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Hans Jakob Christoffel von Grimmelshausen

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Message par Tristram le Dim 23 Juin - 9:57

Hans Jakob Christoffel von Grimmelshausen
(22 juin 1622 - 17 août 1676)


Hans Jakob Christoffel von Grimmelshausen Hans_j11

Écrivain allemand, né à Gelnhausen en Hesse dans une famille bourgeoise et mort à Renchen dans le Bade-Wurtemberg.
Il fréquente l'école pendant environ 6 ans jusqu'au pillage et la destruction de sa ville natale en 1634, pendant la guerre de Trente Ans (1618-1648).
Commencent alors ses tribulations. L'extrême pauvreté, la solitude de la vie des réfugiés dans la forêt, les atrocités de la guerre lui fourniront les éléments autobiographiques de ses écrits. À 18 ans, il devient soldat, puis en 1648 secrétaire dans le régiment impérial du colonel Reinhard de Schauenburg, où il se convertit au catholicisme et reprend l'ancien nom noble de ses ancêtres éloignés.
Grimmelshausen quitte l'armée après le traité de Westphalie. De 1649 à 1665 il est régisseur de domaines, puis aubergiste en 1666, alors qu'il publie son premier livre, le Satyrischer Pilgram Joseph.
Il publie sous un pseudonyme en 1668 Der Abenteuerliche Simplicissimus Teutsch, d.h. die Beschreibung des Lebens eines seltsamen Vaganten, genannt Melchior Sternfels von Fuchsheim, connu en français comme Les Aventures de Simplicius Simplicissimus, le plus grand roman du dix-septième siècle allemand. Assez largement autobiographique, Simplicius Simplicissimus narre les tribulations absurdes et drolatiques de son héros éponyme à travers les péripéties de la guerre de Trente Ans. Le récit est entrecoupé de discours moraux sur les maux, hypocrisies et contradictions de l'époque baroque et ses conflits religieux.

Œuvre

Der Abenteuerliche Simplicissimus Teutsch, d.h. die Beschreibung des Lebens eines seltsamen Vaganten, genannt Melchior Sternfels von Fuchsheim (1668), Les Aventures de Simplicius Simplicissimus ou Les Aventures de Simplicissimus
Trutz Simplex oder Lebensbeschreibung der Ertzbetrügerin und Landstörtzerin Courasche (1669), La Vagabonde Courage, dont Bertolt Brecht tirera Mère Courage et ses enfants
Der seltzame Springinsfeld (1670)
Das wunderbarliche Vogelnest (1672)

(Wikipédia)


Dernière édition par Tristram le Dim 23 Juin - 10:55, édité 1 fois

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Message par Tristram le Dim 23 Juin - 10:51

Les Aventures de Simplicissimus

Hans Jakob Christoffel von Grimmelshausen Les_av10

Universalis a écrit:
Le livre s'ouvre sur le récit de l'enfance misérable du héros dans une ferme du Spessart. Après le pillage de la ferme par les impériaux, il erre dans les bois où il est recueilli par un ermite qui lui donne sa première formation religieuse et morale. La mort de l'ermite le rejette dans la guerre, d'abord du côté des impériaux, puis du côté des protestants. Habillé d'une peau de veau, il devient bouffon du gouverneur de Hanau et mérite son nom ambigu de Simplicius. Puis à Soest, en Westphalie, sous le nom du Chasseur Vert, il est sur le point de faire fortune en trompant les autres au lieu de donner l'apparence d'être lui-même trompé.
La situation de départ est paradoxale : le narrateur-protagoniste est un enfant apparemment simplet, qui acquiert auprès d’un ermite une éducation cultivée (surtout religieuse, mais il lit, écrit, a des notions de latin) tout en restant fort naïf et totalement ignorant de la société des hommes.
Revenu à celle-ci, l’innocence de Simplici est telle qu’il prend pour crise de folie l’abêtissement alcoolique et l’excès de table (en période de famine), chapitre I, XXX et suivants. Ses cocasses mésaventures sont pleines d’humour (et même d’autodérision), notamment fondé sur le ressort traditionnel de la scatologie, surtout pétomane ‒ et tout naturellement Simplicius devient bouffon à la cour du gouverneur qui l’a recueilli. Déguisé en veau, devenu « fou », le rire lui permet de dire impunément leur fait à tous ceux qui le dominent ‒ et c’est un moyen d’appréhender son propre triste sort :
« Je ne pus me retenir de rire de mon désastre parce que je vis, à considérer le nid et les plumes, quel genre d’oiseau je devais être. » (II, VI)

« Vint alors le repas de midi auquel je me laissais employer, car je m’étais prescrit de relever toutes sottises et de châtier toutes vanités, ce qui répondait à merveille à ma condition de ce temps-là. Aucun des convives n’était assez bon que je ne blâmasse et condamnasse son vice, et s’il s’en trouvait un à qui cela déplût, ou bien il en était tourné en dérision par les autres, ou bien mon maître lui remontrait qu’un sage ne saurait s’échauffer la bile comme un fou. » (II, X)
Subordonné d’un gouverneur militaire, il réfute l’hérédité nobiliaire des qualités d’un ancêtre héroïque, d’ailleurs souvent basée sur des combats meurtriers ou des arts « ramas de vanités et de folies » :
« Mais qu’est-ce qu’une gloire que vient souiller tant de sang humain innocent répandu, et qu’est-ce qu’une noblesse conquise et confirmée par la perte de tant de milliers d’autres hommes ? »
Le récit témoigne de la grande inventivité humaine dans la barbarie au cours de la guerre de Trente Ans, conflit pan-européen entre catholiques et protestants à une époque où un monde sans Dieu ni religion était encore inconcevable. C’est l’occasion de considérations religieuses et/ou philosophiques, morales :
« …] tu dois avec le temps de mieux en mieux te connaître, et quand tu devrais vivre aussi vieux que Mathusalem, ne laisse pas cette pratique déserter ton cœur, car si la plupart des hommes sont damnés, c’est pour n’avoir pas su ce qu’ils étaient ou ce qu’ils pouvaient devenir ou devaient devenir. » (I, XII)
…qui ne sont pas dénuées de satire impie :
« Ainsi je pris congé de l’ecclésiastique qui par son saint zèle spirituel n’avait rien mérité de moi si ce n’est qu’un jour je lui refusai un lapin qu’il me demandait instamment, sous prétexte qu’il s’était prit tout seul à un collet et donc lui-même occis, que par conséquent il n’était pas séant qu’en sa qualité de suicidé il fût enseveli dans un sol béni. » (IV, XI)
Un étonnant rêve-métaphore des reîtres-partie aérienne d’arbres dont les paysans sont les racines malmenées, filée dans les chapitres XV et suivants du livre I.
Une danse de sabbat est décrite :
« …] ; mon banc qui m’emportait se posa près des ménétriers qui se tenaient autour de la danse en dehors des cercles ; mais au lieu de flûtes droites, flûtes traversières et chalumeaux, ils n’avaient rien de mieux que couleuvres, vipères et orvets dont ils sonnaient avec entrain : d’autres avaient des chats, leur soufflaient au cul et leur pinçaient la queue comme à des cithares ; on aurait dit son de cornemuse ; d’autres jouaient de l’archet sur des têtes de cheval comme sur la chanterelle d’un violon ; d’autres encore chatouillaient la harpe sur des carcasses de vaches comme on en voit chez l’équarisseur ; il y en avait même un qui avait une chienne sous le bras ; il lui tirait la queue d’une main en faisant de l’autre le doigté sur les tétins, parmi quoi les diables jouaient de la trompe nasale que la forêt en retentissait ; [… » (II, XVII)
Les armées fourragent au détriment des populations rurales, et les tribulations de notre héros connaissent des hauts et des bas :
« De ce moment-là, nous eûmes la vie la plus paresseuse du monde, où jouer aux quilles était notre plus gros travail ; quand j’avais étrillé, affouragé et abreuvé le bidet de mon dragon, je faisais le métier de gentilhomme : j’allais me promener. » (II, XXIX)

« Je ne pus me débarrasser de mon Jupiter, car le commandant n’en voulait pas, vu qu’il n’y avait rien à lui plumer, mais disait vouloir m’en faire cadeau gratis ; donc je fus affublé d’un bouffon à moi sans que j’eusse besoin d’en acheter un, bien que l’année précédente j’eusse dû m’en laisser tenir le rôle. Si étrange et capricieuse est la fortune, et si variable le temps ! Peu avant, les poux me tracassèrent, et maintenant j’avais en mon pouvoir le roi des puces ; une demi-année avant, je servais de petit domestique à un méchant dragon ; désormais je possédais deux valets qui me disaient Monsieur ; un an à peine était encore passée que les loqueteux me faisaient la course à la gueuse pour faire de moi leur paillasse ; maintenant, c’était au point que les jeunes filles se toquaient d’amour pour moi ; alors je m’aperçus opportunément qu’il n’y a rien au monde d’aussi constant que l’inconstance elle-même. J’en vint à redouter que la fortune ne tournât contre moi ses lubies et ne me fit ravaler chèrement ma prospérité du moment. » (III, VIII)
Simplicius est toujours intéressé d’explorer de nouveaux domaines de connaissance, que ce soit la topographie locale, l’artillerie ou la médecine. Et il paraît condamné à provoquer une funeste envie par son ostentation.
A la moitié du livre, le récit s’éloigne de la chronique historique authentifiable et gagne en fiction, notamment fantastique.
Il rencontre enfin les femmes (et ira jusqu’à être rétribué pour sa beauté complaisante à Paris) :
« J’en avais exactement six qui m’aimaient, et moi en retour ; pourtant aucune n’avait mon cœur en entier ni moi seul ; chez une me plaisaient les yeux noirs, chez l’autre les cheveux jaune d’or, en la troisième, c’était l’aimable gentillesse, et chez toutes les autres un je-ne-sais-quoi qu’une autre n’avait pas. » (III, XVIII)
Simplici va même explorer le monde souterrain, ou plutôt subaquatique, en passant par les puits liquides de lacs communiquant avec le Centrum Terrae. C’est là qu’il présentera au roi de ce monde une version édulcorée (et curieusement politiquement correcte) de l’humanité :
« Il n’y a plus d’avares, mais des épargnants ; plus de dissipateurs, mais des généreux ; plus de trognes armées qui volent et tuent les gens, mais des soldats qui protègent la patrie ; plus de mendiants oisifs par vocation, mais des contempteurs de la richesse et des amants de la pauvreté volontaire ; plus de juifs accaparateurs de blé et de vin, mais des gens prévoyants qui recueillent les vivres en excédent à l’intention du peuple en cas de besoin futur. »
L’histoire se prolonge d’une continuatio, une « Robinsonade » où Simplicius est (re)devenu un ermite exotique, de même que Vagabonde Courasche constituera une suite de ces Aventures dans un pseudo-« Livre Sixième ».
Le texte de von Grimmelshausen est annoté et commenté par le traducteur, Jean Amsler, ce qui n’est pas inutile pour en comprendre le contexte et y découvrir certaines particularités.



Mots-clés : #guerre #religion #voyage

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Message par Bédoulène le Dim 23 Juin - 10:59

cela me semble très intéressant historiquement, mais finalement Simplicissimus n'est pas "simplet" puisque il se rend compte de son sort me semble ?

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Message par Tristram le Dim 23 Juin - 11:11

Le personnage évolue, effectivement, et n'est pas aussi "simple" qu'on pourrait croire. Et c'est vrai que c'est un témoignage, un document historique sur la période.

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