Chamaco_VilaMatas

On sait que l’un des aspects les plus séduisants de la littérature est sa possibilité d’être une sorte de miroir qui avance ; un miroir qui, comme certaines horloges peut avancer.

Enrique Vila-Matas, Perdre des théories

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    Olivier Rolin

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    Re: Olivier Rolin

    Message par topocl le Sam 14 Jan - 9:52

    En Russie




    En 1987, la Russie était encore soviétique, et je ne savais pas encore où était Sotchi. Olivier Rolin, lui, y était,  à une époque où le tourisme en solitaire était une gageur.

       J'aimerais pouvoir penser qu'il s'agit d'une promenade poétique. Des esquisses de choses vues, une série d'instantanés - ce qui ne veut pas dire, je l'espère, des clichés.

    Voilà, tout est dit, Olivier Rolin se balade, regarde, rencontre des gens, discute, se retrouve dans des chambres d'hôtel déprimantes, « mélange de faste et de médiocrité », mange des borschs innommables, raconte, se remémore ses lectures russes, décrit, rêvasse, s'ennuie d'un ennui délicieux. Malgré les splendeurs touristiques, qui ne sont finalement pas son intérêt premier, le manque de liberté et d’horizon, la grisaille générale, l'effroyable frugalité des biens et des services, les tentatives de propagande sont, parfois, compensées par un sourire, un dialogue, un échange.

       Nous échangeons nos adresses, je me demande bien à quoi cela pourra lui servir, une adresse à Paris, mais c'est plutôt touchant, et après tout c'est peut-être justement d'être rare et inutile qui fait le prix d'une adresse occidentale : comme un poème sur un agenda.

    Pour survivre dans ce marasme plombant, Olivier Rolin garde un ton d'une distance amusée et amusante, s'attache aux détails, un homme qui passe, une goutte qui tombe, la neige qui ressemble à de la crème fouettée…C'est vraiment plaisant de le suivre.

       L'Abondance à moins bien réussi en Russie que la Puissance, voilà tout.

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    Re: Olivier Rolin

    Message par topocl le Sam 14 Jan - 9:52

    Sibérie





    Publié aux éditions inculte, ce livre est un hommage à la Sibérie, un lieu intime pour Olivier Rolin, puisqu'il s’ « étonne de penser que j'ai passé plus de temps dans la capitale de la Sibérie orientale qu’à Lyon, mettons, ou Toulouse. ».

    C'est un ouvrage plutôt journalistique puisqu'il  regroupe
    - trois textes qu'Olivier Rolin a lus sur France Culture suite à sa participation au voyage transsibérien organisé pour une quinzaine d'écrivains français en 2010
    - trois articles écrits pour Le Monde en 2001 décrivant son séjour à Khatanga, et son expedition au  pôle Nord en compagnie de touristes de l'extrême
    - un article de 2004, racontant sa visite sur les lieux de le Kolyma.

    Il ne faut donc pas en attendre la belle prose et l'émotion intrinsèque qu'on peut trouver dans d'autres écrits. On n'y trouve cependant bien le recul,et l’humour discret et  le regard personnel à la fois empathique et distant d'Olivier Rolin.
    J'en retiendrai notamment une scène hilarante où, parti de Moscou par 20°, arrivant à Khatanga par moins 35, il enfile des collants dans les toilettes de l'avion, et sa visite à un mammouth congelé extrait de la calotte glaciaire. Mais surtout, surtout, Magadan, le dernier article, sur la Kolyma et l’oubli.


     C'est faute de mieux que j'emploie le mot de « curiosité », mais il est bien impropre pour désigner ce sentiment complexe, mélange d’effroi, de respect, d'incrédulité, qui nous saisit sur les lieux où sont arrivées de choses terribles, Verdun, ou Auschwitz, ou la Kolyma. Cela a donc été, c'était là. Le cauchemar de l'Histoire s'inscrit dans une géographie. Et puisque cela n'est plus, puisque je me trouve, moi, là où c'était, c'est aussi une des plus fortes, des plus concrètes expériences du Temps qu'il nous soit donné de faire.

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    Re: Olivier Rolin

    Message par topocl le Jeu 26 Jan - 11:24

    Le météorologue



    Cela commence par une quarantaine de pages d'une délicieuse rolinerie, avec tout ce qu'il faut de grands espaces et de nuages, d'âme russe, d'élégant humour mélancolique, de références littéraires ou  picturales, de se-mettre-à-la-place-de-l'autre-alors-qu' on-sait-bien-que-c'est-mission-impossible. Rolin, parti à la découverte des îles Solovki, y découvre l'histoire d'Alexeï Feodossievitch Vangengheim, météorologiste, qui, tout au long de ses presque quatre ans de captivité a écrit et dessiné pour sa fille Eleonora, « sa petite étoile », des dessins d'une fraîcheur naïve qu'on découvre à la fin du volume, et qui, évidemment donnent tout de suite à ce personnage une présence bien particulière.

     

      On note au passage que :

       Peu importe, les écrivains ne sont pas seulement ce qu'ils ont écrit, mais ce que nous croyons qu'ils ont écrit.

    Pour les hommes et leurs vies, c'est sans doute la même chose. Pourtant, pour décrire la belel trajectoire du météorologue, ce noble conquis à la cause soviétique, exécutant inventif et consciencieux à la tête du Service Hydro-météorologique de l'URSS, Olivier Rolin se retire derrière les faits qu'ils nous livre avec une objectivité et une méticulosité qui surprennent  (ou déçoivent?)  

    Après son arrestation, le 8 janvier 1934,  pour sabotage contre-révolutionnaire, Olvier Rolin reprend sa voix et son regard, sa distance  mi-ironique mi-ravagée, pour raconter, à travers ses lettres, la captivité de Vangengheim, expérience humaine  impressionnante par son caractère à la fois unique et  partagé. Le choix des répétitions donne un caractère inéluctable à ce destin incroyablement cruel, porté au jour le jour par un homme qui s'est raccroché à sa foi dans le Parti et sa confiance en la recherche de la vérité.

    Plus tard, bravant les silences des archives soviétiques, les membres de l'association Memorial  découvrent, par des recherches opiniâtres, les circonstances de son exécution. L'essentiel est su, en tout cas pour lui, alors que le mystère scrupuleusement organisé résiste pour des milliers de ses compagnons d'infortune.

    La conclusion expose toute l'amertume que peut ressentir à ce récit un ex-révolutionnaire.

       ce qui est massacré avec eux c'est une espérance que nous (nos parents, ceux qui nous ont précédés) avons partagée,, une utopie dont nous avons cru, un moment au moins, qu'elle était « en passe de devenir réalité ».


    Raconter l'histoire du météorologue, citer uns à uns quelques-uns des millions d'hommes qui ont eu à subir à ses côtés la terreur stalinienne, citer leurs bourreaux, faire connaître cette histoire du XXe siècle, c'est peut-être une façon, pour Rolin, de croire pouvoir encore ne pas renoncer à la révolution, qui « dans les rêves de millions d'hommes, fut « la plus grande espérance profane »

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    Re: Olivier Rolin

    Message par topocl le Dim 5 Fév - 10:28

    Bakou, derniers jours



       D''ailleurs ce récit que j'écris, que vous lisez, à quoi ça rime ? Et d'abord, qu'est-ce que c'est ? Un journal de voyage, des lambeaux de souvenirs mal cousus entre eux, un testament ? « Un livre sur rien » presque sans sujet, ou dont le sujet reste presque invisible, comme le rêvait Flaubert (mais alors, il faudrait qu'il tienne  « par la force interne de son style », et ce serait évidemment présumer de mes forces) ? C'est une promenade sur un fil. Un monologue à basse voix, pour des oreilles patientes, attentives. Une lettre à des amis, connus et inconnus.

    Dans son précédent livre, Suite à l'hôtel Crystal, paru en 2004, Olivier Rolin décrivait minutieusement des chambres d'hôtel qui l'avaient hébergé, et, dans celle de Bakou, mourrait suicidé en 2009 (je n'étais pas arrivée jusque là  jypeurien  ).
    2009 arrivant, Olivier  Rolin retourne à Bakou, histoire de tenter le diable, ou la mort… on ne sait pas trop.
    Cela donne un récit de voyage avec ce que cela implique d'observations et descriptions d'un pays mal connu, entre pétrole et dictatures, de réflexions, de réminiscences, de rappel de livres qu'il a lus ou écrits. Cela a un petit charme morbide, il y a des pages touchantes ou amusantes, on croise des personnages pittoresques ou saumâtres. C'est par moments assez égocentré, mais quand on aime Olivier Rolin, on s'en accommode fort bien (le voyageur n'est il pas aussi important que le voyage?.

       Ce sont des réflexions qu'on se fait quand on marche - comme sans y penser, ou plutôt au gré de ce colloque intérieur que se tiennent les marcheurs, et qui est à la pensée  ce que le grommellement est à la parole éloquente.


    Ah! j'allais oublier de dire qu'il y a des photos, ce qui ne nuit pas à l'ensemble, au contraire!

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    Re: Olivier Rolin

    Message par topocl le Dim 5 Fév - 10:28

    Veracruz



       Ce n'était d'ailleurs pas seulement l'orgueil qui m'incitait à refuser l'idée qu'elle m'avait purement et simplement plaqué, mais aussi le désir de conserver, alors que toute beauté, toute joie, m'avait déserté, un souvenir parfaitement pur, resplendissant, inaltéré par le soupçon que déjà la ruine était à l’œuvre, de la période de ma vie où j'avais été le plus heureux.

    Olivier Rolin - ou en tout cas le narrateur - est une fois de plus prisonnier plus ou moins volontaire de terres hostiles -ici Veracruz-, une fois de plus amoureux éperdu d'une jeune femme éblouissante et insaisissable, entre niaiserie et perfection. Sur cette trame  obsessionnellement ressassée chez lui, Olivier Rolin construit un court récit, noir et ironique, absurde et désabusé, pétillant d'humour .

    La nonchalance désabusée s'associe à une noirceur et une violence transfixiantes. Le narrateur,  depuis, a vécu, erré ,  ravagé par les tourments de l'amour perdu, voyageant entre souvenirs lumineux et regrets amers des jours heureux. Il a traîné comme une croix un questionnement indicible, et, vieillissant, il comprend qu'il faut renoncer au sens, à l'ordre et aux buts,  que les questions sont sans réponse. Bonheur, douleur, pourquoi chercher ? Pantin absurde et rompu,  dernière audace, il congédie son lecteur.

       Chacun des moments beaux qui nous est donné  est une fin en soi, une perfection dont il faut se laisser envahir comme de celle d'un tableau bouleversant découvert soudain, parmi d'autres, ternes, dans la salle d'un musée. Il est vain de le relier à d'autres, encore plus vain ensuite de chercher à en faire l'histoire.


    Il y a l'élégance presque vieillotte du style: longues phrases (parfois mêmes alambiquées, je dois l'avouer : il m'a fallu parfois les relire du début), subjonctifs, appositions et coordonnées entre virgules, tournures inusitées pour l'élégance; et en face, l'humour du désespoir :parenthèses et apartés en forme de clin d’œil.

       Nous voulons toujours que tout ait un sens. Nous voulons que le temps aille sans jamais se retourner, que les événements s'enchaînent, que les livres  aient un plan, une signification cachée, l'histoire une fin. Nous sommes assoiffés d'ordre, fanatiques de logique. Mais pourquoi les choses devraient-elles être ordonnées, emboîtées, pourquoi le temps ne pourrait-il pas repousser son cours comme le fleuve Alphée des Anciens, ou divaguer, pourquoi ce qui vient après ne serait-il pas la cause de ce qui précède? D'où tient-on qu'il y a toujours des causes ?


    Beau texte, touchant, et plein de sens, n'en déplaise à l'auteur!


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