capter la banalité mesquine et l'ennui permanent.
Il y a enfin cette histoire tout entière sous le double signe de la solitude et du fantasme. Celle du narrateur qui peut indisposer le lecteur pour sa faiblesse. Mais c'est un rêveur impénitent qui ne peut aimer vraiment que si l'objet de son amour est à distance ou lui échappe. Il peut alors se désoler sincèrement, mais en même temps jouir de sa solitude. Et de ses fantasmes.

Et moi de tout mon coeur aujourd'hui encore je lui crie tu étais adorable, belle et inoubliable (…)"

Il se souvient de tout ce qu'il lui doit. Elle l'a sauvé. Elle l'a aimé. Elle lui a appris à rire, à s'alléger. Mais voilà, il a besoin d'aimer et il est en même temps voué à être seul.
Enfin c'est ce qu'il dit et c'est ce qu'il croit.


Mots-clés : #amour #relationenfantparent #solitude
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