Elizabeth Strout

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Elizabeth Strout

Message par topocl le Sam 10 Déc - 10:30

Elizabeth Strout
Née en 1956


Elizabeth Strout est une romancière américaine contemporaine née le 6 janvier 1956 qui a reçu le Prix Pulitzer en 2009 pour Olive Kitterdge. La traduction française est disponible depuis le 6 octobre 2010 aux éditions Ecriture.
Après des études de droit au Syracuse University College of Law, elle publie son premier texte dans le magazine New Letters. Elle gagne ensuite New York et continue à publier dans différents magazines littéraires et met près de sept ans à écrire son premier roman Amy and Isabelle, publié en 1998 aux États-Unis, qui rencontre le succès et est présélectionné pour divers prix littéraires.

Oeuvres en français

Amy and Isabelle (1998)
Olive Kitteridge (2008, Prix Pulitzer 2009)

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Re: Elizabeth Strout

Message par topocl le Sam 10 Déc - 10:32

Olive Kitteridge



Olive Kitteridge est une femme lunatique, parfois arrogante, parfois à l’ écoute. Elle a vite compris que la vie n‘est pas forcément simple, qu’elle est injuste, mais qu’il ne faut pas en faire un plat si on veut s’en sortir. Dire ce qu’on a à dire, tenir le cap et passer à travers les gouttes sans s’arrêter à l’opinion des autres.
Elle a épousé Henry, un pharmacien dont la gentillesse flirte avec la naïveté. Il forment un couple plutôt mal assorti, où l’amour n’est pas de la passion, où chacun étaye l’autre avec une certaine connivence, mais sans le ménager, ce qui leur permet de s’en sortit à leur façon.
Un personnage secondaire, commentant un drame qui touche l’une de leur connaissance dit : « Je pense qu’elle s ‘en sortira. On s’en sort, généralement ». Et Elizabeth Strout va gratter là dessous, voir ce que cela veut dire, de s ‘en sortir , ce que cela comprend de solitude, d’amertume et d’envie d’avancer quand même.

Olive Kitteridge n’est absolument pas un personnage de roman, mais bien une femme ordinaire, de ces femmes qu’on croise aisément dans le microcosme des petites villes : ni haïssable, ni franchement aimable. On vous raconte des histoires sur elle ; elle-même vous confie un élément complémentaire, parfois une chose extrêmement intime qui vous surprend, plus souvent des choses plus superficielles, qu’elle a peut-être arrangées à sa façon (en a t’elle conscience elle-même ?), la bande transporte vaguement des histoires de sa jeunesse, qui eut sa note de tragédie (c’est un peu flou, des éléments manquent). On la croise aussi au concert , et d’aucun se permettent un commentaire sur elle, on ne la croise justement pas l’église, et cela aussi alimente les discussions. Votre fils a un copain qui l’a eu comme prof des maths et rapporte son comportement ou une parole qu’elle a eue. On l’aperçoit au bureau de poste , étonné de lui voir mettre certaines lettres à la poubelle, ou elle vous frôle dans un magasin où vos ne vous attendiez pas à la voir.

C’est cette façon très originale qu’Elizabeth Strout adopte pour nous parler d’elle qui nous désarçonne au début (où veut-elle revenir ?), puis nous apprivoise : on n’ a pas absolument, toutes les cartes en main comme dans un roman, classique, certains chapitres nous parlent d’autres habitants de la ville et ne font qu’effleurer Olive qui passe en quelques lignes, mais cela permet un portrait tout en nuances, en distances focales variées (ce q’elle pense elle-même, les impressions qu'elle inspire), qui nous permet une approche vraiment interpelante. Cela donne un livre dont on ne sait plus guère s'il s'agit d'un roman ou de nouvelles imbriquées les unes dans les autres, dans une progression d'une grande liberté. Il n’y a pas un début et une fin, non seulement car la chronologie est explosée, mais aussi parce qu'il n'y a pas ce désir de construire une histoire avec ses tenants et aboutissants, ses buts et sa logique, ses chemins tracés mais bien de dresser une chronique d'une vie qui s'écoule, le grand âge qui s’installe et on n’en est pas moins femme…

Sans spoiler, la fin est non une espèce de happy end, mais plutôt un doux apaisement au terme d'un livre plutôt sombre, où l'auteur pleine d'humour joue habilement avec la mauvaise foi de son héroïne.

Bref, l'histoire d'une femme ordinaire (mais qui est ordinaire ?) racontée d'une façon extraordinaire.


(commentaire rapatrié)


mots-clés : #psychologique


Dernière édition par topocl le Jeu 15 Déc - 8:38, édité 1 fois

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Re: Elizabeth Strout

Message par topocl le Sam 10 Déc - 10:34

Amy et Isabelle




Sans doute suite au succès d’Olive Kitteridge, ressort, aux éditions « Ecriture », Amy et Isabelle qu'Élisabeth Strout avait écrit en 1998 et qui était paru chez Plon en 2000. J'ai l'impression d'avoir aimé encore plus Amy et Isabelle qu' Olive Kitteridge (difficile de quantifier son plaisir à distance),

À Shirley Falls, Nouvelle Angleterre, les saisons rythment le quotidien : à peine sorti d'un univers qui gabouille, le printemps est resplendissant, pour laisser place à un été étouffant, que vont clore les pluies d’un automne rédempteur. Une année où les choses ont bougé dans ce microcosme féminin fait de rêves déçus, de quotidien égratigné, d’avenir bouché, que les femmes oublient par moments grâce à de joyeux bavardages entre copines. Mais cela ne les empêche pas de frissonner, regardant leur amie, à « la vue de son visage à l’apparence fragile et nue, comme celui d’une enfant qui aurait été meurtrie pour toujours. »

   Oui, la gentillesse régnait entre ces femmes naufragées, mais il demeurait des secrets que chacune aurait à porter toute seule.


Isabelle, chignon serré, bardée de bonnes manières, a toujours privilégie le devoir au plaisir. Ou peut-être n’a t ‘elle pas eu l’idée qu’il pouvait en être autrement. Amy, sa fille, adolescente à la chevelure éblouissante, une cigarette à la main et un bonbon dans l'autre, joue toutes les cartes de son mal-être, alternativement joyeuse et désespérée, aimante et récalcitrante. Toutes deux rêvent d’un homme parfait et inaccessible. Seulement, Amy ne fait pas que rêver…

Deux femmes, ordinaires et uniques, deux femmes qui , dans le chaos de leur vie, « font pour le mieux » et illustrent l‘adage : « Comme dirait ma cousine Cindy Rae, la meilleure façon de manger un éléphant, c’est une bouchée après l’autre ».

 
Mais que faire ? Poursuivre son chemin, voilà tout. Les gens poursuivaient leur chemin ; ils agissaient ainsi depuis des millénaires. On prenait les gentillesses telles qu’elles s’offraient, les laissant pénétrer le plus profond possible, et les sombres crevasses qui restaient, on les tenait cachées en soi, sachant qu’avec le temps elles deviendraient peut-être supportables.


Élisabeth Strout prend plaisir à nous parler de ce qui se passe à côté de l’intrigue, mais cela reste accessoire, elle nous livre cette fois-ci un récit linéaire, où les personnages centraux ne sont pas des esquisses, mais au contraire des réalités totalement palpables, des femmes souffrant, dans une solitude incommensurable, sourire aux lèvres pour sauver leur fierté. Entre elles, les petites phrases inutiles, les gestes anodins sont aussi importants que les non-dits. La sensualité du récit est impressionnante, un bruit, un souffle d’air, une lumière, un détail du paysage, un souvenir fugace induisent et soulignent l’évolution des personnages.

   Elle se rappelait la légèreté, l’élan de ses jambes tandis qu’elle marchait, chaussée de ses tennis, sur un trottoir ensoleillé et sec, et elle se dit que, finalement, elle avait alors connu des moments de bonheur, grâce à ses tennis neuves, grâce aux pissenlits qu’elle cueillait, grâce au chandail qui remplaçait le gros manteau - enfant, toutes ces choses la rendaient heureuse, la remplissaient d’espoir.


La scène centrale du livre, d'un érotisme délicat, incroyablement touchante, est à la fois scabreuse et légère dans un miracle d’équilibre.

Rien de prévisible, rien d’extraordinaire non plus, si ce n'est l’œil et la sensibilité de l'auteur, la vie passe et surprend, on apprend de ses erreurs et on avance. C’est doux et douloureux tout à la fois.
Du grand art.


(commentaire rapatrié)

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Re: Elizabeth Strout

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