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James Ellroy

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Message par Bédoulène le Sam 29 Juin - 8:56

James Ellroy

Né en 1948

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James Ellroy, de son vrai nom Lee Earle Ellroy, né le 4 mars 1948 à Los Angeles, en Californie, est un écrivain et scénariste américain, spécialisé dans le roman noir et le roman policier historique.
S'affirmant comme « conservateur » et « réactionnaire », il dépeint dans son œuvre un monde particulièrement pessimiste et corrompu, dans lequel perce néanmoins la notion de rédemption, fil conducteur de nombre de ses ouvrages. Parmi ceux-ci, on peut citer la série de quatre livres sur Los Angeles dont font partie Le Dahlia noir et L.A. Confidential, sa trilogie Underworld USA qui retrace son histoire des États-Unis de 1958 à 1973, ainsi que son récit autobiographique Ma part d'ombre.
Plusieurs de ses romans ont été adaptés au cinéma. Il est surnommé American Dog ou le Dog.
Spoiler:
Le style d'Ellroy s'affirme par une inventivité verbale crue et acide, dépeignant avec rudesse les recoins sombres de la société américaine. La littérature noire est un espace critique mis à profit par les auteurs pour développer des mondes ambivalents, des personnages complexes aux moralités floues. Ellroy ne déroge pas à la règle.
Ellroy emploie dans certains de ses romans (notamment dans les deux premiers de la trilogie Underworld U.S.A : American Tabloïd et de façon encore plus prononcée dans American Death Trip) un style dépouillé à l'extrême, délibérément télégraphique, type : « Sujet verbe complément. Sujet verbe complément. » Du point de vue de l'auteur, ce style est employé « pour une raison : redéfinir le langage. Redéfinir le langage car c'est la seule façon de décrire l'extrême violence de la narration, c'est-à-dire la violence de l'Histoire, et de la même façon, la violence de la vie intérieure et extérieure des trois personnages principaux. » (interview d'Ellroy au sujet du livre American Death Trip).
À l'instar d'un Melville retranscrivant le vocabulaire des marins de son époque et l'utilisant dans son Moby Dick, Ellroy reprend avec une précision étonnante l'argot (slang en anglais) et les expressions des policiers et de la pègre des années 1950 et 1960. Sont également présents dans les livres de la trilogie Underworld USA l'argot des "Klansmen" (Ku-Klux-Klan) des états du sud des États-Unis, et le jargon employé par les militants du mouvement nationaliste noir américain des années 1960 (dans Blood's a Rover, littéralement : « Le sang circule »). Cette trilogie représente un travail titanesque, enrichi de références scrupuleuses, qui revêt une dimension historique[réf. souhaitée]. Ellroy mêle personnages réels et personnages fictifs, sur une trame de faits historiques avérés, interprétés à sa façon. Il s'intéresse aux coulisses du pouvoir des administrations Kennedy, Johnson, puis Nixon, ainsi qu'au fonctionnement des pratiques policières du F.B.I. notamment, à travers le personnage omnipotent et diabolique que représente J. Edgar Hoover dans ces trois romans.
James Ellroy, au cours de sa carrière, s'est inspiré des pionniers du roman noir tel Raymond Chandler, auteur du Big Sleep, auquel fait écho son Big Nowhere.
Le fait de choisir des policiers comme personnages principaux de plusieurs de ses romans provient de la lecture des œuvres de Joseph Wambaugh.
sources wikipedia

Oeuvres traduites en français

Trilogie Lloyd Hopkins
Lune sanglante, Rivages, coll. « Rivages/Noir », 1987
À cause de la nuit, Rivages, coll. « Rivages/Noir » 1987
La Colline aux suicidés, Rivages, coll. « Rivages/Noir » 1987

Quatuor de Los Angeles
Le Dahlia noir, Rivages, coll. « Rivages/Thriller », 1988
Le Grand Nulle part, Rivages, coll. « Rivages/Thriller », 1989
L.A. Confidential, Rivages, coll. « Rivages/Thriller », 1990
White Jazz, Rivages, coll. « Rivages/Thriller », 1991

Trilogie Underworld USA
American Tabloïd, Rivages, coll. « Rivages/Thriller », 1995
American Death Trip, Rivages, coll. « Rivages/Thriller », 2001
Underworld USA, Rivages, coll. « Rivages/Thriller », 2009

Second quator de Los Angelès
Perfidia, Rivages, coll. « Rivages/Thriller », 2015

Romans indépendants
Brown's Requiem, Rivages, coll. « Rivages/Noir » no 54, 1988
Clandestin, Rivages, coll. « Rivages/Thriller », 1989
Un tueur sur la route, Rivages, coll. « Rivages/Thriller », 1989

Mémoires
Ma part d'ombre, Rivages, coll. « Écrits noirs », 1997
La Malédiction Hilliker, Rivages, coll. « Écrits noirs », 2011

Essais et nouvelles
Dick Contino's Blues, Rivages, coll. « Rivages/Thriller », 1993
Crimes en série, Rivages, coll. « Rivages/Thriller », 1998
Destination morgue, Rivages, coll. « Rivages/Thriller », 2004
Tijuana mon amour, Rivages, coll. « Rivages/Noir » no 750, 2000
Extorsion, Rivages, coll. « Rivages/Thriller », 2014
LAPD '53, Fantask, 2016 (Coécrit avec Glynn Martin.)
Reporter criminel, Rivages, coll. « Rivages/Policier », 2018


Dernière édition par Bédoulène le Sam 29 Juin - 9:06, édité 2 fois

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Message par Bédoulène le Sam 29 Juin - 9:02

Le dalhia noir

James Ellroy 96309210



Sujet : Ce roman noir est basé sur un fait divers : une jeune fille assassinée de manière atroce, coupée en deux, et marqué au visage par le sourire de "L'homme qui rit", d'une oreille à l'autre.

Tous les ingrédients du roman noir sont présents : le pouvoir, l'argent, la sexualité et les femmes.

C'est  Los Angeles Police Department (LAPD) qui doit gérer ce crime, tous les agents sont retenus, chacun dans le domaine qui le concerne afin que le résultat soit rapides, ce que souhaite le procueur Ellis Loew lequel candidate pour les élections prochaines. Se dévoilent les connivences entre politique, police et truands.

Le racisme et l'anticommunisme sont visibles  notamment parmi les policiers et la presse. Toutes les diverses individualités de la société américaine de la région (du pays ?) se retrouvent dans le LAPD ; les honnêtes gens, les corruptibles, les corrupteurs, bref un panel large de la population de LA.

L'histoire est bien amenée avec les rebondissements attendus et inattendus dans les enquêtes et la recherche du, des criminels. Tous les personnages, principaux comme secondaires sont bien typés dans leurs actions, leur vie, leur psychologie.

La ville reflète sa puissance et ses faiblesses, de jour et de nuit, exhale ses odeurs, son clinquant de lumières, bars, hôtels et offre refuge dans ses sombres rues. (sans oublier les nombreuses voitures)

Le crime d'Elisabeth Short est l'affaire n° 1 qui met en branle-bas le LAPD et notamment le duo formé par Lee Blanchard et Bucky Bleitchert le narrateur. Le procureur Loew et son équipe  s'activent  et n'hésitent  à aucune compromission, crimes, chantage, mensonges etc... il lui faut l'opinion avec lui pour gagner les élections.

l'Un des personnages dira très justement : "les bons sont devenus les méchants".

Le, les meurtriers seront-ils découverts ? vous le saurez en suivant cette affaire aux enquêtes et recherches captivantes. J'ai apprécié l'habileté de l'auteur à construire l'histoire, à la narrer à travers son double (?) l'agent Bleitchert.

Je n'ai eu connaissance du passé de l'auteur que dans le postface, en fin de livre, où il se livre dans une confession (?) me semble-t-il honnête et lucide qui explique le caractère obsessionnel, voyeur, nécrophyle de Bucky.  Et aussi l'ambiguité du personnage Blanchard.

L'ensemble n'est pas exempt d'amitié, d'amours et de solidarité, notamment parmi les policiers entre-eux, si l'image de la police est salie ils se serrent les coudes.

J'ai trouvé le passage sur le combat de boxe particulièrement réussi. D'ailleurs il me semble que ce sport est souvent partie prenante dans la police et l'armée, comme faire-valoir notamment.

Je lirai certainement plus tard, pour en connaître plus sur l'auteur un livre autobiographique "Ma part d'ombre".

Merci à mes "co-équipiers" de la LC, Chrysta (qui vous en dira plus sur la psychologie des personnages et de l'auteur) et Tristram qui repère le mot où la phrase "qui parle".



Extraits de la postface :

Elles m'ont changé. Elles sont entrées en conjontion et par la force de leur lumières, fait dérailler mon caractère obsessionnel. Elles m'ont appris à aimer d'un coeur plus léger. Elles m'ont convaincu d'extraire Jean de ma trajectoire existentielle, pour la laisser reposer dans mon coeur.

Il y a quelqu'un là dehors.  C'est une Femme, je la sens bouger. J'ai besoin de résoudre ce crime, de défaire les noeuds de cette énigme et de faire mienne cette trame d'évènements - et ainsi elle m'aimera.
La raison pour laquelle j'ai écrit ce roman. La fureur misogyne rationnalisée.


Mots-clés : #faitdivers #polar #psychologique

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Message par chrysta le Ven 12 Juil - 15:30

James Ellroy 97827411

Le Dahlia noir

Une bafouille après avoir tourné la dernière page du Dahlia noir et de sa postface, postface de l’auteur comme une ode à lui-même, à sa mère, à comment elle a hanté sa vie et comment ce roman s’est voulu cathartique. J’ai vraiment beaucoup apprécié la postface et le regard éclairé d’Ellroy sur ce qui l’a motivé dans ses écrits et particulièrement dans celui-ci, sur comment il a pu réaliser cette introspection sur lui-même et sur cette part de lui qu’il a, d’une certaine manière, déposée dans ces pages.

Cette postface, et comment elle éclaire le roman, est ce qui a suscité pour moi le plus d’intérêt, cela ainsi que les cent dernières pages dédiées à l’enquête sur le meurtre du Dahlia noir. Le reste, riche après coup car nous imprégnant de la psychologie de l’auteur/personnage, et de celle des autres protagonistes, m’a, à la lecture, fait souffrir d’un sentiment de longueur et de manque d’intérêt, voire m’a exposée à des incompréhensions, la clarté du récit n’étant à mon sens pas toujours de mise.

Après la postface, le roman s’éclaire autrement et, pour certains points déjà relevés au fil de la lecture, confirme certaines de mes idées, notamment sur l’assimilation de Bleichert à l’auteur, mais aussi éventuellement sur la perception que j’avais de Lee comme d’une part de la psyché de l’auteur.

« Cherchez la femme », les paroles de Lee/inconscient/thérapeute/ intuition, sonnent comme celles qui lui indiquent la voie : cherche la femme en toi, cherche cette part de ta mère encryptée qui fait partie de toi mais qui, en même temps, est une part étrangère en toi. Ellroy, dans sa postface, exprime bien comment le souvenir de sa mère, des mots de son père sur sa mère, de ce qu’il a perçu inconsciemment, de ce qu’il a construit de représentation(s) de sa mère, l’ont hanté et ont, d’une certaine manière, orchestré ses actes, écrits et pensées. Ellroy habité par sa mère, c’est de cette part dont il s’exorcise, tant de la part identificatoire à celle-ci que de ses fantasmes œdipiens, mais aussi de la part de culpabilité lié à son désir de mort envers elle qui a rencontré la réalité, pour l’inscrire dans une culpabilité dévorante suite à ce que la réalité se soit rejoint avec le fantasme.

Dès avant sa naissance, Ellroy est marqué du sceau du Dahlia qui l’obsédera des années plus tard. En effet, ses parents se sont intéressés à l’affaire Betty Short  : « ils habitaient à 5 km du lieu où fut jeté le cadavre du Dahlia noir en 1947. Ils ont lu l’histoire de Betty Short, ils ont pensé à Betty Short, ils ont discuté de Betty Short en des termes dont je ne saurai rien. »
Ellroy nait en mars 1948, de son vrai nom Lee Earl Ellroy, soit un peu plus d’un an après la mort de Betty. Il est conçu lors de l’enquête, et dans une période où l’intérêt de ses parents pour le Dahlia est fortement présent. Il y a à envisager que cet intérêt est venu habiter la grossesse de sa mère, elle qui pouvait enfanter là où Betty ne le pouvait, elle qui avait le ventre plein là où Betty l’avait eu évidé.
Les histoires approchantes de Jean/Betty, que l’auteur assimile aussi dans sa postface dans leurs similitudes et leurs différences semblent un effet de la possible identification, même parcellaire, de sa mère elle-même à cette femme en 1947/1948.

Lee, vrai prénom de Ellroy, me semble figurer cette part inconsciente de lui qui le guide vers la solution pour reconnaître en lui « la femme » et, ainsi, s’en libérer par la prise de conscience qu’il peut en avoir. Il est aussi la part secrète d’Ellroy, celle qui lui ment, lui fait des secrets, lui cache des choses – peut-être aussi en ce sens une part de son père qui l’a amené à renier sa mère et à taire sa souffrance face à son décès, peut-être la part de lui qui ment sur ce qu’il ressent. Ce personnage me paraît aussi assez bien figurer son inconscient qui lui cache et le guide vers sa (re)découverte, vers la levée du refoulement.

Les personnages féminins peuvent se penser comme incarnant chacun une part de personnalité de sa mère, comme s’il avait mis des fragments de celle-ci en Kay, Betty et Madeleine.  Peu à peu, rassembler ces fragments en assimilant les personnages rassemble quelque chose de sa mère qui n’était pas que la putain, l’infirmière, la mère, l’amante, etc … mais un ensemble savamment orchestré de tout cela.

La mère d’Ellroy est décédée en juin 1958, il a alors 10 ans. «  A sa disparition, mon chagrin a été complexe et ambigu. Je vivais en esclave de sa sensualité et adorais mon père permissif. Elle était stricte. (…) Je l’ai surprise au lit avec d’autres hommes. Je vivais dans l’espoir de l’entrevoir nue. Je la haïssais et me mourais de désir pour elle et mon souhait de la voir morte avait été exaucé. »

On perçoit ici l’ouverture vers une culpabilité possible lié à la pensée magique et l’idée que c’est son désir qui aurait été exaucé.
De plus, on peut y lire l’ambivalence des sentiments d’Ellroy envers sa mère, et l’on peut supposer que la confrontation de cet enfant à un climat où l’intime de sa mère est peu voilé – climat incestuel –, ce avec un père absent et faible à le protéger de cela, a induit un rapport à la femme, à l’amour et à la sexualité particulier.  Celui-ci transpire dans les rapports de Bleichert aux femmes, dans cette obsession pour le Dahlia qui l’amène à lier l’excitation et le sexe au fétiche dahliaïque (si je peux le formuler ainsi), et à nouer avec Madeleine, sur cette base, une relation fortement ambigüe puisqu’elle joue le Dahlia pour lui, condition de sa jouissance. On peut pousser l’extrême jusqu’à imaginer comment dans son fantasme Bleichert/Ellroy copule avec sa mère morte dans une fantasmatique perverse.

Cette assimilation Betty/Jean part d’un livre offert par le père : « Pour mon 11ème anniversaire, mon père m’a offert le livre de Jack Webb, The badge. S’y trouvait inclus un article sur la mort du Dahlia noir. Jean Hilliker et Betty Short – elles ont fusionné pour ne plus faire qu’une. »

Ce cadeau et l’accroche qu’il a avec cet article source de la suite semble être raccordé au désir paternel en tant que c’est lui qui lui offre le livre.

« Il m’était impossible de pleurer ouvertement la mort de Jean. Celle de Betty, je pouvais. Je pouvais détourner la honte d’un désir incestueux vers un objet de désir sans danger. J’ai passé les 7 années qui ont suivi en compagnie de mon père. Pour lui plaire, j’ai sali la réputation de ma mère»

Ellroy contourne l’interdit de pleurer sa mère en entrant dans la supposée demande paternelle tout en assouvissant son fantasme par d’autres voies.

Dans le même temps, en en passant par son obsession pour l’affaire du Dahlia noir, il devient celui qui traque la femme et mère derrière l’histoire de Betty Short. Il rencontre sa mère au travers de celle-ci et la reconstruit comme une entité complexe inspirée de Betty, qui lui permet de mieux la cerner, la comprendre et l’approcher. Elle lui rend une mère humaine, au travers de la fiction qui la construit et la reconstruit sans cesse, cherche à la cerner, ‘approcher, jusqu’à pouvoir enfin réussir à l’aimer et à percevoir comment la quête l’amour a pu lui dicter ses actes et diriger ses pas.

Je vais m’arrêter là pour l’instant, et rester ouverte à tous les échanges possibles sur le sujet.

J’ai apprécié ce livre dans ce qu’il ouvre de possibilités à l’analyse de la psyché d’Ellroy que j’ai à peine essayé d’esquisser dans ma perception et son rapport à ce roman particulier. Par contre à la lecture, je me suis heurtée jusqu’aux 100 dernières pages, à une déception quant à mes attentes, une écriture ne permettant pas toujours la nette compréhension de ce qui se passe. Un roman riche et complexe en soi qui mériterait d’être relu et ré-analysé au fil.
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Message par animal le Jeu 18 Juil - 21:42

Le Dahlia noir

Dans la postface, rédigée à l'occasion de la sortie du film de De Palma, l'auteur reconnait en avoir fait beaucoup et c'est l'impression que j'ai eue. C'est aussi l'impression que je m'attendais à retrouver depuis ma lointaine dernière lecture d'Ellroy avec je ne sais plus quel titre. Gros calibre ? Non, plus gros encore !

Malgré tout la lecture, régulièrement cradingue, est aisée. C'est efficace et les aléas de cette enquête qui vampirise la vie de Bleichert après celle de son coéquipier et simili-double Blanchard passent malgré des rebondissements de boule de bowling.

L'ambiance ? Les traversées de Los Angeles, les dessous très obscures de la ville, le tout mêlé à des vies intérieurement déchirées qui sont autant d'écho à celle de l'auteur. Oui il y a ça, c'est vrai.

Mais ça manque d'un petit quelque chose derrière le too much comme si à force d'en rajouter une direction, un objet, une vision, se perdait.

ça valait le coup de le relire néanmoins, forme de nostalgie personnelle du lecteur ?

lecteur réfractaire à certains débordements à l'américaine ? ça m'a rappelé Le Démon de Hubert Selby Jr pas trop sur le contenu mais la manière très démonstrative, chargée, appuyée... croisée avec du polar. Sorte de "noir rococo"...


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Message par Tristram le Jeu 18 Juil - 22:18

Oui Animal. En fait, je vois un peu ce bouquin comme l'archétype de la vaste littérature qui va suivre dans le genre. S'il fallait n'en avoir lu qu'un...

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Message par animal le Jeu 18 Juil - 22:36

Hmmm... 1987 ? Il y aurait qui d'autre dans la même période ? Lawrence Block (ou je lu mais possible confusion avec un autre ?) ? James Lee Burke (pas lu) ? ou il faudrait essayer Joseph Wambaugh ?

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Message par Tristram le Jeu 18 Juil - 22:45

Bon, ce que je dis n'a pas valeur historique, je ne suis pas expert du roman noir, ni même amateur éclairé. Mais pour moi il est emblématique _ et, comme tu l'évoques, il fait partie de mon histoire de lecteur... Maintenant, je ne suis pas fan du genre, en lire un ou deux c'est la limite _ encore que celui-là me plaît bien pour l'intrication de l'expérience personnelle de l'auteur dans sa fiction.

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Message par bix_229 le Jeu 18 Juil - 23:33

@animal a écrit:Hmmm... 1987 ? Il y aurait qui d'autre dans la même période ? Lawrence Block (ou je lu mais possible confusion avec un autre ?) ? James Lee Burke (pas lu) ? ou il faudrait essayer Joseph Wambaugh ?
Oui, James Lee Burke, Jim Thompson, Harry Crews, James Sallis et pas mal d'autres.
(Je fournis sur demande).
Le roman noir, paradoxalement, n'est pas un genre à part, il y a un très grand nombre d'auteurs de best sellers ou de polars plus ou moins médiocres.
Et puis, quelques auteurs au-dessus du lot, qui sont des écrivains à part entière -à ne pas dédaigner- et voilà tout.
Au fait on réédite un pionnier du genre, William R. Burnett.
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Message par Bédoulène le Mer 31 Juil - 16:41

Ma part d'ombre

James Ellroy M0274310

Le livre est composé de 4 chapitres :

I La rouquine

Il s'agit de la découverte d'un corps de femme étranglée et abandonnée dans un parc, "rouquine", de son identification : Jean Ellroy née Hilliker et qui se trouve être la mère de l'auteur. Annonce à l'enfant de 10 ans et à l'ex-mari, lesquels ne semble pas trop touchés. Les relations père/fils semblent très bonnes. l'attitude de l'enfant n'est pas significative pour la police, mais celle du père  affirme des mauvaises relations de l'ancien couple. Déroulement logique d'une enquête criminelle qui n'aboutira pas.

"Je savais que j'aurais du pleurer. La mort de ma mère était un cadeau et je savais que j'aurais du payer pour le recevoir"
Je la haïssais, je haïssais El Monte. Quelque tueur inconnu venait de m'offrir la vie ; une vie flambant neuf."
dira plus tard l'auteur.

II Le môme sur la photo

Enfance de James avec ses parents, puis en alternance après leur séparation. L'homme et la femme se critiquent devant l'enfant et James croit son père et toutes les critiques sur sa mère : ivrognesse et pute. Jean était infirmière et élevait correctement son fils mais s'octroyait les WE pour elle pendant que James était avec son père.
Seul avec un père permissif  ("Mon père cosignait mon obsession du crime" ; "J'avais 13 ans, des femmes mortes me possédaient".
)
Avec son père James a une vie sociale assez misérable, mauvais élève, voyeur, menteur, entre dans une bande de garçons dont il est le "fou", le taré et qui le maltraite : "J'étais le môme-poster idéal pour illustrer le chapitre "Si-Vous-Ne-Pouvez-M'Aimer-Remarquez-Moi" de tous les bouquins de psychologie infantile.

Espionnait sa mère pour son père quand il vivait avec elle à El Monte et la haïssait puisque son père la haïssait."Je la haïssais et je crevais de désir pour elle. Et alors elle est morte"

Quand son père meurt James est adolescent,  mais durant leur vie à deux il a eu le temps de reconnaître que les critiques de Jean étaient justifiées.

Il s'abîme dans l'alcool, la drogue, jusqu'à entendre des Voix et avoir des crises de delirium tremens (seul un autre ado, Lloyd l'aide) fait de la prison car il squatte les maisons vides, vole, fait le voyeur, devient  SDF. Devient de plus en plus obsessionnel pour le crime sexuel, la pornographie.

C'est suite à une hospitalisation et avec le cercle des  "AA" qu'il prend conscience, à 27 ans de son état, mais malgré cela il a écrit un roman lequel a été publié.
Suit la rencontre avec sa femme et leur vie, une vie qu'il commence avec sa mère disparue, sa femme l'y pousse, et qu'il espère pouvoir lui revenir et récupérer ce qu'il a manqué, négligé enfant.
Il se créé un monde intérieur pour la retrouver, seul avec elle, dans le noir.

III - Stoner

Deux chapitres où l'on fait connaissance avec cet inspecteur de la criminelle en le suivant dans ses enquêtes et lui aussi son obsession pour "ses femmes" assassinées.

IV - Geneva Hilliker

Stoner et Ellroy reprennent de bout en bout le dossier de Jean Ellroy, retrouvent les personnes encore en vie (37 ans ce sont écoulées depuis juin 58) tous deux souhaitent retrouver les deux personnes qui doivent savoir ce qui s'est passé : un homme dit "le basané" et une femme blonde avec une queue de cheval.
De longues recherches, lectures de dossiers, rencontres, interrogations etc....
James en renouant avec la famille de sa mère aura l'agréable surprise de récupérer des photos d'elle dans sa jeunesse, verra la maison où elle a vécu, petit à petit il l'apprend, sa mère lui appartient, il veut la retrouver, la reconnaître.
"Je ne laisserai pas s'installer de fin. Je ne la trahirai pas, ne l'abandonnerai pas une nouvelle fois."

***
ce que j'en pense : Un peu de redites par rapport à la lecture du Dalhia noir.

Il me fait de la peine ce "môme" qui doit vivre sans la régularité, l'affection  de sa mère qu'il a repoussé ;  dans la permissivité de son père (un raté), l'obsession du crime sexuel, sans amis (seul Lloyd l'aidera), qui devra faire tout et n'importe quoi pour être "remarqué" pour exister aux yeux des autres.
Pourquoi ce besoin du "noir" pour se retrouver, pour retrouver sa mère ?
Cette haine/amour qu'il a d'elle  (rêve et visions incestuelles, à l'âge adulte) est-ce un complexe d'oedipe  refoulé et qui ressurgirait plus tard dans la vie de l'adulte ?

j'attends l'analyse de Chrysta (notre spécialiste) qui doit lire aussi ce livre.

C'était donc une lecture "noire", où tout nous est dévoilé sur le minutieux et long  travail d'enquête d'un policier de la criminelle. Une vision aussi de la société américaine à l'époque des années 50 et l'évolution 30/40 ans plus tard. J'ai eu l'impression que LA était une zone de largage de corps de femmes assassinées.
Ecriture incisive qui sied à l'ambiance.


Mots-clés : #autobiographie #criminalite #lieu

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Message par chrysta le Ven 13 Sep - 5:50

James Ellroy Ma_par11

Ma part d'ombre

«Et je t’ai failli comme talisman – je me dresse donc aujourd’hui comme ton témoin. Ta mort définit ma vie. Je veux mettre tes secrets au grand jour. Je veux te donner vie» (Ellroy, 1999, p. 10).

« Ma part d’ombre » allie la quête d’Ellroy pour retrouver le souvenir de sa mère en retraversant son meurtre, le 22 juin 1958, et en revisitant des éléments de la vie de celle qu’il a si peu connue, se réappropriant ainsi peu à peu la part d’elle en lui.  En parallèle, au travers de l’enquête qu’il mène, il traite du crime de femmes en Amérique.

Ce livre est aussi un dévoilement de soi pour l’auteur, tant dans la retraversée qu’il fait de ses années d’enfance, tiraillé entre père et mère, de sa descente aux enfers suite au décès de sa mère, et de sa sortie progressive de ce gouffre qui l’avait aspiré dès l’enfance.

Ellroy enfant est pris entre deux parents qui donnent le change face aux amis, mais qui se déchirent dans le privé. Son père, qui a eu un temps de réussite professionnelle auprès d’une actrice célèbre, Rita Hayworth, avec laquelle il aurait eu une courte liaison, reste dans le souvenir et la malédiction de ce moment, et devient par la suite un homme déplaçant sur sa femme, rousse comme Rita, sa haine contre celle qui l’a licencié, humilié. Au-delà de cette expérience auprès de l’actrice, il ne fera plus rien sauf végéter au domicile, entretenu par sa femme, infirmière de carrière, qui se démène pour faire vivre la maisonnée et lui reproche de ne pas chercher d’emploi.
Le père d’Ellroy dresse à son fils un portrait de sa femme peu élogieux, la traitant de pute et d’alcoolique, projection et/ou déplacement sur elle de sa haine contre celle qui l’a licencié et annihilé dans le même temps ses rêves de gloire. Comment ne pas faire le parallèle entre ces deux rousses que sont Hayworth et Jean Hilliger, la seconde n’étant qu’un ersatz de la première.  Viré, et dévirilisé par cette première femme-fantasme qu’est Rita Hayworth, le père d’Ellroy transfère sur sa femme (dès le moment où il la choisit il me semble), ce qu’il a d’ambivalence envers sa patronne puis ancienne patronne. Homme dévirilisé par ces femmes fortes, il tente de les salir par un discours sur sa femme diffamatoire qu’il sert régulièrement à son fils.  Celui-ci,  loyal envers ce père faible, va en arriver dès l’enfance à haïr sa mère et à la percevoir au travers du regard de son père, tout en même temps qu’il est obsédé sexuellement par sa mère tout  en désirant sa mort, agression ultime contre celle dont il se dit qu’il doit la haïr mais qui porte la responsabilité de générer en lui ce désir.

Jean Ellroy (Geneva Hilliger de son nom de naissance) finit par le quitter, emmenant leur fils avec elle, certainement pour le préserver, de la mauvaise influence paternelle. Commence une vie pour J.Ellroy où il est balloté entre El Monte, nouveau lieu de résidence de sa mère, et le domicile de son père le week end.

Chaque week end, il retrouve celui qu’il idolâtre, celui qu’il perçoit comme la victime de sa mère, cette « putain et alcoolique » que lui décrit son père sans filtre. Entre une mère forte et un père faible, il se range dans le conflit de loyauté qui l’anime du côté de son père, adoptant son discours sur cette mère volage dont il se construit lui-même une image négative, amplifiant les alcoolisations maternelles et les amants de sa mère dans son souvenir. Sa mère est pour lui une femme dépravée, qu’il hait tout en même temps qu’elle l’excite, lui qui tente de la voir nue et s’imagine des ébats avec elle.

Il désire la voir morte pour pouvoir vivre avec son père et, malheureusement pour lui, cette mort survient dramatiquement, le confrontant aux affres plus ou moins de la culpabilité que son désir ait pu causer cela, à la culpabilité de son plaisir qu’elle soit morte.

Ce roman est un dévoilement de soi, une catharsis n’excluant pas au lecteur d’explorer avec l’auteur toutes les parties sombres de son âme et de son histoire, que ce soient ses fantasmes à ciel ouvert, sa chute lente vers la déchéance, sa renaissance, etc .

L’Œdipe, pour te répondre Bédoulène, reste quelque chose qui se passe dans l’inconscient et se manifeste par des symptômes et autres actes manqués, etc. Chez Ellroy, on perçoit que les fantasme ne sont dissimulés derrière aucun voile, mais plutôt existent à ciel ouverts, violents, obsédants, torturants. Ellroy semble s’identifier de manière mimétique à son père, et non de manière symbolique. Il ne peut lâcher l’obsession pour sa mère car son père ne fait pas tiers, il reste de ce fait, même tardivement, fixé sur celle-ci, obsédé par celle-ci, non limité par l’interdit oedipien qui ne semble pas vraiment construit, ou au mieux mal construit.

A côté de cela le père est également perçu du côté de sa puissance sexuelle, restaurée pour pallier à la faiblesse de cet homme déchu. De son père, Ellroy dit et répète en effet : « il était grand et bâti et possédait une queue extraordinaire. », ce pour restaurer il me semble une virilité à cet homme dévirilisé par sa femme toute puissante.

C’est sur ce terrain qu’Ellroy perd tragiquement sa mère dans un meurtre sadique et sexuel. La putain a ce qu’elle mérite pourrait-il penser comme son père, et pensera t’il pendant un temps, mais la putain et le corps de sa mère continue de l’obséder. Il la cherche dans les maisons de jeunes filles qu’il intruse, allant les voler, les observant dans leurs ébats sexuels, devenant un voyeur presque professionnel avec quelques jeunes filles choisies qui sont ses muses un temps car il leur fait de nombreuses visites dont elles ne savent rien.

Voyeur, antisémite, drogué, SDF, Ellroy passe par des moments compliqués jusqu’à sa renaissance, par des moments où l’on perçoit la quête désespérée d’une identité par le mimétisme, identité qui n’arrive pas à se construire vraiment.

Là-dessus, la lecture est un fil rouge, élément qui le relie constamment à sa mère et son père, sa mère car elle lui a fait apprécier les livres, son père car celui-ci lui offre un livre d’enquêtes criminelles peu après le décès de sa femme qui fera découvrir à Ellroy l’affaire du Dahlia noir, porte d’entrée pour une reprise de contact indirecte avec sa mère et son souvenir.

On peut supposer des éléments psychotiques chez Ellroy, tant par cette non construction œdipienne, que par l’écriture manquant de liant, faite comme un rapport de police, désaffectivée, dans laquelle on a du mal à imaginer, fantasmer, tant elle est un condensé de pur réel. Il évoque aussi dans le roman plusieurs épisodes délirants où il sentait des gens qui lui sondaient l’esprit, qui se branchaient sur ses ondes cérébrales. Ces délires surviennent dans un contexte de prise de toxique, et, de ce fait, il est difficile de les envisager comme signe d’une psychose avérée.

A côté de l’hypothèse psychotique, celle de la dissociation traumatique, qui n’exclue pas forcément la première, est à mon sens intéressante à creuser. Ellroy est confronté en effet depuis l’enfance à un climat familial perturbant, troublant les liens d’attachement possibles, les pervertissant, empêchant qu’ils soient organisés. Là-dessus, la perte de sa mère dans ces circonstances le fige dans un imaginaire autour de la mort de celle-ci, de son sexe, de sa sexualité, de sa moralité, image partiellement construite par ce qu’il a perçu de l’affaire et certainement des bribes qu’il en a entendu (si tant est que ce ne soit que bribes).

La suite serait une sorte de répétition des éléments traumatiques où il est tant dans la position de l’agresseur que de la victime, et où la toxicomanie et l’auto- agressivité à son égard feraient office de conduites dissociantes lui permettent de tenir, mécanismes défensif d’extinction émotionnelle tout en même temps que figuration de la dépravation qu’il ressent à l’intérieur.

La créativité littéraire, et les enquêtes, viennent permettre à Ellroy de peu à peu symboliser le meurtre de sa mère, se réapproprier l’histoire de celle-ci et, de ce fait, la sienne propre.

Le lien entre la dimension traumatique et la créativité littéraire d’Ellroy est présent dans ma tête dès la lecture du Dahlia noir, et les prémisses que j’ai lus de « sur les traces d’un tueur » tout aussi bien que « Ma part d’ombre » me confortent dans cette lecture de l’artiste et de son œuvre.

Au-delà de l’intérêt d’analyse, j’ai vraiment du mal avec le style d’Ellroy, et encore plus ici que dans le Dahlia noir. Le rythme est urgent, saccadé, avec une profusion de détails livrés dans des phrases courtes, juxtaposées pendant des pages, sans affect perceptible, un rapport de police exhaustif sur les 80% du roman qui enchaine les phrases courtes livrant moult détails qui empêchent d’entrer dedans, et finalement donne le sentiment d’être toujours dehors, exclu, saturé de détails qui s’amoncellent, s’enchevêtrent et ne s’inscrivent pas en nous. C’est cet aspect qui a été le plus pénible pour moi et fait de ce livre un moment difficile.

Là-dessus, on assiste tout de même aussi à des prémisses de psychocriminologie, et de l’idée que, ce dont une personne est décédée n’est pas le pourquoi elle est décédée, grand intérêt au cœur de toute les relations humaines prédéterminées par certains signifiants. Ellroy explore ce pourquoi, se décalant peu à peu des raisons évoquées par le père, redonnant vie à une mère toute en nuance, en émotion, et non seulement à la putain et alcoolique à laquelle la résumait son père.
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Message par bix_229 le Ven 13 Sep - 15:36

Merci pour ce long développement, Christa.
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Message par Bédoulène le Ven 13 Sep - 18:07

merci beaucoup Chrysta ! ton analyse ouvre toujours des réalités, extirpe des mots, que le lecteur lambda ne perçoit pas facilement.

Je pense, dans le temps, lire un autre livre d'Ellroy et je n'oublierai pas "Le lien entre la dimension traumatique et la créativité littéraire d’Ellroy "

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Message par Jack-Hubert Bukowski le Sam 14 Sep - 11:34

Merci pour cette lecture, Chrysta!
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