Des Choses à lire
Visiteur occasionnel, épisodique ou régulier pourquoi ne pas pousser la porte et nous rejoindre ou seulement nous laisser un mot ?

Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot


André Hardellet

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

politique - André Hardellet Empty André Hardellet

Message par Aventin le Sam 11 Mai - 0:50

André Hardellet
Né le 13 février 1911 à Vincennes et mort à Paris le 24 juillet 1974

politique - André Hardellet Hardel10

Fils de joaillers, études secondaires à résultats brillants, il interrompt ses études en médecine afin de reprendre l'entreprise familiale, tout en menant une sorte de double vie, dans les bistros, les champs de course et autres lieux à viveurs.
Il ne sera publié (en revue) qu'à la quarantaine approchant, par l'entremise de Pierre Mac Orlan.
Proche copain de Georges Brassens, il fréquente aussi des auteurs comme Louis Nucera, Alphonse Boudard, Julien Gracq, un photographe comme Robert Doisneau.
Alternant avec parcimonie recueils de poèmes et romans, plus prolixe en matière de paroles de chansons, il tombe sous le coup de la censure pour Lourdes, lentes... (1969), paru sous léger pseudonyme (Steve Masson, nom du personnage principal de son roman Le seuil du jardin.
Il décède un an après le terme du procès; une partie non négligeable de son œuvre est posthume.
(Sources diverses, dont éditions Gallimard)

Bibliographie:

- La Cité Montgol. Seghers, 1952, poèmes
- Le Luisant et la Sorgue. Seghers, 1954, poèmes.
- Le Seuil du jardin. Julliard, 1958, roman
- Sommeils. Seghers, 1960, poèmes
- Le Parc des Archers. Julliard, 1962, roman
- Les Chasseurs. Jean-Jacques Pauvert, 1966, poèmes
- Lourdes, lentes… (sous le pseudonyme de Stève Masson) Jean-Jacques Pauvert, 1969, récit
- Lady Long Solo. Jean-Jacques Pauvert, 1971, avec des illustrations de Serge Dajan.
- Les Chasseurs deux. Jean-Jacques Pauvert, 1973, poèmes, Prix des Deux Magots.
- Donnez-moi le temps. Julliard 1973
- La Promenade imaginaire. Mercure de France, 1974
- L'Essuyeur de tempêtes. Plasma, 1979.
- L'Oncle Jules. Régine Deforges, 1986, avec des illustrations de Wiaz.
- Oneïros ou La Belle Lurette. Gallimard, 2001.
 
+ Œuvres complètes, 3 tomes. Paris, Gallimard, coll. « L'Arpenteur », 1990-1992.

(Source: wikipedia)
Aventin
Aventin

Messages : 1118
Date d'inscription : 10/12/2016

  • Revenir en haut
  • Aller en bas

politique - André Hardellet Empty Re: André Hardellet

Message par Aventin le Sam 11 Mai - 0:52

Il y a du Prévert, du Carco (mais en plus affiné) chez Hardellet. Et quelque chose de l'air de son temps, de l'après-guerre. Quelque chose que j'aime subodorer, coulant, sensuel comme dans le poème ci-dessous. Une écriture poétique à humer avant de la déclamer.

Un échantillon de ce que dit Patrice Dubourg d'André Hardellet:
Accoudé à son établi bistrotier [...]"le Vecchio" comme l'appelait la bande des gosiers en pente de La lanterne aimait à se réfugier par pudeur sur le belvédère des contemplations, avec sa confrérie d'hologrammes vagabonds, rencontrés au détour des Lorientais, La Rose Rouge, Le Chabanais ou Le One Two Two. Le poète était de toutes les ferrades citadines.
 Sa prose réchauffe les ailes de la grâce. Tout fait mouche dans sa gibecière. Une boutade, une grimace, un cliché, un remugle imperceptible, le froissement d'une robe d'organdi. Il se joue du temps, il nous entraîne derrière le miroir, l'âme tourmentée par la fuite des peaux et celle des truites. Beaucoup de son art consiste à dorloter la digression, à prendre des chemins de traverse, à persiller une évocation capricieuse de jardins naufragés, de venelles à gigolettes, autant de totems mélancoliques qui s'évanouissent dans les vapeurs méphitiques d'un rade de transit. Cette allure baladeuse se retrouve dès son premier recueil de poèmes, La Cité Montgol [...]
[...] Il y a en lui cette incomparable lucidité des somnambules.  

____________________________________________________________________________________________________________________________________




Fiche de police




Pour Pierre Seghers





Il y avait ton cœur fermé
ton cœur ouvert
ton cœur de feu couvert
tes cheveux pour filer entre les doigts
pour verser leur sable sur mon sommeil
et pour enchanter la fatigue
tes cheveux comme un treillage entre le regard et les
 vignes qui flambent

tes cheveux de luisant et de sorgue
tes yeux avec la halte à l’ombre
et la colonne de froid sur le puits
tes yeux les anémones ouvertes dans la mer
tes yeux pour plonger droit dans les vaucluses
et dérober leurs paillettes aux fontaines
tes yeux sur les averses qui volent sur les ardoises

tes bras pour les bras tendus
pour le geste cueillant le linge qui sèche
pour tenir la moisson de toile contre ta poitrine
pour maintenir la maison de souvenirs contre le vent
tes bras pour touiller les bassines de confiture

tes seins les dunes d’un beau soir
tes seins pour les paumes calleuses au retour du travail
- mais sais-tu les meules qui se prêtent se creusent
quand il faut le repos
- sais-tu le nez dans les sources d’herbe
quand la marinière trempe de buée sa chanson –

tes seins pour bander
tes mains – pavots qui apprivoisent l’insomnie
tes mains pour les mains nouées et les promesses scellées
tes mains pour tendre les tartines
tes mains pour toucher ton amour

tes hanches comme la péniche pleine
comme l’amphore épousée par les doigts de haut en bas
ton ventre pour les tabliers bleus du matin
et les gaines soyeuses des minuits de luxe
ton ventre la pleine joie de la pleine mer
ton ventre de houle
tes cuisses de flandre

ton sillage de carène heureuse et de menthe volée
ton odeur de servante jeune et de pain bis
ton odeur de vachère et de jachère en avril
ton odeur de renoir et d’auberge calme
ta peau de santé le slalom nègre sur la pente des étés

tes robes de bouquets aux crayons de couleurs
sur un vieux cahier d’école
tes robes en dimanche tes robes de bonjour
tes matinées au lit comme une nage facile par la grande baie
 des fougères

ton envie comme une salve qui salue la rade où brûlent mille
 rochelles

et l’argent des avirons
- et te voici dressée, plantée sur ton plaisir et qui délires –
ton envie le suc qui éclate de la figue mûre
ta voix venue des châteaux en Bavière
ta voix qui étonne les légendes dissimulées
ta bouche pour dire oui
ta salive à boire
ton sourire d’enfance retrouvée.

 Il y avait ce plus secret de toi
ce blond de toi épanouie
l’étoile de mer encore humide entre deux désirs.


 Il y avait ton attente la première permission
du soldat à la guerre
ton souvenir – et c’est la pluie qui bat tiède
contre les volets clos de la mémoire
ton souvenir à inventer
- mais jamais toi tenue certaine
au midi du bonheur
et pourtant quelques-uns t’ont vue en plein jour
ou derrière leurs poèmes

tu es plus vieille que la peine du monde
et plus neuve que la joie de vivre
c’est toi que les hommes ont toujours voulue
dans leur faim de tendresse
au bout des jours au bout des routes
celle qu’ils ont appelée la veille de la chaise électrique
ou du peloton d’exécution

pour qui tous ont trahi leur plus franche parole
et tenu leurs plus dérisoires serments
celle qui embrassait trop tard les gars punis
avant la fosse commune ou les croix de bois.


 Il me reste à te donner un nom
 à te donner vie
 il me reste surtout à te rencontrer
 comme les mains émerveillées de l’aveugle
 trouvent la présence du soleil
 sur un pan de mur.




Recueil La cité Montgol, 1952.
Aventin
Aventin

Messages : 1118
Date d'inscription : 10/12/2016

  • Revenir en haut
  • Aller en bas

politique - André Hardellet Empty Re: André Hardellet

Message par Tristram le Sam 11 Mai - 1:57

Je ne connais qu'un peu le romancier.
« Que cherchent-ils, ces rares spectateurs, et que suis-je venu chercher là moi-même ? Une occasion de nous meurtrir aux angles coupants d'un adieu, à l'impuissance de détenir jamais quoi que ce soit, quoi que ce soit ? »
André Hardellet, « Lourdes, lentes… »

« Voilà, je suppose que le monde me propose une énigme ; il me montre une de ses faces : à moi de trouver l’autre, ou les autres. Je ne vois qu’une mauvaise copie, il me faut découvrir l’original. »
André Hardellet, « Le Seuil du jardin »

_________________
« Nous causâmes aussi de l’univers, de sa création et de sa future destruction ; de la grande idée du siècle, c’est-à-dire du progrès et de la perfectibilité, et, en général, de toutes les formes de l’infatuation humaine. »
Tristram
Tristram

Messages : 8468
Date d'inscription : 09/12/2016
Age : 63
Localisation : Guyane

  • Revenir en haut
  • Aller en bas

politique - André Hardellet Empty Re: André Hardellet

Message par Arturo le Sam 11 Mai - 9:38

Très bon poète. Merci pour le fil.
Arturo
Arturo

Messages : 3112
Date d'inscription : 09/12/2016
Age : 33
Localisation : Par-delà le bien et le mal

  • Revenir en haut
  • Aller en bas

politique - André Hardellet Empty Re: André Hardellet

Message par bix_229 le Sam 11 Mai - 15:49

A René Fallet


Il y a ceux pour qui le printemps jamais
ne glisse en fraude une rose
entre les barreaux de leur cellule
une rose pareille
au sexe des filles
qu' ils ne toucheront plus
les condamnés à vie
déjà morts dans leur univers de béton
de matricules de cadrans de serrures
et qui butent sans répit
contre le paradis cadenassé.
Ohé : Vous autres libres
entre le caviar et la putain qui va baisser son slip
pensez-y quelquefois.
ils ont tué violé
pris le bien d' autrui
mais ils étaient faits à votre ressemblance
avec des figures d' hommes
des désirs d' hommes
des larmes de joie
des larmes de désespoir.
Ils payent maintenant
ils ne doivent plus rien à personne
et nul ne leur doit plus rien
croyez-vous
mais o printemps
toi qui rodes sur les tuiles tièdes
glisse en fraude dans leur sommeil
pour qu' ils l' embrassent
une rose pareille
au sexe des filles qui furent leur printemps.

La Cité Montgol. - Poésie/Gallimard
bix_229
bix_229

Messages : 10647
Date d'inscription : 06/12/2016
Localisation : Lauragais

  • Revenir en haut
  • Aller en bas

politique - André Hardellet Empty Re: André Hardellet

Message par bix_229 le Sam 11 Mai - 15:53

Comme André Dhotel, Hardellet est poète en prose comme en vers.

Pour ceux qui voudraient en savoir un peu plus :
www.espritsnomades.com/sitelitterature/hardellet/hardellet.pdf
bix_229
bix_229

Messages : 10647
Date d'inscription : 06/12/2016
Localisation : Lauragais

  • Revenir en haut
  • Aller en bas

politique - André Hardellet Empty Re: André Hardellet

Message par Aventin le Sam 11 Mai - 17:10

Le seuil du jardin

politique - André Hardellet Le_seu10
Roman, 1958, 140 pages environ.


Roman qui se laisse dévorer, chic et bien bâti.

Une machine ni tout à fait à remonter le temps, ni tout à fait à revivre les rêves, qu'on ne qualifiera pas, du coup, d'antémonitoire.
Quelque part, Hardellet nous sert...le sujet même de son roman, à nous lecteurs de 2019, une revisite réussie du passé - son temps contemporain, pas seulement une restitution d'outre les années, ces dernières joliment désignées du terme récupéré par la faconde argotique d'"endosses".

Le bouquin refermé défilent des banlieues avec des pensions meublées, des marlous pouvant s'appeler Géo ou Léo, une 203 couleur bordeaux ou une Ford Vedette, un vieil artisan ouvrant son placard pour se verser un coup de beaujolais en fredonnant Nini peau d'chien, deux dames âgées devant un Diplomate au Kirsch et une bouteille de mousseux, un bar, rue de Douai, ne semblant pas avoir été conçu pour attirer le chaland mais plutôt pour la discrétion: "exigüité de la plaque, fixée sur la porte, où le mot Bar était gravé en fines lettres noires"...

Chapitre XVII a écrit:En sortant de l'Hôtel Drouot, Masson entra dans un café et commanda un cognac. La tension nerveuse qu'il avait subie brouillait encore ses idées; il ne buvait pas, il "refaisait surface" lentement. Au comptoir un client tenait des discours à son verre de rouge sous le regard impassible de la caissière; deux jeunes gens jouaient au 4-21 avec des jetons multicolores fournis par une marque d'apéritifs. Il y avait également deux militaires arrachés à leur province, de ceux qui s'appellent inévitablement "La Douleur" ou "Toto", une dame qui écrivait une carte postale à côté de sa valise, un vieux bonhomme qui, devant son crème, attendait on ne savait quoi tant son attitude signifiait l'abandon de tout espoir. Le décor et les personnages suaient une médiocrité d'autant plus puissante qu'elle s'avouait sans fraude. Sur la table voisine du peintre, une tasse conservait des traces de rouge à lèvres caillé que la plonge n'effacerait peut-être pas.


politique - André Hardellet Ter_bo10
La jeune fille au violoncelle, de Gerard Ter Borch, tableau crucial à un personnage-clé du roman.


Mots-clés : #reve
Aventin
Aventin

Messages : 1118
Date d'inscription : 10/12/2016

  • Revenir en haut
  • Aller en bas

politique - André Hardellet Empty Re: André Hardellet

Message par Bédoulène le Dim 12 Mai - 8:46

ça semble un livre d'ambiance ! merci Aventin !

_________________
"Lire et aimer le roman d'un salaud n'est pas lui donner une quelconque absolution, partager ses convictions ou devenir son complice, c'est reconnaître son talent, pas sa moralité ou son idéal" Le Club des incorrigibles optimistes de J.M. Guenessia "

"Il n'y a pas de mauvais livres. Ce qui est mauvais c'est de les craindre." L'homme de Kiev Malamud
Bédoulène
Bédoulène

Messages : 12894
Date d'inscription : 02/12/2016
Age : 74
Localisation : En Provence

  • Revenir en haut
  • Aller en bas

politique - André Hardellet Empty Re: André Hardellet

Message par Aventin le Dim 12 Mai - 12:21

@Bédoulène a écrit:ça semble un livre d'ambiance !
Oui, c'est réjouissant pour cela, ambiance au sens que soulignait Patrice Dubourg (message plus haut):
Beaucoup de son art consiste à dorloter la digression, à prendre des chemins de traverse, à persiller une évocation capricieuse
Mais pas seulement, dans ce roman des plus digestes et qui se lit goulûment on peut trouver en substantifique moelle une vraie réflexion sur l'art (via le rêve à vivre), du moins est-ce une piste possible que j'ai cru flairer là.
Aventin
Aventin

Messages : 1118
Date d'inscription : 10/12/2016

  • Revenir en haut
  • Aller en bas

politique - André Hardellet Empty Re: André Hardellet

Message par Aventin le Sam 29 Juin - 19:24

Les chasseurs
I et II

politique - André Hardellet Les_ch10

Fourre-tout où l'on retrouve des nouvelles, parfois très courtes (des brèves ?) quelques rares poèmes, deux répertoires.
Publiés en 1973 chez l'éditeur Pauvert, Les chasseurs I puis sa suite Les chasseurs II parurent ensuite, réunies en un seul ouvrage, chez Gallimard collection L'imaginaire: 135 pages environ pour cette dernière publication.

Très recommandable ouvrage inclassable, souvent délectable, truffé de clins d'œil (comme cette brève intitulée Niouorlinsse, dédiée in memoriam à Boris Vian, évocation de l'afro-jazz à connotations antillaises et bop.

Loisive est un somptueux (et long) poème,  bien des charmes restent à glaner dans Les échassiers, Le logis d'Aramis, L'artillerie hollandaise, Jalousies, Les carrières, L'enquête...tandis que la Comptine en latin, espièglerie de potache de niveau cancre de collège émarge au plus que dispensable (mais c'est le seul titre dans ce cas-là et ça ne "pèse" que quelques mots, même pas une page).
Hardellet fait penser par son art d'écrivain à ses potes Doisneau le photographe, Prévert le poète, Brassens le fin auteur-compositeur-interprète, Mac Orlan, ou son ancêtre Carco, vous voyez, ces artisans en cousu-main du trottoir urbain nocturne: allez-y, la veine est indubitablement la même - Réda, quasi-contemporain, a dû tremper dans Hardellet aussi.

Si Jack-Hubert passe par cette page, confions-lui combien il y a du fin flâneur urbain chez Hardellet (échantillon dans le dernier extrait) !

Les deux répertoires sont à éplucher avec des lenteurs de pêcheur à la ligne au bord de l'assoupissement, on y trouve, par exemple, à:
Cartes (à jouer) a écrit:L'odeur d'un vieux jeu retrouvé dans un tiroir, avec un jacquet et des jetons en os. Autrefois, après le souper, ces rois, ces reines et ces valets écoutaient évoquer des amours, des chasses et des fêtes qu'il nous faut réinventer.
Saule a écrit:Le saule qui, d'une basse branche, tâte l'éternité de la rivière.

Histoire de vous mettre l'eau (ou plutôt le vin blanc des coteaux de Suresnes) à la bouche, ci-dessous in extenso la première (courte !) nouvelle, qui suit immédiatement la préface, préface que vous resservirez plus tard, en postface avec un hochement de tête.

La chambre froide a écrit:Le vin blanc des coteaux de Suresnes se récolte maintenant sous forme d'une pluie à peine ambrée, de mince saveur et qui provoque néanmoins de jolis arcs-en-ciel lorsque le temps s'y prête; animés d'une grande vitesse de rotation, ces météores présentent bientôt l'aspect de disques blancs coupés par l'horizon.
 Au coucher du soleil, des joueurs de bonneteau guettent les habitués d'un hippodrome clandestin qui serpente à travers les constructions neuves, les jardins d'enfants, les champs de lierre et de manœuvre et parfois même emprunte la piste officielle du Val d'Or. Des satyres vétustes observent les environs, évoquant de riches souvenirs.  
 De temps en temps, des vagues policières, avec bulldozers et filets motorisés, ratissent le secteur. On trouve de tout, parmi les prises, à la Grande Maison: une main de bonneteur, des fragments de rentières, une jeune fille qui se caressait à l'ombre de lilas, plusieurs peaux-rouges, un neuf de trèfle maculé, l'âme des violons, un sourire.
 Ces rafles sont généralement suivies de la pluie plus haut décrite, et d'un grand calme. Par les journées favorables, un parfum s'élève, musical, comme venu d'anciens foins, de vendanges trépassées.
 Quelqu'un s'arrête, hume.
 



Mots-clés : #creationartistique #poésie #xxesiecle
Aventin
Aventin

Messages : 1118
Date d'inscription : 10/12/2016

  • Revenir en haut
  • Aller en bas

politique - André Hardellet Empty Re: André Hardellet

Message par Bédoulène le Dim 30 Juin - 7:57

tentant ! merci Aventin ! Bel extrait que le dernier

_________________
"Lire et aimer le roman d'un salaud n'est pas lui donner une quelconque absolution, partager ses convictions ou devenir son complice, c'est reconnaître son talent, pas sa moralité ou son idéal" Le Club des incorrigibles optimistes de J.M. Guenessia "

"Il n'y a pas de mauvais livres. Ce qui est mauvais c'est de les craindre." L'homme de Kiev Malamud
Bédoulène
Bédoulène

Messages : 12894
Date d'inscription : 02/12/2016
Age : 74
Localisation : En Provence

  • Revenir en haut
  • Aller en bas

politique - André Hardellet Empty Re: André Hardellet

Message par Jack-Hubert Bukowski le Dim 30 Juin - 11:12

Hardellet, je prends note. Merci Aventin...
Jack-Hubert Bukowski
Jack-Hubert Bukowski

Messages : 1864
Date d'inscription : 04/12/2016
Age : 38
Localisation : Montréal

  • Revenir en haut
  • Aller en bas

politique - André Hardellet Empty Re: André Hardellet

Message par bix_229 le Dim 30 Juin - 13:17

La ronde de nuit - Poéme

Poéme / Poémes d'André Hardellet



Les muses du quai de
Bercy
M'avaient conduit jusqu'à
Grenelle
Et leurs sœurs de la
Grange-aux-Belles
Vers les jardins clos de
Passy,
La nuit s'entendait avec elles,
Les muses du quai de
Bercy.



J'allais dans
Paris, port de songe
Ouvert au piéton noctambule,
Avec des amis de toujours
Embarqués vers le crépuscule
Et disparus au point du jour.
J'allais dans
Paris port de songe.



Resnf,
Nerval,
Apollinaire,
Léon-Paul
Fargue et tous les autres
Qui me montriez le chemin.
Abordez-vous les lendemains
Rayonnant sur les îles claires?
Resnf,
Nerval,
Apollinaire...



D'abord c'est le dimanche au cœur :
Un départ à
Paris-Bastille
Vers les
Eldorados sur
Marne,
La blonde en robe de fraîcheur,



Ses seins fleuris par les jonquilles.
D'abord c'est le dimanche au cœur.



Salut les valseurs du bitume !
Voici les quatorze
Juillet,
Tant de filles comme un bouquet
Offert par l'Été qui s'allume
Et la faim qui nous en prenait.
Salut les valseurs du bitume !



Puis la musique s'atténue
Dans un soupir d'accordéon,
Déjà l'ombre a cerné la rue
Où brille en lettres de néon
La magique enseigne d'un bal.
Puis la musique s'atténue.



J'entre mais vous n'êtes pas là,
Ce soir non plus, mes
Vénitiennes,
Vous que mon rêve suscitait
D'un nom évoquant la blondeur
Sans qu'il vous rencontrât jamais.
J'entre, mais vous n'êtes pas là.



Dehors la nuit me parle bas
Et je sens tomber ses pétales
Sur tous les bonheurs inconnus
Qui fusent au ciel quand s'exhale
Le délirant plaisir des filles.
Dehors la nuit me parle bas.



Ensemble, à la même seconde
Quel
Everest éblouissant
Gagné par tout l'amour du monde !
Mais ceux qui meurent dans l'instant
Où d'autres vont toucher la cime,
Ensemble à la même seconde...



Plus tard — et le jour est en route —
Je me retrouve à la
Villette,
Ses grands saigneurs en tabliers
Tachés de sang cassent la croûte
Avec quelques garçons laitiers.
Plus tard — et le jour est en route.



Seul, les yeux fixés sur son verre,
Un gars taciturne au comptoir :
Il me ressemble comme un frère
Et je connais son désespoir
Aux heures blêmes du regret.
Seul, les yeux fixés sur son verre.



Il revoit les hiers perdus,
Un beau sourire qui s'efface
Dans l'âge d'or des bras tendus
Et, tout à coup, dans une glace
Il ne se reconnaîtrait plus
Il revoit les hiers perdus.



Ô vous nos amis de toujours
Embarqués vers le crépuscule
Et disparus au point du jour,
Quand viendra l'heure à la pendule
Priez pour nous, pour nos amours. Ô vous nos amis de toujours !



L'aube va chasser le silence
Rassemblant ses oiseaux de feutre,
Maintenant la ville apparaît —
Et voici demain qui commence
Entre deux nuits et leurs secrets.
L'aube va chasser le silence.
bix_229
bix_229

Messages : 10647
Date d'inscription : 06/12/2016
Localisation : Lauragais

  • Revenir en haut
  • Aller en bas

politique - André Hardellet Empty Re: André Hardellet

Message par Jack-Hubert Bukowski le Lun 1 Juil - 5:25

C'est un beau poème ça, bix! Smile
Jack-Hubert Bukowski
Jack-Hubert Bukowski

Messages : 1864
Date d'inscription : 04/12/2016
Age : 38
Localisation : Montréal

  • Revenir en haut
  • Aller en bas

politique - André Hardellet Empty Re: André Hardellet

Message par Aventin le Lun 1 Juil - 19:36

Si vous avez une heure devant vous...(bien dommage ce manque d'images, ce joli reportage-là appelle, à mon humble avis, support visuel - ne serait-il, pour le maniaque du hashtag ou du catalogue, qu'entrevues de témoins-).

...l'air à la fois bonasse et pirate, mais qui faisait des poèmes délicats...
Bal chez Temporel
...Les chasseurs est un livre qui se situe sur la ligne de démarcation où la poésie se tient...
...il était -mais vraiment !- d'une telle naïveté...
...ce qui est vrai parce que je l'affirmerai tel...
...il faut, je crois, employer une langue aussi simple, aussi claire que possible...
...Il n'y a pas un mot qui ne soit à sa place, une espèce d'exactitude...
...ça tenait tellement à rien...
...c'est quelqu'un qui est tombé du Paris de l'enfance...
...l'impression d'avoir des gros sabots quand on parle de lui...




Mots-clés : #poésie #xxesiecle
Aventin
Aventin

Messages : 1118
Date d'inscription : 10/12/2016

  • Revenir en haut
  • Aller en bas

politique - André Hardellet Empty Re: André Hardellet

Message par Aventin le Mer 3 Juil - 15:29

Le parc des archers
Suivi de Lady Long Solo

politique - André Hardellet Parc_d10

- Le parc des archers: roman, 1962, 215 pages environ.
- Lady Long Solo: nouvelle, 1971, 35 pages environ.
__________________________________________________________________________________________________________________________________________________

Le parc des archers













Roman écrit au "je", et ce "je" se prénomme André et est écrivain de profession, donc le héros-narrateur n'est pas même masqué !
Idem, au reste, en ce qui concerne les noms propres utilisés (Vincerennes pour Vincennes, Saint-Macloud pour Saint-Cloud, etc...- seul Cortezzo, sur la riviera italienne à ce qu'il semble, m'échappe et semble une contraction de Cortina d'Ampezzo, qui n'a...rien à voir).


Au retour "d'un long voyage à l'étranger" André Miller, écrivain, se fait alpaguer dans le bois de Vincerennes par des membres des forces de l'ordre au bord d'un étang où il souhaitait retrouver un moment de son enfance. S'ensuit une plongée critique dans un monde en devenir ("La Gale") à la fois déshumanisé, policier, et attentant au moindre petit plaisir de l'existence.

Une soirée mondaine permet la rencontre avec deux personnages principaux, Frank Blake et Florence van Acker; caractères très fouillés qu'Hardellet dévoile peu à peu au fur et à mesure du déroulement du livre.  

Le peintre "Stève" Masson, personnage qui semble un peu fil-rouge chez Hardellet (il est le héros principal du Seuil du jardin, et c'est sous ce pseudo qu'Hardellet fit paraître Lourdes, lentes), fait quelques apparitions dans ce roman (il est devenu aliéné, sous camisole chimique et traitements).


Du mélange couple - insurrection - amitié - combats de rue - monde totalitaire sortent bien des péripéties, qu'on évitera de narrer ici. Roman attrayant, fort bien mené, même si c'est presque dans les séquences un peu digressives que je trouve que le bonheur de lire Hardellet atteint son summum.

Je regrette, certes avec mon regard d'occidental de 2019, le traitement de l'homosexualité - même si bien sûr les propos tenus par André Miller doivent être ramenés à l'époque d'écriture, etc... Et puis cela permet de se remémorer le chemin parcouru depuis ce temps-là, quand même pas si éloigné.

Jeter un coup d'œil aux actualités de 1962 et années précédentes pour essayer de trouver des correspondances entre cette fiction et ce temps-là n'a rien donné (peut-être n'ai-je pas bien cherché ?) - je pense qu'il est impossible de voir dans ces lignes-là une évocation ou une allégorie des guerres d'Indochine et d'Algérie, par exemple. De même une référence à l'occupation nazie ne fonctionne pas: je pense qu'Hardellet a vraiment tenté de signifier un avertissement au générations futures, dont la nôtre.

Chapitre XII La Section psychologique a écrit:"Vous êtes un petit joueur de banlieue, et c'est pour vous le démontrer que nous vous avons prié de venir faire un tour à la D.S. Vos amis politiques, eux, ont un programme et des buts définis, une organisation qui les soutient, vous, vous enfourchez des nuages. Ils vous utilisent provisoirement à cause de votre talent. Le romantisme est mort depuis pas mal d'années, monsieur Miller.
- Est-ce pour m'en faire part que vous m'avez prié de vous rendre visite ?"
Il haussa les épaules; il suait un mépris écrasant dans toute sa personne.  
"Vous ne vous nommez pas André Miller mais Durand et vous exercez l'emploi de comptable dans une compagnie d'assurances. Vous sortez d'une clinique psychiatrique où l'on vous a traité pendant six mois pour troubles mentaux. Votre état civil, votre profession, votre passé, c'est nous qui en disposons, qui vous les attribuons comme il nous plaît. Des témoignages, nous en produirons autant qu'il le faudra. [...]"  
 

La séquence du Parc des Archers proprement dite (c'est le titre de l'un des chapitres en plus d'être le titre de l'ouvrage), très chargée en onirisme, en symbolique, est un pur régal "hors tout". En prime, un érotisme léger, suggéré, flotte sur l'ensemble du livre.

  

Mots-clés : #erotisme #insurrection #intimiste #jalousie #politique

__________________________________________________________________________________________________________________________________________________

Lady Long Solo







En voici l'entame:
Je revenais d'une banlieue spongieuse où Fulcanelli m'avait donné rendez-vous.
À la station, j'attendis en vain le car qui devait me ramener à Paris et que j'avais pris plusieurs fois auparavant; je voulus me renseigner dans un café distant de quelques centaines de mètres, mais il était fermé.
Plus d'une heure s'écoula ainsi, puis survint un très vieux taxi, semblable à ceux de la Marne, et je fis signe au chauffeur dont l'aspect s'accordait à l'antique guimbarde "À Paris, lui dis-je, Place de la Concorde. - Je sais", me répondit-il.  

Nouvelle un peu fantastique, un peu libidineuse, assez onirique. Hardellet semble y reprendre le pseudonyme de "Stève" (Masson). Il y a un autre rappel aux thématiques du Seuil du jardin (voir plus haut): les images emmagasinées, donnant la possibilité à des scènes de se revivre, ou de se vivre fictivement. Et qui se couple à la fuite du temps...



Fats Waller, avec, évoqué comme "titre préféré" I've got to write myself a letter - bon, c'est I'm gonna sit right down and write myself a letter le vrai titre, on ne va pas chipoter !




Mots-clés : #contemythe #erotisme #intimiste #reve
Aventin
Aventin

Messages : 1118
Date d'inscription : 10/12/2016

  • Revenir en haut
  • Aller en bas

politique - André Hardellet Empty Re: André Hardellet

Message par Contenu sponsorisé


Contenu sponsorisé


  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut

 Des Choses à lire :: Lectures par auteurs :: Écrivains européens francophones

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum