Stig Dagerman

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Stig Dagerman

Message par bix_229 le Ven 9 Déc - 0:10

Stig Dagerman (1923-1954)



Stig Dagerman est donc un écrivain et journaliste suédois né en 1923. Fils d'ouvrier, il est élevé par ses grands-parents à la campagne, sa mère étant partie peu de temps après sa naissance, et son père étant incapable de s'en occuper. Il décrira sa jeunesse comme le moment le plus heureux de sa vie. Très jeune, il est attiré par le syndicalisme. Il conservera ses idéaux tout au long de sa vie. En 1932, il rejoint son père à Stockholm dans le but de finir ses études. Il commence sa carrière littéraire en 1941 en tant que journaliste.

En 1943, il épouse une fille de réfugiés allemands, afin que celle-ci puisse bénéficier de la nationalité suédoise et vivre là-bas, son père militant anarcho-syndicaliste étant recherché en Allemagne. Son premier roman, Le Serpent, (1945) lui vaut un grand succès en Suède. On le classe dans la catégorie des écrivains choqués par les événements atroces de la guerre, qui dépeignent dans leurs livres des atmosphères d'angoisse profonde et de terreur. Les critiques admiratives le comparent  à Kafka. Dagerman écrira cependant plus tard des livres plus «réalistes».  En 1946-47, il est envoyé en Allemagne pour constater les dégâts et témoigner pour son journal de la misère et de la pauvreté qui y règnent. Il s'impliquera beaucoup dans ce travail.  En 1949, après quelques succès littéraires, il cesse d'écrire. Trois ans plus tard, il écrit : «Notre besoin de consolation est impossible à rassasier, avant de se taire et, finalement, de se donner la mort le 4 novembre 1954.

source : wikipédia
Rapatrié. Rédigé par Alaska

Oeuvres traduites en français :

Romans
1945 : Le serpent
1946 : L'île des condamnés
1949 : L'enfant brûlé

Théâtre
1946 : Le condamné à mort
L'Arriviste suivi de Le Jeu de la vérité

Chroniques
1947 : Automne allemand
1948 : Printemps français

Nouvelles :
1948 : Jeux de la nuit
1954 : Mille ans chez dieu (recueil posthume)
Dieu rend visite à Newton
Les wagons rouges
Le froid de la Saint-Jean
Notre plage nocturne
Tuer un enfant

Essais :
1949 : Ennuis de noces
1952 : Notre besoin de consolation est impossible à rassasier
La dictature du chagrin & autres récits amers

Poésie :
Billets quotidiens
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bix_229

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Re: Stig Dagerman

Message par tom léo le Ven 9 Déc - 7:37




Notre plage nocturne

Après avoir découvert Stig Dagerman – je pense justement grace à Bix ? - il y a déjà quelques années, j’ai pris cela comme une invitation de m’attaquer à ce recueil «Notre plage nocturne ». Il réunit (suite page de couverture : ) des nouvelles qu’on pourrait appeler « psychologiques ». Dagerman y donne une image de notre monde dans son mélange de cruauté et de futilité, de richesse égoïste et de misère, de crasse et d’attendrissante pureté. On y retrouve l’atmosphère de ses romans. Le thème essentiel en est la solitude.

Quelle écriture coupante, précise, quelques fois nerveuse, fiévreuse, toujours lucide. Mais je me demande, qui peut « supporter » de telles paroles jusqu’au bout ? Pourtant il faut les lire, ces descriptions si profondément empreintes de désespoir. Mais comment ne pas se détourner ET ne pas être attiré par le vertige ? Y-a-t-il un chemin d’espoir ? Je ne l’aperçois pas chez l’auteur et sa fin tragique laisse penser qu’il n’a pas vraiment vu une possibilité honnête de s’en sortir de ses observations sur la bassesse, ou « la crasse ». Impossible pour moi, de recommander ce livre à des cœurs sensibles et pas enracinés. Pourtant : quelle force de la parole qui pourrait reveiller l’un ou l’autre ???


mots-clés : #nouvelle #psychologique
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Re: Stig Dagerman

Message par animal le Ven 9 Déc - 9:07



J'avais été impressionné par ma lecture d'Automne allemand. ça faisait froid dans le dos. un chapitre : une ville ou un thème, et toujours comme un immense regret que le monde ne soit pas autrement (et ça dépasse l'automne allemand de 46). témoignage lucide et intéressant sur ce moment, ce qui change et ce qui ne change pas. je revois aussi les images du début de Little Dieter needs to fly avec des familles au milieu des ruines qui font cuire du papier peint...

c'est affligeant. tout ne témoigne pas d'une négaivité absolue (il trouve du beau chez les gens) mais on a tendance à se raccrocher à la beauté de l'attention et de l'intention de l'auteur. ça ronge le moral comme lecture. drôle d'impression par endroits que peut être la traduction a fait du bancal ?

extraits :

On entend des voix qui disent que tout allait mieux jadis mais on les isole de la situation dans laquelle se trouvent ceux qui les élèvent et on les écoute de la façon dont on écouterait une voix venant de l'éther. On appelle cela de l'objectivité parce que l'on a passé assez d'imagination pour se représenter cette situation, et même parce que, pour des raisons de bienséance morale, on se refuserait à faire usage d'une telle imagination sous prétexte qu'elle fait appel à une sympathie excessive. On analyse ; mais en fait c'est du chantage que d'analyser les idées politiques d'un affamé sans analyser en même temps sa faim.

La pluie tombe à verse et les garçons aux pieds nus courent sur le quai en tous sens, sans dire mot. La fumée des tuyaux de poêle qui sortent par les portes des wagons étale lentement son voile sur la gare abandonnée. Tout le désespoir de la Ruhr s'est amassé au-dessus de nos têtes en une sorte de nuage de froid et d'humidité, couleur de plomb, et celui qui n'a pas l'habitue a presque envie de crier. Quelqu'un descend de son wagon la chaise de la jeune fille hystérique et se met à lui faire décrire des cercles sur le quai. Des cercles qui n'en finissent pas, dans la pluie et la boue.

Je suis plus réservé quant à Notre besoin de consolation est impossible à rassasier. Le format de vente en "petit livre choc étiqueté suicide", enfin petit, micro livre. Esseulé le texte se retrouve écrasé par l'impératif, l'indiscutable de la mort de l'auteur. Et c'est dommage car il y a, ça remonte, de beaux passages qui font partie d'une réflexion sur la vanité de la forme ou sur l'inutilité de la beauté. Du moins sur son incapacité à sauver.

La prise en otage du lecteur par l'éditeur devient une forme de prise d'otage de l'auteur qui aurait, à mon sens, mérité que ce texte soit associé à d'autres.


mots-clés : #deuxiemeguerre

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Re: Stig Dagerman

Message par tom léo le Ven 9 Déc - 16:12



Dieu rend visite à Newton (1727)

Originale: Tusen år hos Gud (Suèdois, 1954, posthume)

CONTENU :
Une visite de Dieu chez Newton au jour de sa mort…

Un petit conte philosophique où le fantastique et le burlesque se cotoient et où Stig Dagerman laisse entrer en dialogue le créateur et le scientifique génial Newton.

REMARQUES :
Et Dieu en calèche à Londres et entre chez Newton : ils entrent en dialogue et des choses inclassables se passent. Grotesque, bizarre ? Pas seulement. Derrière le dialogue se désigne un image du monde sous une loi connaissable et compréhensible de laquelle le scientifique peut approximativement connaître les régularités. Toutes sortes d'interventions miraculeuses de la part de Dieu se situant en dehors de ces lois, dérange le tout et contredit en quelque sorte une soumission de Dieu à sa création, voir son vraie acceptation d'être homme, sa communion avec les êtres humains ( = incarnation?). Ainsi cette petite curiosité devient une question de quelle façon Dieu échappe à l'isolation qui pourrait être créer par une violation (permanente) des lois naturelles. Ici par exemple Dieu n'accepte pas les lois de la gravité et le corps de Newton décédé vole à travers l'espace. Mais Dieu désire la proximité à la création, aimerait entrer au coeur du monde. Et il laisse devenir Newton un magicien...

Eh bien, si on a connu Dagerman dans ses pièces existentielles, sombres, suicidaires peut être surpris par la tonalité ici : un monde phantastique, de rêve… Mais on pressent rapidemment derrière cette surface et les images étonnants des questions essentielles : Où est Dieu ? Quel solitude et quel silence environnent l'être humain ?

Ce Dieu, pareillement solitaire, seul, aimerait entrer au coeur de l'homme. Est-ce que c'est le merite de Newton ? Le croyant pense au Dieu incarné, pas à cause d'une néccessité, mais par amour. Des fois on s'y sent proche ici, des fois plus loin.

Si on pense à la fin sans espoir de Dagerman on pressent qu'il n'a pas vu un chemin.


mots-clés : #contemythe #fantastique
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Re: Stig Dagerman

Message par tom léo le Sam 10 Déc - 16:20

Ici encore mes notes de lecture…:



Automne allemand

Originale: Tysk Höst (Suèdois, 1946-47)

CONTENU :
En automne 1946 l'écrivain et journaliste Stig Dagerman séjourne dans l'Allemagne ruinée, à commence à Hambourg et d'autres grandes villes rasées, jusqu'à la région de la Ruhr, mais aussi dans certaines régions plus campagnardes. Ce livre réunit un nombre d'articles qu'il envoya vers la Suède. Dagerman n'observe pas seulement impartialement la souffrance des gens dans l'Allemagne de l'après-guerre, mais exprime même une forme de compassion retenue. Il s'oppose à une justification des souffrances allemandes par les horreurs commises par les Nazis/fascistes. (Cela me fait penser maintenant à une partie de la revolte d'un Sebald?!) Cette attitude avait du trouver, trouvait, trouve des réactions étonnées dans sa patrie et au-délà, mais même pourrait étonner le lecteur allemand d'aujourd'hui. Il y avaient des sujets tabous ou ils étaient instrumentalisés par des opinions politiques extrêmes.

REFLEXIONS :
Je pense d'avoir entendu et lu – pour un Allemand de ma génération - pas mal de choses sur l'Allemagne nazie, le temps de la guerre, l'après-guerre. Mais peut-être quasimment toujours du point de vue d'une perspective politiquemment correcte, dans le bon et dans le mauvais sens. Parfois – il faut le dire – ce n'est pas le tout de l'histoire, et on tait des aspects pourtants importants.

Mais dans ces articles je trouvais des nouvelles interprétations, descriptions, liens qui me surprenaient et que j'éprouvais comme un enrichissement pour s'approcher un peu plus honnêtement, impartialement et humainement à cette génération. L'accusation généralisante est évitée ici et le journaliste, certainement pas soupçonnable à des affinités avec le fascisme, écrit d'une façon qui éveille la compréhension et qui explique des données. Dans ses observations il est fin, précise et parle d'aspects différents de la vie en cet automne 1946. Je pense que ce livre n'est pas seulement un éclaircissement néccessaire et bon pour une situation historique dans l'Allemagne de l'après-guerre, mais décrit aussi des problèmes qui sont encore ainsi valables aujourd'hui pour d'autres points de conflits, de souffrance. Je pense par exemple au lien entre famine/nourriture et démocratie/culture, entre citadins et paysans...

Peut-être en ce temps-là, et même aujourd'hui, aucun Allemand aurait pu écrire un tel livre. Dagerman y réussissait ayant à peine 23 ans !
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Re: Stig Dagerman

Message par Hanta le Sam 10 Déc - 21:13



Notre besoin de consolation est impossible à rassasier

Une lecture en apnée devant une écriture de pleine détresse. 10 pages simplement dans mon édition et elles m'ont semblé plus pleines que beaucoup de romans de taille plus imposante. Ce message laissé par l'auteur avant de disparaître, fût très émouvant pour moi. La réflexion n'est pas nécessairement riche, quoique, il y aurait à dire je pense, mais les émotions laissées par un style qui est lui assez fluide et varié sont atrocement poignantes. Pendant cette lecture, je me rappelais les propos de Kierkegaard qui déclarait que l'artiste ou le poète était celui qui savait transformer les cris de l'humanité en un harmonieux chant. Dagerman a joliment transformé un cri qu'il m'est arrivé de pousser.
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Re: Stig Dagerman

Message par tom léo le Mar 13 Déc - 7:27



Notre besoin de consolation est impossible à rassassier

J'avais vu ce tout petit livre à la bibliothèque, et pour ma part, je dois avouer que je trouvais le titre riche et ambigu, magnifique ! On peut tantôt mettre l'accent sur l'impossibilité d'être rassassié, tantôt d'en déduire de notre soif incroyable à qui ne peut pas se contenter de peu de choses. Et à un besoin d'être consolé, ce qui nous renvoie vers un autre. Notre être – ainsi mes réflexions à l'époque – est ouvert vers l'infini, et il est lui-même infini. Mais c'étaient des réfexions avant la lecture... Où va s'orienter la direction prise par Dagerman? Je ne le connaissais pas à l'époque!

Il faut être conscient qu'il s'agit d'un texte très court, d'une vingtaine de pages, mais d'une telle densité que je l'ai lu trois, quatre fois. Et j'étais prêt de le reprendre encore une fois. C'est à couper le souffle. Mais à voir de plus près le texte, et à le situer dans la vie et la mort de Dagerman, on ne peut qu'être aussi effrayé un peu. Et voilà que les remarques d'animal m'ont parlé :

@animal a écrit:Je suis plus réservé quant à Notre besoin de consolation est impossible à rassasier. Le format de vente en «petit livre choc étiqueté suicide», enfin petit, micro livre. Esseulé le texte se retrouve écrasé par l'impératif, l'indiscutable de la mort de l'auteur. Et c'est dommage car il y a, ça remonte, de beaux passages qui font partie d'une réflexion sur la vanité de la forme ou sur l'inutilité de la beauté. Du moins sur son incapacité à sauver.

La prise en otage du lecteur par l'éditeur devient une forme de prise d'otage de l'auteur qui aurait, à mon sens, mérité que ce texte soit associé à d'autres.

Oui, vu l'inéluctable que l'auteur a déduit de ses réflexions, l'issu sans appel, la gorge - au moins la mienne - se noue. Je ne peux pas être d'accord avec une forme de fatalité, ou de logique de désesperance. MÊME si évidemment il y a des moments de solitude et de désespérance dans notre vie à nous tous.
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