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Georges Brassens, Lettre à Toussenot


Paul Gadenne

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Message par églantine le Ven 2 Déc - 17:55

Paul Gadenne (1907-1956)

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Chassée d'Armentières par la guerre, la famille Gadenne passe un temps à Boulogne-sur-Mer avant de s'installer à Paris, où Paul fait ses études à partir de 1918. Après avoir suivi les classes d'hypokhâgne et khâgne au lycée Louis-le-Grand, où il est notamment condisciple de Thierry Maulnier, Robert Brasillach et Maurice Bardèche, Paul Gadenne obtient à la faculté des lettres de l'université de Paris la licence ès lettres et le diplôme d'études supérieures, consacré à Proust. Il occupe un premier poste de professeur en 1932 à Elbeuf en Normandie.
La tuberculose le contraint en 1933 à interrompre sa carrière d’enseignant. Il passe alors de longs mois au sanatorium de Praz-Coutant situé près de Sallanches en Haute-Savoie.
Son premier roman, Siloé (1941), est en partie autobiographique et traite de ses séjours en sanatorium et de la réflexion qu’ils lui inspirent. Puis il tente de saisir, dans La Rue profonde (1948) et L'Avenue (1949), le mystère de la création artistique à travers un personnage de poète. La rencontre, la séparation et la culpabilité, dans le contexte de la guerre et de la collaboration, sont des thèmes également très importants et récurrents dans son œuvre ; La Plage de Scheveningen (1952) en fournit une parfaite illustration. Ce livre est l’un des plus réussis de Gadenne, avec Les Hauts-Quartiers, œuvre posthume publiée seulement en 1973, et qui a grandement contribué à sa reconnaissance. Ce dernier récit est écrit dans un style proche de Siloé, même s’il en constitue une parfaite antithèse. En effet, si Siloé relate l’éveil d’une conscience à la vie, dans Les Hauts-Quartiers est décrit cette fois un lent acheminement, dans l’enfer de la ville, vers les ténèbres, et une perte de soi à laquelle l’on ne peut échapper que par la médiation de l’écriture, qui permet d’atteindre un au-delà de la littérature qui est la vie même. Gadenne a écrit des nouvelles, désormais rassemblées sous le titre de Scènes dans le château (posthume, 1986), un recueil de Poèmes posthumes, et des réflexions sur l’art d’écrire et le métier de romancier : À propos du roman.
La maladie l'emporte après une longue agonie à l'âge de 49 ans.
Sa réclusion le pousse à la réflexion puis à l’écriture. Son œuvre a un remarquable pouvoir de suggestion. Gadenne parvient en effet à créer une atmosphère lourde, tout en utilisant des moyens narratifs très simples, où s’expriment la solitude de l’Homme et la difficulté même de son existence.
source : wikipédia

Œuvres

Romans
Siloé, Gallimard, 1941 : Page 1
Le Vent noir, Gallimard, 1947
La Rue profonde, Gallimard, 1948
L'Avenue, Gallimard, 1949
La Plage de Scheveningen, Gallimard, 1952 (Prix Fondation Del Duca) : Page 1
L'Invitation chez les Stirl, Gallimard, 1955 : Page 1
Les Hauts-Quartiers, Seuil, 1973 : Page 1

Nouvelles
Baleine, Actes Sud, 1982 (nouvelle)
Scènes dans le château, Actes Sud, 1986 (intégrale des nouvelles)

Théâtre
Michel Kohlaas

Essais
À propos du roman

Carnets
La Rupture : Carnets, 1937 - 1940,
Le Rescapé : Carnets, novembre 1949 - mars 1951

màj le 18/11/2017
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Message par églantine le Ven 2 Déc - 17:58

Paul Gadenne 312npc10



La  plage de Scheveningen.

C'est l'automne . Pas n'importe lequel , celui de 44 . Guillaume Arnoult refait ses premiers pas dans  le monde civil et tente de retrouver des repères affectifs dans ce Paris désolé où les gens sont bien tous les mêmes mais différents aussi : le temps a fait son travail , la guerre a abimé aussi .
Mais c'est à deux êtres plus précisement qu'il pense en renouant contact avec le cercle d'amis : Irène , son amour qui rompit leur relation un jour sans lui donner d'explication et Hersent son ami de jeunesse .

Au  cours d'une longue nuit qu'ils passeront dans une chambre d'Hôtel face à  une plage qui leur rappellera celle qui symbolise leur amour , cette "plage de Scheveningen" d'un tableau de  Ruysdael....qu'ils s'étaient promis de trouver dans les heures les plus folles de leur amour de jeunesse ,
Au cours de cette longue nuit qui parait sans fin ressemblant à un rêve dans une longue discussion qui semble n'aboutir qu'à des impasses ,
Le passé resurgira sans que le présent puisse éclairer les pages obscures de celui-ci .




Une pesanteur enveloppe la nuit , l'humanité toute entière semble être au rendez vous . Si Irène se glisse à travers les mots pour conserver son mystère intact laissant au lecteur et à Guillaume une grande place pour imaginer , faire et défaire des situations placées sur l'unique de la probabilité , c'est aussi pour mieux ancrer une autre histoire qui se tisse en filigrane : celle d'Hersent , l'ami qui a vendu son âme au diable , le traitre qui fait la une des journaux .

Et à travers un long monologue intérieur , Guillaume essaiera de concilier Hersent d'avant , l'ami tumultueux et déjà portant en lui le germe du mal  , comme nous tous , mais peut-être de façon plus exalté avec le coupable banni de la société et qui finira sur l'échafaud : les souvenirs se réveillent ...pêle-mêle. Alimentant le besoin de trouver des réponses à l'inacceptable , en vain . Chercher où se situe la frontière entre le germe du mal et le passage à l'acte , irréversible et où le salut n'existe plus . Nous sommes tous des Cains en puissance , et en ce sens le jugement du  frère ne doit pas exister . Comment rendre justice ....


"Nous étions des hommes, et nous découvrions qu’être des hommes, c’était répondre au même nom que nos bourreaux»
Voilà qui me rappelle la pensée de Kertesz .

Au delà de la trame romanesque qui se réduit d'ailleurs à peau de chagrin puisque de mouvements s' il en est , il n'en existe qu'un ici : celui de la pensée avec d'incessants allers et retours entre le présent et le passé , des digressions métaphysiques où il faudra trouver le véritable sens à cette oeuvre .

Il n'échappera pas au lecteur qu'il s'agit d'un discours chrétien : l'évocation des mythes bibliques jalonnent l'ensemble du texte et lui apporte une dimension supérieure .
Une nuit oppressante , pour Guillaume , pour le lecteur : On cherche à sortir de ces tenèbres pour rejoindre Irène ( la paix en grec ) vers la lumière .
La rencontre ne se fera pas .
Mais avant de partir , Irène laissera le laisser-passer à Guillaume pour qu'il retrouve ....La paix . Ailleurs ,et sous d'autres traits . Une fin lumineuse et ouverte .
Ce roman est totalement inspiré de la biographie de Paul Gadenne , l'écriture a certainement du avoir un rôle cathartique .

Paul Gadenne est un immense écrivain , injustement oublié avec une puissance quasi Dostoievskienne et d'un talent d'écriture exceptionnel .
La plage de Schevenigen pourrait faire un excellent support d'études philosophiques , rien n'est laissé au hasard , chaque virgule , changement de rythme possède un sens . Tous les personnages comportent une dimension symbolique .

Une seule lecture ne suffira pas pour venir à bout de cette oeuvre plus complexe qu'elle n'y parait .
Un bijou ?
Non , un chef-d'oeuvre .


mots-clés : #deuxiemeguerre


Dernière édition par églantine le Dim 13 Aoû - 20:45, édité 1 fois
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Message par églantine le Ven 2 Déc - 18:04

Paul Gadenne 1540-010


Les hauts-quartiers




Il en faut du souffle pour venir à bout de cette dernière oeuvre , publiée 16 ans après la mort de l'auteur .
Surtout qu'il ne s'y passe rien , amateurs d'aventures passez votre chemin .
A moins que vous ne fassiez partis de ceux qui vivent et considèrent la vie , même de peu , même dans ce qu'elle a de plus ordinaire et trivial , comme une véritable aventure .
C'est de cela dont il s'agit .
Mais comme l'ordinaire n'est rien moins qu'ordinaire et que celui qui prend le temps et le recul nécessaire pour l'appréhender sous ses différentes strates sera récompensé ou puni de sa perspicacité ,  Paul Gadenne nous offre un roman foisonnant , riches en réflexions fondamentales , de ces réflexions qui affligent autant qu'elles peuvent nourrir la ferveur de l'homme en quête de sens .

Nous suivrons Didier Aubert dans son parcours de vie bref , intense et douloureux qui se terminera comme la passion du Christ .Ou presque .
Didier Aubert , en quête lui aussi . la quête de l'effacement , de l'oubli et de la transcendance . Nourri par des lectures de Maitre Eckhart ,  Kierkegaard,  Peguy  et j'en passe , il n'a d'autres but que d'écrire un traité sur la vie des Saints .
Difficile comme tâche lorsque on est désespérément homme et soumis à toutes les souffrances terrestres . Et il a son lot dans le domaine : tuberculeux , pauvre et exposé à l'opprobre qui sévit toujours plus dès lors qu'on a la malchance de vivre dans les "hauts-quartiers " .

De là Paul Gadenne nous offre quelques portraits représentatifs de cette société post-guerre où la bourgeoisie n'en finit plus de s'embourgeoiser . Au détriment du menu peuple bien sûr , il ne saurait en être autrement .Sous la bénédiction de notre Sainte Eglise priez pour nous . Et comme les accointances du pouvoir politique et du pouvoir religieux ne se sont jamais si bien portées , en ces périodes post traumatisme , où les fondations du système social se trouvent fortement ébranlées par toute l'horreur des années de guerres et ses atrocités , la canaillerie (ou bourgeoisie , c'est bonnet blanc et blanc bonnet chez Gadenne )  s'encanaille à qui mieux à mieux ,
Paul Gadenne ne fait pas de quartiers : Les personnages sont scrupuleusement analysés pour en faire sortir toute la noirceur et la perversité . Tous les mêmes , dans les hauts-quartiers au delà de leur apparence souvent trompeuses hélas pour notre Didier qui , quoique en quête d'effacement , nous offre le paradoxe de l'homme en proie à ses désirs de renoncement et/ou d'élevation et ceux plus primaires de l'homme en quête d'amour , d'affection et de tendresse .
Affection et tendresse qu'il croisera , sans pouvoir les saisir , la quête d'absolu ne peut pas s'embarrasser bien longtemps de tout ce que cela implique d',engagement et d'enracinement terrestre . L'occasion de rencontrer l'amour et ses méandres à travers des personnages excessivement complexes ou simples dont on ne parviendra jamais à saisir le fond malgré les interminables pages d'analyse psychologique !
Finalement notre homme de l'effacement a bien des difficultés à atteindre son but , tant ses sentiments exacerbés le ramène à la vie, enchaîné par ce corps souffreteux mais violemment vivant , révolté , plein de sève et d'exaltation . Il est bien loin le chemin de la sainteté et c'est tant mieux car sa révolte douloureuse , son regard sans indulgence sur l'humanité , son audace libertaire pied de nez à tout pouvoir coercitif constitue l'essence même de cette oeuvre : Finalement l'insolence et la liberté de penser dans un monde d'hypocrisie , n'est-ce pas le début de la sainteté ?
Alors ...
Déjà prometteur avec Le jour que voici , une oeuvre de jeunesse  hélas quasiment introuvable aujourd'hui ( merci la BDP ! ).
Enchanteur avec La baleine , court récit métaphorique offrant multiples interprétations ,
Ténébreux et exigeant , hanté déjà par la culpabilité et la noirceur de l'humanité dans La Plage de Scheveningen
Paul Gadenne nous offre une dernière oeuvre encore différente , plus dense , plus douloureuse encore , dans un style d'une élégance rare qui n'est pas s'en rappeler l'écriture Proustienne , toutes proportion gardées ,  Dostoïevskien dans ses obsessions .
En ces temps de folie et de fuite avant , voilà une lecture qui nous force à nous poser et à regarder sans complaisance le triste état de notre humanité .
On peut se demander pourquoi un format si dense , alors que ,emputé de quelques centaines de pages ,il aurait probablement trouvé plus de lectorat . Je ne peux m'empêcher d'y voir une forme expiatoire , pour celui qui  fustigeait l'église et ses travers et qui pourtant  était fortement empreint de tradition judéo-chrétienne . Façon aussi de mettre à l'honneur la notion de mérite  : abruptement je dirais ....qu'il faut quand même se les farcir ces 600 ou 700 pages !
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Message par églantine le Ven 2 Déc - 18:07

Paul Gadenne Siloe-10

Siloé


Voilà une première oeuvre de jeunesse de celui qui deviendra un immense écrivain , témoin douloureux de son temps .
Très vite  je retrouve cette prose poétique fougueuse , qui m'avait emportée dans son sillage avec Les hauts-quartiers , Baleine , La plage de Scheveningen!

Crayon en mains , je m'engouffre dans cette veine littéraire avec une avidité difficilement contenue . Le livre est gros , chouette alors , j'ai de la réserve donc .

Et c'est sur les pas de Simon que je vais remonter un long chemin initiatique qui , ô délice pour la montagnarde en sommeil que je suis , me conduira dans les Alpes .
Un sanatorium en pleine montagne où Simon restera un cycle , un an , le UN dans sa grande unité .
Parce que  la grande Sorbonne et ses perspectives semblent anéanties suite à la tuberculose qu'on vient de lui diagnostiquer ,
Parce que c'est un être en quête de sens et qu'il sent une part manquante dans son chemin tracé jusqu'ici dans  la voie intellectuelle : Une centaine de pages d'ailleurs en guise de prologue peuvent décourager les lecteurs les moins motivés ...Paul Gadenne nous dresse une satire décapante du milieu universitaire de l'époque ....Cette description minutieuse et sans fin est à la mesure de l'ennui poussiéreux et oppressant de cette intelligentsia en dehors des réalités .
Simon trouvera enfin La voie , Le sentier caché , Le chemin , L'unité au contact de mère Nature dans sa forme la plus puissante en écho à sa soif d'absolu . Mais parce que l'être humain a besoin de passer par l'affect et la relation avec l'Autre , c'est par Ariane ( On ne s'étonnera pas du prénom ) , Minnie ,Jérôme et les autres que sa transformation intérieure se fera ....
Ariane , figure presque irrélle et évanescente au départ et qui prendra corps au fil du temps , peut-être trop ....Car celle ci ne peut que rester une transcendance aux yeux de Simon qui préfère son absence à sa présence à ses côtés .(si si je vous assure . )
Minnie , l'incarnation du mal et de la tentation , du grand péché qui , par sa présence , saura renforcer sa détermination sur le chemin opposé , vers le plus haut de cieux ....(là encore je vous assure )

«C’est qu’il existe parmi les fautes des fautes qui occupent une place à part; qui, au lieu d’obscurcir la conscience, l’éclairent et jettent sur le cœur une clarté d’évidence dont peut profiter la conduite. Simon ne pouvait plus en douter : Minnie appelait Ariane, comme la maladie appelle la santé, comme le doute appelle la certitude, comme la nuit appelle le jour.»

Mais aussi Jérome , le grand témoin silencieux , son pinceau à la main . Peut-être le plus bavard pourtant dans la profondeur de son silence , il suffit de savoir entendre Le silence ...semble nous dire Paul Gadenne .
Entendre , voir , sentir , c'est par les sens que Simon poursuit son long chemin initiatique . Dialoguant désormais avec les forces vives de cette nature , tout au long de ses promenades en compagnie d'Ariane ,  presque irréelle et se fondant avec la blancheur de ce décor pur et cristallin , une sorte d'entité en dehors de la vie qui guidera Simon jusqu'à la guérison ...De l'âme .

Bon , il est bien évident que nous pensons tous à La montagne magique ( tiens il faudrait que je le reprenne . En voilà un qui m'est tombé des mains au bout de 100 pages ) .
Mais je n'ai pas été du tout surprise d'apprendre qu'il était un grand admirateur de Giono ! Son écriture d'emblée m'a permise d'établir cet étrange parallèle à priori. Dans cette idéalisation de la nature , ce souffle mystique lyrique impressionnant , cette imagination tentaculaire ouvrant les portes à une vision quasi onirique .


A part que .....
Crayon en mains ....j'ai fini par m'essouffler ! Et chouette alors il ne reste plus que 100 pages .
A vouloir trop embrasser , mal étreint . Les thèmes sont ceux qui appartiennent à l'essentiel , nous sommes dans un incessant questionnement philosophique , sans relâche . Chaque phrase remet en cause la précédente . Le grande doute et la remise en question de chaque acte ou pensée .Et tout cela dans une ferveur mystique qui donne envie . Ou qui éloigne .
Péché de jeunesse ? Probablement ..... Mais je crois que ça restera malgré tout une de ses grandes caractéristiques : il s'emballe , s'enflamme ....Euh ....s'étale ? Oui ! Certes avec un indéniable talent , son écriture le range parmi les plus grands , ceux qui appartiennent aux "Classiques " .
Mais est-il sévère de percevoir une certaine forme de complaisance dans ce long roman en prose poétique qui , à vouloir trop exalter , finit par nous lasser .
Bon . A part ça ?
Lisez Paul Gadenne . Parce que quand même je l'adore .
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Message par églantine le Mar 1 Aoû - 17:13

L'invitation chez les Stirl


Paul Gadenne Paul_g10


Si ce n'est pas une oeuvre majeure de Paul Gadenne et que celle-ci comporte bien des maladresses , il n'en reste pas moins que ce court roman , que je qualifierais plutôt de longue nouvelle , possède un charme particulier lié à ce qu'il déclenche dans le lecteur une frustration ....Frustration de ne pouvoir catégoriser ce récit  et d'en définir les contours pour passer à une analyse fine , tranchante et décortiquée comme on aime à le faire , pour ensuite reposer le volume sur son rayonnage avec la satisfaction d'avoir avancé et de pouvoir garder en soi une idée précise de la lecture .
Pour L'invitation chez les Stirl , il faudra oublier sa volonté de maitrise et de classement , et accepter de n'en rien dégager de franc .

C'est une sensation de flottement , de nébulosité , de brumes qui s'insinue en nous à la lecture de cette invitation ! On suit les cogitations tortueuses d'Olivier , invité donc chez ce couple d'amis inquiétant dans une maison à l'image de ses propriétaires ; les volets grinces , les palmiers prennent forme humaine presque , la menace s'insinue partout , dans cette vaste demeure en délabrement coupée du reste du monde en apparence . Une curieuse relation s'établit entre les hôtes et leur invité , particulièrement entre Olivier l'invité et la séduisante et terrifiante petite Mme Stirl . Bien évidemment on peut y voir un exemple du triangle amoureux dans toute sa complexité mais Paul Gadenne surcharge le récit d'une approche fantastique elle-même alourdie par un tâtonnement psychologique sans fondement . Mouvance , errance dans l'obscurité d'un objectif d'écrivain inabouti  : Je le déconseillerai pour une première lecture de cet écrivain car cet ouvrage n'est en rien représentatif de l'ensemble de son oeuvre .
Et pourtant , en dépit de tout ce que je viens de souligner , j'ai aimé ce roman qui n'est pas sans me rappeler  , Le tour d'écrou d'henry James ,dans cette atmosphère d'étrangeté et de perversité effrayante des personnages .
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Message par Bédoulène le Mar 1 Aoû - 18:30

tu apprécies malgré tes critiques et tu cites le Tour d'écrou, je vais peut-être noté mais j'ai La plage de Scheveningen et Siloé

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Message par Tristram le Mar 1 Aoû - 18:36

Tu as encore trouvé les mots justes, Églantine (La plage de Scheveningen, directement dans la LAL)

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Message par églantine le Mar 1 Aoû - 18:59

@Bédoulène a écrit:tu apprécies malgré tes critiques et tu cites le Tour d'écrou, je vais peut-être noté mais j'ai La  plage de Scheveningen et Siloé
Ah je préfère insister sur le fait qu'il est préférable de commencer par un autre ouvrage que L'invitation Bédou , ce serait dommage , tu aurais une entrée en matière qui t'induirait en erreur pour aborder l'oeuvre de Gadenne

@Tristram a écrit:(La  plage de Scheveningen, directement dans la LAL)
Chouette alors ! cheers
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Message par Bédoulène le Mar 1 Aoû - 19:11

d'accord églantine, je commencerais par un autre livre parmi les deux en ma possession

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Message par ArenSor le Mer 2 Aoû - 18:38

@églantine a écrit: ...Frustration de ne pouvoir catégoriser ce récit  et d'en définir les contours pour passer à une analyse fine , tranchante et décortiquée comme on aime à le faire , pour ensuite reposer le volume sur son rayonnage avec la satisfaction d'avoir avancé et de pouvoir garder en soi une idée précise de la lecture .

C'est une sensation de flottement , de nébulosité , de brumes qui s'insinue en nous à la lecture de cette invitation !

Curieux, c'est l'impression que me fait Musil ! Very Happy
Merci Eglantine. Sans conteste, un auteur à (re) découvrir. Smile

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Message par bix_229 le Jeu 29 Aoû - 20:43

Paul Gadenne Stirl10


L'Invitation chez les Stirl : Paul Gadenne

J'ai hésité depuis des mois à parler de ce livre, mais je ne pouvais pas non plus lui échapper tant il m'obsédait. Bien au delà peut-être que ce qu'il contient. Mais tel est le propre de certains livres.

Invité à séjourner chez les Stirl à Barcos les Bains, au pays Basque, Olivier Lérins attend beaucoup de cette visite.
Ils se sont connus dans les Alpes. où les deux hommes étaient en cure et Olivier en a gardé un bon souvenir. Mais, déception, à son arrivée personne ne l'attend, personne ne s'excuse.
Le mari n'est qu'un figurant, apathique et malade. Quant à Mme Stirn, agitée, toujours en mouvement, elle ne parle que de ses chiens, deux molosses qui l'enserrent étroitement, en vrais gardes du corps. Elle ne cesse de fixer Olivier. Ses propos sont limités, répétitifs, insincères. Alors qu'elle n'a rien à dire, elle parle tout le temps. Comme si c'était le seul moyen de détourner l'attention. Mais de quoi ?
Est-elle amoureuse d'Olivier, très supérieur à son mari, falot et vide ? En s'opposant violemment et hors de propos à Olivier, cherche t-elle à tuer un sentiment en tuant la cause de de sentiment ?

Moins il comprend, plus Olivier s'entête, s'accuse. Il ne la comprend pas, s'y prend mal. Il veut la sauver. Retrouver celle dont il a gardé le souvenir. N'imaginant même pas qu'elle n'existe plus, n'a peut-être jamais existé.
Lui qui cherchait un apaisement, un soutien, une amitié ou d'avantage, il est confronté à une  "guerre de mots" dont il ne comprend pas le sens. Morfondu dans ses pensées et ses interrogations, il se rend compte parfois qu'il est prisonnier dans cette maison, au milieu de ces deux êtres. Pire, qu'il s'est piégé lui-même. Et qu'il n'a ni la force ni la volonté de partir.
La maison elle même, une immense bâtisse, a tout de la demeure hantée. Silencieuse. Seuls à certains moments les palmiers s'agitent la nuit au vent du sud et se taisent le jour.
Ainsi se poursuit ce ballet mortifère à l'atmosphère vénéneuse dans un lieu imprécis, un espace mort.
Au mieux ou au pire, une histoire d'envoutement. Réciproque ou pas.
Jamais Olivier ne se résoudra à penser que les Stirl connus en Savoie n'ont rien à voir avec ceux qu'il a sous les yeux et que les souvenirs ne sont que des miroirs biaisés et fallacieux.

Tout est interrogation dans ce récit et je souhaite qu'il en suscite d'autres.
La grand force de ce livre tient au fait que jamais l'auteur ne fournit la moindre explication.
Tout est dans le non dit, l'implicite.
Et je suis d'accord en cela cela avec Eglantine, ce livre m'a fait penser à Henry James.
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Message par Tristram le Ven 30 Aoû - 0:12

C'est vraiment une belle incitation à la lecture, Bix.

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Message par bix_229 le Ven 30 Aoû - 0:19

On s'en raconte des histoires en lisant des livres...
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Message par Bédoulène le Ven 30 Aoû - 6:55

ton commentaire Bix confirme, pour moi, le conseil d'églantine de ne pas faire la connaissance de ce auteur avec l'invitation.

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Message par Quasimodo le Ven 30 Aoû - 22:09

Ah ? Pourtant il me semblait que tu aimais Henry James, Bédoulène ?

(Moi, au contraire, le commentaire de Bix m'engage à le commencer plus vite que je n'avais prévu)

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Message par Bédoulène le Sam 31 Aoû - 8:07

oui Quasimodo j'apprécie Henry James, simplement je suivrai le conseil d'églantine pour rencontrer Gadenne - ne pas commencer par l'invitation - Smile

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Message par Tristram le Dim 15 Sep - 0:19

La Plage de Scheveningen

Paul Gadenne 312npc10

« ‒ Toutes les plages sont minées, dit-elle. Il n’y a plus de sable propre nulle part. »
Paul Gadenne déploie un angle d’attaque (ou thème) original : dans le juste après-guerre, Guillaume Arnoult retrouve Paris, comme lui plus ou moins changé, et recherche Irène, une ancienne amie, et Hersent, un ami disons de jeunesse puisque pro-allemand, collabo, un brillant modèle d’ardent manichéen déshumanisé. On n’aura garde d’oublier que Paul Gadenne eut Robert Brasillach comme compagnon d'études et ami avant la Seconde Guerre mondiale, condisciples également de Thierry Maulnier et Maurice Bardèche ‒ une belle équipe d’extrême-droite du lycée Louis-le-Grand.
« Ils ne songeaient pas davantage qu’ils vivaient dans l’histoire. Ils étaient peu portés à s’en appliquer les exemples. On leur avait toujours enseigné, telle était la doctrine, à se méfier de tout rapprochement, et que l’histoire n’a pas valeur d’exemple. Ils avaient eu des maîtres "objectifs" ; et ainsi ne pouvaient-ils pas imaginer que, dans peu d’années, les chevaux de l’ennemi viendraient boire, sous les remparts gris et roses de Provins, à cette fontaine où ils avaient bu. »

« Je crois qu’il y a des pensées qui sont des crimes. Et c’est cela qui nous accable tous. Il n’y a aucun châtiment qui atteigne ces crimes-là, ou, s’il les atteint, qui les compense. Le crime n’est jamais compensé, Irène. Et tous les châtiments tombent à faux. »
Le contexte de la Libération et de l’épuration est l’opportunité d’une réflexion sur le mal (Caïn), la trahison, l’irrémissible, la culpabilité, le « gâchis », la justice, la peine de mort, la mort tout simplement, ou encore la peur :
« Nos plus anciens souvenirs sont peut-être des souvenirs de peur. Je crois qu’au début de tout il y a la peur. Nous nous construisons tous contre elle. »
« ‒ Non, je pense que nos peurs, c’est toujours la même peur. Comme nos chagrins, n’est-ce pas ?… Il n’y a qu’une peur, qu’un chagrin… »
« La conscience, qu’est-ce d’autre justement que la peur de mourir ? Ne se serait-elle pas éveillée en même temps que cette sale peur ? »
Livre dans le livre, de longs passages en italique d’un livre écrit par Guillaume apportent le contrepoint d’un "je".
L’essentiel du roman se situe dans une nuit de conversation entre Guillaume et Irène (qui l’a énigmatiquement quitté avant la guerre), non loin d’une plage des Hauts de France, où le présent s’entrelace élégamment au passé.
« Ils s’étaient connus autrefois parmi des paysages dont il aimait penser qu’ils avaient longtemps continué, de loin, à commander leurs vies séparées, et dont ils s’étaient plu, un temps, à chercher les échos chez certains maîtres. Sans doute, en peignant cette Plage de Scheveningen, Ruysdaël n’avait-il pas songé à renouveler l’art de peindre ; mais ils avaient trouvé là, à un moment de leur vie – comme ils étaient jeunes ! – une nourriture pour leur imagination. »
L’atmosphère est lourde, accablée-accablante, désenchantée, dramatique, et quelque chose de douloureux est lentement tordu dans ces pages assez proustiennes, d’inspiration biblique ; un décalage, une distanciation :
« Les mots ne sont rien. Il fallait être nous. Rien entre nous n’était jamais vague. Nous aurions pu parler de choses encore beaucoup plus vagues en apparence, ou plus sévères : l’intérêt était toujours décentré ; – toujours un peu ailleurs, un peu au delà. »
Un vrai beau livre.

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Message par Bédoulène le Dim 15 Sep - 9:20

merci Tristram, ce sera une lecture prochaine, en sus de ton commentaire, rien que ça m'y engage :

"Je crois qu’il y a des pensées qui sont des crimes. Et c’est cela qui nous accable tous. Il n’y a aucun châtiment qui atteigne ces crimes-là, ou, s’il les atteint, qui les compense. Le crime n’est jamais compensé, Irène. Et tous les châtiments tombent à faux. »

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