Des Choses à lire
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Georges Brassens, Lettre à Toussenot


Philippe Jaccottet

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Message par Aventin le Ven 26 Juil - 20:10

Philippe Jaccottet

Philippe Jaccottet Philip10

Né le 30 juin 1925 à Moudon (Suisse, Canton de Vaud).

Biographie:
Philippe Jaccottet a été initié très jeune à la poésie par Gustave Roud (1897-1976), son voisin et ami qui lui fera découvrir Novalis et Hölderlin. À 21 ans, il traduit Rilke qui aura une profonde influence sur les poèmes recueillis dans ce qu’il considère comme son premier livre, L’effraie, publié par Jean Paulhan en 1953. Vivant à Paris, de 1946 à 1952, il s’y lia d’amitié avec des poètes de sa génération comme Yves Bonnefoy, Jacques Dupin, André du Bouchet, Francis Ponge ainsi qu’avec Pierre Leyris, André Dhôtel et Henri Thomas. Il s’établit en 1953 à Grignan, dans la Drôme provençale, où il vit encore aujourd’hui. On lui doit avec ses nombreux poèmes, et ses importants travaux critiques, des traductions essentielles (Homère, Gongora, Hölderlin, Mann, Goethe, Leopardi, Ungaretti, Mandelstam). C’est également lui qui a rendu accessible au lecteur français la quasi-totalité de l’œuvre de Robert Musil. Il est, après Saint-John Perse et René Char, le troisième poète à être entré vivant dans la Bibliothèque de la Pléiade.
Source: Letempsquilfait.com

Bibliographie:
(NB: biblio sommaire et néanmoins fort fournie, il manque les anthologies, les traductions, les correspondances et les préfaces - voir wikipedia pour complément éventuel)

* Poésie, récits et carnets :
- Trois poèmes aux démons, précédés de Agitato, Aux Portes de France, 1945
- Requiem, Mermod, 1947
- L'Effraie et autres poésies, Gallimard, 1953
- L'Ignorant, Gallimard, 1958
- L'Obscurité, Gallimard, 1961
- La Semaison, Payot, 1963
- Airs, Gallimard, 1967
- Leçons, Payot, 1969
- Paysages avec figures absentes, Gallimard, 1970
- Chants d'en bas, Payot, 1974
- À travers un Verger, illustrations de Pierre Tal Coat, Fata Morgana, 1975
- À la lumière d'hiver, Gallimard, 1977
- Les Cormorans, gravures de Denise Esteban, Idumée, 1980
- Des histoires de passage. Prose 1948-1978, Roth & Sauter, 1983
- Pensées sous les nuages, 1983
- Autres journées, Fata Morgana, 1987
- Hiver, gravures de Daniel Bambagioni, Daniel Chompré et François Righi, Le tailleur d'images, 1987
- La Semaison, Carnets 1954-1967, Gallimard, 1984
- Cahier de verdure, Gallimard, 1990  
- Libretto, La Dogana, 1990
- Poésie, 1946-1967, Gallimard, 1971
- Requiem (1946) suivi de Remarques (1990), Fata Morgana, 1991
- Cristal et fumée, Fata Morgana, 1993
- À la lumière d'hiver ; précédé de, Leçons ; et de, Chants d'en bas ; et suivi de, Pensées sous les nuages, Gallimard, 1994
- Après beaucoup d'années, Gallimard, 1994
- Autriche, Lausanne, Éditions L'Âge d'homme, 1994
- Eaux prodigues, Nasser Assar, lithographies, La Sétérée, J. Clerc, 1994
- La Seconde Semaison : carnets 1980-1994, Gallimard, 1996
- Beauregard, postf. d'Adrien Pasquali, Éditions Zoé, 1997
- Paysages avec figures absentes, Gallimard, (1976) 1997
- Observations et autres notes anciennes : 1947-1962, Gallimard, 1998
- À travers un verger ; suivi de, Les cormorans ; et de, Beauregard, Gallimard, 2000
- Carnets 1995-1998 : la semaison III, Gallimard, 2001
- Notes du ravin, Fata Morgana, 2001
- Et, néanmoins : proses et poésies, Gallimard, 2001
- Nuages, Philippe Jaccottet, Alexandre Hollan, Fata Morgana, 2002
- Cahier de verdure ; suivi de, Après beaucoup d'années, Gallimard, 2003
- Truinas / le 21 avril 2001, La Dogana, 2004
- Israël, cahier bleu, Fata Morgana, 2004
- Un calme feu, Fata Morgana, 2007
- Ce peu de bruits, Gallimard, 2008
- Le Cours de la Broye : suite moudonnoise, Empreintes, 2008
- Couleur de terre, par Anne-Marie et Philippe Jaccottet, Fata Morgana, 2009
- La Promenade sous les arbres, Éditions La Bibliothèque des Arts, 2009 (1er tirage : 1988), Mermod, 1957 (1re édition)
- Le Retour des troupeaux et Le Combat inégal dans En un combat inégal, La Dogana, 2010
- L'encre serait de l'ombre; Notes, proses et poèmes choisis par l'auteur, 1946-2008, Gallimard, 2011
- Taches de soleil, ou d'ombre, Notes sauvegardées, 1952-2005, Le Bruit du temps, 2013
- Œuvres, Gallimard, 2014
 
* Essais :
- L'Entretien des muses, Gallimard, 1968
- Rilke par lui-même, Éditions du Seuil, 1971
- Adieu à Gustave Roud, Bertil Galland, 1977 (avec Maurice Chappaz et Jacques Chessex)
- Une transaction secrète. Lectures de poésie, Gallimard, 1987
- Écrits pour papier journal : chroniques 1951-1970, textes réunis et présentés par Jean Pierre Vidal, Gallimard, 1994
- Tout n'est pas dit. Billets pour la Béroche : 1956-1964, Le temps qu'il fait, 1994
- Le Bol du pèlerin (Morandi), La Dogana, 2001
- À partir du mot Russie, Fata Morgana, 2002
- Gustave Roud, présentation et choix de textes par Philippe Jaccottet, Seghers, 2002
- De la poésie, entretien avec Reynald André Chalard, Arléa, 2005
- Remarques sur Palézieux, Fata Morgana, 2005
- Dans l'eau du jour, Gérard de Palézieux, Éditions de la revue conférence, 2009
- Avec Henri Thomas, Fata Morgana 2018

Source: wikipedia
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Message par Aventin le Ven 26 Juil - 20:11

Tout n’est pas dit

Philippe Jaccottet Tout_n10

125 pages environ + une note liminaire de l'auteur.
Lu dans la jolie édition ci-dessus (éd. Le temps qu'il fait, 2002), l'aquarelle reproduite en couverture est d'Anne-Marie Jaccottet.

Une quarantaine de chroniques de presse, d'ailleurs chacune de la taille d'un article, parues de 1956 à 1964 dans un modeste journal suisse, La feuille d'avis de La Béroche.

Lieux, lectures, paysages, personnages, voyages, saisons y sont dépeints avec pas mal de finesse, de légèreté, de grâce même parfois - avec une poésie sous-jacente.

Ouvrage parfait pour une découverte en douceur de l'auteur.
Et aussi -c'est la première fois que j'écris ça sur le forum !- livre susceptible de plaire au plus grand nombre des habitués de Des Choses à lire.





...le camp ensommeillé des eaux...:

Paysage de Cala-Ratjada a écrit:Dans ce tumulte et dans cet éclat, entre la force patiente de la terre et la pression des eaux dociles à on ne sait quel commandements, la maison, ici, n'est qu'un refuge pour l'ombre, une petite forteresse de fraîcheur. On ne l'imagine pas encombrée de tapis ou de rideaux: pourvu que les murs y soient, les jalousies qui protègeront le lit, la table et le feu. Tout juste si l'on a besoin d'une lampe: une bougie suffira bien pour franchir la courte nuit et rejoindre l'aube, l'heure où la dernière  chauve-souris s'éloigne en titubant, comme le fantôme dans Hamlet, au chant du coq.  Les volets, ouverts un instant sur le camp ensommeillé des eaux, sur les lueurs rouges du ciel où ne sont plus visibles que quelques étoiles très brillantes, sur le phare dont pâlissent déjà les feux, seront vite refermés comme on laisse retomber la porte de la tente; et tout ce qui entoure la maison blanche sera réenvahi par la richesse de la lumière, les cris des oiseaux et le passage des vents.


...le regard des vieillards est un très long regard ...:

Le passage des saisons a écrit:L'hiver est une chambre basse: c'est une des images qu'il me semble pouvoir choisir pour en exprimer un des aspects essentiels, et cette image m'est venue surtout en pensant à la brièveté du jour en cette saison, au vol bas du soleil, comme si quelque chose pesait sur la lumière, quelque chose qui serait la nuit, l'obscurité, le froid. Alors on assiste à un recueillement général du monde, dans une immobilité et un silence relatifs. Nuages souvent bas, neige épaisse ou terre humide: l'homme des campagnes ou des jardins se replie sur soi, frissonne, baisse les yeux; on l'imagine qui hâte le pas pour regagner sa chambre et s'envelopper d'un manteau de fumée. La lumière est trop faible, trop fatiguée pour pouvoir pénétrer jusque dans les recoins; le monde est vieux, toutes les choses de la terre ne bougent plus qu'avec des précautions de vieillard. Et de même que le regard des vieillards est un très long regard qui, des objets à leur portée, s'étend à travers les années et s'étale lentement au-dessus des plaines pendant quelques heures, puis retombe et s'éteint.  
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Message par Tristram le Ven 26 Juil - 21:15

Merci pour cette découverte totale !
Pas loin de Réda ?

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Message par animal le Ven 26 Juil - 21:36

J'en ai de côté et c'est son travail de traducteur qui m'a séduit (Musil notamment oui). Et comme porte d'entrée j'ai choisi une forme plus habituelle pour moi.


Philippe Jaccottet 41kvth10

L'obscurité

L'ancien élève, ou mieux, le disciple d'un grand philosophe, dont l'enseignement et la bienveillance personnelle ont joué un rôle capital dans sa vie, revient d'un long séjour à l'étranger et son premier soin est de revoir son maître. Après de longues recherches, il découvre sa retraite. La découverte est navrante : ce brillant esprit, ce savant admiré et fêté, cet amoureux fougueux et romanesque, ce père enfin, ont fait place à une espèce d'animal farouche qui vit seul dans l'obscurité, replié sur lui-même en une sorte d'attente provocante et révoltée de la mort. Car cet homme est une victime de l'idée de la mort ; elle s'est emparée de son esprit au point que toute activité, toute vie affective lui sont devenues impossibles. Aucune des hautes pensées qu'il inculquait jadis à ses élèves n'a eu de pouvoir contre l'horreur de cet anéantissement inéluctable. Il répond aux questions gênées de son disciple par des phrases comme : « Rien n'est vrai, rien n'est hormis le mal de le savoir ».
Le disciple cherchera donc seul une telle maladie de l'âme : « Ce sont peut-être les légers, les téméraires qui ont raison..., ceux qui acceptent le risque de se perdre sans espoir de compensation... »
Ce récit se distingue par une simplicité qui n'exclut pas une réelle science d'écriture, par son sens subtil des nuances et des atmosphères, sa pudeur, qui ne voile cependant pas le drame du disciple devant l'échec de son « maître ».

Un récit d'apprentissage qui part de la chute du "maître", très épuré dans ses thèmes et ses événements et très bien construit et en gardant une distance voire distanciation. Ce qui permet de se prendre facilement au jeu. Un jeu qui n'en est jamais tout à fait un, d'une part en ressentant les mouvements primitifs qui animent le maître mais aussi le disciple et d'autre part en se laissant aller à l'observation, qui est un jeu du disciple narrateur. Les thèmes qui se mêlent sont l'amour sous différentes formes et par là, et en même temps, le rapport à soi et aux autres. Avec de vrais choix envisagés, une vraie solitude, une vraie "peur". C'est franchement direct dans le retour sur le maître et pas seulement le retour de celui-ci ayant abandonné sur lui même (comment éviter les spoilers en étant incompréhensible ?) ... le regard du disciple avide de leçons d'abord mais déjà observateur puis devenu... lui même, également ?

Ce qui est intéressant en plus des atmosphères savamment ajustées et pas gratuites ce sont les choix, de l'individu, la quête de sens, pour "croire" ou non en fin de compte. Sans grosses horreurs et sans grosses guimauves, très loin de là, les choses essentielles sont là, les choix aussi, et la condition plus ou moins désespérée qui accompagne chacun. Beaucoup de sobriété pour un état quasi intemporel.

Pas spécifiquement réjouissant mais intéressant, juste (le mot bête), et sans doute serein dans la possession de ses moyens.

Et ça donne envie de le lire. Forcément.


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Message par Aventin le Ven 26 Juil - 22:38

@Tristram a écrit:Pas loin de Réda ?
Je ne sais pas trop, Jaccottet ça doit faire quatre bons lustres que je parcours épisodiquement sa poésie, que je tiens pour remarquable mais déguste plutôt en gourmet qu'en goinfre, et là c'était un tout petit galop d'essai, vraiment du domaine de l'exception, dans ses autres écrits tandis que Réda c'est, à l'opposé, la lecture de sa poésie proprement dite que je n'ai pas encore déflorée.

C'est par la lecture d'André du Bouchet que je suis arrivé à Jaccottet, André du Bouchet dont je suis complètement fan, à mon avis un très grand de la poésie francophone [encore] contemporaine, si l'emploi de la notion de contemporanéité en poésie ne vous choque pas s'agissant d'un auteur décédé en 2001.
Si je remets la main dessus, à ce propos il faudrait que je vous fasse passer l'étonnante narration qu'effectua Jaccottet des funérailles de du Bouchet, le moins qu'on puisse dire c'est que ce n'est pas dans le registre classique d'un tel exercice de style !

Ils étaient proches, bons potes si j'ai bien compris, tous les deux ayant choisi d'habiter dans la Drôme:
Grignan pour l'un et Truinas pour l'autre, bref, dans des parages que je situe au doigt mouillé, en visant à travers les géraniums de mon balcon avec l'œil gauche et en fermant l'œil droit, pas tant éloignés que ça tout de même des splendides contrées d'Eglantine.  

@animal a écrit:Beaucoup de sobriété pour un état quasi intemporel.

Pas spécifiquement réjouissant mais intéressant, juste (le mot bête), et sans doute serein dans la possession de ses moyens.

Et ça donne envie de le lire. Forcément.

Bien observé - tu donnes envie de se plonger dans le bouquin - pour un acquiescement de grand dadais, bateau, à deux centimes:  "Beaucoup de sobriété pour un état quasi intemporel, sans doute serein dans la possession de ses moyens" ça colle pas mal à sa poésie aussi.

Un petit exemple, mieux qu'un long laïus, Effacement du peuplier:

Effacement du peuplier a écrit:
L'ouragan dégarnit les bois.
J'endors, moi, la foudre aux yeux tendres
Laissez le grand vent où je tremble
S'unir à la terre où je croîs.

Son souffle affile ma vigie.

Qu'il est trouble le creux du leurre

De la source aux couches salies !

Une clé sera ma demeure,

Feinte d'un feu que le cœur certifie;

Et l'air qui la tint dans ses serres.
Aventin
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