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Novalis

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Message par Tristram le Lun 29 Juil - 12:53

Novalis
(1772- 1801)

initiatique - Novalis Novali10

De son vrai nom Georg Philipp Friedrich, Freiherr (« baron ») von Hardenberg, Novalis est un poète, romancier, philosophe, juriste, géologue, minéralogiste et ingénieur des Mines allemand. Il est l'un des représentants les plus éminents du premier romantisme allemand, celui de Iéna.
Novalis rencontre en 1795 le philosophe Fichte, premier grand nom de l'idéalisme allemand, en compagnie de Friedrich Hölderlin, autre grande figure de poète-philosophe de l'époque.
Novalis rencontre par hasard la très jeune Sophie von Kühn (alors âgée de 13 ans), avec laquelle il se fiance secrètement en 1795. La mort prématurée de Sophie par tuberculose, survenue en 1797, atteint considérablement Novalis, qui vécut cette disparition comme une authentique expérience mystique, philosophique et poétique, à l'origine de l'un des plus grands textes lyriques du premier romantisme allemand, les Hymnes à la Nuit.
Fulgurant comme à son habitude, intégrant quantité de matières tout en satisfaisant son goût prononcé du détail, il poursuit ses recherches sur la nature et effectue des missions scientifiques.
Il se lance en 1800 dans sa grande-œuvre, la rédaction de Heinrich von Ofterdingen, un roman d'une puissante complexité (sous des dehors en apparence accessibles), dont les multiples portes d'entrée, le travail sur le style et l'écriture réflexive, en font l'un des premiers romans « modernes ». Cet ouvrage condense toutes les exigences romantiques (réflexivité, ironie, référence au roman de formation goethéen, transgénéricité, etc.) et demeure inachevé, par la mort de Novalis mais aussi peut-être en raison de la nature même de l’œuvre romantique.
Novalis meurt de phtisie a 28 ans et laisse derrière lui une œuvre polyphonique, extraordinaire par sa créativité, son élévation spirituelle et la beauté de son expression, allant de la théorie de la littérature jusqu'à l'histoire des sciences ou l'élaboration d'une philosophie transcendantale renouvelée après Kant.

Ayant peu publié de son vivant, il est néanmoins l'auteur de milliers de notes théoriques, alliant science naturelle, poésie, religion, économie, politique et philosophie. L'essentiel de ces notes, prises entre 1798 et 1799, font partie d'un ensemble intitulé Le Brouillon général. Penseur du rêve, de la vie et de la mort, de la maladie, de l'affect, de la représentation, et du sensible en général, Novalis articule toutes ces dimensions à travers différentes écritures : narrative, lyrique, versifiée, fragmentaire, etc.

Traductions françaises :

• Hymnes à la nuit
• Chants spirituels
• Les Disciples à Saïs
• Trois nuits
• Le monde doit être romantisé
• Art et Utopie
• Semences
• Le Brouillon général
• Journal intime après la mort de Sophie
• Lettres de la vie et de la mort (1793 – 1800)
• Henri d'Ofterdingen
• Poésie, réel absolu
• Ainsi parlait Novalis

(D’après Wikipédia)

_________________
« Nous causâmes aussi de l’univers, de sa création et de sa future destruction ; de la grande idée du siècle, c’est-à-dire du progrès et de la perfectibilité, et, en général, de toutes les formes de l’infatuation humaine. »
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Message par Tristram le Lun 29 Juil - 13:19

Henri d’Ofterdingen : un roman

initiatique - Novalis Henri_10


Ce roman condense toutes les thématiques typiques du romantisme, comme l’âge d’or, le rêve, les alternances juvéniles d’exaltation et de mélancolie :
« J’ai un jour entendu ce qu’on raconte des temps anciens, et comment les rochers, dans ce temps-là, les arbres et les bêtes s’étaient entretenus avec les hommes ; [… »

« Le rêve, à ce qu’il me paraît, est une défense et notre sauvegarde contre la routine et la banalité de notre existence, les libres vacances de l’imagination enchaînée, où elle s’amuse à mettre sens dessus dessous toutes les façons de la vie et à couper d’un jeu d’enfant joyeusement folâtre le perpétuel sérieux affairé de l’adulte. »
Date et lieu de naissance de la célèbre Fleur Bleue, ce livre est difficilement lisible en cette époque de désillusion… Il paraît puéril et mièvre au premier abord, il faut faire la part des amours béates, y compris filiale, patriotique et divine, bref voilà encore une œuvre qui demande un effort de la part du lecteur !
« ‒ Votre élève, je le resterais bien toujours, alors que Klingshor regardait ailleurs.
Elle se pencha vers lui subrepticement ; il la prit par le cou et mit un baiser sur la bouche douce de la jeune fille rougissante. Elle s’écarta de lui avec une délicieuse lenteur, et non sans lui tendre, d’un geste gracieux et enfantin, la rose qu’elle avait à son corsage. Elle s’affaira ensuite à ranger son panier. Henri, dans une muette extase, ne la quittait pas des yeux. Il porta la rose à ses lèvres, puis l’épingla à sa poitrine, et s’en fut retrouver Klingshor qui regardait au loin, là-bas, du côté de la ville. »
Il s’agit grosso modo d’une suite de contes vraisemblablement initiatiques, et hermétiques dans le sens qu’on devine qu’ils correspondent à des codes allégoriques (voire alchimiques) échappant au lecteur contemporain ; à ce propos, une édition critique avec des commentaires ne serait pas superflue ‒ peut-être la Pléiade, qui dans sa publication des Romantiques allemands n’a pas retenu le traducteur de Henri d’Ofterdingen dans l’Imaginaire du même éditeur, c'est-à-dire Armel Guerne, qui paraît discuté.
Donc ode à la Poésie et à l’Amour, rêve et réalité, vie et mort, ombre et lumière, légendes et mythologies, aussi d’un Dante qui serait partagé entre Sophie et Mathilde, les deux femmes de la vie de l’auteur.
Une appréciation assez étonnante de la guerre, un peu jungerienne et fort éthérée :
« ‒ La guerre, dit Henri, me paraît somme toute une expression poétique. Les gens croient qu’il leur faut se battre pour quelque misérable possession et ne se rendent pas compte que c’est l’esprit romantique qui les soulève afin qu’en s’entre-dévorant, les inutiles méchancetés s’anéantissent d’elles-mêmes. En prenant les armes, ils servent la cause de la poésie, et c’est sous le même étendard invisible que marchent les deux armées. »
De belles fulgurances cependant :
« …] la bouche est seulement une oreille qui parle et qui répond. »
Cette définition me paraît représentative de la pensée de Novalis, voire de son projet littéraire :
« …] l’histoire : la coordination en un tout agréable et instructif de la multiplicité des incidents divers. »
J’ai personnellement été touché par l’imaginaire cailloisien des minéraux (Novalis était géologue), mais aussi des plantes, et notamment les arbres, comme êtres pratiquement vivants.
« "Comment ? s’interrogeait-il dans sa pensée : serait-il donc possible que là, sous nos pieds, se remuât monstrueusement la vie d’un autre monde ? Que des naissances sans nom se fissent dans les entrailles de la terre et s’y multipliassent, mûrissant et croissant au feu intérieur du ventre ténébreux pour devenir des créatures géantes de corps et puissantes d’esprit ? […] Ces ossements, ici, sont-ils des restes de leurs migrations vers la surface, ou sont-ils les signes d’une fuite vers les profondeurs ?" »

« C’est aussi que les plantes sont le langage tout immédiat du sol, que chaque feuille nouvelle, chaque fleur en elle-même est un certain secret qui veut se dire et qui, n’arrivant pas à trouver le mouvement et les mots de son amour et de son désir, se fait plante muette et en repos. »
Le roman est resté inachevé, mais Tieck, un ami de l’auteur, a laissé une notice concernant la suite que ce dernier entendait lui donner ; le moins qu'on puisse dire est qu'il manque une grande part, sans doute essentielle, de cet ouvrage.

Mots-clés : #contemythe #initiatique #jeunesse

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Message par Tristram le Lun 29 Juil - 13:35

De Novalis j’ai lu les Hymnes à la nuit et Henri d'Ofterdingen, mais ce sont surtout les fragments qui m’ont interpellé, il est vrai trouvés chez Bachelard, Gracq et Manguel ou Le Bris…
« Les maladies des pierres sont des végétations, les maladies des plantes des animalisations, les maladies des animaux des rationalisations. »
Novalis cité dans Julien Gracq, « Novalis et Henri d'Ofterdingen », in « Préférences »
« Temps et espace surgissent ensemble et sont par conséquent bel et bien un, comme le sont sujet et objet. L'espace est du temps solidifié. Le temps de l'espace ruisselant, variable. Le temps est : espace intérieur. L'espace est : temps extérieur. Images du temps. Espace et temps s'engendrent simultanément. »
Novalis, fragment 351
« L’arbre ne peut devenir qu’une flamme fleurissante, l’homme qu’une flamme parlante, l’animal qu’une flamme errante. »
Novalis, fragments traduits par Maeterlinck, in Gaston Bachelard, « La flamme d’une chandelle », chapitre III, « La verticalité des flammes »

« L’eau est une flamme mouillée »
Novalis cité par Bachelard, « L'Eau et les rêves »
« Pour Novalis [Monologue & autres fragments], le pouvoir du langage n’est pas que les mots définissent les choses, mais que la relation entre les mots est pareille à la relation entre les choses. Un dictionnaire est donc un recueil de pierres de touche, de points de repère dans une toile incommensurable dont la nature individuelle nous demeure inconnue mais dont les constellations nous accordent un aperçu, si bref, si mince soit-il, du mécanisme de l’univers où tout ce que nous perdons est rassemblé et tout ce que nous oublions remémoré. »
Alberto Manguel, « Je remballe ma bibliothèque », « Huitième digression »
« Un sentiment, une intuition, la vibration ‒ le génie, c’est le sens du rythme, écrit Novalis ‒ qui peut prévoir l’instant et la forme de l’éclair ? la mort seule achève, referme, totalise, fait les comptes, le romantisme allemand tend vers l’instantané. L’improvisation, donc, comme quête de cet éclair, soudain, où tout se dit ‒ et le fragment. "Le fragment est le point de rencontre du sens encyclopédique et de l’instant : la théorie, en lui, ne cesse jamais d’être intuition, aperçu, découverte. Le fragment n’est pas la poussière de la pensée, il est la pensée même à l’instant de sa formation, la pensée sans poussière, l’éclat, le couteau." [Jean-Christophe Bailly, La Légende dispersée : Anthologie du romantisme allemand] Ni un brouillon, ni un morceau, ni un puzzle : l’universel dans l’instant, une pensée de l’universel qui échappe au système, à la totalisation, un langage qui brise le discours philosophique. »
Michel Le Bris, « L’homme aux semelles de vent », V

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Message par bix_229 le Lun 29 Juil - 15:19

Les fragments valent-ils mieux que l'ensemble ?
Henri d'Ofterdingen, j'ai beaucoup ramé...
Mais il y a des notations émouvantes dans le Journal intime écrit après la mort de Sophie, sa fiancée.
bix_229
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