Joseph Conrad

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Re: Joseph Conrad

Message par Tristram le Sam 1 Juil - 23:55

Merci Aventin pour cette sensible évocation de l'archétypal Nostromo !

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Re: Joseph Conrad

Message par Bédoulène le Dim 2 Juil - 1:26

merci Aventin pour ce commentaire pointu. C'est noté (encore une fois)

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Re: Joseph Conrad

Message par Aventin le Ven 8 Sep - 21:28

Gaspar Ruiz
Nouvelle, une centaine de pages, titre original éponyme, parue en 1906 dans le recueil A set of six (en français le recueil fut édité sous le titre Six nouvelles).

Drapeaux et oriflamme du Royaume d'Espagne et des Indes, époque contemporaine à celle où se situe l'action de Gaspar Ruiz.

Il y a une parenté certaine entre les personnages Conradiens de Nostromo et de Gaspar Ruiz. Issus du peuple, entraînés dans les tumultes de leurs époques au point d'écrire, par leurs actes, une petite parcelle de l'Histoire, avec ce côté malgré-eux.
Conrad prétend d'ailleurs avoir écrit cette nouvelle en finissant Nostromo, inspiré par un livre du Capitaine Basil Hall, de la marine britannique, qui servit entre 1824 et 1828 sur la côte ouest de l'Amérique du Sud.

J'ai eu la joie de lire Gaspar Ruiz en édition bilingue, et là, enfin -révélation- les gallicismes et autres hispanismes sautent davantage aux yeux, on discerne aussi avec davantage de netteté ses fameux amenés, son rythme de phrases, et quelques autres éléments du procédé littéraire de Conrad.

La nouvelle démarre fort, sous le signe de l'action. La narration est en partie extérieure, en partie assurée par le Général Santierra, qui fut un compagnon du célèbre Général José de San-Martín, argentin et libérateur du Pérou et du Chili.
Santierra est, à l'époque où se situe la nouvelle, jeune lieutenant de dix-sept ans du camp républicain.

Un prisonnier, un colosse, Gaspar Ruiz, balloté du camp républicain au camp royaliste au gré de la guerre, sans qu'aucun choix politique n'entre en ligne de compte, se retrouve en attente d'exécution capitale, détenu avec d'autres pauvres hères présumés soldats royalistes.
Les Guerres de Vendée en version sud-américaine, quoi.

Chapitre I a écrit: Ce long combat, mené d'un côté pour l'indépendance, de l'autre pour le pouvoir, accrut, au fil des ans et des aléas de la fortune, la sauvagerie et l'inhumanité d'une lutte pour la vie. Tout sentiment de pitié, de compassion disparut devant la haine politique grandissante. Et, comme d'habitude en temps de guerre, ce fut la vaste majorité de la population, celle qui avait le moins à gagner du résultat, qui vit ses membres obscurs et leurs humbles fortunes souffrir le plus.

Chapitre I a écrit: Au nombre des prisonniers faits parmi les troupes royalistes en déroute se trouvait un soldat nommé Gaspar Ruiz. Sa forte carrure et sa grosse tête le distinguaient de ses compagnons de captivité. Manifestement, cet homme était une personnalité. Quelques mois plus tôt, on avait constaté son absence dans les rangs des troupes républicaines, après l'une des nombreuses escarmouches qui précédèrent la grande bataille. Or, maintenant qu'il venait d'être capturé les armes à la main parmi les royalistes, à quel sort pouvait-il s'attendre sinon à être fusillé comme déserteur ?

Gaspar Ruiz, cependant, n'était pas un déserteur; il n'avait sûrement pas l'esprit assez alerte pour évaluer lucidement les avantages et les dangers de la trahison. Pourquoi changer de camp ? En réalité, il avait été fait prisonnier, il avait subi des mauvais traitements et bien des privations. Aucun des deux camps ne témoignait de tendresse à ses adversaires. Le jour vint où il reçut l'ordre, comme d'autres rebelles capturés, de marcher au premier rang des troupes royales. On lui avait fourré un fusil dans les mains. Il l'avait pris. Il avait marché. Il ne tenait pas à se faire tuer dans des circonstances atroces pour avoir refusé de marcher.

Le jeune lieutenant, mû par un intérêt naissant, une empathie spontanée, pour le colosse se débrouille à faire retarder l'exécution au soir, afin qu'un haut gradé dont on attend la visite puisse, qui sait ? intervenir.

Les prisonniers, cruellement assoiffés, doivent à l'humanité du lieutenant et à la force surhumaine de Gaspar Ruiz de pouvoir boire à un seau...quant au haut gradé, il ne viendra pas...


mots-clés : #guerre #mort #psychologique
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Re: Joseph Conrad

Message par Bédoulène le Sam 9 Sep - 8:23

merci Aventin très tentant ! et ça tombe bien je l'ai dans ma PAL numérique Smile

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Re: Joseph Conrad

Message par Tristram le Sam 14 Oct - 15:46

Avis aux amateurs : Conrad sur France Culture
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Re: Joseph Conrad

Message par Arturo le Dim 15 Oct - 9:53

Merci, j'ai écouté une partie. Toujours agréable d'évoquer ce grand écrivain.
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Re: Joseph Conrad

Message par Aventin le Sam 2 Juin - 15:37

Le duel
(sous-titré: Un récit militaire, titre original The duel - A Military Tale)


Nouvelle, du recueil A set of six. En français, six nouvelles, 85 pages environ, quatre parties.

Je me suis tenu longtemps à l'écart de cette nouvelle (ou court roman), la faute à Ridley Scott et son film Duellistes (dont est tiré l'image ci-dessus), qui mit cet opus en images, pensant que le synopsis m'était connu, et, comme l'illustration atteignait à la magnificence, ma piètre imagination ne saurait faire quoi que ce soit de la lecture de ce texte.

C'était bien sûr une erreur, grossière de surcroît, cela va de soi.
Mais il a fallu attendre 2018 et un souvenir si estompé de ce film que seuls des lambeaux de plastique cinématographique m'en restaient pour que je franchisse le pas et aille tourner ces pages.

L'histoire elle-même, au demeurant des plus digestes, a ceci de remarquable et d'intangible qui me fait conseiller cette lecture à tous, qui est que Conrad a l'ambition de peindre un tantinet cette âme napoléonienne qu'aujourd'hui comme hier on considère comme impossible à appréhender.

C'est fait à travers deux officiers, qui contournent (ou font fi d') un interdit majeur de la discipline militaire des armées de l'empereur: l'interdiction formelle, absolue, de se battre en duel, y eût-il un point d'honneur à régler.
Pourtant leur duel perdure, tout au long de leur carrière militaire. Sur cet aspect différend obsessionnel, constance dans leur querelle à vider par le sang, qui pourrait avoir tout d'une absurdité névrotique et meurtrière, Conrad, tout en finesse, est convainquant.

Un point d'honneur ? C'est justement le titre initial que Conrad souhaitait donner à cette nouvelle, laquelle devait même être la nouvelle-phare du recueil a set of six (éclipsée de nos jours par Gaspar Ruiz bien sûr, sans doute aussi par Il Conde et peut-être par La brute).

Point non réglé, il y a un étonnement sans borne à voir le travail délicat, plutôt absent de jugement et solide sur l'historicité, dont on sent qu'elle est tout sauf un prétexte à un roman "en costumes", d'un auteur qui écrivit ailleurs, à propos de Napoléon:
Joseph Conrad, Autocratie et guerre a écrit: [...] personnalité sans foi ni loi dont la mode a fait un aigle, mais qui en vérité ressemblait plus à une espèce de vautour s'acharnant sur le corps d'une Europe, qui, pendant une douzaine d'années, ressembla en effet beaucoup à un cadavre. L'influence néfaste de l'épisode napoléonien, influence subtile aux multiples aspects -école de violence, germe de haines nationales, de la tyrannie politique et de l'injustice -, ne saurait être surestimée.  

Lecture masculine, dira-t-on.
Sans doute, le thème, les protagonistes, je veux bien, au reste j'échoue à prêter cette nouvelle à des lectrices; pourtant ce serait passionnant d'avoir leur regard sur cette histoire-là.

La fin n'est pas sinistre, elle n'était pas inattendue bien sûr pour ceux qui ont commis, comme moi, la bourde de voir le film, même il y a longtemps, au lieu de commencer par la lecture, elle reste tout de même, "hors tout", grandiose et amenant réflexions, comme cette humble-là:
spoiler de rigueur pour l'indice sur la fin:
Les camps que représentent schématiquement Féraud et d'Hubert, à la fin du livre s'avèrent certainement perdant définitif pour l'un d'entre eux, et condamné à brève échéance pour l'autre - qui ne le sait pas encore...

Un autre intérêt, secondaire, que les conradiens du forum aimeront peut-être à mettre en exergue, et qui renseigne sur la dimension de Conrad-écrivain, est celui-ci:
Conrad n'a pu connaître ni l'époque, ni les mœurs, ni les pratiques; autant on a pu dire que, s'agissant de romans ou de nouvelles de mer il a puisé dans son vécu, ses souvenirs (je l'écrivais moi-même ici à propos du Nègre du Narcisse, par exemple), autant là il a dû effectuer tout un travail de recherches en amont, recherches qu'on soupçonne sourcilleuses, pointues, et pourtant le remarquable n'est pas là.

J'y reviens, il est dans cette impossible à comprendre âme napoléonienne qui s'est emparée des hommes d'alors, qui est celle des enfants premier-nés de la révolution française. Chateaubriand l'avait parfois esquissée, Balzac aussi, mais dans de rares pages, l'évoquant plutôt que la peignant.

Joseph Conrad, notice de l'auteur- Le Duel a écrit:
La vérité, c'est que, dans mon esprit, cette nouvelle n'est rien de plus qu'un effort sérieux, voire très soutenu, pour m'essayer au roman historique

Seule faiblesse de peinture littéraire, à mon avis, celle de Féraud, force est de constater que celle d'Hubert est beaucoup plus fouillée, cela détonne un peu, on eût aimé un caractère plus subtil au lieu d'un batailleur-bretteur primaire, moins pour un éventuel renvoi dos à dos que pour une certaine équité dans le traitement, permettant de mieux appréhender l'étrange phénomène, vertigineux, de ce mortel point d'honneur qui hante deux vies sur autant d'années. En fait Féraud symbolise la réussite sociale via l'épopée de Bonaparte, et il incarne par la suite l'indéfectible fidèle tombé on ne peut plus bas, suite à l'exil impérial, après avoir littéralement marché sur l'Europe.  

Ou alors - et c'est très possible, s'agissant de Féraud, je n'ai pas pris assez au premier degré l'avertissement de Conrad en notice:

Joseph Conrad, notice de l'auteur - Le Duel a écrit:[...] l'esprit de l'époque - jamais purement militariste parmi le long tumulte des armes, mais juvénile, presque enfantin dans son exaltation du sentiment - naïvement héroïque dans sa foi.


Dernière édition par Aventin le Sam 2 Juin - 23:00, édité 1 fois
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Re: Joseph Conrad

Message par Bédoulène le Sam 2 Juin - 16:24

merci Aventin pour ce commentaire pointu.

Mais il y aurait donc une lecture masculine ?

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Re: Joseph Conrad

Message par bix_229 le Sam 2 Juin - 16:30

La lecture, c' est subjectif, voilà tout !
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Re: Joseph Conrad

Message par Aventin le Sam 2 Juin - 18:16

@Bédoulène a écrit:merci Aventin pour ce commentaire pointu.

Mais il y aurait donc une lecture masculine ?
Inépuisable sujet - les gens du marketing des boîtes d'édition soutiennent qu'ils ciblent ici un lectorat féminin, là un public jeunesse, ailleurs telle autre catégorie...
Il se peut en effet que des thématiques, voire même (pourquoi pas ?) certains styles d'écriture rencontrent plus volontiers un lecteur, d'autres une lectrice - sans généraliser, sinon les casuistes vont nous déverser-là un tombereau de "cas".

Le patronat et les rédactions de la presse magazine a beaucoup affiné ça, d'ailleurs (ces segments, ces niches, ces axes, ces cibles, comme ils le jargonnent).
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