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Georges Brassens, Lettre à Toussenot


Vénus Khoury-Ghata

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Message par Aventin le Ven 6 Sep - 22:30

Vénus Khoury-Ghata

poésie - Vénus Khoury-Ghata Vzonus10
Née à Bcharré (Liban) le 23 décembre 1937.


Biographie:

Vénus Khoury naît au Liban, près de Beyrouth, dans une famille maronite. Fille d’un militaire francophone et d’une mère paysanne, décrite par Vénus comme "analphabète bilingue" (sic), son enfance se passe à Bcharré, le village de montagne d'où est aussi originaire le célèbre poète Khalil Gibran.

En 1957, elle se marie à un homme d’affaires. Elle entreprend des études littéraires à l'École supérieure de lettres de Beyrouth.
Elle publie son premier recueil de poésie Les Visages inachevés en 1966 et, en 1967, Terres stagnantes, chez Seghers.
Elle s’installe à Paris en 1972 après avoir épousé le médecin et chercheur français Jean Ghata venu donner une conférence à Beyrouth, ce qui lui permet de se soustraire à la guerre civile. Elle publie son premier roman en 1971, Les Inadaptés.

Vénus Khoury-Ghata obtient le grand prix de poésie de l'Académie française en 2009 et le prix Goncourt de la poésie en 2011 pour Où vont les arbres.

En 2018, elle intègre le Parlement des écrivaines francophones aux côtés de Sedef Ecer, Paula Jacques et Khadi Hane etc...

Elle a publié une quarantaine de romans et de recueils de poésie traduits en 15 langues.

Sa fille, Yasmine Ghata, est également écrivaine.

(source: modifié de wikipedia)

Bibliographie :

Les Visages inachevés, 1966
Les Inadaptés, roman, Le Rocher, 1971
Au Sud du silence, poèmes, Saint Germain des Prés, 1975
Terres stagnantes, poèmes, Seghers
Dialogue à propos d’un Christ ou d’un acrobate, roman, Les Éditeurs Français Réunis, 1975
Alma, cousue main ou Le Voyage immobile, R. Deforges, 1977
Les Ombres et leurs cris, poèmes, Belfond, 1979
Qui parle au nom du jasmin ?, Les Éditeurs Français Réunis, 1980
Le Fils empaillé, Belfond, 1980
Un faux pas du soleil, poèmes, Belfond, 1982
Vacarme pour une lune morte, roman, Flammarion, 1983
Les morts n’ont pas d’ombre, roman, Flammarion, 1984
Mortemaison, roman, Flammarion, 1986
Monologue du mort, poèmes, Belfond, 1986
Leçon d’arithmétique au grillon, poèmes pour enfants, Milan, 1987
Bayarmine, roman, Flammarion, 1988
Les Fugues d’Olympia, roman, Régine Deforges/Ramsay, 1989
Fables pour un peuple d’argile, suivi de Un lieu sous la voûte et de Sommeil blanc, poèmes, Belfond, 1992
La Maîtresse du notable, roman, Seghers, 1992
Les Fiancées du Cap Ténès, roman, Lattès, Lattès 1995
Qui parle au nom du jasmin ?, Éditions des Moires, 1995
Anthologie personnelle, Poèmes, Actes Sud, 1997, rééd. 2009
La Maestra, roman, Actes Sud, 1996, collection Babel, 2001
Une maison au bord des larmes, roman, Balland, 1998, Babel 2005
Privilège des morts, roman, Balland, 2001
Elle dit, suivi de Les sept brins de chèvrefeuille de la sagesse, poèmes, Balland, 1999
La Voix des arbres, poèmes pour enfants, Cherche-Midi, 1999
Compassion des pierres, poèmes, La Différence, 2001
Zarifé la folle, nouvelles, François Jannaud, 2001
Alphabets de sable, poèmes, illustrés par Matta, tirage limité, Maeght, 2000
Le Fleuve, suivi de Du seul fait d’exister, avec Paul Chanel Malenfant, Trait d’Union, 2000.
Ils, poèmes, illustrés par Matta, tirage limité, Amis du musée d’art moderne, 1993
Version des oiseaux, poèmes, illustrés par Velikovic, François Jannaud, 2000
Le Moine, l’ottoman et la femme du grand argentier, roman, Actes Sud, 2003
Quelle est la nuit parmi les nuits, Mercure de France, 2004
Six poèmes nomades, avec Diane de Bournazel, Al Manar, 2005
La Maison aux orties, Actes Sud, 2006
Stèle pour l'absent, Al Manar, 2006
Sept pierres pour la femme adultère, roman, Mercure de France, 2007
Les Obscurcis, poèmes, Mercure de France, 2008
À quoi sert la neige ?, poèmes pour enfants, Le Cherche Midi, 2009
La Revenante, roman, L'Archipel, 2009
Où vont les arbres ?, poèmes, Mercure de France, 2011
Orties, poèmes, Al Manar, 2011
La fiancée était à dos d’âne, roman, Mercure de France, 2013
La Dame de Syros, poèmes, éditions Invenit, 2013
Le Livre des suppliques, poèmes, Mercure de France, 2015
La femme qui ne savait pas garder les hommes, roman, Mercure de France, 2015
Les Derniers Jours de Mandelstam, roman, Mercure de France, 2016
Marina Tsvétaïéva, mourir à Elabouga, roman, Mercure de France, 2019


(source: wikipedia)
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Message par Aventin le Ven 6 Sep - 22:31

Emportés comme seuls bouquins de poésie pour quinze jours de vacances, Le livre des suppliques et Les mots étaient des loups, ce dernier étant un recueil de poèmes choisis de la [célèbre] collection Nrf - Poèsie/Gallimard, je dirais que le second est propice à la découverte, tandis que le premier est un exceptionnel transport poétique de tout premier ordre, j'en reste bouche bée.

poésie - Vénus Khoury-Ghata Le_liv10
poésie - Vénus Khoury-Ghata Les_mo10


Auparavant, de Vénus Khoury-Ghata je picorais quelques poèmes à la volée, glanés sur le Net, appréciais ses entrevues (un parcours même sommaire de la Toile vous donnera de nombreux podcasts radio, vidéos, articles de journaux, etc...).
Bref, je passais à côté, elle était telle un monument somptueux dont on sait qu'il existe et dont on se remet très bien de ne jamais l'avoir scruté ou visité.

Aujourd'hui, je suis convaincu qu'elle est l'un des plus grands poètes francophones, parmi les contemporains si vous voulez, sachant que mon curseur personnel de contemporanéité est un peu plus souple en matière de poésie que dans la quasi-totalité des autres domaines: mettons un gros demi-siècle, plutôt un trois-quart de siècle bien tassé et n'en parlons plus.

Et il me reste la plupart de ses recueils de poésie, et la totalité de ses romans à découvrir: voilà une perspective qui rend heureux rien qu'à l'évoquer !

Deux brefs poèmes en guise d'échantillons, choisis justement pour leur taille mini:

Les mots étaient des loups page 63 a écrit:
Montures courant dans leur écorce
un sang vert aux commissures des lèvres
montures végétales pour nuages fatigués
battus tel tapis de pauvre à sa fenêtre
jetés à terre plus bas que brouillard
et qu'herbe sourde au tympan éclaté
montures quand même dans la sombre écurie de la
  forêt
olivier au pied bot
chêne mâle aux épaules cagneuses
platane chiffonnier aux mains fourchues


chevaux






Le livre des suppliques, page 85 a écrit:
L'enfant qui crie de bas en haut ne peut ameuter les nuits ne peut
  alerter les soldats de plomb qui veillent sur son sommeil
la mère qui allaite sur l'envers du mur est de pierre sourde
l'ébriété de ses seins fait des remous dans l'eau de la bassine et
  fait craindre à l'enfant une inondation de l'obscurité






Mots-clés : #poésie
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Message par Aventin le Sam 7 Sep - 8:33

Dans "Le livre des suppliques" (2015), page 89 ce poème, comment ne pas voir une évocation de son frère Victor (vers: celui assis sur le vide se disait éphémère comme la flambée de houx), et de sa sœur morte à l'âge de huit mois, ce dont son père eut bien du mal à se remettre (une des trois chaises au dos interminables, les deux autres pouvant être celles des parents) ?  

Victor, le grand frère qui souhaitait devenir poète, partit pour Paris, où il ne parvint pas à se faire publier, et se liquéfia dans la drogue, l'alcool probablement aussi, et une sexualité homosexuelle débridée.
Le père, ancien militaire interprète pour le Haut-Commissariat français du temps du mandat de la république française au Liban, avait été reversé dans l'armée libanaise: c'est lui, qu'on sent absent mais terrorisant, le passeur de la langue française auprès de ses enfants.

Injonction du père à Victor de revenir au Liban. Retourné au foyer familial, le père le fit interner en psychiatrie et subir une lobotomie.
Il mourra jeune et sordidement écroué, pardon "interné".

Le père-ogre, detesté-mais-tout-n'est-pas-si-simple par Vénus.
A-t-elle, en quelque sorte, volé à son tour le feu, repris le flambeau de Victor, en divorçant d'un premier mariage à vingt ans pour suivre le scientifique Jean Ghata à Paris et s'imposer comme une femme de lettres de premier plan (de premier plan c'est moi qui l'affirme, hein) ?

bouleversante page 89 en tous cas:


la lucarne reflétait les humeurs du père
Devenait opaque lorsqu'il rentrait les mains vides
Avalait insectes et poussières lorsqu'il renversait la soupière et
 que la mère la mère ramassant les débris accusait le vent
Nous étions sept par temps de désarroi ordinaire
Quatre enfants et trois chaises au dos interminables
Celui assis sur le vide se disait éphémère comme la flambée de
 houx
Sa vie n'excèdera pas la taille d'un crayon
Qu'il nous noiera sous ses bienfaits
Un cerf-volant qui nous emportera par-dessus le toit
et un soleil de poche pour la mère qui pleuvait à chaque passage
 de nuage


si triste la maison à cinq heures de l'après-midi


Mots-clés : #enfance #famille #fratrie #huisclos #poésie #relationenfantparent #viequotidienne
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Message par Bédoulène le Sam 7 Sep - 17:31

merci Aventin, cela doit être une lecture éprouvante.

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Message par Aventin le Sam 7 Sep - 22:23

@Bédoulène a écrit:cela doit être une lecture éprouvante.

Eh bien...pas du tout en fait - c'est très fluide comme poésie, pas d'encodage ou de subtils renvois, ça se lit plutôt vite et très bien, c'est vraiment on ne peut plus digeste.

Ce qui me fascine, peut-être en avez-vous une idée à travers ces quelques brefs échantillons, c'est son art, très démarqué (sa manière, son tournemain, son style, etc...): pas d'allitérations, pas de jeu sur les vocables, une façon de grouper les poèmes (la série mère et Méditerranée dans Le livre des suppliques par ex.).

L'assemblage prosodique semble provenir d'une voix intemporelle, comme familière mais néanmoins inconnue, littéralement in-ouïe.

Je vais m'attaquer à un ou deux de ses romans à présent, mais à l'évidence je reviendrais vite fouiller, scruter ses recueils de poésie.
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Message par Bédoulène le Dim 8 Sep - 8:45

je reviendrais te lire après que tu aies lu donc un de ses romans.

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Message par Aventin le Lun 16 Sep - 0:12

Une maison au bord des larmes

poésie - Vénus Khoury-Ghata Une_ma10

Roman, 1998 (précisé Beyrouth 1950 - Beyrouth 1990 en fin), éditions Balland, 130 pages environ.

Roman douloureux autour de l'enfance, avec comme personnages principaux le père, la mère, le frère et un peu Vénus elle-même. Ses deux sœurs restent estompées, à peine évoquées, l'une même n'est, je crois, pas du tout nommée.

Un univers glaçant, un frère maudit - ou bien, apprenons-nous au fil de la lecture, porteur d'une malédiction apparaissant fatale aux yeux paternels, la pauvreté, une mère d'exception, splendide analphabète.

Assise sur le seuil, ma mère scrutait les ténèbres à la recherche d'une silhouette. Elle me fit une place  à côté d'elle et m'expliqua qu'il ne fallait pas en vouloir au père. Il est maladroit. Il ne sait pas exprimer sa tendresse. C'est dû à des faits graves qui remontent à son enfance dans un pays au-delà des frontières.
Sa main balaya le nord derrière son épaule.
- Personne, ajouta-t-elle, n'a jamais su d'où venaient la femme et les deux garçons descendus d'une carriole sur la place d'un village du sud. L'avaient-ils choisi pour l'ombre de ses platanes ou pour la porte béante de son église ? Cette femme était-elle une veuve ou fuyait-elle un mari trop brutal, un assassin peut-être ? Penchée sur le bac à lessive du monastère où elle s'était réfugiée, elle gardait un port de reine. Son maigre salaire pouvant payer les études de l'aîné, elle leur céda le petit. Il prendrait l'habit. Une femme si secrète; elle n'évoqua jamais sa fille retenue par l'irascible père et qu'elle retrouva vingt ans après, vêtue de l'habit traditionnel des paysannes venues des plaines qui fournissent son blé à la Syrie et des travailleurs saisonniers à tout le Proche-Orient.
Ma mère faisait remonter la honte de génération en génération jusqu'à ce seuil où elle attendait.

Une écriture âpre, bouillonnante, si je n'avais lu un peu de sa poésie je ne serais pas forcément convaincu que l'effet premier-jet, presque brouillon, n'est pas recherché: Tout au contraire, je crois qu'à l'évidence il fait partie du procédé littéraire mis en place: avec un objectif de fraîcheur, de percussion.
C'est très réussi.

Les pages claquent, les demi-fous qui composent le voisinage de cette pauvre maison, de cette famille déshéritée et se sentant maudite semblent imposants, inévitables autant qu'irréels, et participent à la fatalité ambiante, campés qu'ils sont à simples coups hardis, grands traits forts.
Un certain humour arrive à sourdre, telle l'humidité en milieu désertique et battu des vents.
J'ai aimé ce livre, parcouru avec la sensation de suivre un torrent dévalant.

Mots-clés : #autobiographie #culpabilité #devoirdememoire #famille #fratrie #temoignage #xxesiecle
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Message par Aventin le Sam 21 Sep - 11:20

La maison aux orties

poésie - Vénus Khoury-Ghata La_mai10

Roman, 2006, éditions Actes Sud, 110 pages environ.

J'ai beaucoup aimé ce roman.
Vénus Khoury-Ghata explique le projet en prologue:
Prologue a écrit:Deux années de travail acharné, des dizaines de pages sacrifiées avec la fausse impression de coller à la réalité. Le mot "Fin" étalé sur la dernière page et m'étant relue, j'ai constaté que ces pages ne contenaient que des pépites de ce que j'ai vécu. L'écriture seul maître à bord a tiré les ficelles et m'a entraînée vers une réalité enrobée de fiction.
  Il m'est impossible de faire la part du vrai et de l'inventé, de démêler la masse compacte faite de mensonges et de vérité. À quelle date exacte avait commencé la déchéance de mon frère ? Où fut enterré mon père ? La guerre limitant les déplacements, on enterrait sur place à l'époque. Les personnages de ce livre n'étant plus de ce monde, je les ai convoqués par la pensée et leur ai demandé de donner leur version personnelle des faits.
  Penchée par-dessus mon épaule, mon analphabète de mère me dicte ses espoirs et ses désillusions. Mon jeune mari mort il y a deux décennies me donne rendez-vous dans un café, et me demande de lui décrire ma vie après lui. Seul mon frère reste sourd à mes appels.

La maison aux orties est la maison natale au Liban, la mère de Vénus se promettait chaque jour de les arracher, ces plantes envahissantes, inutiles et inesthétique afin de planter par exemple des hortensias, et, par procrastination, différait chaque jour cette tâche promise: elle ne l'a jamais accomplie.

Roman névrotique, passablement ravagé, avec plus d'humour qu'il n'y paraît.
Il est bon d'avoir lu l'autre bouquin avec une maison dans le titre (Une maison au bord des larmes) auparavant. Au reste, l'écriture en est assez différente.
Le style est nettement plus savoureux, réfléchi, avec la mise en valeur par jeu de reliefs de passages complets que dans le tempétueux Une maison au bord des larmes, montrant ainsi que Vénus Khoury-Ghata, poète, traductrice et romancière, a décidément bien des cordes à son arc, est-il si fréquent de voir de telles évolutions stylistiques, en peu d'années, chez un romancier ?

Vénus, son défunt jeune mari, feu ses parents, son voisin Boilevent, ses chattes, sa fille Yasmine alias Mie, son amant (désigné par l'initiale M., peintre chilien de grande notoriété - pour les moins perspicaces, j'avance le nom complet tel que je le présume: Matta), les coulisses du prix Max-Jacob avec des évocations marquantes (Alain Bosquet, Jean Kaplinski, etc...), bien des petits détails tout à fait croquignolets et quantité d'autres choses encore: roman de la solitude et de la vieillesse approchant, mais certainement pas roman de la décrépitude ! Madame, vos morts sont si emplis de vie !

Mots-clés : #amitié #amour #autobiographie #humour #mort


Dernière édition par Aventin le Sam 21 Sep - 13:59, édité 1 fois
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Message par Bédoulène le Sam 21 Sep - 11:41

merci Aventin, c'est noté

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