Don de Lillo

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Don de Lillo

Message par Bédoulène le Sam 10 Déc - 15:24

Don de Lillo
Né en 1936



Donald Richard DeLillo, dit Don DeLillo né le 20 novembre 1936 à New York, dans le Bronx, est un écrivain américain. Auteur de nouvelles, de pièces de théâtre, de scénarios, et d'articles, il est surtout célèbre pour ses romans. Personnalité discrète, mais moins secrète que Thomas Pynchon avec lequel on le compare parfois, Don DeLillo est volontiers associé au courant post-moderne, bien qu'il ne se réclame pas lui-même de cette appellation. Son œuvre, souvent complexe et d'une virtuosité stylistique incontestée, est parcourue par un certain nombre de thèmes récurrents tels que l'angoisse de la mort, et la fascination pour l'image, le film et le langage. Bien que certains lui reprochent une forme d'obscurité ou de superficialité, ou un manque de puissance émotionnelle, Don DeLillo est un des écrivains américains contemporains les plus influents et les plus commentés.

Don DeLillo est né de parents émigrés italiens du Molise. Dans les interviews qu'il a accordées, il revient assez souvent sur l'importance qu'a pu avoir le catholicisme sur sa sensibilité intellectuelle et artistique. Il rapproche ainsi les rituels catholiques de son intérêt pour la religion qu'il décrit comme « une discipline et un spectacle, une chose conduisant les gens à un comportement extrême. Noble, violente, déprimante, belle ». Étudiant à l'université jésuite Fordham, il n'y étudie « pas grand-chose » et se spécialise en «arts de la communication». Il prend ensuite un travail dans la publicité, faute d'avoir trouvé quelque chose dans l'édition. Il publie parallèlement quelques nouvelles dans lesquelles l'influence du cinéma européen, et en particulier celle de Jean-Luc Godard, est très sensible. Il quitte son poste en 1964. Il ne cherchait pas, dit-il, à se consacrer à l'écriture, mais simplement à ne plus travailler.

En 1971 paraît son premier roman, Americana. Le personnage principal est un cadre jeune et beau travaillant dans la télévision, David Bell. Celui-ci semble promis à un brillant avenir, cependant, à l'occasion d'un voyage professionnel au cœur de l'Amérique, il en vient à couper les liens avec sa société et entreprend de réaliser un projet personnel, œuvre cinématographique d'une infinie complexité. DeLillo utilise son expérience personnelle, bien davantage qu'il ne le fera dans ses romans ultérieurs. Cependant, certains thèmes repris au cours de ceux-ci sont déjà abordés – ainsi l'idée d'une quête existentielle, notamment dans End Zone (1972) et Great Jones Street (1973), ses deux romans suivants.


Traduits en français

Américana, (1971)
End Zone, (1972)
Great Jones Street (1973)
L'Étoile de Ratner (1976)
Joueurs, Actes Sud (1977)
Chien galeux (1978)
(en) Amazons, 1980

Sous le nom de Cleo Birdwell
Les Noms (1982)
Bruits de fond (1985)
Libra, Stock (1988)
Mao II (1991)
Outremonde (1997)
Body Art (2001)
Cosmopolis ( 2003)
L'Homme qui tombe (2007)
Point Oméga (2010)
(en) Zero K 2016

Recueil de nouvelles
L’Ange Esmeralda, Actes Sud, 201

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Re: Don de Lillo

Message par Bédoulène le Sam 10 Déc - 15:26



Cosmopolis

L'histoire :

Un homme jeune,riche, fin stratège de la finance et tout particulièrement du cybercapital circule dans sa limousine où il reçoit successivement ses différents collaborateurs. Ses gardes du corps sont vigilants en ce jour car une menace crédible sur sa vie est annoncée. Cette journée est particulièrement mouvementée, entartage, revendications dans la rue, manifestation en l'honneur de la mort d'un rappeur que d'ailleurs il connaissait et contre ses prévisions la montée du yen d'où résulte sa ruine.
Ayant jusqu'à présent réussi ses anticipations sur le futur il se découvre une satisfaction de cette chute et il l'éprouve en perdant volontairement l'héritage de sa femme fortunée.
Le hasard le conduira dans les mains de son assassin, un de ses anciens employés qui le hait pour de nombreuses raisons et notamment parce qu'il suscite son admiration.

Ce que j'en pense : Tout d'abord l'histoire de ce «prédateur» de la finance m'a intéressée. L'écriture de ce livre est belle, efficace et dangereuse. Dangereuse parce que les mots, la composition étonnante des phrases sont captivants et que j'ai été captive de ce livre.

Bref je n'ai qu'une envie rencontrer l'auteur dans d'autres livres.

quelques extraits :

Je voulais l'argent de ses poches pour ses qualités personnelles, pas tellement pour sa valeur. Je voulais son intimité et son contact, son contact, la souillure de sa saleté personnelle. Je voulais frotter les billets sur mon visage pur me rappeler pourquoi je l'avais abattu.

Peut-être y-a-t'il de l'humour dans certaines parties du corps alors même que leur dysfonctionnement vous tue lentement, les êtres chers rassemblés autour du lit, au-dessus des draps souillés, et d'autres qui fument dans le hall.

Qui viendrait le voir gisant ? (Terme embaumé en quête du cadavre correspondant) Des hommes qu'il avait écrasés pour alimenter leur rancoeur.Ceux qu'il avait considérés comme du papier peint, pour le regarder d'en haut et ricaner. Il serait le corps poudré dans le cercueil de la momie, celui qu'ils auraient tous vécus assez longtemps pour tourner en dérision.

Il se sentait merveilleusement bien.Il tenait son poing serré dans son autre main. C'était une sensation magnifique,ça piquait, c'est rapide et brûlant. Son corps lui chuchotait des choses, une chanson qui montait de l'action, de l'assaut contre les photographes, des coups de poing qu'il avait lancés, de la poussée du sang, du battement de coeur, de la grande beauté des poubelles qui se renversaient. Il avait retrouvé des couilles d'airain.

"message rapatrié"

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Re: Don de Lillo

Message par Hanta le Sam 24 Déc - 14:09

Point omega


Récit court mais très intéressant et surtout extrêmement riche. La richesse ne se situe pas dans la trame de l'histoire mais dans les différentes réflexions philosophiques et esthétiques du narrateur qui est aussi le héros du livre. Un questionnement sur le temps, sur la place de l'individu, sur la nature des rapports affectifs, des questions esthétiques sur la nature de l'oeuvre d'art et sur l'intentionnalité de l'artiste. Ce pourrait être pompeux, mais le style lapidaire et fluide de Don DeLillo surmonte cet obstacle sans souci. Les personnages paradoxalement ne sont pas plus approfondis que cela, ils semblent davantage servir le propos même de l'auteur, et ne sont que des facettes de ses interrogations, ce qui rend notre identification à ces problématiques très efficaces. Les dialogues sont fins, ils sont subtiles et rythmés, on ne s'ennuie pas et l'on aime les traits d'esprit distillés ça et là. J'ai vraiment beaucoup aimé, il est court comme il faut, davantage il nous aurait lesté, moins il nous aurait frustré, il nous laisse cependant en suspens avec nos questions, il ne tient qu'à nous de trouver des réponses. Une réussite.
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Re: Don de Lillo

Message par Tristram le Sam 24 Déc - 14:37

Bédoulène a écrit:quelques extraits :

Dont acte (toutes ces citations sont tirées de Cosmopolis, première partie, 2) :

« Il percevait la rue autour de lui, sans relâche, les gens qui se croisaient en moments codés, gestuelle et danse. ils essayaient de marcher sans changer d’allure parce que changer d’allure relève de la bonne intension et de la faiblesse, mais ils étaient quelquefois forcés de s’écarter voire de s’arrêter et presque chaque fois ils détournaient les yeux. Le contact visuel était une affaire délicate. Un quart de seconde de regard partagé constituait une violation des accords qui rendaient la ville opérationnelle. Qui s’écarte pour qui, qui regarde ou ne regarde pas qui, quel degré d’offense dans un effleurement ou un frôlement ? Personne ne voulait être touché. Il y avait un pacte d’intouchabilité. Même ici, dans cette concentration de vieilles cultures tactiles et étroitement tissées, mélangées avec les passants, et les agents de sécurité, et les chalands pressés contre les vitrines, et les fous errants, les gens ne se touchaient pas. »

« il y avait les signes sur la page et il y avait la page. Le blanc était vital pour l’âme du poème. »

« L’argent a perdu son pouvoir narratif de même que la peinture l’a perdu jadis. L’argent se parle à lui-même. »

« L’idée c’est le temps. Vivre dans le futur. Regarde ces chiffres qui défilent. L’argent falsifie le temps. Autrefois c’était le contraire. Le temps d’horloge a accéléré la montée du capitalisme. Les gens ont cessé de penser à l’éternité. Ils ont commencé à se concentrer sur les heures, les heures d’homme, en utilisant la main-d’œuvre plus efficacement. »

« Au-dessous des bandes de données ou téléscripteurs qui défilaient, des chiffres fixes indiquaient l’heure dans les principales villes du monde. Il savait ce qu’elle pensait. Peu importe la vitesse qui rend difficile la lecture de ce qui passe devant les yeux. C’est la vitesse qui compte. Peu importe le renouvellement sans fin, la façon dont les informations se dissolvent à un bout de la série pendant qu’elles se forment à l’autre. C’est ce qui compte, l’élan, le futur. Nous n’assistons pas tant au flux d’information qu’à un pur spectacle, l’information sacralisée, rituellement illisible. »

« "Tu sais ce qu’ont toujours cru les anarchistes.
‒ Oui.
‒ Dis-le-moi, dit-elle.
‒ Le besoin de détruire est un besoin créatif.
‒ C’est aussi le fleuron de la pensée capitaliste. La destruction mise à exécution. Il faut éliminer sans pitié les vieilles industries. Il faut revendiquer par la force de nouveaux marchés. Il faut réexploiter les marchés anciens. Détruire le passé, construire le futur." »

Belle réflexion sur notre société, notablement sur le système financier mondial _ et brillamment exposé.

Cosmopolis est aussi un film, réalisé par David Cronenberg, avec notamment Juliette Binoche ; les dialogues y sont ceux du livre : http://www.allocine.fr/film/fichefilm-143756/secrets-tournage/
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