Junichiro TANIZAKI

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Junichiro TANIZAKI

Message par bix_229 le Sam 10 Déc - 15:37

Junichiro Tanizaki (1886 - 1965)


Junichiro Tanizaki est le seul écrivain japonais publié en Pléiade, seul à faire l'unanimité parmi les spécialistes de littérature japonaise, dont il est l'enfant terrible. Alors que Mishima se mêle de l’histoire de son pays en fondant une milice paramilitaire, que Kawabata signe un appel en 1967, un an avant de recevoir le Nobel de littérature, contre la révolution culturelle en Chine, Tanizaki se tient en retrait de la vie publique. S’il est engagé, c’est dans son œuvre . Son obsession : donner libre cours à ses intrigues, ses narrations et ses fantasmes. Ceux-ci apparaissent sont révélés dès sa première nouvelle, publiée en 1910, à l’âge de 24 ans , et intitulée « le Tatouage ». Il y met en scène des rapports sadomasochistes et fétichistes du pied. Adepte dans sa vie de relations triangulaires, il cède sa femme à un ami et l’annonce dans les journaux ! Il fait scandale en incarnant lui même son œuvre. A sa mort en 1965, il est au panthéon des lettres japonaises. En France, c'est surtout pour son court essai intitulé « Eloge de l’ombre », qu'il est connu. Une vie, une œuvre pénètre au cœur des fantasmes de cet ogre littéraire et met en lumière cet obsédé textuel.
source : France Culture

Bibliographie en français :

Romans, récits, nouvelles
1910 - Le Tatouage
1910 - Le Ki-lin
1910 à 1936 – Le secret
1910 à 1936 – Terreur
1910 à 1936 – La Haine
1910 à 1936 - Le goût des orties
1911 – Les jeunes garçons
1915 - Le meurtre d'O-Tsuya
1917 à 1926 - L'Affaire du Yanagiyu et autres récits étranges
1918 à 1936 - Le Chat, son maître et ses deux maîtresses
1919 - Le Pied de Fumiko
1921 - Puisque je l'aime
1922 - L'Eternelle idole
1925 - Un Amour insensé  
1928 - Svastika Pages
1929 - Le Goût des orties
1930 - De la paresse
1931/1932 - La Vie secrète du Seigneur de Musashi
1932 - Le Coupeur de roseaux
1932/1933 - Deux Amours cruelles (Shunkin, Ashikari)
1933 - Eloge de l'ombre
1935 - Autour du pot
1943 à 1961 – Le pont flottant des songes
1948 - Quatre sœurs (ou Bruine de neige)
1956 - Années d'enfance
1956 - La Clef (La Confession impudique)
1961 - Journal d'un vieux fou
1962 - Nostalgie de Kyôto , dans Le Vase de Béryl

Théâtre
1925 : Puisque je l’aime
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bix_229

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Re: Junichiro TANIZAKI

Message par bix_229 le Sam 10 Déc - 15:50



Deux amours cruelles

J'ai une édition de Tanizaki comprenant deux nouvelles, réunies sous le titre de : Deux amours cruelles.
La première, c'est l'Histoire de Shunkin. L'autre, Ashikari : Une coupe dans les roseaux - traduite aussi sous un autre titre -
La préface est de Henry Miller, datée de 196O. Miller ne cachait pas son enthousiasme pour la culture et la littérature Japonaise. Lisez plutôt :

Nous naviguons dans un domaine que le lecteur occidental, malgré toutes les connaissances psychologiques qu'on peut lui supposer, n'accepte pas toujours facilement. La conduite des femmes notamment est faite pour le rendre perplexe, si même il peut y croire. Et pourtant la réalité de leurs actes ne laisse aucun doute ; elles sont plus véritablement, plus complètement femmes, ces caractères tragiques, qu'aucune des créatures de notre imagination. Elles rappellent ces héroïnes également incroyables de la tragédie grecque.
...
Venue d'un fond historique, traditionnel, rigoureusement conventionnel, l'héroïne japonaise se meut avec une liberté et une audace qui nous confondent. On ne sait jamais ce qu'elles nous réservent et on obtient toujours plus qu'on ne pourrait raisonnablement attendre (n'est-ce pas là en soi une preuve de leur totale féminité ?)
Mais la suprême différence entre la femme japonaise et les autres femmes de la littérature amoureuse tient à l'aura d'esthétique qui l'entoure. Même l'action la plus brutale, la plus laide, nous apparaît à travers cette aura.
Je sais que ce que j'écris peut paraître exagéré. Soit. Je ne m'excuse pas de ces faiblesses.


Je ne sais pas si ce que dit Miller sur les Japonaises est vrai, mais en ce qui concernait les femmes, il tenait toujours à vérifier les motivations de ses enthousiasmes.
Bref, il les épousait, ou il vivait avec...Un pragmatique, Miller !
Et donc, il a aussi épousé une Japonaise.

Armor a raison d'expliquer les diverses facettes de Tanizaki.

C'est un auteur complexe, à la fois influencé par l'Occident mais aussi attaché à sa propre culture, même s' il s'aperçoit qu' elle est en train de disparaître. Sous les effets conjugués de l'introduction de la culture occidentale, de la curiosité grandissante des écrivains et artistes japonais, de la nécessité de sortir de l'insularité  protectrice mais impérialiste, et de la remise en question des valeurs -vraies ou fausses- qui ont volé en éclat lors du conflit mondial, en 1940.


mots-clés : #nouvelle
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bix_229

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Re: Junichiro TANIZAKI

Message par Armor le Mar 27 Déc - 0:44

C'est vrai bix, pour moi, Tanizaki a deux facettes, qui ont donné lieu à des ouvrages très différents.
Il y a celle que je préfère, la facette apaisée, qui s'attache à décrire la réalité d'un Japon pris entre tradition et modernité. Un monde qui s'enfuit, et dont on observe les derniers feux avec nostalgie mais sans amertume.
Dans cette veine, j'ai aimé Le goût des orties, apparemment inspiré de la propre expérience de l'auteur.
Plus que tout, j'ai été envoûtée par Quatre soeurs (autrefois publié sous le titre Bruine de neige), qui pour moi est un pur chef d'oeuvre.

Et puis, il y a la facette la plus étrange de Tanizaki, se nourrissant de ses obsessions personnelles. Celle-là a donné lieu à des livres parfois brillants, mais à l'atmosphère déroutante et malsaine. Même si je suis loin d'avoir tout lu, je pense que La clé, la confession impudique est l'un de ceux qui reflètent le mieux cet aspect de l'oeuvre de Tanizaki.



La clé, la confession impudique

Un couple tout ce qu'il y a de respectable : un professeur d'université de cinquante-six ans et son épouse de quarante-cinq.
Depuis toujours, la femme est dotée d'un insatiable appétit sexuel que son mari, l'âge aidant, et malgré une passion jamais démentie, ne parvient plus à satisfaire ; et ce d'autant plus que leurs exigences ne s'accordent pas.

Un soir, l'époux découvre que sous l'emprise de l'alccol son épouse devient bien plus coopérative, et que son désir pour elle s'en trouve fortement attisé.
Il remarque par ailleurs que le jeune Kimura, pressenti pour épouser leur fille Toshiko, semble bien plus épris de la mère que de la fille, et que cette attirance a l'air d'être réciproque...
Aussi, les soirs où tous les quatre dînent ensemble, invariablement Madame boit plus que de raison et va s'évanouir dans son bain, et invariablement Kimura aide son époux à la transporter jusqu'à son lit avant de rentrer chez lui. La lampe de la chambre parentale demeure ensuite allumée toute la nuit...

Mais pour entretenir sa vigueur retrouvée, le mari devra user de nouveaux stratagème, et quel stimulant plus puissant que la jalousie ? L'idée lui vient d'utiliser le jeune Kimura, et dans ce domaine son imagination se révèle fertile autant que malsaine.

Chacun des époux va se mettre à tenir un journal intime dans lequel il relate cette situation nouvelle et tente par la même occasion de manipuler l'autre. Il est effet évident que, tout en niant lire les écrits de son conjoint, chacun prend aussi souvent que possible connaissance des pensées les plus intimes de celui-ci.
Ce aurait pu n'être qu'un marivaudage destiné à pimenter la vie de couple va se révéler bien plus insidieux et pervers, chacun se jouant de l'autre jusque dans les détails du quotidien. Même Toshiko, la fille du couple, va pour d'obscures raisons se mêler ouvertement de la vie sexuelle de ses parents...

Au fil des pages le mari se révèle à la fois calculateur, pervers et bien naïf, se consumant peu à peu à force de courir après sa jeunesse perdue. L'épouse parfaite et mère de famille exemplaire va quant à elle dévoiler  un tout autre visage, de plus en plus glaçant.
Tandis que l'époux s'étiole et ne vit plus que pour ses ébats nocturnes et l'illusion qu'ils lui apportent d'une vigueur retrouvée, sa femme s'épanouit et semble puiser une nouvelle jeunesse auprès du séduisant Kimura.

Le lecteur, placé dans la position inconfortable du voyeur, est confronté tour à tour à chacune des versions des événements. La sensation de malaise s'accroît au fil des pages tandis que pensées inavouables et situations malsaines défilent devant ses yeux. Les masques tombent.  Et celui qui a initié le jeu n'est pas forcément celui qui le mène au bout du compte…

(Ancien commentaire remanié)


mots-clés : #psychologique #famille


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Re: Junichiro TANIZAKI

Message par Avadoro le Jeu 29 Déc - 17:50



Quatre soeurs

Une oeuvre magnifique, d'une immense sensibilité dans son évocation du quotidien d'une famille japonaise dans les années 1930. Le poids des normes sociales pèse sur la relation entre les quatre soeurs, et le retard pris dans le mariage de la troisième devient très vite le point d'ancrage des tensions et des incertitudes. Tanizaki parvient à transcender une réflexion, des introspections, et s'attache à saisir les contradictions et les failles de chaque personnage avec une émotion très vive.

Il est souvent question d'un passé révolu alors que les soeurs Makioka contemplent, avec amertume, les signes d'un déclassement par rapport à la génération de leurs parents. C'est une évolution lancinante, qui fait aussi surgir avec beaucoup de force l'éclat d'une émancipation (à travers les choix de la plus jeune soeur). Si le tumulte de la seconde guerre mondiale approche, l'histoire ne reste qu'une toile de fond et l'écriture suit toujours sans relâche l'intime et ses bouleversements. Ce sont des souffrances et des joies, parfois entremêlées, qui forment le ciment d'une cellule familiale....et si les angoisses sont omniprésentes, Tanizaki souligne avec éclat l'intensité décisive des liens relationnels.

(Ancien commentaire remanié)



mots-clés : #famille
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Re: Junichiro TANIZAKI

Message par Dreep le Ven 24 Mar - 16:58



Quatre soeurs est un livre profond et drôle, un peu à l'aune d'ailleurs des réflexions qu'on a en Europe à cette époque. Comment se détermine-t-on au sein d'une société, dans un monde qui est en train de changer et qui a une destinée plus qu'incertaine ? (Tanizaki lui-même ne se doute pas du tournant que prendra la guerre pour le Japon, quatre ans après la publication de son roman, en 1941.)
D'une certaine manière, j'y ai trouvé une résonance avec L'homme sans qualités de Robert Musil. La société, dans Quatre soeurs, est largement déterminée par le passé. L'appellation "maison aînée" comme une organe ministériel de la famille pourrait presque évoquer Le Dit du Genji. Il y a la deuxième soeur, Satchi Ko, qui tergiverse, elle qui a des responsabilités et doit avec son aînée trouver des époux aux deux cadettes des orphelines. Youki Ko doit être celle qui est le plus tournée vers le passé, mais trop, c'est-à-dire qu'elle est rigoureusement inadaptée et mutique. Le cas de Tae Ko est en revanche plus complexe... elle est dit-on, la plus "moderne" des soeurs. J'en doute quant à ce qui ce qui advient d'elle, mais je vais me garder de dévoiler ces péripéties.
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Re: Junichiro TANIZAKI

Message par Gnocchi le Sam 25 Mar - 16:35

Merci beaucoup pour vos commentaires sur Tanizaki.
Maintenant vous m'avez donné l'envie de relire "Quatre sœurs" en japonais que j'avais laissé chez mes parents au Japon.
Je l'ai lu quand j'étais au lycée. J'ai presque tout oublié.

Mais l'écriture de Tanizaki est très belle. A présent, il n'y a plus d'écrivains japonais qui peuvent écrire comme lui. C'est triste.
Il a certainement écrit des choses vulgaires, mais sa belle écriture le sauve très souvent, je crois.
Je ne sais pas si vous pouvez sentir ça en traduction.


Dernière édition par Ariane S. le Sam 25 Mar - 17:16, édité 2 fois
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Re: Junichiro TANIZAKI

Message par églantine le Sam 25 Mar - 16:43

Vous êtes absolument terribles les chosiens .  Shocked
Je n'ai pas pu m'empêcher de commander Quatre soeurs ce matin .

_________________
Et, de nouveau, elle se sentit seule en présence de sa vieille antagoniste, la vie.
La promenade au phare . Virginia Woolf .
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Re: Junichiro TANIZAKI

Message par Armor le Sam 25 Mar - 16:47

Ah je suis contente, églantine ! Dreep, merci pour ton avis, ça a toujours du bon de réveiller les fils endormis. cheers
Quatre soeurs est un livre qui mériterait d'être plus connu des Chosiens. Loin des écrits plus "bizarroïdes" de l'auteur, celui-ci est un pur bijou.

Ariane, pourquoi dis-tu qu'il n'y a plus d'écrivains capables d'écrire comme lui ? Qu'est-ce que son style a de si particulier en japonais ?
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Re: Junichiro TANIZAKI

Message par Gnocchi le Sam 25 Mar - 17:36

@églantine a écrit:Vous êtes absolument terribles les chosiens .  Shocked
Je n'ai pas pu m'empêcher de commander Quatre soeurs ce matin .
cheers

@Armor a écrit:Ariane, pourquoi dis-tu qu'il n'y a plus d'écrivains capables d'écrire comme lui ? Qu'est-ce que son style a de si particulier en japonais ?

Après la seconde guerre mondiale, l'écriture des écrivains japonais sont complètement changé comparé avec les générations formées avant la guerre. C'est-à-dire qu'il y avait une grande influence de l'époque Edo jusqu'à la seconde guerre. Il y avait un lien fort de rythme et de beauté traditionnelle entre Akutagawa, Kafû, Tanizaki et Saïkaku, Chikamatsu.
Comme les japonais ont renoncé beaucoup de choses traditionnelles après la guerre, l'écriture a appauvri sous l'influence de la culture américaine sauf Jun Ishikawa qui a conservé la beauté traditionnelle jusqu'à sa mort.

Takéshi KAIKO a inventé une écriture magnifique vers 1975. Mais son écriture n'est tout de même rien à voir avec la beauté des écrivains avant la guerre.
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Re: Junichiro TANIZAKI

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