Brady Udall

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Brady Udall

Message par topocl le Sam 10 Déc - 10:37

Brady Udall
Né en 1971


Brady Udall est un romancier américain né en 1971.
Brady Udall grandit dans la petite ville américaine de Saint Johns, en Arizona, au sein d’une famille nombreuse de mormons.
Il se consacre très jeune à l’écriture, remportant, à douze ans, un concours de poésie. Diplômé de l’université Brigham Young, il enseigne l’anglais au Brésil, puis en Corée, avant de rentrer aux États-Unis où il suit les cours de créativité littéraire du prestigieux Iowa Writer's Workshop de l’université de l’Iowa.
Quelques-unes de ses nouvelles sont publiées dans des magazines spécialisés américains. En 1998, son premier recueil d’histoires courtes, Lâchons les chiens, est salué comme une révélation par des critiques enthousiastes. Le Franklin and Marshall College (Pennsylvanie) lui propose alors un poste d’enseignant en littérature, qu’il accepte. Son premier roman, Le Destin miraculeux d’Edgar Mint, paraît en 2001 et le propulse au rang des meilleurs jeunes auteurs américains de sa génération. Son œuvre est comparée à celle de Dickens ou de John Irving, son style à celui de Raymond Carver.
Prenant leur source dans les contrées les plus reculées du Middle West, ses histoires vibrent sur une corde raide, constamment tendue entre l’humour et les drames les plus sombres.


Bibliographie française

1998 Lâchons les chiens
2001 Le Destin miraculeux d’Edgar Mint
2011 Le polygame solitaire

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Re: Brady Udall

Message par topocl le Sam 10 Déc - 10:38

Le polygame solitaire




J'avais aimé Le destin miraculeux d’Edgar Mint, où Brady UDALL nous faisait une brillante démonstration de sa capacité à comprendre la solitude et l'ironie de l'enfance. Dans Le polygame solitaire, il hausse ce talent au plus haut niveau, et nous fait part de sa vision de la famille, qui est en même temps très personnelle et universelle (très proche de ce que j'en ai). Ces romans familiaux qui montrent à quel point le milieu familial est un milieu invivable, lui qui réunit des êtres que rien ne devrait normalement rapprocher, mais où le miracle de l'amour, des codes partagés, des rituels progressivement adaptés, des concessions raisonnées, permet finalement à chacun de trouver sa place, de s'épanouir, d'enrichir l'autre. Pour moi, comme pour Brady Udall apparemment, la famille est l'ultime et formidable ressource malgré tout ce qu’elle a d'insupportable. Famille je vous hais, famille je vous aime : c'est l'ingrédient principal de ce livre. Le héros, 45 ans, Golden Richards, est à un stade de questionnement existentiel. Sa famille a toujours été son investissement premier, son tuteur personnel, mais l’accumulation des responsabilités, des petits tracas quotidiens, qu'il avait acceptés jusque-là, lui deviennent insupportables après le décès de 2 de ses enfants. Il est usé. Ce sont autorisés Il a des rêves d'égoïsme et de liberté, que sa droiture lui interdit de faire aboutir, et dont l'éclosion l'enferme dans un désespoir secret. On suit aussi l'un de ses fils, Rusty, 11 ans, pas tout à fait dans le moule, et qui de ce fait se croit non- aimé alors qu'il est simplement mal aimé.

Grâce au talent de Brady Udall à poser ses personnages, à nous exposer leurs contradictions, leurs faiblesses, leurs envies, à situer avec empathie et humour les situations les plus banales ou plus rocambolesques, le roman serait déjà réjouissant. Il y a des pages hilarantes qui nous racontent comment décoller un chewing-gum prie dans les poils pubiens, faire la chasse aux puces dans une famille nombreuse (j'ai retrouvé mes modestes chasses personnelles contre les poux)…

Mais il faut savoir aussi que cette histoire se situe dans les années 70 dans une secte de fondamentalistes mormons. Et que parmi ceux-ci un certain nombre d'hommes sont considérés comme élus et de ce fait poussés (contraints ?) à être polygame et à engendrer le plus d’enfants possible. (Il faut bien noter que ce ne sont pas les vrais Mormons :ceux-ci ne sont plus polygames depuis la fin du XIXe siècle comme cela est rapidement expliqué dans le livre,… mais ce que le 4e de couverture semble ignorer.)

Golden est l'un de ceux-là, mari de 4 femmes, père de 28 enfants. On comprend vite comment ses problèmes sont démultipliés, insurmontables et pathétiques. Brady UPDALL décrit plus particulièrement certains des personnages auxquels il s'attache décryptant remarquablement la culpabilité, les petites jalousies, les mesquineries cachées, mais aussi actes courageux, les paroles consolatrices et les mains tendues. Il sait que celle-ci n’atteignent pas toujours leur but, que la vie nous réserve pas que des bonnes surprises, qu'il faut lutter sans fin, que c'est pour ça sans doute qu’elle vaut la peine d'être vécue.

Ce qui est passionnant dans le roman de voir comment Udall montre que ses personnages, qui devraient nous paraître totalement incompréhensibles du fait de leur vécu et de leurs valeurs si différente des nôtres, sont en fait très proches de nous avec simplement un décalage dans la façon d'apprécier les choses. Il n'évite pas l'aspect intolérable rigidité et d'intégrisme de ses personnages. Mais les grandes émotions, les sentiments basiques sont la. La vérité est beaucoup plus complexe que ce qu'on pourrait imaginer : l'homme patriarche n'est pas forcément le gagnant, les femmes, quoique n'ayant pas la part belle quand on les regarde avec nos yeux, savent aussi mener leur barque à leur avantage. Dans ce carcan des traditions chacun exprime à sa manière sa personnalité propre. Total, comme chez nous, tout le monde aime, souffre, se bat, essaie de s'en sortir au mieux, se raccroche à cette notion à la fois rebutante et formidable : la famille. Et pourtant, malgré ce credo somme toute bien banal, malgré une obéissance à Dieu et aux règles qui exclue toute critique, Udall ne tombe jamais dans le « bien-pensant », il garde un recul amusé et une décontraction qui sont l’un des charmes du livre.

On a pu comparer Brady Udall, dans diverses critiques, à John Irving, et en effet on retrouve cette empathie pour l'enfance qui se sont abandonnée, qui se sent différente et manque d'amour, lâchée dans le monde pas toujours accueillant et compréhensif des adultes, prête à tout pour attirer l'attention. Mais ici le regard est beaucoup plus tendre, naïf, plein de compassion : il comprend les enfants et leurs déchirements certes, mais il pardonne aux adultes, qui, eux aussi sont de malheureux individus perdus dans un monde trop dur pour eux.

C'est donc une histoire totalement banale et proche de nous : celle d'une famille , mais racontée de façon riche, originale, touchante, drôle, palpitante. Je m'arrête dans la liste d'adjectifs louangeurs, mais vous comprendrez que je n'ai qu'un conseil : allez à la rencontre du polygame solitaire et de sa famille, qu'on n'a pas envie de lâcher après la dernière page.

En tant que famille, ils partaient à la dérive, leur obéissance à Dieu et leur foi devenaient sujettes à caution, leur père et patriarche était absent par le corps et par l'esprit, et il ne servait pratiquement plus à rien ni à personne depuis trop longtemps, leurs mères se querellait et se révélaient incapables de se faire obéir de leurs enfants qui eux-mêmes se disputaient, se conduisaient mal et rendaient leurs mères folles.
Il n'aurait pas pu fournir une réponse plus juste, plus parfaite, parce que, après tout, c'était une vérité fondamentale sur laquelle ils avaient choisi de régler leur vie : à savoir que l'amour est une matière première illimitée. Il n'est pas soumis au jeu cruel des additions et soustractions, de sorte que le donner à une personne n'implique pas nécessairement qu'on doive l’ôter à une autre. Et le cœur dans sa capacité elle aussi illimitée - même le cœur trouble et mensonger de l'homme devant elle, même cette pauvre chose qui se serrait et battait de manière désordonnée à l'intérieur de sa propre poitrine - peut s'ouvrir à tous ceux qui désirent y entrer à l'exemple d'une maison aux portes et aux fenêtres grandes ouvertes et du cœur de Dieu lui-même, immense, accueillant et sacré, une demeure aux pièces innombrables, remplies d’ une multitude infinie.


(commentaire rapatrié)


mots-clés : #religion #famille


Dernière édition par topocl le Jeu 15 Déc - 8:37, édité 1 fois

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Re: Brady Udall

Message par Armor le Sam 10 Déc - 11:55

Hé bé, quel commentaire ! Encore un qui attend sur ma PAL depuis… Je n'ose plus compter !
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Re: Brady Udall

Message par Bédoulène le Sam 10 Déc - 14:24

waouh !  comme Armor je note et j'ai une grande liste !

(dans la tablette les 2 livres)  j'acète du temps ! Smile

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Re: Brady Udall

Message par Ouliposuccion le Sam 25 Fév - 10:56

Le Destin miraculeux d’Edgar Mint



"Si je devais ramener ma vie à un seul fait, voici ce que je dirais : j'avais sept ans quand le facteur m'a roulé sur la tête. Aucun événement n'aura été plus formateur. Mon existence chaotique, tortueuse, mon cerveau malade et ma foi en Dieu, mes empoignades avec les joies et les peines, tout cela, d'une manière ou d'une autre, découle de cet instant où, un matin d'été,la roue arrière gauche de la jeep de la poste a écrasé ma tête d’enfant contre le gravier brûlant de la réserve apache de San Carlos."
Edgard Mint pourrait être aux années 2000 ce que Garp fut aux années 80. Après Lâchons les Chiens, Brady Udall s'impose avec ce roman inclassable et génial, comme une des grandes révélations de la littérature américaine.


"Cher Monsieur,
Je m'appelle Edgar Mint. Il y a longtemps, quand vous étiez facteur en Arizona, vous m'avez roulé sur la tête. Je sais que vous vous en voulez pour ça. Je tenais à vous dire que je n'étais pas mort. Même pas trop handicapé. J'ai des crises et un crâne bosselé, mais c'est tout. Et puis, j'ai été dans le coma. Maintenant je vis en Utah dans une famille très gentille. Je ne sais pas où vous êtes, mais j'espère vous retrouver un jour. Ne vous inquiétez pas pour moi, je vais bien et je ne suis pas mort. J'espère que vous ne vous en voulez plus trop. Tout est pour le mieux.
Votre ami,
Edgar P. Mint
PS.: Je ne peux pas signer parce que mon cerveau a un autre petit problème. Je n'arrive pas à écrire.
Mais ne vous en faites pas pour ça non plus, j'ai une machine à écrire."

Edgar Mint ou l'histoire d'une vie , et pas n'importe laquelle.
Un petit pavé ensorcelant qui se lit d'une traite grâce à la plume cynique et audacieuse de Brady Udall , les longueurs sont inexistantes , on est tout simplement plongé dans l'univers d'Edgar.
Un monde brutal , d’avilissement , d'humiliation et d'espoir , et pourtant jamais Udall ne tombe dans le larmoyant , une grande démonstration littéraire qui fait naître un attachement profond pour ce petit bonhomme non pas par de grandes élocutions , mais par l'émotion qui transpire des lignes de l'auteur .
On rit , on sourit , on est touché , triste , outré , un panel de ressentis au fil des pages qui s’entremêlent sans jamais nous lasser.
Edgar Mint , c'est le genre de livre dont on redoute la fin , et une fois que celle ci arrive , on taperait presque du pied de déception , on ne veut pas quitter ces personnages , on ne veut pas tourner la page D'edgar et on peine à reprendre un livre.
Un gros coup de cœur qui me laisse nostalgique , orpheline d'un personnage que j'avais adopté et qui continue de vivre en moi à qui je voudrais dire " Que deviens-tu Edgar?"


[...] Dans le jardin de devant se dressait, squelette calciné, un vieux peuplier frappé par la foudre qui n'offait pratiquement pas d'ombre jusqu'à ce que ma mère ait pris l'habitude d'accrocher des boîtes de bière aux branches noircies à l'aide de fil de pêche. Les centaines de canettes, auxquelles une bonne douzaine venait chaque jour s'ajouter, tintaient doucement quand la brise se levait, mais elles ne contribuaient guère à donner de la fraîcheur à la maison.


...je ne perçois toujours aucun dessein divin derrière la confusion de l’existence, aucune volonté organisatrice.Tout n'est que mystère ou, plus précisément, vaste foutoir. Il n'y a ni héros, ni méchants, ni sauveurs, ni anges, ni démons. Il n'y a que ceux qui sont morts ou ceux qui, je ne sais pour quelle raison, ont survécu. Rien de tout cela ne m'empêche de croire en Dieu. Je crois en Lui, seulement je ne sais pas si j'aurai un jour foi en Lui.


mots-clés : #initiatique
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