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Guy Debord

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Message par Arturo le Jeu 26 Sep - 15:44

Guy Debord
(1931 - 1994)


Guy Debord Guy_de10

Après avoir passé son baccalauréat en 1951 à Cannes, Guy Debord s'intéresse au "lettrisme", qu'il considère comme le seul mouvement d'avant-garde subversif de l'Après-Guerre, héritier du dadaïsme. Mais il rompt rapidement avec les "lettristes", en 1952, et fonde une "Internationale lettriste" (qui, par provocation, n'avait rien du lettrisme), dont le but est de rompre avec un art en décomposition pour que la poésie puisse investir la vie, à travers des situations vécues. De 1954 à 1957, son Bulletin d'information "Potlatch" expose l'essentiel des idées que l'on trouvera quelques années plus tard chez les situationnistes.

Avec le peintre danois Asger Jorn, Guy Debord est à l'origine, en 1958, de la création de l'Internationale Situationniste dont il est le principal animateur. Au début, composé principalement d'artistes, ce mouvement cherche un dépassement de l'art pour qu'il redevienne une communication, avec la participation de tous, et qu'il intègre le poétique dans la vie quotidienne transformée en jeu.

En 1967, Guy Debord publie son principal ouvrage, la "Société du spectacle" (1967) dans lequel il montre comment le consumérisme est le signe du début de la marchandisation des valeurs et que la société ne peut plus être décrite que comme une représentation.

Après le succès des idées du situationnisme pendant les évènements de mai 1968, qui lui donnent ses lettres de noblesse, Guy Debord préfère dissoudre l'International Situationniste en 1972, pour ne pas en perdre le contrôle et parce qu'elle a "fait son temps".

Homme de conviction et intransigeant, Guy Debord a écrit peu d'ouvrages, dans un style presque classique, mais parfois abscons. En 1984, il interdit la diffusion de l'ensemble de son oeuvre cinématographique.

Atteint d'une grave maladie de foie due à l'alcool, Guy Debord se suicide le 30 novembre 1994.

source toupie.org, conseillée par Jack,

Écrits

Hurlements en faveur de Sade (synopsis), revue Ion, avril 1952 (Rééd. Jean-Paul Rocher, 1999).
Rapport sur la construction des situations, Internationale lettriste, 1957 ; Mille et une Nuits, 1999. Également dans Documents relatifs à la fondation de l'Internationale situationniste (1948-1957), Allia, 1985.
Contre le cinéma, scénarios des trois premiers films de Debord illustrés par des images des films, édité et préfacé par Asger Jorn, Institut scandinave de vandalisme comparé, Aarhus, Danemark, 1964.
Le Déclin et la chute de l'économie spectaculaire-marchande, brochure parue anonymement en 1965 et dans IS en 1966 au sujet des émeutes des Noirs à Los Angeles. Debord la fera rééditer en 1993 à la suite de nouvelles émeutes (Les Belles Lettres, 1993).
Le Point d'explosion de l'idéologie en Chine, brochure contredisant les intellectuels français acquis à Mao Zedong. Ce texte fut également publié dans l'IS en 1967.
La Société du spectacle, Buchet-Chastel, Paris, 1967 ; Champ libre, Paris, 1971 ; Gallimard, Paris, 1992.
Œuvres cinématographiques complètes, Champ libre, Paris, 1978 ; Gallimard, Paris, 1994.
Préface à la quatrième édition italienne de « La Société du spectacle », Champ libre, Paris, 1979 ; Gallimard, Paris, 1992.
Considérations sur l'assassinat de Gérard Lebovici, éditions Gérard Lebovici, Paris, 1985 ; Gallimard, Paris, 1993.
Commentaires sur la société du spectacle, éditions Gérard Lebovici, Paris, 1988 ; Gallimard, Paris, 1992.
Panégyrique, tome premier, éditions Gérard Lebovici, Paris, 1989 ; Gallimard, Paris, 1993.
In girum imus nocte et consumimur igni, Édition critique, éditions Gérard Lebovici, Paris, 1990 ; Gallimard, Paris, 1999.
« Cette mauvaise réputation… », Gallimard, Paris, 1993.
Des Contrats, éd. Le Temps qu'il fait, Cognac, 1995
Panégyrique, tome second, Arthème Fayard, Paris, 1997.
La Planète malade, Gallimard, Paris, 2004.
Tous les livres de Guy Debord ainsi que des textes inédits ont été réunis en un volume d'Œuvres, Gallimard, collection Quarto, 2006.
Enregistrements magnétiques (1952-1961), Gallimard, Paris, 2010.
Lire Debord, textes inédits de Guy Debord, l'échappée, Paris, 2016 (sous la coordination d'Emmanuel Guy et de Laurence Le Bras).
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Message par Arturo le Jeu 26 Sep - 15:51

Difficile de classer Guy Debord, penseur inclassable.
Je ne peux que conseiller de s'intéresser à son parcours, pour comprendre ses écrits, et par extension le monde dans lequel on vit. Car Debord nous parle indirectement de ce que nous vivons actuellement.
En se replongeant dans ses oeuvres, il y a certaines choses datées qui s'inscrivent dans un contexte, avec tout le vocabulaire de l'époque, notamment militant. Mais il y a aussi le côté prophétique de la pensée.



Je conseillerais cette émission de france culture pour commencer (même si elle semble tronquée), où l'intervenant conseille la lecture du Quarto Gallimard, ce que je recommande également.
Pourquoi, car on a toutes ses oeuvres et de nombreux documents qui permettent de comprendre la matrice intellectuelle du penseur, au travers de ses engagements, et de son activisme au sein de l'avant-garde artistique et intellectuelle de l'époque : lettrisme avec Isidore Isou, puis situationnisme. Mouvements qui sont un peu les pendants de ce que furent précédemment Dada, puis les Surréalistes.
Tout ceci durant une quinzaine d'années avant mai 68, et on peut observer peu à peu le climat insurrectionnel s'installer.

Guy Debord Produc12
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Message par Arturo le Jeu 26 Sep - 15:56

On peut également trouver les films de Debord en partie sur youtube ou ici : http://www.ubu.com/film/debord.html
(mais avec des sous-titres anglais).
Peut-être à éviter Hurlements en faveur de Sade ( Guy Debord 1390083676 )
Mais commencer avec Critique de la séparation.

Je reprends ici ma citation de La société du spectacle :
Le caractère fondamentalement tautologique du spectacle découle du simple fait que ses moyens sont en même temps son but. Il est le soleil qui ne se couche jamais sur l'empire de la passivité moderne. Il recouvre toute la surface du monde et baigne indéfiniment dans sa propre gloire.
Note : l'expression du soleil qui ne se couche jamais sur l'empire fait référence à l'empire de Charles Quint.

Comme dit plus haut, le spectacle est ce qui nous environne de toute part, c'est la société globalisée du XXIème.
Dans l'émission de radio, l'intervenant évoque Raoul Vaneigem, ami de Debord ; je me demande ce qu'un Raoul Vaneigem peut bien penser du monde de 2019, en songeant à Debord...

Je copie également la citation de Bix, extraite des Commentaires sur la société du spectacle :
Cette démocratie si parfaite fabrique elle-même son inconcevable ennemi, le terrorisme. Elle veut, en effet, être jugée sur ses ennemis plutôt que sur ses résultats. L’histoire du terrorisme est écrite par l’État ; elle est donc éducative. Les populations spectatrices ne peuvent certes pas tout savoir du terrorisme, mais elles peuvent toujours en savoir assez pour être persuadées que, par rapport à ce terrorisme, tout le reste devra leur sembler plutôt acceptable, en tout cas plus rationnel et plus démocratique.
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Message par bix_229 le Jeu 26 Sep - 16:09

Merci Arturo !
Il n'était pas le seul à avoir compris cette société, Debord, mais il l'avait bien formulé.
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Message par Arturo le Jeu 26 Sep - 16:40

Un autre extrait de La société du spectacle :

106

La classe idéologique-totalitaire au pouvoir est le pouvoir d'un monde renversé : plus elle est forte, plus elle affirme qu'elle n'existe pas, et sa force lui sert d'abord à affirmer son inexistence. Elle est modeste sur ce seul point, car son inexistence officielle doit aussi coïncider avec le nec plus ultra du développement historique, que simultanément on devrait à son infaillible commandement. Etalée partout, la bureaucratie doit être la classe invisible pour la conscience, de sorte que c'est toute la vie sociale qui devient démente. L'organisation sociale du mensonge absolu découle de cette contradiction fondamentale.

Ici Debord fait référence au stalinisme, mais l'on peut appliquer ces réflexions à bons nombres d'autres pouvoirs, dont le nôtre. Dans le "nouveau monde", dans la doxa néo-libérale, la société de classes a été abolie, tout ceci n'existe plus. Alors oui il n'y a plus l'opposition marxiste prolétariat-bourgeoisie, le monde s'est complexifié, mais les rapports de force sont tout aussi prégnants et impitoyables (voire davantage). Plus on est fort plus on affirme ne pas l'être.
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Message par Tristram le Jeu 26 Sep - 16:43

Je rapatrie ici mon commentaire à la citation sur la démocratie fabriquant le terrorisme :
Terrible(ment juste).
A rapprocher du choix très politique selon l'opinion "Mieux vaut une bonne guerre qu'une mauvaise paix" : ça fait taire, et marcher l'industrie. Toujours très employé de nos jours, notamment selon l'approche des élections électorales.

_________________
« Nous causâmes aussi de l’univers, de sa création et de sa future destruction ; de la grande idée du siècle, c’est-à-dire du progrès et de la perfectibilité, et, en général, de toutes les formes de l’infatuation humaine. »
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Message par bix_229 le Jeu 26 Sep - 16:58

A propos du nucléaire :

Pour faciliter la vie, c’est-à-dire les mensonges, des savants élus par les maîtres de ce système, on a découvert l’utilité de changer aussi les mesures, de les varier selon un plus grand nombre de points de vue, les raffiner afin de pouvoir jongler, selon les cas, avec plusieurs de ces chiffres difficilement convertibles. C’est ainsi que l’on peut disposer, pour évaluer la radioactivité, des unités de mesure suivantes : le curie, le becquerel, le röntgen, le rad, alias centigray, le rem, sans oublier le facile millirad et le sivert, qui n’est autre qu’une pièce de 100 rems.

Commentaires...
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Message par Arturo le Ven 27 Sep - 10:22

D'autres extraits de La société du spectacle :

153

Le temps pseudo-cyclique consommable est le temps spectaculaire, à la fois comme temps de la consommation des images, au sens restreint, et comme image de la consommation du temps, dans toute son extension. Le temps de la consommation des images, médium de toutes les marchandises, est inséparablement le champ où s'exercent pleinement les instruments du spectacle, et le but que ceux-ci présentent globalement, comme lieu et comme figure centrale de toutes les consommations particulières : on sait que les gains de temps constamment recherchés par la société moderne - qu'il s'agisse de la vitesse des transports ou de l'usage des potages en sachets - se traduisent positivement pour la population des Etats-Unis dans ce fait que la seule contemplation de la télévision l'occupe en moyenne entre trois et six heures par jour. L'image sociale de la consommation du temps, de son côté, est exclusivement dominée par les moments de loisirs et de vacances, moments représentés à distance et désirables par postulat, comme toute marchandise spectaculaire. Cette marchandise est ici explicitement donnée comme le moment de la vie réelle, dont il s'agit d'attendre le retour cyclique. Mais dans ces moments même assignés à la vie, c'est encore le spectacle qui se donne à voir et à reproduire, en atteignant un degré plus intense. Ce qui a été représenté comme la vie réelle se révèle simplement comme la vie plus réellement spectaculaire.

La réalité du temps a été remplacée par la publicité du temps.

160

La part irréductiblement biologique qui reste présente dans le travail, tant dans la dépendance du cyclique naturel de la veille et du sommeil que dans l'évidence du temps irréversible individuel de l'usure d'une vie, se trouve simplement accessoire au regard de la production moderne ; et comme tels ces éléments sont négligés dans les proclamations officielles du mouvement de la production, et des trophées consommables qui sont la traduction accessible de cette incessante victoire. Immobilisée dans le centre falsifié du mouvement de son monde, la conscience spectatrice ne connaît plus dans sa vie un passage vers sa réalisation et vers sa mort. Qui a renoncé à dépenser sa vie ne doit plus s'avouer sa mort. La publicité des assurances sur la vie insinue seulement qu'il est coupable de mourir sans avoir assuré la régulation du système après cette perte économique ; et celle de l'american way of death insiste sur sa capacité de maintenir en cette rencontre la plus grande part des apparences de la vie. Sur tout le reste des bombardements publicitaires, il est carrément interdit de vieillir. Il s'agirait de ménager, chez tout un chacun, un «capital-jeunesse» qui, pour n'avoir été que médiocrement employé, ne peut cependant prétendre acquérir la réalité durable et cumulative du capital financier. Cette absence sociale de la mort est identique à l'absence sociale de vie.

161


Le temps est l'aliénation nécessaire, comme le montrait Hegel, le milieu où se réalise en se perdant, devient autre pour devenir la vérité de lui-même. Mais son contraire est justement l'aliénation dominante, qui est subie par le producteur d'un présent étranger. Dans cette aliénation spatiale, la société qui sépare à la racine le sujet et l'activité qu'elle lui dérobe, le sépare d'abord de son propre temps. L'aliénation sociale surmontable est justement celle qui a interdit et pétrifié les possibilités et les risques de l'aliénation vivante dans le temps.
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Message par Jack-Hubert Bukowski le Sam 28 Sep - 8:21

On en a souligné plusieurs qui se ressemblent, Arturo. J'ai lu le livre il doit y avoir un an genre...
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Message par Arturo le Lun 30 Sep - 16:34



Une série d'émissions de France Culture de 1996, Nuits magnétiques.

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Message par Arturo le Mar 1 Oct - 16:45

Dans la critique de la société marchande, on peut difficilement passer outre Guy Debord. Tout y revient. Dans la critique radicale Guy Debord a été à la pointe en son temps, appliquant également ses principes dans son comportement, auto sabotant ce qu'il avait construit, refusant toute notoriété, et coupant tous ses liens au fur et à mesure avec les autres intellectuels.

Dans les prolongements de la pensée de Debord, on peut retrouver Baudrillard, Agamben, ou encore le collectif anonyme Tiqqun, qui s'est illustré au début des années 2000. Je suis en train de parcourir leurs textes (disponibles sur internet, ou certains en papier). Notamment Théorie du Bloom (référence au personnage de Joyce) et Premiers matériaux pour une Théorie de la Jeune-Fille. C'est un peu foutraque, difficile à suivre (car utilisant des concepts aux noms peu inspirés je trouve), et définitivement acerbe quant au tableau de nos sociétés.

Naturellement, il n'y a nulle part eu de "libération sexuelle" — cet oxymore ! —, mais seulement la pulvérisation de tout ce qui faisait obstacle à une mobilisation totale du désir en vue de la production marchande. La "tyrannie du plaisir" n'incrimine pas le plaisir, mais la tyrannie.
in Premiers matériaux pour une Théorie de la Jeune-Fille,

Tiqqun s'inspire principalement de Debord, et de Foucault.
Nous évoluons dans un espace entièrement
quadrillé, entièrement occupé, d’un
côté par le Spectacle, de l’autre par le
Biopouvoir. Et ce qu’il y a de terrible dans
ce quadrillage, dans cette occupation, c’est
que la soumission qu’ils exigent de nous
n’est rien contre quoi nous puissions nous
rebeller en un geste définitif de rupture,
mais avec quoi nous ne pouvons que composer
stratégiquement
.
Le régime de pouvoir sous lequel nous vivons
ne ressemble en rien à celui qui a pu
avoir cours sous les monarchies administratives,
et dont le concept périmé est demeuré
jusqu’à une date récente, c’est-à-dire
au sein même des démocraties
biopolitiques, le seul ennemi reconnu par
les mouvements révolutionnaires : celui
d’un mécanisme d’entrave, de coercition
purement répressif.
La forme contemporaine de la domination
est au contraire essentiellement productive.
D’une part, elle régit toutes les manifestations
de notre existence – le Spectacle ;
de l’autre, elle gère les conditions de celle-ci
– le Biopouvoir.
Le Spectacle, c’est le pouvoir qui veut que
vous parliez, qui veut que vous soyez quelqu’un.
Le Biopouvoir, c’est le pouvoir bienveillant,
plein d’une sollicitude de pasteur pour son
troupeau, le pouvoir qui veut le salut de ses
sujets, le pouvoir qui veut que vous viviez.
Pris dans l’étau d’un contrôle à la fois totalisant
et individualisant, murés dans une
double contrainte qui nous anéantit dans le
mouvement même où elle nous fait exister,
le plus grand nombre d’entre nous adopte
une sorte de politique de la disparition :
feindre la mort intérieure et, comme le
Captif devant le Grand Inquisiteur, garder
le silence. En soustrayant et en se soustrayant
à toute positivité, ces spectres dérobent
à un pouvoir productif ce sur quoi
il pourrait s’exercer. Leur désir de ne pas
vivre est tout ce qu’ils ont la force d’opposer
à une puissance qui prétend les faire
vivre
. Ce faisant, ils demeurent dans le
Bloom, souvent s’y enterrent.

Tiqqun, Théorie du Bloom, P.33
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Message par Arturo le Jeu 10 Oct - 13:12

La géographie littéraire de Guy Debord, établie sur un atlas :

Poe, Melville, Hemingway ;
Camoens, Pessoa ; Ibn Battuta ; CERVANTES, Calderon, Gracian ;
SHAKESPEARE, SWIFT, Sterne, de Quincey, Coleridge, Scott, Caroll, Cravan, Stevenson, (Joyce), Lowry ;
Alcuin, Table Ronde, VILLON, Charles d'Orléans, MONTAIGNE, La Boétie, Montluc, GONDI, Pascal, La Rochefoucauld, BOSSUET, Molière, Montesquieu, Saint-Simon, Vauvenargues, Diderot, Saint-Just, Chateaubriand, STENDHAL, Nerval, Musset, Baudelaire, LAUTRÉAMONT, Mallarmé, Rimbaud, Apollinaire, Proust, Breton ;
Ibn Khaldoun ; DANTE, MACHIAVEL, Pétrarque ; Horace, Suétone ;
HEGEL, Cieszkowski, MARX, NOVALIS, CLAUSEWITZ, Heine, Hölderlin, Goethe, Schiller, Nietzsche, Musil, (Dada) ;
Tzara, (Isou) ; Homère, Héraclite, THUCYDIDE, Hérodote, Aristophane ;
ECCLÉSIASTE ; KHAYAM ; Gogol, Bakounine ;
LI PO, Tou Fou, "Regrets sans fin" (poème de Po Kiu-yi);


De quoi faire... Debord a beaucoup pioché chez les moralistes. Puis on peut noter que peu de ses contemporains avaient grâce à ses yeux.
Arturo
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Message par Arturo le Jeu 10 Oct - 19:24

Au début de son film in girum imus nocte et consumimur igni (titre qui forme un palindrome) :

[...] "Au réalisme et aux accomplissements de ce fameux système, on peut déjà connaître les capacités personnelles des exécutants qu’il a formés. Et en effet ceux-ci se trompent sur tout, et ne peuvent que déraisonner sur des mensonges. Ce sont des salariés pauvres qui se croient des propriétaires, des ignorants mystifiés qui se croient instruits, et des morts qui croient voter.
Comme le mode de production moderne les a durement traités !
De progrès en promotions, ils ont perdu le peu qu’ils avaient, et gagné ce dont personne ne voulait. Ils collectionnent les misères et les humiliations de tous les systèmes d’exploitation du passé ; ils n’en ignorent que la révolte. Ils ressemblent beaucoup aux esclaves, parce qu’ils sont parqués en masse, et à l’étroit, dans de mauvaises bâtisses malsaines et lugubres ; mal nourris d’une alimentation polluée et sans goût ; mal soignés dans leurs maladies toujours renouvelées ; continuellement et mesquinement surveillés ; entretenus dans l’analphabétisme modernisé et les superstitions spectaculaires qui correspondent aux intérêts de leurs maîtres. Ils sont transplantés loin de leurs provinces ou de leurs quartiers, dans un paysage nouveau et hostile, suivant les convenances concentrationnaires de l’industrie présente. Ils ne sont que des chiffres dans des graphiques que dressent des imbéciles.
Ils meurent par séries sur les routes, à chaque épidémie de grippe, à chaque vague de chaleur, à chaque erreur de ceux qui falsifient leurs aliments, à chaque innovation technique profitable aux multiples entrepreneurs d’un décor dont ils essuient les plâtres. Leurs éprouvantes conditions d’existence entraînent leur dégénérescence physique, intellectuelle, mentale. On leur parle toujours comme à des enfants obéissants, à qui il suffit de dire : «il faut», et ils veulent bien le croire. Mais surtout on les traite comme des enfants stupides, devant qui bafouillent et délirent des dizaines de spécialisations paternalistes, improvisées de la veille, leur faisant admettre n’importe quoi en le leur disant n’importe comment ; et aussi bien le contraire le lendemain.
Séparés entre eux par la perte générale de tout langage adéquat aux faits, perte qui leur interdit le moindre dialogue ; séparés par leur incessante concurrence, toujours pressée par le fouet, dans la consommation ostentatoire du néant, et donc séparés par l’envie la moins fondée et la moins capable de trouver quelque satisfaction, ils sont même séparés de leur propres enfants, naguère encore la seule propriété de ceux qui n’ont rien. " [...]
Arturo
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