Joao Guimaraes Rosa

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Joao Guimaraes Rosa

Message par bix_229 le Ven 9 Déc - 0:02

Joao Guimaraes Rosa  
(1908-1967)



João Guimarães Rosa (Cordisburgo, Minas Gerais, 1908 - Rio de Janeiro 1967) est un médecin, écrivain et diplomate brésilien. Il est l’auteur d’une importante œuvre littéraire se composant de six recueils de nouvelles (dont deux posthumes) et surtout d’un monumental roman épique, à multiples strates, intitulé Grande Sertão: veredas (1956 ; paru en traduction française sous le titre de Diadorim).
Ses oeuvres, ayant la plupart du temps pour cadre le sertão, se signalent par leurs innovations de langage, souvent déroutantes, mélangeant archaïsmes, mots et tournures des parlers populaires, régionalismes, termes érudits, vocables empruntés aux autres langues (que l’auteur connaissait en grand nombre), néologismes, purismes, altérations de mots et d’expressions idiomatiques, etc., à tel point que l’on parla à propos de cette œuvre de revolução rosiana, de révolution rosienne.

Né à Cordisburgo le 27 juin 1908, João Guimarães Rosa était l'aîné de six enfants.
En 1925, âgé de seulement 16 ans, il entreprit des études de médecine à la Faculté de Médecine de l'Université du Minas Gerais. En 1930, il épousa Lígia Cabral Penna, âgée alors de seize ans, avec qui il eut deux filles : Vilma et Agnes.
Ayant cette même année 1930 obtenu son diplôme, il s’installa pour exercer sa profession à Itaguara. C’est dans cette localité qu’il se familiarisa avec le sertão qui plus tard constituerait une des références essentielles de son œuvre littéraire. En effet, sa fonction de médecin de campagne, l'amenait à parcourir à cheval, une région caractéristique de cet espace de la haute vallée du fleuve São Francisco. Il y acquit une certaine réputation de médecin compétent, et fréquenta notamment un guérisseur local, qui probablement le mit en contact avec le spiritisme.

Entre-temps, il s’adonna à l’étude de ce qui, dès l’enfance déjà, le passionnait : les langues étrangères (en commençant d’ailleurs par le français, qu’il se mit à étudier dès l’âge de sept ans); d'après ses déclarations, il se serait familiarisé avec plus d'une dizaine d'entre elles, dont le hongrois et le hindi. Dans le même temps, il recueillait de la bouche des habitants illettrés du lieu, dans des carnets, les dénominations de toutes sortes d’animaux et de plantes, à côté d’une multitude d’expressions et de tournures régionales.

En 1934, après avoir été reçu deuxième au concours d’entrée au Ministère des Affaires Étrangères, il entama une carrière diplomatique, qui l'amena à exercer pendant plusieurs années en Europe et en Amérique latine. Il renonçait ainsi à la profession médicale, une décision que, dans une lettre de mars 1934, il justifiait en ces termes : « Premièrement, tout travail matériel me répugne ; je ne puis m’épanouir que sur le terrain des théories, des textes, du raisonnement pur, des subjectivismes. Je suis un joueur d’échecs ; je ne pourrais jamais, par exemple, jouer au billard ou au football ».

La première fonction qu’il assuma à l’étranger fut celle de Consul adjoint du Brésil à Hambourg, en Allemagne, de 1938 à 1942. Pour aider des Juifs à fuir vers le Brésil, il fit octroyer, aidé de sa seconde épouse Aracy de Carvalho Guimarães Rosa, des visas en nombre bien supérieur au quota fixé légalement. Cette action humanitaire lui valut après guerre la reconnaissance de l’État d’Israël  ; Aracy est du reste la seule femme honorée dans le Jardin des Justes parmi les nations, au Musée de l’Holocauste, en Israël. Lorsqu’en 1942 le Brésil rompit ses relations diplomatiques avec l’Allemagne, il fut, avec d’autres diplomates, interné pendant quatre mois à Baden-Baden. Revenu la même année au Brésil, il occupa divers postes diplomatiques.

L’homme Guimarães Rosa, dont l’œuvre pourtant regorge de violence, de passion, d’outrance, de questionnements métaphysiques, de poésie intense, d’écarts langagiers, était à la ville un homme affable et méthodique, prévenant, de haute stature, toujours impeccablement mis, avec son inséparable nœud-papillon et ses grosses lunettes. Il évitait la presse et la publicité, se soustrayant autant que possible à la cohue des journalistes ; il est significatif qu’il n’accorda, de toute sa vie, que deux entretiens importants : en 1965, au critique allemand Günther Lorenz, et en 1966 au journaliste Fernando Camacho.

Oeuvres traduites en français :

Buriti
Les nuits du Sertao (Buriti, tome 2)
Hautes plaines
1946 : Saganara
1956 : Diadorim
Mon oncle le jaguar
Toutaméia





Joao Guimaraes Rosa, (1908-1967) est pour moi l'un des grands romanciers
du 2Oe siècle. Né à Cordisburgo, dans le Minas Gerais au Brésil.
Et Diadorim est un de ces livres comme il n'y en a qu'une poignée par décénnie. Comme Au dessous du volcan, Le bruit et la fureur et quelques autres que vous pouvez ajouter vous-meme.
Diadorim, c'est une épopée, une chanson de geste, un livre profondément lyrique, visuel, musical, poétique. Total.
Comme tous les grands livres Diadorim ne se réduit pas à une seule interprétation...
Mais on peut le lire, pour le plaisir pur et simple de lire. C'est ce que j'ai fait et j'en suis sorti complètement ému. Je devais avoir un peu plus de 2O ans.
On peut dire que c'est l'histoire d'un ancien bandit repenti, la confession
sous la forme d'un monologue d'un vieil homme toujours bouleversé par ce qu'il a vécu sans jamais l'oublier.
Je me souviens avoir repris le livre et noté le nom de tous les personnages inouis qui peuplent ce livre unique. Ils me hantaient la nuit.
J'en revais. J'en parlais aussi à mon ami et voisin qui aimait ce livre autant que moi.
En fait nous l'aimions tellement que nous avons acheté des exemplaires
pour en faire cadeau à des amis...
Joao Guimaraes Rosa fut médecin, puis ambassadeur. Il vécut à Rio la plus grande partie de sa vie et pourtant je ne connais personne qui ait mieux parlé de la nature et notamment du sertao, cette zone de végétation si particulière.
La sienne, c'était celle de l'état du Minas Gerais, plus verdoyante que
dans le Nord Est du Brésil.
Il faudrait évidemment parler de sa prose absolument somptueuse et qui
brasse la langue officielle autant que la langue orale.
Guimaraes Rosa était une sorte de prodige linguistique qui apprit une vingtaine de langues.
Il écrivait :

"Je veux tout le mineiro, le brésilien, le portugais, le latin, peut etre meme l'esquimau et le tartare.
Je voudrais la langue qu'on parlait avant Babel".


A présent, oubliez tout ce que je viens d'écrire et lisez le et si vous le pouvez dans la langue originale !
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Re: Joao Guimaraes Rosa

Message par bix_229 le Mar 20 Déc - 16:20



Diadorim

J'ai lu deux fois Diadorim et j'aimerais bien le relire une fois encore.
C'est un roman qui a marqué ma vie de lecteur et même d'humain.
Une épopée, une chanson de geste, un roman d'amour déchirant. B

Le seul roman du Brésilien Guimarães Rosa (1908-1967) se déroule dans le sertão. Un bout du monde, qui est aussi celui de la langue.
Bienvenue au pays de l'aliboufier, du buruti et du sassafra ! Vous voici dans le sertão, autrement dit un ensemble de régions semi-arides situées à l'intérieur du Brésil (un territoire d'un million de kilomètres carrés environ, où vivent la onça, ce félin aux allures de jaguar, et l'urubu, ce vautour noir qui traque la charogne). Mais le sertão n'a pas qu'une existence géographique ; son identité varie en fonction de l'être humain qui le foule : pour l'un, il est " là où le plus fort, à force d'astuces, fait la loi ", pour l'autre : " vous le laissez derrière vous ; mais tout à coup, il revient vous entourer de tous côtés ". Nul doute que pour Guimarães Rosa il soit Diadorim, cette épopée qui tient autant du document ethnographique que de la fable carnavalesque.
Diadorim, c'est le monologue d'un seul homme : Riobaldo. Un monologue peu ordinaire : une véritable diarrhée verbale qui s'écoule sur plus de 600 pages, sans qu'aucune pause ne permette au lecteur d'y reprendre son souffle (vous n'aurez là ni chapitre ni blanc, mais seulement l'alinéa des paragraphes). D'emblée, on est d'ailleurs très surpris par le caractère oral du roman : on a l'impression que Riobaldo dialogue avec le lecteur, même si dialoguer c'est quand même forcer les choses, puisque le conteur ne lui laisse jamais l'occasion d'une réplique. Et pourtant, il s'adresse à lui, l'apostrophe, lui demande conseil, sollicite son avis -~ bref, il le met à contribution.

Une épopée qui tient à la fois du document ethographique que de la fable carnavalesque

Quant à ce Riobaldo, c'est peu dire qu'il est fêlé : il voit le diable partout (chaque homme étant un Judas qui s'ignore) et s'efforce, par tous les moyens (dont la prière), de le maintenir à distance respectable. Les conseils qu'il profère sont ceux d'un homme de bon sens : dans le feu de l'action, il encourage ses camarades d'armes à ne tuer que les vivants, afin d'économiser les munitions. Il a également un ami, Diadorim, lequel ne s'appelle d'ailleurs pas Diadorim (mais c'est une autre histoire, ou plutôt une excroissance de l'histoire principale, laquelle n'est pas non plus tout à fait une histoire...). Une drôle d'amitié finalement ; presque une relation amoureuse. C'est à ses côtés qu'il va vivre cette odyssée, qui se résume, pour l'essentiel, à des mois de discordes et de guerres fratricides pour le contrôle du sertão (on y trouve donc maints récits d'embuscades, d'assauts, de replis et de prises de pouvoir : l'ultime, mais pas la moins spectaculaire, sera celle de Riobaldo lui-même, qui aspire soudain à devenir chef). La guerre semble être le poumon du sertão : dès qu'une confrontation s'annonce entre deux factions rivales, chacun revient brusquement à la vie.
Diadorim
est un roman difficile à saisir dans sa totalité. Guimarães Rosa a confié sa narration à un personnage qui ne sait pas raconter dans les règles de l'art, qui prend parfois de l'avance dans son récit, au point de devoir revenir plusieurs fois en arrière : " Raconter à la suite, en enfilade, ce n'est vraiment que pour les choses de peu d'importance ". Riobaldo n'entend d'ailleurs pas s'en tenir à la seule vie d'un homme du sertão (qu'il s'agisse de Diadorim ou de lui-même). Son ambition souffre de démesure (qui est la marque d'une authentique ambition) : ce qui l'intéresse, lui, c'est " la matière qui déborde " (on a d'ailleurs l'impression qu'elle prolifère dans sa voix). Et que peut le lecteur contre celui qui raconte tout parce qu'il juge que " c'est sérieux, nécessaire " ? Et pour qui oublier un seul détail, ce serait comme perdre de l'argent ? Rien, sinon l'écouter, le suivre au gré de phrases souvent cousues à la va-vite, avec leur syntaxe à l'emporte-pièce et leurs créations lexicales. Lui emboîter le pas même quand il dresse, sur trois bonnes pages, la liste de ses camarades, en prenant soin d'accorder à chacun quelques lignes descriptives. Le suivre encore, quand il évoque la faune et la flore du sertão. En un mot : boire ses paroles jusqu'à la lie.
À quarante pages de la fin, on sent Riobaldo devenir scrupuleux, comme s'il redoutait d'avoir épuisé son lecteur : " Pourquoi est-ce que je vous relate tout, d'autant de moments ? ". Peut-être pour le seul plaisir d'en arriver au mot fin, pouvoir déclarer cette histoire finie, quitte à le répéter trois fois de suite...
Diadorim
est un roman qui revisite les lois du genre. S'il n'épuise pas son lecteur, c'est peu dire qu'il le malmène. Il en est souvent réduit au rôle de pantin, ne sachant jamais précisément où on l'entraîne, ni si l'épisode qu'il découvre va le rapprocher de la fin ou le ramener en arrière. Un roman qu'il ne faut sans doute pas prendre exagérément au sérieux, et avec lequel il faut accepter de rire (la farce n'est jamais bien loin), y compris de cette étonnante expérience de lecture."

Diadorim de João Guimarães Rosa
Traduit du brésilien par Maryvonne Lapouge-Pettorelli, 10/18, 640 pages

Le Matricule des anges


mots-clés : #nature
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Re: Joao Guimaraes Rosa

Message par bix_229 le Mar 20 Déc - 16:29

Dans une lettre à un ami, Joao Condé, Guimaraes Rosa explique le projet du livre :

J'avais pressenti que ce livre ne pouvant être un recueil de poèmes, devait être un ensemble de nouvelles, et étant de moi, une série d'Histoires adultes de Ma Mère l'Oye, par conséquent.
J'ai prié pour de vrai, afin de pouvoir oublier, complètement qu'un jour avaient existé limitations, cloisons, préjugés relatifs à des normes, modes, tendances, écoles littéraires, doctrines, concepts, actualités et traditions. Et ce, parceque dans la casserole du pauvre, tout est condiment...

Il me fallait choisir le terrain où localiser mes histoires...
Le bout de Minas Gerais qui était davantage à moi, c'est ce que j'ai préféré. Car j'en avais des saudades. Parce que j'en conaissais un peu mieux la terre, les etres, les animaux, les arbres.
Parce que les gens de la campagne -sans conventions ni poses- fournissent de meilleurs personnages de paraboles : là on voit bien les réactions humaines et l'action du destin ; là on voit bien un fleuve dévaler en cascade ou contourner la montagne, et se briser les grands arbres frappés par la foudre, et chaque brin d'herbe humaine renaître avec la pluie ou se calciner avec la sécheresse.

Alors j'ai passé des heures et des jours enfermé dans ma chambre, à chanter des chansons du sertao, à dialoguer avec des bouviers de vieille mémoire, revoyant des paysages de ma terre natale et conduisant un magnifique troupeau. Une fois la "machine" prête, je suis parti.

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