Des Choses à lire
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Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot


Louis Aragon

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Message par Fancioulle le Mer 7 Déc - 19:29


Louis Aragon
(1897-1982)

Louis Aragon Louis-10

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Né d'une mère célibataire, Aragon se passionna très jeune pour la littérature, bien que ses études le conduisissent à la Faculté de Médecine : au "Quatrième fiévreux" du Val-de-Grâce, il se lia d'amitié avec André Breton et Philippe Soupault. Mobilisé jusqu'en 1920, il fit l'expérience traumatique de l'horreur de
la Grande Guerre, dont son oeuvre conserve les stigmates. Dans le Paris dandy des années 1920, il collabora à diverses revues d'avant-garde, puis créa Littérature avec Breton et Soupault. Après avoir activement participé au mouvement Dada et découvert l'écriture automatique auprès de Robert Desnos, il finit par rejoindre Breton, Soupault et Eluard dans le mouvement surréaliste en 1927.

Deux événements majeurs contribuèrent à l'écarter de ses compagnons : son adhésion au Parti communiste en 1927 et la rencontre d'Elsa Triolet, la belle-soeur de V. Maïakovski, un an plus tard. La distance vis-à-vis de Breton croissant, la rupture éclata entre 1929 et 1931, autour de considérations politiques autant que poétiques. Désormais engagé pleinement dans la vie du Parti, il illustre à sa manière une veine "réaliste" qu'il
critiquera des années plus tard, et s'engagea avec fièvre dans la Résistance, lorsque commença la Seconde guerre (rompant ainsi avec Drieu La Rochelle).

Après la guerre, il resta fidèle aux idées communistes et devint PDG des éditeurs Français Réunis. En 1950, il est élu au comité central du PCF. Il sut néanmoins prendre ses distances vis-à-vis de la figure stalinienne après les révélations de Khrouchtchev et l'insurrection de Budapest. Avec la mort de son épouse, Elsa Triolet, en 1970, Aragon avoua son homosexualité.

Il mourut le 24 décembre 1982.


Like a Star @ heaven



L'oeuvre prolifique d'Aragon:
Feu de joie, poésie, 1920.
Anicet ou le Panorama, roman, 1921.
Les Aventures de Télémaque, 1922.
Le Libertinage, 1924.
Le Mouvement perpétuel, 1926.
Le Paysan de Paris, 1926
Le Con d'Irène, 1927 (sous le nom d'Albert de Routisie).
Persécuté persécuteur, poésie, 1930.
Hourra l'Oural, poésie, 1934.
Les Cloches de Bâle, 1934 (Le Monde réel).
Pour un réalisme socialiste, essai, 1935.
Les Beaux Quartiers, 1936 (Le Monde réel), Prix Renaudot
Le Crève-coeur, poésie, 1941.
Les Voyageurs de l'impériale, 1942 (Le Monde réel)
Les Yeux d'Elsa, poésie, 1942.
Brocéliande, poésie, 1942.
Le Musée Grévin, 1943.
Aurélien, 1944 (Le Monde réel)
Servitude et Grandeur des Français. Scènes des années terribles, 1945
La Diane française, poésie, 1945.
Les Communistes (6 volumes), 1949-1951 et réécrit en 1966-1967 (Le Monde réel)
Le Neveu de M. Duval, 1953
Les Yeux et la Mémoire, poésie, 1954.
A la lumière de Stendhal, essai, 1954.
Le Roman inachevé, poésie, 1956.
La Semaine Sainte, 1958
Elsa, poésie, 1959.
J'abats mon jeu, 1959
Histoire parallèle, 1962
Le fou d'Elsa, poésie, 1963.
La Mise à mort, 1965
Blanche ou l'oubli, 1967 ; Page 1
Les Chambres, poésie, 1969
Je n'ai jamais appris à écrire ou les Incipit, essai, 1969.
Henri Matisse, roman, 1971
Le Mentir-vrai, 1980
La Défense de l'infini, 1986 (posthume)
Les Aventures de Jean-Foutre La Bite, 1986 (posthume)
Pour expliquer ce que j'étais, 1989 (posthume)
Lettres à André Breton, 1918-1931, édition établie par Lionel Follet, Gallimard, 2011

maj index le 07/01/2019
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Message par ArenSor le Jeu 29 Déc - 13:48

Pour faire vivre ce fil :
Tout compte fait, les écrivains et artistes français ne se sont pas trop mal tirés des années d'Occupation : à deux exceptions près, mais de taille : Max Jacob et Robert Desnos.
J'ai beaucoup de mal avec la figure tutélaire d'Aragon, grand Ayatollah de l'Epuration. Mais il lui sera beaucoup pardonné pour avoir écrit ce si beau poème en souvenir de son ami :

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Message par Bédoulène le Jeu 29 Déc - 17:59

comme pour d'autres auteurs, doit-on, ou pas le lire ? je me répète mais j'aime bien la phrase du grand-père dans (le club des incorrigibles optimistes)

"lire et aimer le roman d'un salaud n'est pas lui donner une quelconque absolution, partager ses convictions ou devenir son complice, c'est reconnaître son talent, pas sa moralité ou son idéal."

alors pas de souci pour ton message pour ma part (d'autant que j'aime écouter Ferrat)




_________________
"Lire et aimer le roman d'un salaud n'est pas lui donner une quelconque absolution, partager ses convictions ou devenir son complice, c'est reconnaître son talent, pas sa moralité ou son idéal" Le Club des incorrigibles optimistes de J.M. Guenessia "

"Il n'y a pas de mauvais livres. Ce qui est mauvais c'est de les craindre." L'homme de Kiev Malamud
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Message par ArenSor le Jeu 29 Déc - 18:21

@Bédoulène a écrit:comme pour d'autres auteurs, doit-on, ou pas le lire ? je me répète mais j'aime bien la phrase du grand-père dans (le club des incorrigibles optimistes)

"lire et aimer le roman d'un salaud n'est pas lui donner une quelconque absolution, partager ses convictions ou devenir son complice, c'est reconnaître son talent, pas sa moralité ou son idéal."

alors pas de souci pour ton message pour ma part (d'autant que j'aime écouter Ferrat)

Je suis tout à fait d'accord avec grand-père ! Aragon est pour moi un très grand auteur, une figure majeure de la littérature française du 20e siècle. J'ai pris un énorme plaisir à lire des romans comme Les Cloches de Bâle, Aurélien, La Semaine sainte ... Depuis quelques mois, je me promets de lire Blanche ou l'oubli. Il forme avec Drieu un "couple" particulièrement intéressant et révélateur du climat de l'Entre-Deux-Guerres. Aragon a une personnalité extrêmement complexe qui ne se laisse pas appréhender facilement. Salaud, il a pu l'être pendant sa période stalinienne, mais je pense qu'il a pu être l'inverse dans d'autres occasions. Bref, un personnage noir, gris et blanc. Il n'est pas le seul Smile
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Message par Marie le Ven 30 Déc - 4:48

Je traîne après moi trop d'échecs et de mécomptes
J'ai la méchanceté d'un homme qui se noie
Toute l'amertume de la mer me remonte
Il me faut me prouver toujours je ne sais quoi
Et tant pis qui j'écrase et tant pis qui je broie
Il me faut prendre ma revanche sur la honte

Ne puis je donner de la douleur Tourmenter
N'ai je pas à mon tour le droit d'être féroce
N'ai je pas à mon tour droit à la cruauté
Ah faire un mal pareil aux brisures de l'os
Ne puis je avoir sur autrui ce pouvoir atroce
N'ai je pas assez souffert assez sangloté

Je suis le prisonnier des choses interdites
Le fait qu'elles le soient me jette à leurs marais
Toute ma liberté quand je vois ses limites
Tient à ce pas de plus qui la démontrerait
Et c'est comme à la guerre il faut que je sois prêt
D'aller où le défi de l'ennemi m'invite

Toute idée a besoin pour moi d'un contrepied
Je ne puis supporter les vérités admises
Je remets l'évidence elle même en chantier
Je refuse midi quand il sonne à l'église
Et si j'entends en lui des paroles apprises
Je déchire mon coeur de mes mains sans pitié

Je ne sais plus dormir lorsque les autres dorment
Et tout ce que je pense est dans mon insomnie
Une ombre gigantesque au mur où se déforme
Le monde tel qu'il est que follement je nie
Mes rêves éveillés semblent des Saint Denis
Qui la tête à la main marchent contre la norme

Inexorablement je porte mon passé
Ce que je fus demeure à jamais mon partage
C'est comme si les mots pensés ou prononcés
Exerçaient pour toujours un pouvoir de chantage
Qui leur donne sur moi ce terrible avantage
Que je ne puisse pas de la main les chasser

Cette cage des mots il faudra que j'en sorte
Et j'ai le coeur en sang d'en chercher la sortie
Ce monde blanc et noir où donc en est la porte
Je brûle à ses barreaux mes doigts comme aux orties
Je bats avec mes poings ces murs qui m'ont menti
Des mots des mots autour de ma jeunesse morte

Le roman inachevé

Recopiage récupéré

Digression , cela me fait penser à un article de Josyane Savigneau sur Michel Déon ( Le Monde 28 décembre) dont j'extrais:
L’un de ses cadets qu’il a le plus soutenus et encouragés était Jean Rolin. Certains trouvaient paradoxal qu’un homme de droite, maurrassien, ancien secrétaire de rédaction de L’Action française, se sente si proche d’un ex-maoïste. Michel Déon en riait, et estimait que ceux qui voyaient là une contradiction ne comprenaient rien à la littérature.
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Message par Jack-Hubert Bukowski le Ven 30 Déc - 7:23

Louis Aragon, c'est un rendez-vous avec la poésie. J'ai lu trois recueils, du moins effeuillé quelques uns. À l'usage, je dirais que Le Crève-coeur. Le nouveau Crève-coeur est ce qui se rapproche le plus de mes sensibilités poétiques même si je trouve que sa poésie n'est pas si commode à citer et diffère quelque peu de ma pensée de ce qu'est l'écriture poétique. Encore une fois, je suspecte ce qui a tendance à glisser vers la prose. Louis Aragon est un de ceux qui s'est quand même destiné à étudier la question de l'amour et des grandes occasions historiques.

J'ai arrêté mon choix sur un poème en particulier. Il s'agit de celui-là :

«Le rendez-vous perpétuel»

J’écris contre le vent majeur et n’en déplaise
À ceux-là qui ne sont que des voiles gonflées
Plus fort souffle ce vent et plus rouge est la braise

L’histoire et mon amour ont la même foulée
J’écris contre le vent majeur et que m’importe
Ceux qui ne lisent pas dans la blondeur des blés

Le pain futur et rient que pour moi toute porte
Ne soit que ton passage et tout ciel que tes yeux
Qu’un tramway qui s’en va toujours un peu t’emporte

Contre le vent majeur par un temps nuageux
J’écris comme je veux et tant pis pour les sourds
Si chanter leur paraît mentir à mauvais jeu

Il n’y a pas d’amour qui ne soit notre amour
La trace de tes pas m’explique le chemin
C’est toi non le soleil qui fais pour moi le jour

Je comprends le soleil au hâle de tes mains
Le soleil sans l’amour c’est la vie au hasard
Le soleil sans l’amour c’est hier sans demain

Tu me quittes toujours dans ceux qui se séparent
C’est toujours notre amour dans tous les yeux pleuré
C’est toujours notre amour la rue où l’on s’égare

C’est notre amour c’est toi quand la rue est barrée
C’est toi quand le train part le cœur qui se déchire
C’est toi le gant perdu pour le gant déparé

C’est toi tous les pensers qui font l’homme pâlir
C’est toi dans les mouchoirs agités longuement
Et c’est toi qui t’en vas sur le pont des navires

Toi les sanglots éteints toi les balbutiements
Et sur le seuil au soir les aveux sans paroles
Un murmure échappé Des mots dits en dormant

Le sourire surpris le rideau qui s’envole
Dans un préau d’école au loin l’écho des voix
Un deux trois enfants qui comptent qui s’y colle

La nuit le bruire des colombes sur le toit
La plainte des prisons la perle des plongeurs
Tout ce qui fait chanter et se taire c’est toi

Et c’est toi que je chante AVEC le vent majeur

Source (merci) : http://www.lesvoixdelapoesie.com/poemes/le-rendez-vous-perpetuel

Je n'ai pas d'autre commentaire à la lecture de ce poème de dire qu'il s'accueille flegmatiquement, en bon stoïcien que je suis.
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Message par Plume le Mar 5 Juin - 20:06

Je m'apprête à lire la biographie d'Aragon par Philippe Forest, quelqu'un l'a lue (prix Goncourt de la bio)?

Il me semble ne rien connaître d'Aragon...
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Message par Tristram le Mar 5 Juin - 21:26

Pas lu, Plume, mais des textes d'Aragon oui, dont le beau recueil Les yeux d'Elsa :

Tes yeux sont si profonds qu'en me penchant pour boire
J'ai vu tous les soleils y venir se mirer
S'y jeter à mourir tous les désespérés
Tes yeux sont si profonds que j'y perds la mémoire

À l'ombre des oiseaux c'est l'océan troublé
Puis le beau temps soudain se lève et tes yeux changent
L'été taille la nue au tablier des anges
Le ciel n'est jamais bleu comme il l'est sur les blés

Les vents chassent en vain les chagrins de l'azur
Tes yeux plus clairs que lui lorsqu'une larme y luit
Tes yeux rendent jaloux le ciel d'après la pluie
Le verre n'est jamais si bleu qu'à sa brisure

Mère des Sept douleurs ô lumière mouillée
Sept glaives ont percé le prisme des couleurs
Le jour est plus poignant qui point entre les pleurs
L'iris troué de noir plus bleu d'être endeuillé

Tes yeux dans le malheur ouvrent la double brèche
Par où se reproduit le miracle des Rois
Lorsque le coeur battant ils virent tous les trois
Le manteau de Marie accroché dans la crèche

Une bouche suffit au mois de Mai des mots
Pour toutes les chansons et pour tous les hélas
Trop peu d'un firmament pour des millions d'astres
Il leur fallait tes yeux et leurs secrets gémeaux

L'enfant accaparé par les belles images
Écarquille les siens moins démesurément
Quand tu fais les grands yeux je ne sais si tu mens
On dirait que l'averse ouvre des fleurs sauvages

Cachent-ils des éclairs dans cette lavande où
Des insectes défont leurs amours violentes
Je suis pris au filet des étoiles filantes
Comme un marin qui meurt en mer en plein mois d'août

J'ai retiré ce radium de la pechblende
Et j'ai brûlé mes doigts à ce feu défendu
Ô paradis cent fois retrouvé reperdu
Tes yeux sont mon Pérou ma Golconde mes Indes

Il advint qu'un beau soir l'univers se brisa
Sur des récifs que les naufrageurs enflammèrent
Moi je voyais briller au-dessus de la mer
Les yeux d'Elsa les yeux d'Elsa les yeux d'Elsa.

Je découvre ce fil, qui mérite d'être alimenté.
@ArenSor a écrit:Aragon a une personnalité extrêmement complexe qui ne se laisse pas appréhender facilement.
Réponse de l'auteur :
« Ces répons entre mes livres sont aussi volontaires que les couleurs d'un peintre qui s'est constitué une palette. »
Louis Aragon, « Anicet ou le Panorama, roman », préface

_________________
« Nous causâmes aussi de l’univers, de sa création et de sa future destruction ; de la grande idée du siècle, c’est-à-dire du progrès et de la perfectibilité, et, en général, de toutes les formes de l’infatuation humaine. »
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Message par Plume le Mer 6 Juin - 12:40

Oui très beau... De lui également: Il n'y a pas d'amour heureux (Brassens);
Je vous en dis plus après avoir lu Philippe Forest.
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Message par Tristram le Mer 6 Juin - 13:17

Curieux, j'ai rencontré le nom de Philippe Forest parmi ceux qui ont défendu l'oeuvre de Prévert, contre Houellebecq notamment, comme discuté actuellement sur son fil.

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Message par ArenSor le Lun 7 Jan - 19:16

Blanche ou l'oubli

Louis Aragon Blanch10

Coïncidence curieuse : il y a pratiquement un an jour pour jour, je me promettais de lire ce livre !
Certains auteurs, ayant une réputation établie, éprouvent le besoin à la maturité de rebattre les cartes et de s’engager dans de nouveaux sentiers. Tel est le cas d’Aragon. A vrai dire cet écrivain me fait un peu penser à Picasso : tous les deux parcourent une grande partie du XXe siècle, font preuve d’une étonnante maîtrise dès leurs premiers travaux, se renouvellent régulièrement. Ainsi Aragon est passé du dadaïsme au surréalisme, puis au réalisme, pour enfin, aborder avec « La Mise à mort » en 1965, un mode d’écriture expérimental faisant une large place au métalangage et à l’intertextualité (ne maîtrisant absolument pas ces notions, j’essaierai d’expliquer comment je ressens ce livre).
« Blanche ou l’oubli », dernier roman d’Aragon (« Matisse roman » relève à mon avis d’un autre genre), publié en 1967, est souvent considéré comme le chef d’œuvre de cette dernière manière de l’écrivain.
Aragon s’est toujours attaché à la forme « romanesque ». Ce fut d’ailleurs l’une de ses divergences majeures avec les autres surréalistes, Breton notamment, qui considéraient la poésie comme la forme suprême de la Littérature.

« Tous les romans me font sourire. Ils ne sont écrits qu’avec des trous. Je dirais même que tout leur art tient dans la façon de disposer les trous dans la grille ou la dentelle. Il faudrait, pour bien faire, pour que ça soit du moins ressemblant à la vie, tisser menu menu, nouer les points, une étoffe d’intentions, pas même, d’intentions d’intentions. »

« Blanche ou l’oubli » porte bien son nom puisqu’il s’agit des deux obsessions du narrateur, Geoffroy Gaffier, un linguiste atypique, spécialisé dans les parlers de la péninsule indonésienne. Geoffroy a sensiblement le même âge qu’Aragon. Il renvoie à différents moments de son vécu à partir des années 1910 :

« Vous aurez beau dire et beau faire, je regretterai toujours cette mode à la fin de l’enfance, par quoi la femme pour moi prit forme sous ces toitures disproportionnées, et la robe entravée, collante aux hanches et moulant les seins… les longs gants qui retombent du poignet, les doigts retirés pour manger les petits fours. J’avais à peine dix-sept ans, aux premiers jours de 1915, quand il fut pour la première fois dans la rue permis aux hommes de regarder le pied des dames jusqu’à la cheville, et j’en rougissais violemment. »

Le récit navigue entre les années 20, moment de la rencontre avec Blanche, les années 30 et le séjour du couple à Batavia-Jakarta, les années 40 avec la Résistance et l’actualité des années 60.

« Quittant mon haut perchoir amer, je descendais vers les plages, et je parcourais avec ma petite Opel grise ces grands cimetières de l’été, où la beauté du diable semble frappée d’immobilité, nue et crucifiée par le soleil le long de la mer. Garçons et filles ainsi dévêtus donnaient sur le podium  de sable ininterrompu de Menton à Marseille, l’impression d’une folie vestimentaire plus grande qu’à les voir en ville dans le désordre des couleurs et des étoffes fripées. »

C’est un homme qui se souvient de son passé, donc pas d’ordre chronologique précis, mais des souvenirs de temps forts au hasard de ses réflexions. Comme on pouvait s’y attendre avec Aragon-Gaffier, une large place est faite aux événements politiques : l’occupation allemande, les émeutes Ridgway à Paris en 1952, le régime Soekarno en Indonésie et les massacres de 1965…
Blanche est l’un des sujets principaux du livre. Blanche, l’amour fou de Geoffroy, conçue comme femme idéale, égérie célébrée à la manière surréaliste, mais également femme réelle de chair et de sang, disparue dans des circonstances que nous ignorons.

« Geoffroy n’est que parfum de Blanche à en mourir. Inutile de fuir la douleur, elle habite le vent, elle habite la nuit. Inutile d’inventer pour la fuir encore des histoires, des pays, des saisons, des personnages mis ensemble. Des phrases. Des conjonctions de clameurs. La brusque digression d’une image comme au music-hall un numéro d’acrobates barbus. Finis de jouer à cache-cache avec toi-même ! De te détourner en dérision. Finis. Finis toucher ou voir, où cette voix va-t-elle encore battre, à quel mât de voilier ? Finis de faire le fantôme. Accepte enfin d’être, de n’être uniquement que le parfum de Blanche enfuie. »

« De Blanche qui s’efface en moi douloureusement depuis des années. Seul devant cette mémoire creuse. Devant l’impuissance d’arracher Blanche à l’oubli, et le sentiment atroce de n’être moi-même que ce que Blanche a définitivement oublié. L’impuissance à me figurer Blanche. A comprendre en elle ce mécanisme de la pensée par quoi, peut-être, j’aurais survécu pour elle, au moins pour elle, et tout jadis en serait devenu clair comme un matin. Parce que, justement, blanche, eh bien Blanche n’a jamais été un être de mon imagination. »

L’oubli est le second thème important du livre :

« La vie vous passe dessus, et votre jeunesse est à réinventer, il n’en reste que des mots. Et encore les mots, après quarante années… Après quarante années, les mots se sont vidés. Ils ont encore la forme vague des choses, mais il n’y a plus rien dedans. Combien de mots de ma jeunesse, un jeune homme d’aujourd’hui peut au plus jouer aux billes avec. »

« Ce que nous avons pensé de l’âge, nous l’oublions. Nous oublions, je vous dis, nous oublions. Cette faculté merveilleuse qu’a l’homme de ne plus savoir ce qu’il est, de quoi il a l’air, sa tournure, son visage ! Et il lui arrive de dire à une femme je vous aime, persuadé qu’il ne l’a jamais dit à personne jusque-là… Il a oublié toute sa vie, comme une simple enfance, il croit commencer. Il a oublié derrière lui, dans l’ombre des années, toutes les Rosanette et, s’il les revoit, comment voulez-vous qu’il ait pour elles les mêmes yeux : elles sont devenues très grosses, énormes, ou ce ne sont plus que des squelettes fardés. »

« Quand je me retourne en arrière, c’est moins de mes souvenirs que je m’émeus, ces jours-ci, je veux dire à cet âge de brume où me voici, moins de mes souvenirs que de ce qui m’en échappe. La vie, pour l’œil intérieur qui cherche à la reconstituer, ressemble beaucoup à ces rêves dont on se croyait mémoire, et puis qu’il est impossible de préciser. Une image en flotte encore, au-delà de laquelle on voudrait aller, ou en deçà, sans y vraiment parvenir. On revient sur cette silhouette de soi-même, comme si on louchait sur son nez, ses épaules : il ne reste du jeune homme que j’étais qu’une vague attitude, qu’un soupçon de ce qu’il va sans doute advenir de lui. Je relis ma vie comme un roman que j’aurais aimé, ou pas aimé, enfin qui m’eût fait jadis une certaine impression. J’en saute les pages, cherchant ce moment dont j’attends qu’il me prenne à la gorge, je ne le trouve pas ou peut-être l’ai-je passé. Est-ce bien cela, oublier ? Un cache-cache avec soi-même. Il y a des périodes entières de l’existence qui semblent ainsi perdues. »

« Je cours après le temps. Non comme celui-là qui croit retrouver dans son sillage la jeunesse. Le temps l’a laissée au vestiaire, et il est parti, lui, courir devant. Je cours après l’oubli, je me désespère du poids des souvenirs  et, ceux qu’on perd ainsi courant, d’autres aussitôt les remplacent, qui vous font les pieds lourds, on s’arrête à s’en dépêtrer, et déjà le temps est loin devant vous, qui s’amuse à ce je ne sais quoi que je ne comprends plus, le temps en sait tellement que j’ai honte à ne pouvoir le suivre, il parle déjà le temps d’après moi, j’existe pourtant, j’existe encore, attends-moi, ne fais pas l’imbécile, cesse de te prostituer à ces enfants, tu vois bien que je suis tombé sur les genoux, mais que je vais me relever, reprendre mon élan, t’atteindre, attends-moi, j’ai cueilli des fleurs pour toi, elles feront bien dans tes cheveux blancs, mais si tu m’abandonnes dans l’ornière, avec moi c’est ton domaine d’hier qui se meurt, la rupture avec jadis, tu as le fond du crâne troué, le visage que tu tournes vers le soleil est trompeur, il cache la plaie par où s’enfuient tes trésors, tu les trompes, ces gens de demain qui ne savent pas encore que tu es l’oubli, leur rire là-bas me déchire, ô temps cruel ! »

« L’oubli, qui est pourtant de l’homme « fait » (horrible participe passé !), l’enfant n’oublie pas. L’oubli, qui est la vieillesse. Toute la vie en question remise. L’âge. La nuit et le jour. Mes doigts ne retrouvent plus les rides de mon front. J’ai oublié… quelque chose en moi s’est arrêté… le temps. Voilà, le voilà, l’oubli ! C’est le temps qui s’arrête. Blanche ! le temps, jadis, était de nous deux. Et puis, comment, je ne sais plus, dire « quand » ? n’aurait pas de sens, le temps s’est déchiré de toi. Il n’est plus jamais qu’une heure et quart. Un temps qui ne se dépasse plus. Un temps comme l’image d’un cri : on a photographié la bouche et on n’entend rien. Pour toujours ouverte. L’instant est à jamais devenu une pose, une pause. Le silence épouvantable du cri. Blanche ! Personne ne peut m’entendre au fond du temps troué. Il y eut un temps où je n’imaginais pas Blanche, je la voyais, je la touchais, je respirais Blanche. Elle était le temps de ma vie. Et puis le temps s’est arrêté… alors, maintenant, je l’imagine, je passe ma semblance de vie à l’imaginer. On croit avoir un passé, un avenir. C’est cela, le temps. Le passé, je le crois mémoire, l’avenir est dans une certaine mesure, ce que je le fais. Tout cela s’exprime dans le langage, le langage est à l’image de cette image que j’ai de moi comme d’un être en marche, ces nuances du temps, ma grammaire, et la complexité d’être et de se souvenir, d’être est de devenir. Je suis toujours repris par cette illusion, qui fait la réalité pareille au langage. J’ai beau savoir. J’ai la tête ainsi, je dis « hier », je dis « demain » comme des choses certaines. Et j’ai beau le savoir, j’oublie sans arrêt qu’en réalité, le passé comme l’avenir, je les imagine et il n’y a rien d’autre au monde qu’un présent, un perpétuel mourir que j’appelle faute de mieux le présent… »


Vous l’avez compris, tout le roman est une réflexion d’un homme vieillissant, qui sent son passé s’enfuir, qui sait la mort proche et qui tente de se raccrocher au souvenir de Blanche.
« Blanche ou l’oubli » a l’aspect d’une superbe marche funèbre qui oscille sans cesse entre réalité et imaginaire.
Qui est Blanche ? S’agit-il de Blanche d’Hauteville  dont parle un roman d’Elsa Triolet ? Qui est Geoffroy ? Et qui est Marie-Noire, la jeune femme très présente dans la première partie. Marie-Noire est-elle une « hypothèse », créée de toutes pièces par Geoffroy pour mieux approcher Blanche ?

« Marie-Noire est une hypothèse. L’hypothèse est le point de départ de l’imagination. L’hypothèse Marie-Noire avait pour but de m’expliquer Blanche. C’est-à-dire d’imaginer Blanche. A supposer que quelqu’un lise jamais ceci, je lui dois de dire les choses en clair. Il s’agissait de connaître Blanche. »

C’est ce que pense Geoffroy. Mais qui est-il lui-même ? Est-il réel, est-il rêvé ? Et par qui ? Blanche, Marie-Noire comme certains détails le laissent penser ?

« A chacun son rêve et sa vie. On parle ensemble et cela donne un brouhaha. Qui prêterait l’oreille au long désert des autres ? Personne, je vous dis, n’écoute les voyageurs. Chacun fait sa fumée. Et vit dans sa maison trouée, sous son petit panache bleu à lui. »

Et il y a plein d’autres personnages qui interviennent dans le roman : Hölderlin et Diotima –Gontard, Flaubert et Me Arnoux – Elsa Schlesinger. Toujours ces allers-retours entre le rêve et le réel, ou plus exactement ce mélange des deux.
Ils nous renvoient bien sûr à la question essentielle de la nature du langage et de la fonction du roman :

« Parce que, si c’est moi qui parle, Périgueux est un souvenir. Si c’est Marie-Noire, qui est une créature de l’oubli, alors, je disais bien, dans ce cas, Périgueux devient un roman. C'est-à-dire une méditation entre la vie et moi. Quelque chose qui se forme au niveau de la conscience que je prends du monde, au niveau du langage. Une énorme unité sémantique. Quelque chose qui me rend la vie possible. Je ne me passe pas des romans. Le roman, c’est le langage organisé pour moi. Une construction où je peux vivre, l’architecte sait que j’ai besoin de manger, de dormir, de rester éveillé, il a ménagé des fenêtres pour l’air, des vitres pour la lumière, des cheminements d’eau dans les murs, enfin vous voyez ça. L’homme primitif avait besoin de peaux de bêtes, d’une caverne. L’homme d’aujourd’hui a besoin du roman. Malgré ce qu’en disent ses contemporains, ces espèces de nudistes. Marie-Noire, donc, est à Périgueux. Et moi… qui ne me passe pas des romans… qui, moi ? Le moi dont a besoin Marie-Noire pour se passer de moi.  Le moi qui crée, aussi bien à le lire qu’à l’écrire, le roman, tour à tour auteur et lecteur, le moi dont le pluriel est ce nous variable qui s’éteint si le roman cesse d’exister, ce nous extension du moi vers la mer ou la source, entre l’imagination et l’oubli, qui unit par exemple en un siècle bientôt tous les amoureux de Me Arnoux, tous ceux qui au coin de la rue Tronchet et de la rue Vignon… le nous qui ne disparaît pas, contrairement à toutes les règles quand le roi Flaubert meurt, car Flaubert (qui est Me Arnoux) s’efface devant le roman, le roman est devenu le je organisateur du nous. « Et – dit Marie-Noire -, alors si Périgueux est un roman… » Périgueux où Marie-Noire n’a jamais mis les pieds. Périgueux dont elle inventera tout. La couleur de novembre à Périgueux, l’hôtel Domino. Les allées de Tournay. La cathédrale Saint-Front.
Passez-moi les cartes postales. »

Paradoxes vertigineux qu’on rencontre à la même époque dans le « Nouveau roman », mais l’approche d’Aragon est toute différente, par son goût de la langue. Surtout, il se distingue par une prose somptueuse, l’une des plus belles, à mon avis, de la littérature française du XXe siècle, ponctuée d’images fortes qui rappellent le passé surréaliste de l’auteur :

« Les phrases… J’écoute dans les lieux de hasard, un bar où nul ne me remarque plus qu’une orange, une station d’autobus où parler a goût de poussière, une kermesse de juke-box où le sens de toute chose clignote sa douleur, j’écoute la conjonction des vocables, leur billard, le choc interlocutif des paroles, les calembours instinctifs, les coq-à-l’âne électroniques des passants… en un mot le phrasé du paysage… comme une corneille qui étudie le langage des mouettes. »

« L’obsession chez moi de ce concept, dans mes pensées, est si grande que cela vient de m’échapper sous la forme secrète que je lui donne pour moi seul. J’ai dit « bout’ à la m’… » [bouteille à la mer] et parfois l’écriture en varie à ce lieu de passage où la conscience se forme en prenant air de langage. Orthographe même, variable d’ailleurs, « boute-à-l’âme » comme d’un vieux mot français pour la solitude des marins, peut-être un parler de boucaniers ; ou bien c’est encore d’un seul mot « boutalame »,  où la mer peut-être le cède à la lame qui apporte cette boot-à-lame bilingue, une chaussure à éperons, si ce jour-là ma tête incline à je ne sais quel beach-la-mer, ou bêche-de-mer, biche-la-mare, ainsi que l’on appelle ce parler du Pacifique où se mêlent les mots anglais, français, espagnols aux dires des îles. Il m’est arrivé même d’introduire dans ce mot intérieur le th venu du grec, pour en faire je ne sais quel caillou des Cyclades… « bouthalame », comme épithalame peut-être, mais plutôt pour rouler mon bouteillon par la mer hellène, « thalassa »… Dans mon bichelamar à moi, se heurtent plus de langues que des îles Aléoutiennes à la Tasmanie, et si l’on faisait dictionnaire d’elles, il faudrait à chacun des mots des pages pour en expliquer l’étymologie, la texture, le métissage. »

« Un homme seul. Changez-lui les oreilles, le voilà veuf ou bœuf. Fouillez son ventre pour y trouver la peur. Ou ce n’est pas tant qu’il soit seul, on dit d’un homme soûl qu’il a de la compagnie. Et pour les pleurs, il y a le saule. L’homme-saule, ou l’homme-sel, un homme sale, un homme en solde, un homme-saur, comme un hareng, un homme-stupre, comme il y en a des stocks, un simple souffle sur sa couche, la couleur soufre et le cri source, la douleur gouffre où l’âme gueule, un homme s’il, ou non, somnole, s’anémone, et s’anémie, s’amenuise, anamorphose, un homme nu comme minuit… comme les trèfles de minuit. »

Pour terminer et pour le plaisir, cette description de Périgueux, digne de Vermeer ou de Corot :

« Périgueux le vingt-sept novembre… Les ombres sont brun pâle, un trait pourpre dessine les gens sur le fond brun, comme au bord d’une blessure, un trait de pourpre pâle, les mains sont blêmes, les gestes lents, il fait froid, le ciel a de grandes taches roses dans le nuage gris bleu. Le jour est mal rasé. Périgueux, le vingt-sept novembre. Une ville de silence sous une couverture d’écarlate blanc. Périgueux, l’alpha et l’omega de Périgueux, avec la cathédrale saint-Front, les quais de l’Isle, les vieilles maisons… l’eau de l’Isle où verdoie le reflet sombre des maisons  le long du quai, avec sa pente d’herbe jaune mêlée de pierres, la barge qui s’aplatit cul en l’air comme une lavandière sur son linge et, derrière elle, les demeures pauvres, leurs toits rapiécés rose-orange, les unes toutes basses, deux étages ici ou là, sous le chapeau de tuiles taupées, un cordon de bâtisses où saille l’ancien moulin, torchis et poutres croisées faisant balcon, sur l’oblique appui de grandes perches, sept je les ai comptées, pour l’empêcher de tomber avec son toit brun mousse, deux volets claquemurés. Et, par-dessus le tout, les coupoles et tourelles romanes, le clocher de la cathédrale. Tout cela sur le ciel et dans l’eau l’image tremblée, le gris en l’air, le beige en bas, un pléonasme tête-bêche. Un énorme gâteau d’asymétrie avec la crème des nuages. Un firmament d’étain, un vent jaune et déteint. »

mots-clés : #vieillesse
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Message par Tristram le Lun 7 Jan - 20:34

Ça fait envie _ il faut dire que le commentaire est fort riche en soi.

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Message par Jack-Hubert Bukowski le Mar 8 Jan - 9:39

J'ai un autre poème d'Aragon, repéré sur Internet et tiré du recueil Les yeux d'Elsa :

«Elsa au miroir»

C'était au beau milieu de notre tragédie
Et pendant un long jour assise à son miroir
Elle peignait ses cheveux d'or Je croyais voir
Ses patientes mains calmer un incendie
C'était au beau milieu de notre tragédie

Et pendant un long jour assise à son miroir
Elle peignait ses cheveux d'or et j'aurais dit
C'était au beau milieu de notre tragédie
Qu'elle jouait un air de harpe sans y croire
Pendant tout ce long jour assise à son miroir

Elle peignait ses cheveux d'or et j'aurais dit
Qu'elle martyrisait à plaisir sa mémoire
Pendant tout ce long jour assise à son miroir
À ranimer les fleurs sans fin de l'incendie
Sans dire ce qu'une autre à sa place aurait dit

Elle martyrisait à plaisir sa mémoire
C'était au beau milieu de notre tragédie
Le monde ressemblait à ce miroir maudit
Le peigne partageait les feux de cette moire
Et ces feux éclairaient des coins de ma mémoire

C'était un beau milieu de notre tragédie
Comme dans la semaine est assis le jeudi

Et pendant un long jour assise à sa mémoire
Elle voyait au loin mourir dans son miroir

Un à un les acteurs de notre tragédie
Et qui sont les meilleurs de ce monde maudit

Et vous savez leurs noms sans que je les aie dits
Et ce que signifient les flammes des longs soirs

Et ses cheveux dorés quand elle vient s'asseoir
Et peigner sans rien dire un reflet d'incendie.
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Message par Arturo le Mar 8 Jan - 13:06

Je n'ai toujours pas attaqué le Aragon prosateur. Merci Arensor de nous présenter alors ses différentes facettes.
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Message par Aventin le Mar 8 Jan - 16:46

@Tristram a écrit:Ça fait envie _ il faut dire que le commentaire est fort riche en soi.

Tout à fait, merci ArenSor !
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