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Santiago H. Amigorena

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Message par Bédoulène le Sam 21 Sep - 15:32

Santiago H. Amigorena

Né en 1962



devoirdememoire - Santiago H. Amigorena Amigor10

Santiago H. Amigorena, né à Buenos Aires le 15 février 1962, est un réalisateur, scénariste, producteur et écrivain argentin vivant en France.
C'est en 1997 que Santiago H. Amigorena rencontre Paul Otchakovsky-Laurens qui décide de publier son premier roman Une enfance laconique aux Editions POL.
Ce livre sera le premier de son projet littéraire, débuté il y a vingt-cinq ans, « l’élaboration d’une autobiographie qui se confondrait avec ses œuvres complètes, la création d’un texte monstre qui finirait par recouvrir sa vie. Et qui, en épuisant le matériau autobiographique, tarirait le besoin d’écrire, c’est-à-dire de se mettre à distance, en retrait de l’existence. »
Ce projet comporte six parties qui couvrent chacune six années de la vie du narrateur.

Spoiler:
La première partie, Une enfance laconique (publiée en 1998), se compose de deux chapitres : Le premier cauchemar, qui raconte ce que fut la vie du narrateur jusqu’à une certaine nuit de l’été 1963 où l’obscurité commença de lui faire peur, et La Première Lettre, qui s’achève en 1968, lorsque le narrateur apprend enfin à écrire.

Une jeunesse aphone, deuxième partie du projet, comporte également deux chapitres : Le Premier Exil (à paraître) ; et Les premiers arrangements (paru en 2000), qui révèle la manière dont le narrateur découvre la politique et sa plus noble possibilité (l’amitié).

Une adolescence taciturne, troisième partie du projet, se compose du Second Exil (publié en 2002), où le narrateur endure l’une des deux douleurs les plus déchirantes de sa vie (celle d’avoir été arraché à sa langue maternelle), et des Premières Fois (publié en 2016), vaste catalogues de l’adolescence qui s’achève par la première fois où le narrateur fait l’amour.

La quatrième partie, Une maturité coite, couvre les six années suivantes et se compose également de deux chapitres publiés séparément : les joies intenses des deux années du Premier Amour (2004) et les intenses souffrances des quatre années de la Première Défaite (2012), dont la parution a été salué par la critique: "La littérature n’a pas besoin d’histoire. On peut résumer La Première Défaite en une poignée de mots malingres: un amour sans retour. C’est banal. Santiago H. Amigorena en fait une épopée humaine. Santiago H. Amigorena poursuit sa formidable entreprise d'encyclopédie de lui-même, et sonde le deuil de l'amour et le manque de l'être aimé, dont seule l'écriture peut nous libérer."
Le Premier Silence et L’Autre Silence, dont l’écriture n’est pas encore commencée, seront respectivement le premier et le second chapitre d’Une vieillesse discrète, cinquième partie du projet.
Et enfin, la sixième et dernière partie du projet, qui aura pour titre La Septième Partie.

Un certain nombre d’annexes complète ce vaste projet : certaines ont déjà été publiées (1978, 2003 parue sous le titre Des jours que je n’ai pas oubliés, 2086 parue sous le titre Mes derniers mots, 1943 parue sous le titre Le Ghetto Intérieur), d’autres (1983, 2008, 1780, 2005) sont en cours d’écriture.

Voici une autre définition donnée par un critique littéraire de ce projet: "Comme des milliers d’écrivains, Amigorena est obsédé par son devancier (Proust). Sa solution est d’une folle prétention: « Faire à Proust ce que Joyce a fait à Homère. » Mais le parrainage lui permet surtout de donner libre cours à la démesure de son projet et de solder au passage le faux dilemme de l’autofiction."

source wikipedia

Bibliographie

Une enfance laconique (1998), P.O.L.
Une jeunesse aphone : les premiers arrangements (2000), P.O.L.
Une adolescence taciturne : le second exil (2002), P.O.L.
Le Premier Amour (2004), P.O.L.
1978 (2009), P.O.L.
La Première Défaite (2012), P.O.L.
Des jours que je n'ai pas oubliés (2014), P.O.L.
Mes derniers mots (2015), P.O.L.
Les Premières Fois (2016), P.O.L.
Le Ghetto intérieur (2019), P.O.L.


Dernière édition par Bédoulène le Sam 21 Sep - 15:44, édité 1 fois

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Message par Bédoulène le Sam 21 Sep - 15:41

Le ghetto intérieur

devoirdememoire - Santiago H. Amigorena 41k2km10

En exergue : Réagir de façon adéquate à l’incommensurable était impossible. Et celui qui exige cela des victimes devrait exiger du poisson jeté sur la rive qu’il se dépêche de se faire pousser des jambes pour retourner à petits pas dans son élément humide.

Günther Anders
Nous, fils d’Eichmann



Vicente a quitté sa Pologne natale, sa mère, son frère et sa sœur. S’éloigner de sa mère, prendre son indépendance, après la guerre aux côtés de Józef Piłsudski où il avait gagné ses galons de sous-officier.  Il débarque à  Buenos Aires en Argentine en 1928. Il était avec son ami d’enfance Ariel.

Il rencontre Rosita dont les parents sont aussi juifs et émigrés, ils se marient. Gère un magasin de meubles confié par son beau-père. Naissent 3 enfants. La vie est heureuse pour eux jusqu’à ce que la deuxième guerre éclate en Europe ; lui qui ne se sentait pas du tout Juif, ni Polonais depuis de nombreuses années va sombrer quand il recevra des lettres de sa mère qui lui confie leur vie dans le ghetto de Varsovie. Rongé par la culpabilité d’avoir laissé sa mère en Pologne, de ne pas avoir insisté afin qu’elle le rejoigne ainsi que sa sœur et son frère,  il se réfugie dans le silence, puis se perd dans le jeu.

Rosita ne comprend plus Vicente, elle ne reconnait plus l’homme qu’elle a aimé, épousé, qui les ignore elle et leurs enfants. Mais Vicente n’arrive plus à s’intéresser à eux il n’est plus que vide. Il s’emprisonne dans son ghetto intérieur. Il fait des rêves récurrents qui le déchirent ; le mur de son rêve qui l’emprisonne, il comprend enfin que c’est « sa peau » ; il étouffe dans son corps, sa tête. Aux questions qu’il se pose, il ne peut répondre, et il rejette le secours de sa femme, de son meilleur ami, Ariel.

« Pourquoi jusqu’à aujourd’hui j’ai été enfant, adulte, polonais, soldat, officier, étudiant, marié, père, argentin, vendeur de meubles, mais jamais juif ?

« Vicente voulait faire taire les voix des autres, les voix autour, et sa voix à lui aussi. Ou plutôt, il voulait faire taire ses voix : celle qui lui faisait encore, rarement, prononcer des mots que les autres pouvaient entendre et aussi cette autre voix, muette, intérieure qui lui parlait de plus en plus et qui résonnait parfois comme celle d’un ami intime et parfois comme celle d’un dieu étranger – la voix de sa conscience. »

Les informations qu’il recueille dans la presse le conforte dans son besoin d’isolation, car tout est imprécis et il ne peut qu’imaginer. Il se perd dans ce qu’il imagine, dans des détails qui lui semblent essentiels, comme l’idée que le châle de sa mère doit lui être autorisé.

« En 1941, être juif était devenu une définition de soi qui excluait toutes les autres, une identité unique : celle qui déterminait des millions d’êtres humains – et qui devait, également, les terminer. »

« Maintenant, il se sentait juste de plus en plus juif – sans que cela le soulage en quoi que ce soit. »


Ce n’est qu’à la fin de la guerre que lui, comme le monde connaîtra la réalité de la tragédie qui s’y est déroulée pour les Juifs d’Europe, le génocide, la Shoah !



Terrible exil intérieur que vit le narrateur, cet enfermement,  ce choix de se taire,  car se taire c’est ne plus exister ; se punir de n’être pas en Pologne, aux côtés de sa mère, de sa famille ?

C’est aussi le sujet de l’identité qui est posé.

En regard de l’évolution du ressenti de Vicente l’auteur déroule les événements en Europe. La progression de l’extermination s’inscrit aussi par les différents « noms » donnés aux actions et exactions nazies et c’est déjà odieux !
- Le repeuplement vers l’est (après qu’ait été envisagé l’opération Madagascar projekt)
- La grande action
- Le chemin du ciel (vers les douches)
- L’installation spéciale
- Le traitement spécial
- La solution finale

Comme tant d’autres livres c’est un devoir de mémoire, là tout particulièrement, devoir personnel, familial pour l’auteur puisqu’il s’agit de l’histoire de son grand-père Vicente Rosenberg et à travers lui de son arrière grand-mère morte dans les camps, ainsi d’ailleurs que le frère et la belle-soeur de Vicente.

L’auteur précise en avant du récit « À Mopi, qui l’a écrit avant moi » ; Mopi se trouve être l’écrivain et membre de la famille Martin Caparros.

C’est une lecture à faire !



Mots-clés : #biographie #deuxiemeguerre #devoirdememoire


Dernière édition par Bédoulène le Sam 21 Sep - 23:14, édité 3 fois

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Message par Tristram le Sam 21 Sep - 16:51

Quand on lit la bio, puis le commentaire de Le ghetto intérieur, il y a comme un décalage entre le projet joycien et le drame de la Shoah exposé dans ce livre. Ça donne sans doute plus le désir de le lire...

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Message par Bédoulène le Sam 21 Sep - 23:20

j'ai l'intention, si je peux me procurer les livres de lire l'ensemble du projet.

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