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Simone Schwarz-Bart

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Message par Tristram le Dim 22 Sep - 11:40

Simone Schwarz-Bart
(Née en 1938)


Esclavage - Simone Schwarz-Bart Simone10

Simone Brumant est née le 1er août 1938 à Saintes d'un père militaire et d'une mère institutrice, tous deux natifs de la Guadeloupe. Elle rentre au pays à l'âge de trois mois et fait ses études à Pointe-à-Pitre, à Paris, puis à Dakar.
À 18 ans, alors qu'elle est encore étudiante à Paris, elle fait une rencontre qui sera déterminante : André Schwarz-Bart. Celui-ci est en pleine écriture difficile de son livre Le Dernier des Justes (prix Goncourt 1959). C'est lui qui exhortera Simone à écrire à son tour car il a décelé en elle le talent d'un grand auteur. Ce sera d'abord un roman à quatre mains avec son époux : Un plat de porc aux bananes vertes, histoire des exils antillais et juif en miroir.
Puis en 1972, Simone écrit seule Pluie et vent sur Télumée Miracle qui est considéré comme un chef-d'œuvre de la littérature caribéenne.
Cette période correspond aux années de nationalisme radical en Guadeloupe : elle et son mari subissent un quasi-procès politique. Ils décident de rester en Guadeloupe mais de ne plus rien publier, et ouvrent donc une boutique d'antiquités coloniales.
Après un long silence, Simone écrit Ton beau capitaine, une pièce de théâtre en un seul acte, avant de publier, avec son époux, une encyclopédie en sept volumes, Hommage à la femme noire, mettant notamment à l'honneur toutes ces héroïnes noires absentes de l'historiographie officielle.

Œuvres :


Un plat de porc aux bananes vertes (avec André Schwarz-Bart), Seuil, 1967
Pluie et vent sur Télumée Miracle, Seuil, 1972
Ti Jean l'horizon, Seuil, 1979
Ton Beau Capitaine, Seuil, 1987 (théâtre)
Hommage à la femme noire (avec André Schwarz-Bart), Éditions Consulaires, 1989 (essai)
Au fond des casseroles, Espoir et déchirements de l'âme créole, Autrement 41, 1989
L'Ancêtre en Solitude (avec André Schwarz-Bart), Seuil, 2015
Adieu Bogota (avec André Schwarz-Bart), Seuil, 2017

(D’après Wikipédia)

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Message par Tristram le Dim 22 Sep - 11:55

Pluie et vent sur Télumée Miracle

Esclavage - Simone Schwarz-Bart Pluie_10

Ce roman semble contenir toutes les Antilles françaises, du moins les thèmes qui les particularisent dans la littérature qui va suivre.
On retrouve le typique caractère antillais dépeint par les écrivains autochtones, tempérament teinté de cette ombre amère, la défiance, un fond rancunier, voire haineux ‒ l’héritage de l’inoubliable, l’irrémissible esclavage (on peut être raciste à moins). Et tout le livre qui parle des Afro-Caribéens pauvres le fait toujours en opposition aux Blancs quand ces derniers sont évoqués.
« Il ne sut jamais dire ce qui se passa en lui et comment il en vint, sur la fin de son séjour, à considérer les Blancs comme des bouches qui se gavent de malheur, des vessies crevées qui se sont érigées en lanternes pour éclairer le monde. » (II, 13)
Pays aussi et surtout de conte, d’oralité, d’invention verbale, où l’important semble être d’avoir à dire :
« …] ils surent qu’ils auraient une belle chose à raconter, au moins une fois dans leur vie. » (I, 1)

« L’Ange Médard sourit et je lui tins la main jusqu’à l’aube, agenouillée près de lui, cependant que les gens s’amassaient en silence, devant ma case, contemplant la scène qui se déroulait devant leurs yeux et s’efforçant d’en tirer une histoire, déjà, une histoire qui ait un sens, avec un commencement et une fin, comme il est nécessaire, ici-bas, si l’on veut s’y retrouver dans le décousu des destinées. » (II, 14)
Au travers de la vie de Télumée, qui connaît plusieurs fois l’amour et sa perte, ce roman expose la précarité du bonheur, et témoigne de la dignité humaine jusque dans la misère.
« Toutes les rivières, même les plus éclatantes, celles qui prennent le soleil dans leur courant, toutes les rivières descendent dans la mer et se noient. Et la vie attend l’homme comme la mer attend la rivière. On peut prendre méandre sur méandre, tourner, contourner, s’insinuer dans la terre, vos méandres vous appartiennent mais la vie est là, patiente, sans commencement et sans fin, à vous attendre, pareille à l’océan. » (II, 4)
Quant au style, cet extrait devrait assez donner le ton :
« Cette année-là, la disgrâce de Fond-Zombi commença par un hivernage qui surprit tout le monde. Des trombes d’eau s’étaient abattues sur le village, transformant les chemins en torrents boueux qui charriaient vers la mer toute la graisse de la terre. Les fruits coulaient avant de mûrir et les négrillons avaient une petite toux sèche qui faisait mal. Attendons le calme, disait-on, oubliant que mauvais hivernage vaut mieux que bon carême. Et le carême survint, torride, stupéfiant, étouffant porcs et dévastant poulaillers, cependant que les feuilles de bananiers devenaient hachures du vent, oripeaux défraîchis qui striaient l’espace en signe de débandade. Fond-Zombi avait un aspect désertique, et le mal semblait dans l’air la seule chose palpable, que les gens fixaient hébétés des après-midi durant. Les femmes allaient par la rue avec une célérité déconcertante, et à peine pouvait-on deviner leur maigreur, la tristesse de leurs yeux. Elles glissaient comme des ombres et se croisant, elles s’adressaient un salut évasif qui signifiait, de l’une à l’autre… il faut stopper le mal par notre silence et d’ailleurs, depuis quand la misère est-elle un conte ?... » (II, 8 )
Un classique : à lire !

Mots-clés : #esclavage #identite #racisme

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Message par Armor le Dim 22 Sep - 12:08

Celui-là je le note ! Wink

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Message par Tristram le Dim 22 Sep - 12:22

Super ! Tu nous diras ?

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Message par animal le Dim 22 Sep - 13:42

Impec', ça me fera la piqûre de rappel.

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Message par Gnocchi le Dim 22 Sep - 13:46

Ah, ça a aussi l'air bien intéressant.
Merci Tristram !
Comme "le dernier des Justes" traine autour de moi depuis longtemps, elle m'intriguait.
Je l'ai vue récemment parler dans un documentaire consacré à André.
Celui-ci est-il son oeuvre centrale, à part l'encyclopédie de sept volumes ?
Peut-on encore trouver cet "hommage à la femme noire" ?
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Message par Tristram le Dim 22 Sep - 13:58

Je crains que cette encyclopédie ne soit épuisée, mais elle est trouvable d'occasion, Gnocchi.

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Message par Gnocchi le Dim 22 Sep - 14:16

Merci Tristram !
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