Julie Otsuka

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Julie Otsuka

Message par topocl le Mer 7 Déc 2016 - 14:01

Julie Otsuka
Née en 1962


Julie Otsuka est née en 1962 en Californie.
Diplômée en art, elle abandonne une carrière de peintre pour l'écriture.
Son premier roman, Quand l'empereur était un dieu (When the emperor was divine), paru en 2002, est largement inspiré de la vie de ses grands-parents.
Elle vit aujourd'hui à New-York.


Bibliographie en français :

2004 : Quand l'empereur était un dieu,
2012 : Certaines n'avaient jamais vu la mer,

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Re: Julie Otsuka

Message par topocl le Mer 7 Déc 2016 - 15:22

Certaines n’avaient jamais vu la mer



Il y a d'abord cette histoire d'immigration des femmes japonaises aux États-Unis au début du XXe siècle, ces mariages promis, ces espoirs portés, qui, comme toutes les immigrations, se partage entre le déchirement et la découverte, entre la désillusion et l'obstination. Il y a ensuite le sort réservé aux Japonais pendant la 2e guerre mondiale et cela a des relents d'exclusion, de lâcheté et d'ignominie. Ces destins malmenés ne peuvent laisser indifférent.

Julie Otsuka  sait parler du détail qui donne à chaque vie sa valeur propre. Elle  trouve sa petite façon bien à elle de nous raconter ça, sa petite musique envoûtante, ce « nous » qui parle de l'individuel comme du collectif, de la banalité comme de la multiplicité des destins. Une prose souvent très belle, touchante, attentionnée, proche de la vie dans sa quotidienneté.  Un peu plus de rigueur aurait sans doute empêché qu’on ait parfois l’impression qu’elle exploite le procédé jusqu’à la corde . Mais dans l’ensemble tous ces morceaux de vies  accolés qui forment un puzzle géant, dense, d’une grande sensibilité.

Petite mise en appétit avec la première page :

Sur le bateau nous étions presque toutes vierges. Nous avions de longs cheveux noirs, de larges pieds plats et nous n'étions pas très grandes. Certaines d'entre nous n'avaient mangé toute leur vie durant que du gruau de riz et leurs jambes étaient arquées, certaines n'avaient que quatorze ans et c'étaient encore des petites filles. Certaines venaient de la ville et portaient d’élégants vêtements, mais la plupart d'entre nous venaient de la campagne, et nous portions pour le voyage le même vieux kimono que nous avions toujours porté - hérité de nos soeurs, passé, rapiécé, et bien des fois reteint. Certaines descendaient des montagnes et n'avaient jamais vu la mer, sauf en images, certaines étaient filles des pêcheurs et elles avaient toujours vécu sur le rivage. Parfois l'océan nous avait pris un frère, un père, ou un fiancé, parfois une personne que nous aimions s'était jetée à l'eau par un triste matin pour nager vers le large, et il était temps pour nous, à présent, de partir à notre tour.


(commentaire rapatrié)


mots-clés : #immigration #conditionfeminine


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Re: Julie Otsuka

Message par topocl le Mer 7 Déc 2016 - 15:23

Quand l’empereur était un dieu



Attention, livre précieux
Il y a d’abord un sujet vital constitué par la déportation des populations d’origine japonaise, leur mise à l’index, les accusations de trahison qu’elles ont subies pendant tout le conflit américano-japonais qui découla de Pearl Harbor, et les conséquences individuelles que cela entraîna
Et puis, surtout Julie Otsula raconte cela mine de rien, on a  l’impression d’un récit purement factuel, avec une précision des faits, un rapport délicat des paroles, des observations, des rêves, qui fait monter en puissance une intense émotion, pleine de dignité et de délicatesse. Le père , la mère, le fils et la fille nous rapportent les faits chacun à tour de rôle, ou par un récit commun (les deux enfants dans un magnifique chapitre utilisent le nous pour décrire leur fraternité solitaire unie face à l’hostilité). Julie Otsuka ne nomme pas ses personnages. On comprend bien que c’est pour donner  de l’universalité à son récit, et, curieusement, alors que cela pourrait donner de la distance, cela donne une intensité dramatique à la fois douloureuse et lumineuse à son récit.

Petit exemple pour comprendre comment elle fait passer une émotion sans la nommer. Dans le camp, le petit garçon souffre quotidiennement de l'absence de son père. Jamais cela n’est dit explicitement, mais Juliette Otsuka rapporte cette anecdote de son passé :

Son père l’appelait « mon petit bonhomme ». Il l’appelait aussi « boule de gomme » ou « Bout de chou » ou encore « caramel ». « Tu es mon grand chef, mon numero uno », disait-il. Et chaque fois que le garçon se réveillait en hurlant après quelque sombre et horrible horrible cauchemar, son père entrait dans sa chambre, puis s'asseyait au bord de son lit et caressait ses cheveux noirs coupés courts. « Chut, mon sucre, murmurait-il, tout va bien. Je suis là.»

Tout est dit de la douceur et de la douleur intimement mêlée.


(commentaire rapatrié)


mots-clés : #deuxiemeguerre #segregation


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Re: Julie Otsuka

Message par tom léo le Mer 7 Déc 2016 - 18:30



Certaines n’avaient jamais vu la mer

Quelques impressions et mon opinion:
Le roman consiste de huit chapitres de 4-30 pages (dans mon édition allemande) qui se suivent chonologiquemment. A l'intérieur des chapitres il y a encore des paragraphes sépérés par une ligne vide.

Je reviens encore au titre qui est dans l'original « The Buddha in the attic », donc faisant référence à des statuettes du Bouddha comme symbole et signe de l'origine, de l'identité et se trouvant finalement dans le grenier… ? Le titre allemande «De quoi nous rêvions » (pour le français je ne le sais pas…) est une citation du texte quand les femmes étaient encore en route sur le bateau. Chacune avait ses rêves, voir ses illusions, mais habitée aussi par le passé au Japon qui n'avait pas été juste tout rose mais avait offert peu de perspectives…

Oui, comme topocl je souligne la perspective assez extra-ordinaire, surprenant du « nous ». Pour chaque sujet est énuméré ce que « nous » d'un coté, et ce que quelqu'un en particulier avait vécu. Presque chaque phrase parle ainsi (aussi) des souvenir des autres face au sujet entamé. Ce moyen stylistique donne à réflèchir sur la relation du singulier au groupe, du « nous » avec le « Je ».

Les énoncés, énumerations se suivent et sont sous beaucoup d'égards dans une forme de litanie, de parallèlisme. Cette manière de procéder peut plaire ; pour moi c'était un peu trop systématique.

Selon mon ressentie et ma compréhension du texte, toutes les descriptions de la vie des femmes sont purement négatives. Il se passe pour ainsi dire rien de positif. Ces femmes tiennent le rôle absolu de la victime face à leurs maris, leurs travaux, les grossesses, et à l'intérieur de la societé américaine. Sur arrière-fond historique du roman il (m') est très difficile de critiquer cette vision alors et d'en dire quelque chose de négatif à mon tour. Car objectivement et historiquemment la situation de départ est vraiment difficile et inacceptable. Ainsi un livre devient inattaquable…

Mais je ne peux pas faire autrement : la description de la vie comme souffrance pure et victime absolue n'est pas recevable pour moi et un raccourci. Par cela Otsuka ne rend pas probablement un service aux femmes. Au moins c'est ce que je ressens.
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Re: Julie Otsuka

Message par Armor le Sam 17 Déc 2016 - 21:38

@tom léo a écrit:
Les énoncés, énumerations se suivent et sont sous beaucoup d'égards dans une forme de litanie, de parallèlisme. Cette manière de procéder peut plaire ; pour moi c'était un peu trop systématique.

Selon mon ressentie et ma compréhension du texte, toutes les descriptions de la vie des femmes sont purement négatives. Il se passe pour ainsi dire rien de positif. Ces femmes tiennent le rôle absolu de la victime face à leurs maris, leurs travaux, les grossesses, et à l'intérieur de la societé américaine.

Je te rejoins complètement, tom léo, sur ce roman. J'ai aussi trouvé le procédé littéraire répétitif. De même, si j'ai forcément été émue par les parcours de ces femmes, j'ai également pensé que l'auteur chargeait parfois trop la barque, au risque paradoxalement d'amoindrir son propos.
Lecture mitigée, donc, alors qu'au contraire, j'avais été conquise par Quand l'empereur était un dieu.
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