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César Aira

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Message par Tristram le Jeu 26 Déc 2019 - 15:07

César Aira
(Né en 1949)

César Aira  Czosar10

César Aira, né le 23 février 1949 à Coronel Pringles (province de Buenos Aires), est un écrivain argentin auteur d’une quarantaine d’ouvrages (romans, nouvelles, pièces de théâtre, essais).
Francophile convaincu, Aira découvre très jeune les classiques français et lit Proust et Rimbaud dans le texte dès l’âge de 14 ans. C’est à partir de cette époque qu’il décide de se consacrer exclusivement à l’écriture tout en menant de front une carrière de journaliste et de reporter.
À l'aube de la vingtaine, un an après s'être installé à Buenos Aires, il fonde une revue littéraire éphémère avec des camarades : El Cielo (Le Ciel). Entre octobre 1968 et décembre 1969, la revue mélange les textes de ses fondateurs et ceux d'auteurs consacrés (Rimbaud, Holderlin, Lewis Carroll, etc.), et montre déjà l'ambition créative d'Aira qui signe des morceaux drôles, étranges, imaginatifs.
Il a traduit de nombreux livres français ou anglais en espagnol, et écrit des critiques littéraires. Il a également donné des cours dans des universités argentines sur Rimbaud, Copi, Mallarmé et le constructivisme.

Son ambition est d’élaborer une esthétique qui se joue des genres et des codes littéraires, une écriture pour l’écriture, parfois proche de l’improvisation ou de l’écriture automatique des surréalistes et des dadaïstes, principalement dans ses premiers écrits.
Il considère davantage son activité d’écrivain comme un art à part entière, et il ne se voit « pas tant comme un auteur que comme un artiste à qui il arrive d’écrire des livres ». Et en tant qu’artiste, il s’attache particulièrement à la notion de procédé / procédure (« procedimiento »), dont l’aboutissement (ses livres) n’est pas pour lui aussi important que le processus créatif lui-même. « Le rôle de l’artiste est de créer des procédures (expérimentations) par lesquelles l’art peut se faire ». La procédure de Aira, telle qu’il l’a exprimé dans certains de ses écrits, est une démarche qu’il qualifie de fuite en avantfuga hacia adelante ») ou de continuum el continuo »).
Ainsi ses fictions peuvent sauter radicalement d’un genre à un autre, et déploient souvent des stratégies narratives venant de la culture populaire et de la « sous-littérature », tel que la science-fiction et les telenovelas. D'autre part, il refuse souvent délibérément de se conformer aux attentes générales sur la façon dont un roman doit se terminer, laissant nombre de ses histoires avec une fin ouverte ou abrupte.

Ouvrages traduits en français :

• Ema, la captive (1981), Gallimard. Traduit par Gabriel Iaculli (Ema, la cautiva, 1981).
• Canto castrato (1984), Gallimard. Traduit par Gabriel Iaculli (Canto castrato, 1984).
• La Robe rose. Les Brebis (1988), Maurice Nadeau. Traduit par Sylvie Koller (El vestido rosa. Las ovejas, 1984).
• Nouvelles impressions du Petit-Maroc, Saint-Nazaire : MEET/Arcane 17, 1991. Traduit par Christophe Josse.
• La Guerre des gymnases (1992), Actes Sud. Traduit par Michel Lafon (La guerra de los gimnasios, 1992).
• Le Manège (2003), André Dimanche Eds. Traduit par Michel Lafon.
• Un épisode dans la vie du peintre voyageur (2000), André Dimanche Eds.
• Les Larmes (2000), Actes Sud. Traduit par Michel Lafon.
• Le Magicien (2002), Bourgois.
• Varamo (2002), Bourgois.
• Les Nuits de Flores (2004), Bourgois. Traduit par Michel Lafon (Las noches de Flores, 2004).
• La Princesse Printemps (2005), André Dimanche Eds. Traduit par Michel Lafon (La princesa Primavera, 2003).
• Le Prospectus (2006), Bourgois. Traduit par Michel Lafon.
• J’étais une petite fille de sept ans (2008), Bourgois. Traduit par Michel Lafon (Yo era una niña de siete años, 2005).
• La Preuve (2008), Bourgois. Traduit par Michel Lafon.
• Anniversaire (2011), Bourgois. Traduit par Serge Mestre.
• Les Fantômes (2013), Bourgois. Traduit par Serge Mestre (Los fantasmas, 1990).
• Le Testament du magicien Tenor (2014), Bourgois. Traduit par Marta Martínez Valls (El testamento del mago tenor, 2013).
• Le Congrès de littérature (2016), Bourgois. Traduit par Marta Martínez Valls (El congreso de literatura, 1997).
• Prins (2019), Bourgois. Traduit par Christilla Vassrot (Prins, 2018).

(D’après Wikipédia)


Dernière édition par Tristram le Mer 8 Jan 2020 - 23:09, édité 1 fois

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Message par Tristram le Jeu 26 Déc 2019 - 15:26

La robe rose ‒ Les brebis

César Aira  La_rob10

Éditions Maurice Nadeau a écrit:César Aira considère la Robe comme son premier conte et Les Brebis comme son premier roman.

La robe rose
Conte où l’on découvre le monde mental d’Acis, un idiot ; la vieille de la famille qui l’a recueilli l’envoie porter la minuscule robe rose qu’elle a cousue pour une nouveau-née, et il est capturé par les Indiens de la pampa après que le fils de la famille lui eut subtilisé la robe.
« Il découvrit, émerveillé, que penser était une autre manière de ne pas penser. »
Les Indiens lancent un raid mythique à la recherche de la robe rose, les personnages errent sans but (le voyage est du temps élaboré à partir de répétition), et le récit (au fil de la plume, tel pure digression) prend une dimension picaresque en revisitant l’histoire argentine, entre dans la légende en suivant les aventures de la petite robe qui passe alors d’un gaucho à deux enfants fugitifs, pour parvenir finalement à La Pensée (un hameau faisant apparemment partie de la jeunesse d’Aira).
Les Indiens, et leur « roi » :
« Ils couraient beaucoup, ou s’abandonnaient à la mollesse. Et ils s’égaraient tous les jours, au coucher du soleil. Tant et si bien que le voyage commença par durer des jours, puis des semaines, et enfin des mois. Les saisons, heureusement, changèrent. On perdait le fil du temps, et le sens de l’orientation. Les directions se superposaient, s’accumulaient. La vie était éminemment inutile. »

« Son pouvoir avait beau être purement abstrait, il s’appuyait tout de même sur lui pour vivre, sans l’exercer. Anarchisants, les Indiens nourrissaient la substance d’un individu qui remplissait en quelque sorte les fonctions d’une musique, un intercesseur du temps, un politicien de l’agencement des heures. »

Les brebis
Sur les terres de La Pensée, le bétail abandonné souffre de la sécheresse, et les brebis sont l’objet d’une étude écologico-éthologique (et d’une facétie évolutionniste), le sujet d’une analyse socialo-psychologique et d’une anthropomorphisation fantaisiste, la matière d’un drame eschatologique, d’une divagation poético-onirico-surréaliste, d'une pseudo-allégorie (quoique...), d’une quête hallucinée et d’une méditation philosophico-métaphysique. Les innocentes brebis assoiffées sont devenues nocturnes pour fuir la chaleur solaire, et elles observent la mystérieuse, la fascinante constellation du Bélier…
Cela tient du réalisme magique et de Raymond Roussel et Cortázar, tout en étant sans pareil.
« De toute façon, la survie s’annonçait difficile, puisqu’il n’y avait plus rien à quoi l’on pût s’adapter. »

« À cette heure-là, le ciel avait perdu tout vestige de couleur. Il irradiait l’épouvante, une blancheur antique. »

« L’une des brebis, jeune, très corpulente, Rosie, ressemblait à un piano immobile : elle n’attendait rien, tout en ne cessant d’attendre. Elle avait été jadis une enfant très heureuse, lorsque la campagne était en fleurs. À présent, son esprit régressait graduellement vers le blanc. »

« Les pans du ciel se transformaient. Un crépuscule d’abord véloce, puis lent, caractéristique du sud de la province, s’abattait comme une hyène albinos sur l’étendue sans forme de La Pensée. L’espace ne retenait que la rotation de la lumière, sans objets. Soudain, apparut l’étoile du Berger ; les yeux qui peuplaient la plaine se fixèrent sur elle, comme sur un grand citron vert. Une brise imperceptible soufflait en cercles, faisant jaillir de l’ombre du sol des tours immatérielles qui se dissolvaient. Au centre se lovait une femme-serpent, la lumière, se dressant vers un ciel très fin, immobile. »

« Vingt minutes plus tard, elle ajouta, devançant les objections :
‒ Cependant, dira-t-on, rien n’est plus facile que d’imaginer des arbres dans un pré ou des livres dans une bibliothèque, sans que nul auprès d’eux ne les perçoive. Rien de plus facile, en effet. Mais, je vous le demande, qu’avez-vous fait, sinon former en esprit quelques idées que vous appelez livres ou arbres, omettant dans le même temps l’idée d’un être qui les perçoit ? Vous-mêmes, pendant ce temps, ne les pensiez-vous pas ? Je ne nie point que l’esprit soit capable de concevoir des idées, ce que je nie, c’est que les objets puissent exister hors de l’esprit.
[…]  
J’ai accumulé des transcriptions de l’idéalisme ovin, j’ai prodigué leurs paysages canoniques, je me suis montré itératif ou explicite, j’ai censuré Cathy (non sans ingratitude), afin que mon lecteur pénètre peu à peu dans cet univers mental vacillant ; un univers d’impressions évanescentes ; un univers sans esprit ni matière, ni objectif ni subjectif, un monde privé de l’architecture idéale de l’espace ; un monde fait de temps, de ce temps absolu, uniforme de La Pensée, un monde que l’on aurait amputé de ses géométries parfaites ; un labyrinthe inépuisable, un chaos, un rêve. Proche de la désagrégation parfaite, comme à la fin les brebis. »

Superbe cadeau de Noël que cet auteur original !

Mots-clés : #absurde #aventure #contemythe

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Message par Bédoulène le Jeu 26 Déc 2019 - 18:51

le PN a eu bon goût donc ! intrigant ce que tu en dis !

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Message par Armor le Ven 27 Déc 2019 - 0:02

Il découvrit, émerveillé, que penser était une autre manière de ne pas penser.

Ah... Shocked

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Message par Tristram le Ven 27 Déc 2019 - 0:09

Eh ouais (c'est l'idiot, pas si idiot d'ailleurs, qui parle) !

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Message par bix_229 le Mar 31 Déc 2019 - 18:25

LE MAGICIEN

César Aira  Le-mag10

Hans Chans jouit d' un pouvoir inoui. Il es t magicien. Un vrai magicien. Autrement dit, il peut tout faire et sans trucage.
Et pourtant, pendant des années il est resté à l' ombre de collègues besogneux mais qui avaient du succès en exécutant leurs tours.
Mais lui, qui peut tout, ne controle en rien la réalité, la sienne ou celle des autres et craint les conséquences qui adviendtraient s' il agissait.
Résultat : il se perd en questions abstraites en se demandant que faire, mais que faire sans aller au delà...

Dans un supreme effort, il se mit à penser. Que faire ? la vieille question léniniste revenait, elle revenait du bout du monde, et dans son cas, elle revenenait en portant le poids du monde entier, dans sa variété bigarrée.
Quelle réponse lui donner, puisqu' il savait tout faire.
Il essaya de s' imaginer sur scène, reveur, indifférent, tenant l' univers entier entre ses doigts...
L' image se formait, mais elle restait là sur le seuil des possibles.
Et l' appel résonnait au plus profond : Que faire ?
Le Magicien, p. 76

C' est comme si un rideau s' était levé. La solution était si simple, si proche...
S' il n' avait jamais osé utiliser la magie, c' était à cause des altérations qu' elle risquait de causer dans
le tissu de l' Univers.
Le Magicien, p. 148

En tout cas, si ce livre-là est une métaphore de l' artiste et dans son intelligence, il y a de la magie. Oui.
bix_229
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Message par bix_229 le Mar 31 Déc 2019 - 18:38

César Aira  Aira_l10
La princesse Printemps. - André Dimanche éd., 2 005
Il était une fois une princesse nommée Printemps. Elle vivait dans un chateau sur une ile, pas très loin du Panama.
La princesse était jeune, belle, intelligente, mais pauvre. Enfin, relativement. Il y avait des serviteurs dans le chateau et meme une gouvernante  grincheuse, nommé Wanda Toscanini Horowitz.
Et oui, c' était la veuve du pianiste.

Le chateau était somptueux et le parc magnifique. Elle y veillait personnellement.
Les habitants, des simples pecheurs, n' étaient pas ses sujets. Ils étaient sur l' ile eux aussi et voilà tout.
La princesse vivait et faisait vivre son entourage en faisant des traductions. Des romans anglais et français plutot mauvais et meme franchement mauvais souvent.
Ses traductions étaient parfaites et elle était d' une ponctualité de montre suisse. Son travail était très mal payé, mais le cout de la vie sur l' ile était heureusement ridiculement bas.


La princesse était consciente de traduire des navets alors qu' elle aurait pu s' attaquer à des oeuvres infiniment plus élevées. Elle se posait bien parfois des questions sur son travail et sur ses lecteurs.  Mais elle était habituée à sa routine et à son mode de vie. C' était son coté "petit-bourgeois". Dixit l' auteur.

Et puis,  le climat de l' ile était extraordinairement clément tout au long de l' année. Printanier très exactement.
C' est bon pour le moral et pour les fleurs.
Pour des raisons qui ne sont pas explicitées (n' oubliez pas qu' il s' agit d' un conte) le climat printanier
était le fait de la princesse Printemps. Si vous voyez...

(Non ? ça va venir...)  

Mais un jour -maudit, bien entendu- l' apparence des choses se modifie sensiblement. Rien de très
concret tout d' abord, mais un malaise que chacun ressent.
Et, ne voilà t-il pas qu' un navire de guerre immense surgit, noir et super équipé et vient assiéger l' ile.
L' envahisseur n' est autre que le général Hiver, le cousin maudit de la princesse Printemps. Il veut la
mort de sa cousine et rattacher l' ile à la Sibérie.
Rien de moins.

Qui dit princesse, dit prince -charmant en principe- Sachez qu' un jeune aventurier, nommé Picnic,
a fui le stress de la  mondialisation pour une vie certes plus risquée, mais moins conformiste.
Le navire sur lequel il a embarqué a fait naufrage, et le jeune homme a été rejeté sur une plage de l' ile.
Après une nuit de bon sommeil, il s' est réveillé, frais comme un gardon et il s' est mis en route
pour explorer l' ile...

Le reste, vous l' apprendrez si vous lisez le livre.  

J' aurais aimé vous dire que ce mélange de genres- allégorie, conte moderne - était plein de charme, d' humour, de fantaisie, d' aventures...
C' est vrai ! Mais en partie seulement.
J' ai l' impression que l' auteur était pressé (il en était à son 54e livre), qu' il avait envie de voyager ou alors il vivait peut etre une histoire amoureuse très compliquée…
Allez savoir !  
Et bref, je pense qu' il  a mélangé les ingrédients de façon un peu désinvolte et le résultat m' a un peu déçu.

Mais Cesar Aira est un romancier interessant et je sais que d' autres,
l'apprécient et donc, ne le négligez pas.
Vous pouvez aussi imaginer le livre tel quel et l' accomoder selon votre imagination. C' est que je fais souvent, et je m' en trouve bien....

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