John Williams

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John Williams

Message par topocl le Sam 10 Déc - 11:16

John Williams (1922-1994)



John Williams , né au Texas, a étudié au Colorado et obtenu son doctorat dans le Missouri où il a fait ses premiers pas de professeur. Après avoir servi dans l’armée de l’air de 1942 à 1945, il a enseigné la littérature et l’art d’écrire pendant trente ans à l’université de Denver. Il est l’auteur de deux recueils de poèmes, d’une anthologie sur la poésie anglaise de la Renaissance et de quatre romans, dont Stoner, publié en 1965.

Oeuvre en français

1965 : Stoner

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Re: John Williams

Message par topocl le Sam 10 Déc - 11:17

Stoner.



Stoner. William Stoner. Les désarrois d’un type ordinaire. Et ses petites joies, dont il apprend à se contenter.
Un type qui ne prend pas souvent de décision, il a plutôt tendance à subir avec un côté léger et pas larmoyant, , et il a sans doute raison, car chaque fois qu’il prend son destin en main, ça se termine plutôt mal : méprisé et ballotté par son épouse, cassé par ses collègues. Bien maladroit à rattraper ses erreurs, désarmé, et baissant souvent les bras (compromission ou philosophie ?), mais sachant ne pas se plaindre et se rabattre sur sa passion de la littérature et de l’enseignement pour compenser. Une amitié qui tient la route au fil des ans, une flamme au passage quand il se voit, à sa grande surprise, amoureux, mais sa maladresse naturelle va reprendre le dessus sur cette issue illusoire à laquelle il avait cru, le laissant avec ses questionnements désabusés. Plus une langueur, qu’une douleur.

On le suit de sa naissance dans une ferme jusqu’à sa mort dans sa chère université du Missouri pour un bilan personnel en demi teinte : pas un héros, pas un génie, mais un homme qui a aimé, s’est passionné sans laisser pour autant la raison de côté, ne s’est pas laissé abattre par ses échecs. Aurait il moins souffert s’il était resté sagement dans la ferme de ses parents ? Peut-être mais il n’aurait pas connu les joies de la littérature qui fut son soutien quotidien…Il fut sans soute plus marqué par la douleur du destin du monde que du sien propre, qu’il tient à distance grâce à une espèce de bulle protectrice.

Un personnage attachant car extrêmement humain dans ses erreurs, ses échecs , son instabilité maladroite. Ce qui rend ce roman si attachant c’est que Stoner n’est justement pas un héros de roman, mais un homme plein de contradiction, qui tâche de tenir la souffrance à l’écart, de retenir les éclairs de joie, de ne pas se plaindre, sans doute car il a peur d’affronter le conflit et qu’il préfère y oppose un bloc de refus. Décrit avec une vivacité prodigieuse, on le connaît comme s ‘il était vivant à nos côtés. Ce roman paraît à la fois léger et profond, triste et plein d’humour, de douceur et d’amertume, prenant comme la vie. Les contradictions perpétuelles du personnage, qui font parfois penser à une certaine incohérence, ne sont que l’expression de son grand malaise à mener sa vie .

On n’a aucune envie d’abandonner ce livre en route malgré certaines légèretés de la traduction (quelques fautes de français, des pronoms qui ne renvoient à rien), plutôt ponctuelles au milieu d’une prose bien menée, et sur lesquelles il serait dommage de s’arrêter. Ce serait se priver de l’ excellent plaisir de lecture qu’on prend à ce roman psychologique, mais sans une tonne de psychologie, mais basé sur des faits, des actes, des sentiments et des histoires.



   Il se soupçonnait d'être en train de comprendre, avec dix années de retard, qui il était vraiment, et ce qu'il découvrait était à la fois mieux et moins bien que ce qu'il avait imaginé. Voilà, se disait-il, je deviens un enseignant, un passeur, un homme dont la parole est juste et auquel on accorde un respect et une légitimité qui n'ont rien à voir avec ses carences, ses défaillances, et sa fragilité de simple mortel.


   Il avait quarante deux ans. Il n'y avait rien devant qui le motivât encore et si peu derrière dont il aimait se souvenir…


(commentaire rapatrié)


Dernière édition par topocl le Jeu 15 Déc - 11:18, édité 1 fois

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Re: John Williams

Message par topocl le Sam 10 Déc - 11:18

Anna Gavalda, à propos de Stoner, dont elle a assuré la traduction

anna gavalda a écrit:
   C’est en lisant une interview de Colum McCann parue dans le quotidien anglais The Guardian il y a quelques années que j’ai découvert Stoner de John Williams. McCann affirmait que ce roman, publié en 1965, était un grand oublié de la littérature américaine, ajoutait qu’il en avait déjà acheté plus d’une cinquantaine d’exemplaires pour l’offrir à ses amis et que c’était un texte qui touchait autant les écrivains que les simples lecteurs. Cette précision m’avait mis la puce à l’oreille et je m’étais empressée de le lire. De le lire, de l’aimer et d’avoir envie de le partager à mon tour. Hélas, il n’avait jamais été édité en français. La suite est simple : j’ai demandé à mon éditeur d’en acquérir les droits, ai vaguement cherché un traducteur patenté et ai fini par m’avouer ce que je savais déjà, à savoir que William Stoner, c’était moi, et que c’était à moi de m’y coller. Pour le meilleur, pour ce « vertige de l’orpailleur » évoqué dans le chapitre IX – expression qui n’est pas dans le texte original et que je me sais gré d’avoir inventée – ceux qui liront jugeront, et pour le pire: des heures et des heures passées arc-boutée sur un bout de phrase que je comprenais, que je « voyais » mentalement, mais qu’il m’était impossible de traduire… Pourquoi tant d’enthousiasme et tant de peines ? Je ne sais pas. Voilà un roman qui n’a rien de spectaculaire. Le récit d’une vie âpre, austère, une vie de prof, une vie passée sous silence et tout entière consacrée à la littérature, bref pas très sexy, j’en conviens et n’en espère aucun miracle, mais je suis bien heureuse d’avoir été au bout de ce projet. D’une part parce qu’il m’a beaucoup appris sur « le métier », toutes ces histoires de légitimité, de liberté, de respect dû à une voix plutôt qu’à une langue m’ont passionnée, d’autre part parce c’est un roman qui ne s’adresse pas aux gens qui aiment lire, mais aux êtres humains qui ont besoin de lire. Or, avoir besoin de lire n’est pas forcément un atout, ce peut être, même, souvent, un handicap. Se dire que la vie, bah… tout compte fait, n’est pas si importante que ça et que les livres pareront à ses manquements, c’est prendre le risque, souvent, de passer à côté. William Stoner donne cette impression de gâchis. D’ailleurs c’est une question qui le hante au moment de sa mort : parce que j’ai aimé lire plus que tout, j’ai déçu mes parents, perdu des amis, abîmé ma famille, renoncé à ma carrière et eu peur du bonheur, ai-je raté ma vie ?
   Quelques battements de cils plus tard, il y répond et, en essayant de le servir le mieux possible, j’y ai répondu aussi. Car en vérité, et nous pouvons l’avouer, que nos vies soient ratées ou pas nous importe moins que cette question posée par un professeur à ce jeune homme gauche, fruste et solitaire qui n’a encore jamais mis les pieds dans une bibliothèque et qui deviendra mon héros :
   « M.Stoner, M.Shakespeare s’adresse à vous à travers trois siècles. L’entendez-vous ? »

(message rapatrié)

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