Giacomo Casanova

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Giacomo Casanova

Message par ArenSor le Jeu 8 Déc - 13:49

Giacomo Casanova (1725-1798)


Je me décide à ouvrir un fil sur cet individu hors du commun. Une personnalité mouvante qui vous glisse des mains telle une anguille, aux multiples facettes, à l’image des masques vénitiens qu’il affectionnait tant.

Casanova, fut à la fois ecclésiastique (peu de temps), soldat, ambassadeur (plus ou moins officiel selon les circonstances), agent secret, grand voyageur (il séjourne dans toutes les grandes cours européennes), joueur (toujours et dans toutes ses actions), mage (alchimiste, voyant…), aventurier (son exploit le plus célèbre étant l’évasion de la prison des Plombs à Venise), quelque peu escroc, séducteur impénitent et surtout, pour ce qui nous intéresse, écrivain.

Campons mieux le personnage : plus de 1m90, teint mat, vraie force de la nature, il nait à Venise dans un milieu de comédiens et restera vénitien jusqu’au bout des ongles jusqu’à la fin de sa vie, bien qu’il fut éloigné de sa patrie à plusieurs reprises et qu’il finit sa vie tristement comme bibliothécaire en Bohême.

Sa principale caractéristique : Casanova est un amoureux de la vie et il la dévore avec un appétit d’ogre : repas et vins somptueux, conversation entre amis, jeu (le pharaon où il mise gros) et amoureux de la femme (je vais y revenir). Au XXe siècle, Casanova aurait été qualifié de flambeur, dragueur et macho.

Casanova séduit
un nombre considérable de femmes. Il les préfère bien sûr jeunes et jolies, mais apprécie également leur innocence, leur esprit, leur culture, leurs bonnes manières. Toutefois, il ne les veut pas « savantes » et raisonneuses, matières nobles réservées à l’intelligence masculine. Il n’échappe pas à son temps avec des mœurs qui nous choquent aujourd’hui, montrant une attirance pour les très jeunes filles, parfois à peine nubiles, pratiquement vendues par leur mère dans l’espoir d’un beau parti. Mais le sexe n’est pas tout pour Casanova. D’ailleurs, lorsqu’il lui arrive de fréquenter les prostituées, il en éprouve du remords, déçu par les relations « animalières ». De plus ces rencontres lui sont souvent fatales et se traduisent par des chaudes-pisses qu’il soigne à coup de mercure et de régime. En résumé, Casanova doit tomber amoureux pour être heureux et cela ne se résume pas seulement à des échanges physiques. Le problème est que Casanova est constamment amoureux. Il promet le mariage à l’une en toute bonne fois, mais il suffit qu’une autre lui tombe sous les yeux pour qu’il oublie la première. Cependant, bon prince, il cherche à confier cette délaissée à un ami ou une connaissance de qualité afin de lui faire faire un beau mariage !

Libertin donc Casanova, mais pas à la manière de Sade. Ce serait même son antithèse. Pas de provocations blasphématoires chez lui. Esprit libre, éloigné des superstitions, franc-maçon, il croit en Dieu. Casanova est plutôt du genre "gentil" avec les femmes en ce 18e siècle.

Venons-en à l’écriture. Casanova s’est dès son plus jeune âge intéressé à la littérature et en particulier le genre noble en Italie à cette époque, la poésie. Toutefois, les quelques ouvrages qu’il fait publier ne lui apportent pas le succès qu’il en attendait. Comment aurait-il pu deviner que son nom aller passer à la postérité grâce au manuscrit dans lequel il raconte sa vie et qu’il entreprend d’écrire dans la deuxième moitié de son existence ? Manuscrit qu’Il a pensé à faire publier puis à détruire avant de mourir, tel Virgile avec l’Eneide. Comment aurait-il pu penser que ce texte soit publié ? En effet, Casanova est très corporel, il s’embarrasse rarement de métaphores et ses descriptions ne donnent pas dans l’allusif. Il parle masturbation, vit, tout juste si le sexe féminin a droit au doux nom de « sanctuaire ». A cela probablement une raison simple : selon la belle expression de Gérard Lahouati (préface édition Pléiade), L’Histoire de ma vie est une sorte d’A la Recherche des plaisirs perdus. Casanova, ses facultés de séduction sur le déclin, revit les jouissances du passé par le souvenir et l’écriture. Preuve en est que son ouvrage s’arrête en 1774, à la cinquantaine au moment où l’âge fait sentir ses effets.

Alors ce texte ? C’est un vrai roman d’aventure, sans aucun temps mort. Le lecteur est happé par les multiples péripéties, les anecdotes, les rencontres avec des personnages célèbres ou inconnus. L’auteur est d’une verve incroyable mêlant réflexions profondes et décrivant les situations auxquelles il est confronté avec esprit et humour (il n’hésite pas à rapporter certains « râteaux » mémorables avec les femmes). A la fois imbu de lui-même et doté d’autodérision, Casanova nous offre un fascinant kaléidoscope de la civilisation du 18e siècle.

L’histoire du manuscrit est à l’image de l’auteur. Vendu à l éditeur Brockhaus en 1820, il fut traduit dans une version expurgée en allemand, reprise en français ! Ensuite, le manuscrit fut tenu pratiquement secret. Déménagé en catastrophe en 1943, de Leipzig en flammes, il fut enfin publié correctement en 1960. Récemment, la bibliothèque nationale a pu en faire l’acquisition. C’est un vrai miracle que nous puissions lire aujourd’hui les aventures de ce diable d’homme !

Dernier point : il faut absolument éviter les anciennes éditions totalement caviardées : expurgées, réécrites. Seulement deux d’entre-elles sont à recommander : celle de la collection « bouquins » et encore mieux, pour les plus fortuné (e), la dernière édition en Pléiade.


mots-clés : #aventure #autobiographie
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ArenSor

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Sensuel Casanova

Message par Tristram le Sam 10 Déc - 10:37

Mise en bouche :

« J’ai aimé les mets au haut goût : le pâté de macaroni fait par un bon cuisinier napolitain, l’Ogliapodrida, la morue de Terre-Neuve bien gluante, le gibier au fumet qui confine, et les fromages dont la perfection se manifeste quand les petits êtres qui les habitent commencent à se rendre visibles. Pour ce qui regarde les femmes, j’ai toujours trouvé que celle que j’aimais sentait bon, et plus sa transpiration était forte plus elle me semblait suave. »
Giacomo Casanova, « Histoire de ma vie », volume 1, préface

L’Ogliapodrida, c'est l'olla podrida, le pot-pourri qui mitonnait perpétuellement au coin du feu de tout bon cuisinier, fond composé d'ingrédients de grande qualité (os de bovidés, volailles, etc.) où il puisait bases de sauces et autres mouillements de cuissons jusqu'à ce que ce soit pratiquement interdit  par la législation :

« Une olla podrida, c'est une immense marmite placée sur le feu, que jamais on n'en retire, et dans laquelle on jette successivement toutes les viandes et particulièrement les viandes gélatineuses qui entrent dans la maison. Ainsi les pieds de veau, les pieds de mouton, les pieds de cochon, les museaux et les oreilles de cochon, tout cela fait partie de l'olla podrida. Cela distille, comme on le comprend bien, un jus fort épais, fort savoureux, que j'eusse trouvé excellent sans l'adjonction de l'éternel gras-double qui lui donne un goût de tripe qui m'était insupportable. »
Alexandre Dumas, « Cuisine espagnole » in « Le grand livre de cuisine »

Pour ce qui est du fumet des femmes, se reporter au Parfum, de Suskin, ou à Yasunari Kawabata, in Les Belles Endormies :

« Le vieillard resta un moment les yeux fermés. C'était aussi parce que l'odeur de la fille était extraordinairement dense. On prétend que rien autant que les odeurs n'est propre à évoquer les souvenirs du passé, mais celle-ci n'était-elle pas trop douceâtre et trop épaisse ? Elle n'évoquait rien d'autre que l'odeur laiteuse d'un nourrisson. Les deux odeurs différaient certes du tout au tout. Mais n'étaient-elles pas en quelque sorte, les odeurs fondamentales de l'espèce humaine ? Il s'était de tout temps trouvé des vieillards pour chercher à faire de la senteur que dégagent les petites filles une drogue de jouvence et de longévité. C'était à se demander si l'odeur de cette fille n'était pas un parfum de cette nature. »
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Re: Giacomo Casanova

Message par Chamaco le Sam 10 Déc - 11:12

Tristram a écrit:Mise en bouche :



L’Ogliapodrida, c'est l'olla podrida, le pot-pourri qui mitonnait perpétuellement au coin du feu de tout bon cuisinier, fond composé d'ingrédients de grande qualité (os de bovidés, volailles, etc.) où il puisait bases de sauces et autres mouillements de cuissons jusqu'à ce que ce soit pratiquement interdit  par la législation :

« Une olla podrida, c'est une immense marmite placée sur le feu, que jamais on n'en retire, et dans laquelle on jette successivement toutes les viandes et particulièrement les viandes gélatineuses qui entrent dans la maison. Ainsi les pieds de veau, les pieds de mouton, les pieds de cochon, les museaux et les oreilles de cochon, tout cela fait partie de l'olla podrida. Cela distille, comme on le comprend bien, un jus fort épais, fort savoureux, que j'eusse trouvé excellent sans l'adjonction de l'éternel gras-double qui lui donne un goût de tripe qui m'était insupportable. »
Alexandre Dumas, « Cuisine espagnole » in « Le grand livre de cuisine »

L'Olla podrida dont parlent Casanova et Dumas se retrouve de nos jours dans la cuisine cubaine sous le nom d'Ajiaco criollo ou sancocho (sancoché), il mitonne durant des heures et donne lieu à des fêtes, on y rajoute ce que les cubain appelent "vianda" en l'occurence du yucca (manioc)....C'est excellent...

Yucca :


ajiaco criollo :
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Re: Giacomo Casanova

Message par Tristram le Sam 10 Déc - 11:56

C'est un excellent ragoût ou pot-au-feu caribéen (et Nord de l'Amérique du Sud), mais pas tout à fait le fond qui mijote à l'année au coin du fourneau, auquel on ajoute un os ou un trognon selon les circonstances, et où le saucier prélève une louche selon les besoins...
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Re: Giacomo Casanova

Message par Chamaco le Sam 10 Déc - 12:28

Tristram a écrit:C'est un excellent ragoût ou pot-au-feu caribéen (et Nord de l'Amérique du Sud), mais pas tout à fait le fond qui mijote à l'année au coin du fourneau, auquel on ajoute un os ou un trognon selon les circonstances, et où le saucier prélève une louche selon les besoins...

à l'année non bien sur, mais pour les fêtes oui, il y a aussi des os, surtout de cochon...
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