Edward Abbey

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Edward Abbey

Message par topocl le Sam 10 Déc - 16:55

Edward Abbey
(1927 - 1989 )



   Edward Abbey est né à Indianan Pennsylvanie. Après son service militaire à Naples, de 1945 à 1947, il fréquente l'université d'Indiana, Pennsylvanie, celle du Nouveau-Mexique, celle d'Edinbourg en Ecosse et Yale. A 21 ans, il traverse les Etats-Unis d'est en ouest en auto-stop et découvre l'Ouest. Il tombe définitivement amoureux du désert et le restera pendant 40 ans. Il a travaillé comme guetteur d'incendie ou ranger dans les parcs nationaux, en particulier au Arches National Monument dans l'Utah qui lui servira d'inspiration pour Desert solitaire
   (Site ecrivainsmontana)

Œuvre en français

Romans
(1956)  Seuls sont les indomptés
(1962)  Le Feu sur la montagne,
(1975)  Ne meurs pas, ô mon désert, ; réédition sous le titre Le Gang de la clef à molette,
(1989) Le Retour du gang de la clef à molette,

Essais
(1968) Désert solitaire
(1973) Le Pays des cactus : Les grandes étendues sauvages, essai illustré de photos noir et blanc et couleur,
(1984) Un fou ordinaire

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Re: Edward Abbey

Message par topocl le Sam 10 Déc - 16:57

Le feu sur la montagne



  A chaque fois, je regardais, fasciné, ce paysage mort comme la lune et je me demandais : qu'est ce qu'il y a là-bas? Et à chaque fois je répondais : il y a quelque chose là-bas – peut-être tout. Le désert m'apparaissait comme une sorte de Paradis. Aujourd'hui encore. Toujours

Cc'est l’histoire d'un vieux ronchon retiré dans son ranch, qui est toute sa vie et celle de ses ancêtres, un ranch que son grand-père a arraché jadis aux Indiens. Un homme qui se ressource jour après jour à la nature, qui vit de son contact avec les bêtes, un amoureux-fou du désert. Et que l'armée américaine veut déloger.
Et avec tout ce que cela implique de fureur et de folie, il résiste. Il résiste jusqu’au bout, on s'en doute depuis  le début. Boutefeu déchirant et enragé, roi déchu de son royaume, fidèle jusqu'au bout du bout.

Et, à côté de lui, il y a Billy, son petit fils de 12 ans, enfant aimé et aimant, son portrait tout craché,– qui raconte, avec la pureté et intransigeance de l'enfance -,  et Lee, l'ami de toujours, qui comprend tout, qui sait tout. Car, sous cette chaleur accablante, la filiation et l’amitié, sont avec son ranch les valeurs cruciales que John vénère.

Si Abbey nous livre une histoire d'une simplicité biblique, elle ne tombe jamais dans la caricature et le manichéisme. Il nous offre  au contraire des portraits d’hommes forts, touchants, déchirés et déchirants (oui, il faut bien dire que l'unique femme fait la vaisselle) dans un livre qui est d'une grande tristesse, car ils perdent ; mais est-ce si sûr ? Car ils ont lutté, et ils se sont aimés. Et un garçon gardera cela comme une force en son cœur, il apprend que nous vivons dans un monde dur, où on ne peut avoir tout ce qu'on veut, mais où un petit-fils peut aider son grand-père à garder sa fierté.
La prose est d'une simplicité magnifique pour exprimer cette communion magique avec la nature, la complicité avec les chevaux, la splendeur colorée des paysages désertiques.

Il y a du Vieil homme et la mer dans ce bouquin, une espèce de sobriété pleine de panache, l'enfant, le lion, les éléments à la fois hostiles et hospitaliers, le sens d'une vie, le dernier combat.

(commentaire rapatrié)


mots-clés : #nature


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Re: Edward Abbey

Message par topocl le Sam 10 Déc - 16:59

Le gang de la clef à molette, autrement nommé Ne meurs pas, ô mon désert



Aussi mal assortis  qu'il est permis, 4 personnages hauts en couleurs et amoureux des grand espaces sauvages,  s'unissent dans le « gang des clés à molettes », non pas tant pour honorer  mère Nature (ils balancent toutes leurs canettes de bière par la fenêtre) que pour tirer la sonnette d'alarme face au viol de celle -ci par l'homme, et tenter d’arrêter le massacre.  sabotage d'engins de chantier, débrayage de train, dynamitage de ponts, tout y passe dans une joyeuseté aussi teigne qu'efficace.

Ca pourrait donner un ouvrage très sérieux qui parle de l'écologie,  mais aussi  de la responsabilité qui y est lié et du terrorisme. Cela  parle en effet de tous ces sujets, mais sans en avoir l'air au sein d'une course-poursuite effrénée et loufoque. Les rebondissements, l'humour déjanté de 'l’auteur et les interactions ludiques entre les personnages font de ce livre une aventure déjantée, ou beaucoup de cocasserie attend le lecteur.


(commentaire rapatrié)


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Re: Edward Abbey

Message par Bédoulène le Sam 10 Déc - 17:38



Désert solitaire

Difficile de sortir de ce territoire au propre comme au figuré. L'auteur nous raconte une saison passée en tant que Ranger dans la région des Arches et avec les histoires qui s'y sont déroulées le lecteur comprend la beauté et la cruauté de cette région qu' Abbey aime passionnément, à la folie car oui, il l'avoue pour vivre là il faut être fou !

De la plus petite fleur au plus imposant rocher, des empreintes de lapin à la plume des vautours, du filet d'eau à la rivière qui gronde, du nuage blanc à l'orage violet tout l'émeut et le lecteur avec.

L'auteur a souvent un ton sarcastique, voire caustique quand il dénonce les abus de la civilisation( "syphillisation" comme la nomme l'un de ses amis )le viol, la destruction de la Nature en général et plus précisément les USA et "sa région" de Moab. Mais combien en apporte-t-il les preuves hélas !

Nous sommes tous responsables, ceux qui polluent et veulent asservir les lieux comme ceux qui les ignorent, qui n'en voit pas la beauté et la fragilité, avides de progrès, de confort, oublieux de l'esprit des pionniers qui ont su, eux, s'adapter à notre Terre.

"Ce qui nous amène au dernier aspect du tourisme industriel : les touristes industriels eux-mêmes."

Ces touristes industriels, victimes inconscientes, incapables de quitter leur véhicule, leur téléphone etc............... Ne savent-ils plus voir, écouter, marcher ?

Avec la descente de la rivière le sort de la région apparaît de manière inéluctable, du bonheur que les 2 hommes ont au départ au dernier regard qu'ils laissent sur ce qui ne sera bientôt plus. C'est la vision la plus réaliste de la destruction de ce lieu.

L'écriture est poétique, vivante ; j'aime beaucoup que les noms des fleurs soient cités sous leur appellation scientifique ce qui engendre plus de mystère, son amour de la Nature transpire de toutes ses pores dans ce récit.

Par contre je n'ai pas apprécié : ce qu'il dit sur le bétail lorsqu'il aide le vieux Roy "la vache ne voulait pas se relever ; elle préférait l'ombre. Je lui donnait des coups de gourdin et des coups de pied dans les côtes et tirai brusquement sa queue."

Egalement il parle aussi de donner les chiens domestiques comme nourriture aux coyotes.

J'ai le sentiment que tout ce qui est "apprivoisé" ne mérite pas son attention.

Pas compris non plus qu'il avoue, alors qu'il est avec des amis étudiants, lancer un vieux pneu dans le canyon.

A-t-il ramassé, les déchets (laissés apparament par des visiteurs) qu'il découvre à la fin de la descente du canyon ? Il ne le note pas.

Cette lecture a été émouvante, m'a fait souffrir (je m'imaginais moi qui craint la chaleur dans ce Paradis) ; combien j'aurais aimé avoir le souffle coupé au bord des ravins, entendre ce silence et voir le coucher et le lever du soleil.

Bref, un beau voyage, utile, qui pose des questions et je me sens coupable aussi car quand je vois les lacs artificiels de ma région, je me dis : que c'est beau !
J'ai une mauvaise excuse je n'ai pas vu l'avant" seulement l'après".

Extraits

"Je m'allongeais dans l'antre du coyote, fis de mon bras un oreiller pour ma tête et souffris, toute la longue, longue nuit, de l'humidité, du froid, de courbatures, de la faim. J'étais très malheureux. Je fis des cauchemars claustrophobiques. Ce fut une des plus heureuses nuits de ma vie."

"Si nécessaire, nous sommes d'accord là-dessus, un homme pourrait passer sa vie dans cet endroit une fois qu'il aurait adapté son système nerveux au calme terrifiant, à la tranquilité redoutable. Le silence - je veux dire pas là non pas l'absence totale de bruit, car le fleuve et ses canyons sont animés d'une musique naturelle, mais plutôt l'absence totale de confusion et de clameurs - c'est ça qui serait le problème. Ce que Churchill appelait "la foutue paix", pourrions-nous le supporter très longtemps ? Mais aussi, après avoir connu cela, comment pourrions-nous jamais retourner à ce que nous avons quitté ?"

"Mais l'amour du monde sauvage est plus qu'un appétit de ce qui est toujours hors d'atteinte ; c'est aussi une expression de loyauté à la terre, la terre qui nous a portés et nous soutient, le seul pays que nous connaîtrons jamais, le seul paradis dont nous ayons besoin - si seulement nous avions des yeux pour voir. Le pêché originel, c'est la destruction aveugle, par cupidité, de ce paradis naturel qui nous entoure - si seulement nous en étions dignes."

" Cette fantaisie minitieusement dépeinte d'un royaume au-delà du temps et de l'espace, qu' Aristote et les pères de l'Eglise ont essayé de nous refiler, ne suscite, de nos jours, qu'inattention et indifférence, tombant dans l'oubli qu'elle mérite si amplement, alors que le Paradis dont je parle, et que je veux glorifier, est toujours avec nous : l'ici et le maintenant, la terre actuelle, tangible, dogmatiquement réelle sur laquelle nous sommes."
je reviens car je voudrais ajouter que je suis d'accord avec ce que je considère comme une conclusion :

"L'équilibre, voilà le secret. L'extrémisme modéré. le meilleur des deux mondes. A la différence de Thoreau qui exigeait un monde à la fois, j'essai de tirer le meilleur parti des deux."

Il parle bien sur du monde Sauvage et du monde "apprivoisé" industriel.

L'auteur cite aussi d'autres écrivains qui selon lui ont apporté de leur connaissance dans leurs livres ; j'aime bien noter les références qui sont données par l'auteur d'un livre que j'ai aimé et lire ce qui est donné en exemple (c'était d'ailleurs de très bonnes lectures)


mots-clés : #nature


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"Il n'y a pas de mauvais livres. Ce qui est mauvais c'est de les craindre." L'homme de Kiev Malamud
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Re: Edward Abbey

Message par bix_229 le Sam 10 Déc - 17:55



DESERT  SOLITAIRE

Désert solitaire
est vraiment un livre de nature magnifique, hors du commun.
Abbey aime le désert américain de façon irraisonnée et passionnelle. Il en connait la faune, la flore et la topographie et il en parle longuement de manière lyrique.
Dans ce milieu hostile aux humains, de chaleur torride et de vide presque sidéral, il se sent vivant, un simple et minuscule élément du tout qui l'entoure.
Ni plus ni moins que la plus humble fleur ou qu'un serpent, un oiseau, un cactus, un grain de sable.
Il y a quelque chose de fascinant, de vertigineux dans le fait de contempler cet univers.

A la recherche d'un touriste perdu dans ce grand tout, Abbey écrit :

Par moments je m'approche du rebord de la mesa et regarde en bas, par delà le vide horrible, le vide qui donne le vertige, les blocs brisés empilés le long de la paroi, si loin -si terriblement loin.
Il n'est pas impossible que notre homme après avoir trébuché, soit tombé là, dans l' obscurité, ou même que - envoûté par cet accomplissement du rien - il se soit laissé glisser, délibérement, en plein jour, attiré dans le vide par la beauté et la puissance de sa propre terreur.
"Ne regarde pas trop longtemps dans l' abime, de peur que l' abime ne regarde en toi."

Quand je vois ce panorama de lumière, d'espace, de roc et de silence, je suis tenté de féliciter l'homme qui est mort d'avoir choisi cet endroit proche de l' abime ; il avait bon goût. Il a eu de la chance. J'envie sa manière de s'en aller...
Mourir en plein air, à ciel ouvert, loin de l'insolente ingérence de la sangsue et du prêtre, devant cette immensité désert qui s'ouvre comme une fenetre sur l'éternité : voilà un formidable et exceptionnel coup de chance.

Désert solitaire, pp. 315-316

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Re: Edward Abbey

Message par bix_229 le Sam 10 Déc - 17:57

Monde sauvage. Wilderness. Le mot est déjà une musique.
Musique sauvage. Wilderness... Nous savons à peine ce que cella signifie, bien que le son de ce mot attire tous ceux dont les nerfs et les émotions n'ont pas été irrémédiablement assommés, endormis, engourdis par la cacophonie du comerce, la lutte fébrile pour le profit et la domination.
Pourquoi ce mot a-t-il une telle allure ? Que signife-t-il réélement ? Le monde sauvage peut-il etre défini avec les mots des bureaucraties du gouvernement... mais ce n'est pas suffisant : quelque chose de plus est en jeu.

Supposez que nous disions que ce monde sauvage évoque la nostalgie, la nostalgie légitime, pas seulement sentimentale de l' Amérique perdue que nos ancêtres ont connu. L'expression suggère le passé et l'inconnu, le sein de la terre d'où nous sommes tous sortis.
Elle signifie quelque chose de perdu et aussi d'encore présent, quelque chose de lointain et, en même temps, d' intime, quelque chose d'enfoui dans notre sang et dans nos nerfs, quelque chose qui nous dépasse et qui est sans limites.
Quelque chose de romanesque - mais qui ne soit pas pour autant etre écarté. La vision romantique, si elle n'est pas toute la vérité, ets un élément nécéssaire de la vérité tout entière.

Mais l'amour du monde sauvage est plus qu' un appétit de ce qui est toujours hors d'atteinte ; c'est aussi une expression de loyauté à la terre qui nous a portés et nous soutient, le seul pays que nous connaîtrons jamais, le seul paradis dont nous ayons besoin - si seulement nous avons des yeux pour voir.
Le péché originel, le vrai péché originel, c'est la destruction aveugle, par cupidité de ce paradis naturel qui nous entoure.

Maintenant quand je parle de paradis, ce n'est pas le ciel trivial des saints.
Je ne veux pas dire les pommiers et les champs, mais aussi les scorpions, les tarentules...
les tempêtes de sable, les volcans et les tremblements de terre, les bactéries et les ours... les crues subites et les sables mouvnts, et -mais oui- la maladie, la mort et la pourriture de la chair.

... Non le monde sauvage n'est pas un luxe, mais une nécéssité de l'esprit humain, aussi vitale pour nos vies que l'eau et le bon pain.
Une civilisation qui détruit le peu qui lui reste de la vie sauvage, du rare, de l' originel, se coupe de ses racines et trahit le principe meme de civilisation.

Si l'homme industriel continue à proliférer et à étendre son champ d' action, il réussira ce qui semble être dans ses intentions : s' interdire l'accès au naturel et s'isoler dans une prison synthétique qu'il aura lui-meme bâtie. Il fera de lui-même un exilé de a terre et il connaitra alors, enfin, s'il est capable d' éprouver encore quoi que ce soit, la souffrance et l' agonie de la privation finale.
Il comprendra ce que indiens Zia voulaient dire quand leur mal du pays devenait un chant.


Mon pays là-bas,
Je m' en souviens ;
Et quand je vois la montagne au loin,
Alors je pelure,
Alors je pleure,
Au souvenir de mon pays.


Edward Abbey : Désert solitaire.

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Re: Edward Abbey

Message par bix_229 le Sam 10 Déc - 18:02



LE FEU SUR LA MONTAGNE. - Gallmeister

"Lumineux, lumineux Nouveau Mexique. Dans la lumière éclatante, chaque roche, chaque arbre,
chaque nuage et chaque montagne existait avec une sorte de force et de clarté qui paraissait non pas naturelle mais surnaturelle. Pourtant tout suscitait en moi une sensation de territoire connu, de pays de reve, d' une terre où je vivais depuis toujours."


Ainsi débute le roman. Très éclairant sur la suite et aussi sur Abbey lui-même.
Voilà un auteur qui aime immodérement le désert , la montagne, les forets, les lacs, les rivières, les nuages et les animaux qui vivent. Et le ciel sans limite.

Et tout ce qu'écrit Abbey est une célébration de tout cela. Une exaltation des sens sans limites.
Non celle d'un dévot béat, mais en tant qu' élément actif et intégré.

Ainsi est le personnage principal de ce roman. John Vogelin, rancher de soixante dix ans. Immergé dans son univers sauvage, irradié de soleil et baigné d' ombre.
Y vivent des vaches, des chevaux mais aussi des animaux sauvages. Et pour y vivre, il faut vraiment être enraciné à ce lieu magnifique mais brutal et sans concessions.
Vogelin y vit, comme y vivait son père avant lui et puis lui sa femme. Le ranch et ce qui l'entoure est toute sa vie. Ce qu'il en reste. C'est là qu'il a vécu et c'est là qu' il veut mourir.

Mais voilà que s'y oppose l' aviation des Etats Unis qui veut l'exproprier pour transformer ses terres en champ de missiles.
C'est à ce moment crucial que débarque au ranch son petit fils, tout aussi fanatiquement amoureux de l' endroit. Habitué qu' il est à y venir tous les ans au moment des vacances d'été.

Les premiers jours au ranch sont pour lui paradisiaques, mais le conflit jusque alors latent éclate dans toute sa violence.
Et s'engage alors le combat éternel. Celui du pot de terre contre le pot de fer. Celui du Rainbow Warrior contre l'Armée française. De John Vogelin contre l'aviation des Etats Unis, le ministère de la défense,le gouvenrnement américain lui-même.
Un combat éternel et joué d' avance. Et qui pourtant, se renouvelle partout, tout le temps.
Parce qu'il est nécessaire et vital. Parce que le monde et l' homme ne sont pas des marchandises.
Enfin pas seulement.

Ce qui est émouvant dans ce livre c'est aussi le pacte intime et transgénérationnel qui unit le petit fils et son grand père. Instinctivement. Naturellement.
Ce qu'ils ont en commun est indicible mais est intiment partie d'eux mêmes, infime maillon d' une chaîne aussi forte qu' invisible et indestructible. Meme après sa destruction.

C'est une belle histoire forcément. Mais nullement manichéenne. Edward Abbey a des idées bien arrêtées, mais il leur donne chair et vigueur. Parce qu' elles sont dans leur rebellion, l'accord profond de la nature à l' homme.
Le revendiquer hautement comme il l'a fait est souvent cher payé. Mais il a touché aussi les esprits et pas seulement aux Etats Unis.
Parce que l' écrivain a du talent et du panache. Il y a dans ce livre une dimension incommensurable, un suspense bouleversant, une poésie superbe.

Abbey est mort en 1989 et son corps est enterré dans le désert. Nul ne sait où.
Mais quand on le lit, il est vraiment présent.
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