Chamaco_VilaMatas

On sait que l’un des aspects les plus séduisants de la littérature est sa possibilité d’être une sorte de miroir qui avance ; un miroir qui, comme certaines horloges peut avancer.

Enrique Vila-Matas, Perdre des théories

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    Louis Aragon

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    Fancioulle

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    Louis Aragon

    Message par Fancioulle le Mer 7 Déc 2016 - 19:29


    Louis Aragon
    (1897-1982)


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    Né d'une mère célibataire, Aragon se passionna très jeune pour la littérature, bien que ses études le conduisissent à la Faculté de Médecine : au "Quatrième fiévreux" du Val-de-Grâce, il se lia d'amitié avec André Breton et Philippe Soupault. Mobilisé jusqu'en 1920, il fit l'expérience traumatique de l'horreur de
    la Grande Guerre, dont son oeuvre conserve les stigmates. Dans le Paris dandy des années 1920, il collabora à diverses revues d'avant-garde, puis créa Littérature avec Breton et Soupault. Après avoir activement participé au mouvement Dada et découvert l'écriture automatique auprès de Robert Desnos, il finit par rejoindre Breton, Soupault et Eluard dans le mouvement surréaliste en 1927.

    Deux événements majeurs contribuèrent à l'écarter de ses compagnons : son adhésion au Parti communiste en 1927 et la rencontre d'Elsa Triolet, la belle-soeur de V. Maïakovski, un an plus tard. La distance vis-à-vis de Breton croissant, la rupture éclata entre 1929 et 1931, autour de considérations politiques autant que poétiques. Désormais engagé pleinement dans la vie du Parti, il illustre à sa manière une veine "réaliste" qu'il
    critiquera des années plus tard, et s'engagea avec fièvre dans la Résistance, lorsque commença la Seconde guerre (rompant ainsi avec Drieu La Rochelle).

    Après la guerre, il resta fidèle aux idées communistes et devint PDG des éditeurs Français Réunis. En 1950, il est élu au comité central du PCF. Il sut néanmoins prendre ses distances vis-à-vis de la figure stalinienne après les révélations de Khrouchtchev et l'insurrection de Budapest. Avec la mort de son épouse, Elsa Triolet, en 1970, Aragon avoua son homosexualité.

    Il mourut le 24 décembre 1982.


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    L'oeuvre prolifique d'Aragon:
    Feu de joie, poésie, 1920.
    Anicet ou le Panorama, roman, 1921.
    Les Aventures de Télémaque, 1922.
    Le Libertinage, 1924.
    Le Mouvement perpétuel, 1926.
    Le Paysan de Paris, 1926
    Le Con d'Irène, 1927 (sous le nom d'Albert de Routisie).
    Persécuté persécuteur, poésie, 1930.
    Hourra l'Oural, poésie, 1934.
    Les Cloches de Bâle, 1934 (Le Monde réel).
    Pour un réalisme socialiste, essai, 1935.
    Les Beaux Quartiers, 1936 (Le Monde réel), Prix Renaudot
    Le Crève-coeur, poésie, 1941.
    Les Voyageurs de l'impériale, 1942 (Le Monde réel)
    Les Yeux d'Elsa, poésie, 1942.
    Brocéliande, poésie, 1942.
    Le Musée Grévin, 1943.
    Aurélien, 1944 (Le Monde réel)
    Servitude et Grandeur des Français. Scènes des années terribles, 1945
    La Diane française, poésie, 1945.
    Les Communistes (6 volumes), 1949-1951 et réécrit en 1966-1967 (Le Monde réel)
    Le Neveu de M. Duval, 1953
    Les Yeux et la Mémoire, poésie, 1954.
    A la lumière de Stendhal, essai, 1954.
    Le Roman inachevé, poésie, 1956.
    La Semaine Sainte, 1958
    Elsa, poésie, 1959.
    J'abats mon jeu, 1959
    Histoire parallèle, 1962
    Le fou d'Elsa, poésie, 1963.
    La Mise à mort, 1965
    Blanche ou l'oubli, 1967
    Les Chambres, poésie, 1969
    Je n'ai jamais appris à écrire ou les Incipit, essai, 1969.
    Henri Matisse, roman, 1971
    Le Mentir-vrai, 1980
    La Défense de l'infini, 1986 (posthume)
    Les Aventures de Jean-Foutre La Bite, 1986 (posthume)
    Pour expliquer ce que j'étais, 1989 (posthume)
    Lettres à André Breton, 1918-1931, édition établie par Lionel Follet, Gallimard, 2011
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    ArenSor

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    Re: Louis Aragon

    Message par ArenSor le Jeu 29 Déc 2016 - 13:48

    Pour faire vivre ce fil :
    Tout compte fait, les écrivains et artistes français ne se sont pas trop mal tirés des années d'Occupation : à deux exceptions près, mais de taille : Max Jacob et Robert Desnos.
    J'ai beaucoup de mal avec la figure tutélaire d'Aragon, grand Ayatollah de l'Epuration. Mais il lui sera beaucoup pardonné pour avoir écrit ce si beau poème en souvenir de son ami :

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    Bédoulène

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    Re: Louis Aragon

    Message par Bédoulène le Jeu 29 Déc 2016 - 17:59

    comme pour d'autres auteurs, doit-on, ou pas le lire ? je me répète mais j'aime bien la phrase du grand-père dans (le club des incorrigibles optimistes)

    "lire et aimer le roman d'un salaud n'est pas lui donner une quelconque absolution, partager ses convictions ou devenir son complice, c'est reconnaître son talent, pas sa moralité ou son idéal."

    alors pas de souci pour ton message pour ma part (d'autant que j'aime écouter Ferrat)





    _________________
    "Lire et aimer le roman d'un salaud n'est pas lui donner une quelconque absolution, partager ses convictions ou devenir son complice, c'est reconnaître son talent, pas sa moralité ou son idéal" Le Club des incorrigibles optimistes de J.M. Guenessia "

    "Il n'y a pas de mauvais livres. Ce qui est mauvais c'est de les craindre." L'homme de Kiev Malamud
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    Re: Louis Aragon

    Message par ArenSor le Jeu 29 Déc 2016 - 18:21

    @Bédoulène a écrit:comme pour d'autres auteurs, doit-on, ou pas le lire ? je me répète mais j'aime bien la phrase du grand-père dans (le club des incorrigibles optimistes)

    "lire et aimer le roman d'un salaud n'est pas lui donner une quelconque absolution, partager ses convictions ou devenir son complice, c'est reconnaître son talent, pas sa moralité ou son idéal."

    alors pas de souci pour ton message pour ma part (d'autant que j'aime écouter Ferrat)

    Je suis tout à fait d'accord avec grand-père ! Aragon est pour moi un très grand auteur, une figure majeure de la littérature française du 20e siècle. J'ai pris un énorme plaisir à lire des romans comme Les Cloches de Bâle, Aurélien, La Semaine sainte ... Depuis quelques mois, je me promets de lire Blanche ou l'oubli. Il forme avec Drieu un "couple" particulièrement intéressant et révélateur du climat de l'Entre-Deux-Guerres. Aragon a une personnalité extrêmement complexe qui ne se laisse pas appréhender facilement. Salaud, il a pu l'être pendant sa période stalinienne, mais je pense qu'il a pu être l'inverse dans d'autres occasions. Bref, un personnage noir, gris et blanc. Il n'est pas le seul Smile
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    Marie

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    Re: Louis Aragon

    Message par Marie le Ven 30 Déc 2016 - 4:48

    Je traîne après moi trop d'échecs et de mécomptes
    J'ai la méchanceté d'un homme qui se noie
    Toute l'amertume de la mer me remonte
    Il me faut me prouver toujours je ne sais quoi
    Et tant pis qui j'écrase et tant pis qui je broie
    Il me faut prendre ma revanche sur la honte

    Ne puis je donner de la douleur Tourmenter
    N'ai je pas à mon tour le droit d'être féroce
    N'ai je pas à mon tour droit à la cruauté
    Ah faire un mal pareil aux brisures de l'os
    Ne puis je avoir sur autrui ce pouvoir atroce
    N'ai je pas assez souffert assez sangloté

    Je suis le prisonnier des choses interdites
    Le fait qu'elles le soient me jette à leurs marais
    Toute ma liberté quand je vois ses limites
    Tient à ce pas de plus qui la démontrerait
    Et c'est comme à la guerre il faut que je sois prêt
    D'aller où le défi de l'ennemi m'invite

    Toute idée a besoin pour moi d'un contrepied
    Je ne puis supporter les vérités admises
    Je remets l'évidence elle même en chantier
    Je refuse midi quand il sonne à l'église
    Et si j'entends en lui des paroles apprises
    Je déchire mon coeur de mes mains sans pitié

    Je ne sais plus dormir lorsque les autres dorment
    Et tout ce que je pense est dans mon insomnie
    Une ombre gigantesque au mur où se déforme
    Le monde tel qu'il est que follement je nie
    Mes rêves éveillés semblent des Saint Denis
    Qui la tête à la main marchent contre la norme

    Inexorablement je porte mon passé
    Ce que je fus demeure à jamais mon partage
    C'est comme si les mots pensés ou prononcés
    Exerçaient pour toujours un pouvoir de chantage
    Qui leur donne sur moi ce terrible avantage
    Que je ne puisse pas de la main les chasser

    Cette cage des mots il faudra que j'en sorte
    Et j'ai le coeur en sang d'en chercher la sortie
    Ce monde blanc et noir où donc en est la porte
    Je brûle à ses barreaux mes doigts comme aux orties
    Je bats avec mes poings ces murs qui m'ont menti
    Des mots des mots autour de ma jeunesse morte

    Le roman inachevé

    Recopiage récupéré

    Digression , cela me fait penser à un article de Josyane Savigneau sur Michel Déon ( Le Monde 28 décembre) dont j'extrais:
    L’un de ses cadets qu’il a le plus soutenus et encouragés était Jean Rolin. Certains trouvaient paradoxal qu’un homme de droite, maurrassien, ancien secrétaire de rédaction de L’Action française, se sente si proche d’un ex-maoïste. Michel Déon en riait, et estimait que ceux qui voyaient là une contradiction ne comprenaient rien à la littérature.
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    Jack-Hubert Bukowski

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    Re: Louis Aragon

    Message par Jack-Hubert Bukowski le Ven 30 Déc 2016 - 7:23

    Louis Aragon, c'est un rendez-vous avec la poésie. J'ai lu trois recueils, du moins effeuillé quelques uns. À l'usage, je dirais que Le Crève-coeur. Le nouveau Crève-coeur est ce qui se rapproche le plus de mes sensibilités poétiques même si je trouve que sa poésie n'est pas si commode à citer et diffère quelque peu de ma pensée de ce qu'est l'écriture poétique. Encore une fois, je suspecte ce qui a tendance à glisser vers la prose. Louis Aragon est un de ceux qui s'est quand même destiné à étudier la question de l'amour et des grandes occasions historiques.

    J'ai arrêté mon choix sur un poème en particulier. Il s'agit de celui-là :

    «Le rendez-vous perpétuel»

    J’écris contre le vent majeur et n’en déplaise
    À ceux-là qui ne sont que des voiles gonflées
    Plus fort souffle ce vent et plus rouge est la braise

    L’histoire et mon amour ont la même foulée
    J’écris contre le vent majeur et que m’importe
    Ceux qui ne lisent pas dans la blondeur des blés

    Le pain futur et rient que pour moi toute porte
    Ne soit que ton passage et tout ciel que tes yeux
    Qu’un tramway qui s’en va toujours un peu t’emporte

    Contre le vent majeur par un temps nuageux
    J’écris comme je veux et tant pis pour les sourds
    Si chanter leur paraît mentir à mauvais jeu

    Il n’y a pas d’amour qui ne soit notre amour
    La trace de tes pas m’explique le chemin
    C’est toi non le soleil qui fais pour moi le jour

    Je comprends le soleil au hâle de tes mains
    Le soleil sans l’amour c’est la vie au hasard
    Le soleil sans l’amour c’est hier sans demain

    Tu me quittes toujours dans ceux qui se séparent
    C’est toujours notre amour dans tous les yeux pleuré
    C’est toujours notre amour la rue où l’on s’égare

    C’est notre amour c’est toi quand la rue est barrée
    C’est toi quand le train part le cœur qui se déchire
    C’est toi le gant perdu pour le gant déparé

    C’est toi tous les pensers qui font l’homme pâlir
    C’est toi dans les mouchoirs agités longuement
    Et c’est toi qui t’en vas sur le pont des navires

    Toi les sanglots éteints toi les balbutiements
    Et sur le seuil au soir les aveux sans paroles
    Un murmure échappé Des mots dits en dormant

    Le sourire surpris le rideau qui s’envole
    Dans un préau d’école au loin l’écho des voix
    Un deux trois enfants qui comptent qui s’y colle

    La nuit le bruire des colombes sur le toit
    La plainte des prisons la perle des plongeurs
    Tout ce qui fait chanter et se taire c’est toi

    Et c’est toi que je chante AVEC le vent majeur

    Source (merci) : http://www.lesvoixdelapoesie.com/poemes/le-rendez-vous-perpetuel

    Je n'ai pas d'autre commentaire à la lecture de ce poème de dire qu'il s'accueille flegmatiquement, en bon stoïcien que je suis.

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    Re: Louis Aragon

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