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Claudio Morandini

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Message par Bédoulène le Ven 10 Mai - 17:53

Claudio Morandini
Né en 1960

solitude - Claudio Morandini Claudi10



Né le 8 mai 1960 à Aoste, Claudio Morandini est écrivain, auteur de pièces de théâtre et radiophoniques, de contes et de romans.

Il est également enseignant en lettres modernes au lycée "Édouard Bérard" d'Aoste.

Reconnu comme l’un des écrivains les plus prometteurs d’Italie, il développe dans ses œuvres des genres et des thèmes variés : gothique, grotesque, policier, picaresque ou encore aventure.

Grâce à son livre "A Gran Giornate" (2012), il entre dans la sélection des célèbres librairies La Feltrinelli et fait partie des finalistes du prix littéraire "Paradiso degli orchi".

En 2013, il gagne la première édition du prix littéraire "Città di Tresbiacce", décerné par l’Institut Culturel de Calabre.

Il a obtenu avec "Le chien, la neige, un pied" (Neve, cane, piede, 2015) le prestigieux Premio Procida-isola di Arturo-Elsa Morante 2016.
source Babelio


Oeuvres traduites en français

2017 : Le chien, la neige, un pied
2019 : Les pierres

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Message par Bédoulène le Ven 10 Mai - 17:53

Le chien, la neige, un pied

solitude - Claudio Morandini Cvt_le14


Il était une fois…….. un vieil homme qui vivait seul dans  l’alpage, l’ étable est vide, il n’y a plus de bêtes, seulement de la nourriture, assez pour lui permettre de tenir tout l’hiver ; depuis des années il ne descend plus dans la vallée qu’une fois par an pour compléter son approvisionnement, la viande c’est la nature qui lui fournit. Il s’est isolé depuis que pendant la guerre il avait trouvé  un refuge là-haut dans une mine abandonnée. Il y a donc quelques années, quand il descendait plus souvent il aimait bien écouter la musique :

« La musique monte indistincte, un brouillamini d’échos de grosse caisse, de tubas et de sons aigus de clarinette qui oscillent dans le vent, mais ça lui suffit, et parfois il lui arrive de reconnaître une mélodie et il lui vient même l’envie de la fredonner, alors il le fait, mais tout bas, parce qu’il ne voudrait pas être découvert par quelqu’un qui passe par là, prêt à venir vers lui et à lui serrer la main et à ne plus la lâcher et à lui demander des choses qu’il ne sait pas, ne se rappelle pas ou ne veut pas savoir ou ne veut pas dire. »

Au fil des  saisons, il s’est éloigné, isolé, encore plus de la ville, du bruit, des gens, il jette des pierres aux touristes qui s’aventurent en été dans « son » vallon.

« Il n’a rien à cacher l’homme qui parle tout seul. Ce chalet est à lui. Cette civette est à lui. Et tout le vallon est à lui. Il peut y faire ce qui lui chante. Les animaux sont à lui, de même que les roches, l’herbe, l’eau, la glace. Et si, parfois, il a tiré sur des chamois pour se procurer un repas, il n’a de compte à rendre à personne. Les chamois sont à lui. Peau, viande, os, cornes, tout est à lui. Il a acheté tout ça avec son frère en même temps que la terre, il y a des  années avec l’argent de la vente de l’autre vallon, plus beau, où une grosse agence immobilière de la ville a fait construire des infrastructures et des hôtels. »

IL a la tête embrouillé à présent, ne se souvient plus qu’il est descendu au magasin hier, et sur le retour voilà qu’un chien, aussi pouilleux que lui,  le suit, s’accroche à ses pas, même les coups de pieds ne l’éloignent pas ;  il persiste à rester à côté de l’homme, Almedo, et ce dernier cèdera à ce  compagnon, lui ouvrira la porte,  s’amusera de son habitude de renifler les odeurs dans le chalet, même celles de l’homme  lequel ne se lave plus depuis des années.

Almedo parle à ce chien et celui-ci lui répond. Une certaine complicité s’installe, le chien est prêt sur commande à éloigner le garde-champêtre qui rode dans l’alpage depuis quelques jours ; il m’espionne dit Almedo, il pense que je braconne.

« Où est le problème, dit-il au chien qui est enfin réapparu. Ces bêtes mourraient de toute façon. Tu vois comme elles sont, elles sont faibles, elles boitent, elles se plaignent. Je leur rends un service.
- Et puis ajoute le chien, tout le monde doit mourir tôt ou tard, non ? Tu le disais l’autre jour. Mais si on parlait d’autre chose ?

Le chien n’aime pas parler de ça. La dernière fois qu’ils ont aborder ce thème, Adelmo Farandola a fait allusion au fait que, s’il n’avait pas d’autres bêtes à portée de tir, il n’y réfléchirait pas à deux fois avant de tuer le chien pour le manger.

Et puis, s’il n’y avait pas ces bêtes, qu’est-ce que je ferais ? Je serais obligé de te manger, dit en effet l’homme avec un bref ricanement.
- Ecoute, ce n’est plus très drôle, dit le chien. Ce n’était déjà pas très drôle au début.
- Non, c’est vrai ce n’est pas drôle.
- Voilà. »


L’hiver est là des mois durant, l’homme, le chien ne peuvent plus sortir du chalet enseveli sous la neige ; ils sont isolés et cet hiver et particulièrement dur car la nourriture fait défaut, le chien est une part de plus, même si les repas sont chiches.

« Les pas crissent avec difficulté sur la neige fraîche, et chaque pas ressemble à un sanglot. Chaque flocon frappe les fenêtres et toute  surface avec un petit bruit nerveux, similaire à celui de pages tournées dans un livre trop long. Et quand la température s’adoucit, voilà que les blocs de glace hurlent jusqu’à fissurer, ils sont en proie à des quintes de toux, ils se laissent aller à des éclats de tonnerre ou de flatuosité. »

Puis vient la délivrance, ils peuvent enfin sortir, et le chien renifle une forte odeur, il en parle à Almedo et ils font une macabre découverte, sous la neige.

« Ce n’est pas un sabot, mais un pied humain que l’homme et le chien voient pointer de l’avalanche. Il pointe exactement comme une jeune pousse qui aurait traversé des épaisseurs de terre, au prix d’effort et d’obstination, et se déploierait à l’air et au soleil, pour grandir avec plus de force. Il est gris et violacé »

Lorsqu’ils s’aperçoivent que vraisemblablement le cadavre a reçu des coups de fusil, Almedo tente de voir clair dans sa pauvre tête embrouillée, il croit possible que ce soit lui qui ait tiré sur cet homme. Il demande au chien s’il est fou ? le chien convient qu’il est bizarre. C’est à cause des fils à haute tension dit Almedo, toujours suspendu au-dessus du village de son enfance.

Almedo décide de cacher dans l’ancienne mine où il s’était réfugié durant la guerre, le cadavre, le chien est sceptique, il préférerait que les gendarmes soient prévenus, mais Almedo  refuse. Le chien attendra devant l’entrée de la mine que son compagnon, dont il ne veut pas être séparé, sorte.

Tous nous connaissons la fidélité du chien, celui-ci restera aimant jusqu’à la fin.

***

Je sors bouleversée de cette lecture ! Ces deux êtres enfermés, isolés durant un hiver et qui dialoguent, se cherchent et se méfient à la fois,  on passe du conte au drame. Drame de la solitude ? peut-être, mais là cette solitude est voulue, alors pourquoi la société croit devoir ramener cet homme parmi les « siens » ?
En fait on ne connait pas grand chose de la vie de cet homme, à quel moment a-t-il décidé de sa solitude ? pourquoi ?

je vous engage à lire ce petit livre, puissant.

L'auteur explique comment il a eu l'idée de ce sujet, je ne vais rien dévoiler, sauf qu'il cite Ramuz, Chessex, notamment.


Mots-clés : #contemythe #solitude


Dernière édition par Bédoulène le Sam 11 Mai - 7:19, édité 1 fois

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Message par Tristram le Ven 10 Mai - 22:12

Un chien qui parle, comme dans Anima, de Mouawad, ou un humain qui déparle ?
En tout cas, ton commentaire interpelle ! Je note !

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Message par Bédoulène le Sam 11 Mai - 7:26

Dans les contes les animaux parlent bien sur !

En fait c'est la rencontre de deux solitudes, celle de l'homme et celle du chien. L'âge et la solitude ont, certainement progressivement, durement altéré l' esprit de l'homme.
Cette vie à deux, enfermés dans l'hiver et leur découverte à leur sortie va renforcer Almedo dans sa "folie".

quand je dis " mais là cette solitude est voulue, alors pourquoi la société croit devoir ramener cet homme parmi les « siens » ? " c'est une opinion générale sur le fait que dès que l'on ne vit pas comme "les autres" on devient suspect.

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