Mathias Enard

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Re: Mathias Enard

Message par églantine le Lun 20 Mar - 18:28

Je n'ai rien lu de cet auteur .
Il faudrait peut-être que j'essaie un jour...
Je suis tellement déçue en ce moment par la littérature actuelle !

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Re: Mathias Enard

Message par topocl le Lun 20 Mar - 18:31

Oui, je me souviens encore de ta déception avec Valentine Goby .
(et dis plutôt: il faut absolument que j'essaie un jour)


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Re: Mathias Enard

Message par églantine le Lun 20 Mar - 18:39

@topocl a écrit:
Oui, je me souviens encore de ta déception avec Valentine Goby .

(et dis plutôt: il faut absolument que j'essaie un jour)
Tu as raison , frileuse et timorée , niet , déterminée , yes . pirat

En fait je viens de lire L'abandon des prétentions de Blandine Rinkel et j'avoue que je ne comprends l'engouement de certains médias pour ce premier roman , je suis légèrement dégoûtée, même si ce n'est pas mauvais .... Mais chut , je me tais pour le moment , je la rencontre demain au café littéraire , donc j'en parlerai après .

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Re: Mathias Enard

Message par Hanta le Lun 7 Aoû - 9:13

L'alcool et la nostalgie



Sur les conseils de Topocl, après avoir lu Tangentes vers l'est de Maylis de Kerangal je me ruai donc sur ce petit opus.

Si finalement le cadre est le même la ressemblance avec l'autre récit s'arrête là (ajoutons qu'ils furent rédigés comme feuilleton radiophonique tous les deux). Observateur du délitement d'un trio amoureux-amical, nous devenons également spectateur du récit de leur passé, de l'adieu d'un homme à un autre, de l'adieu des hommes à leur femme. Au court du récit tout refroidit petit à petit : les corps, les âmes, le temps, on entre en Sibérie comme dans leurs coeurs devenus désertiques d'avoir trop souffert et pleuré.

c'est beau, sensible, tragique, émouvant. On a envie de les connaître d'être celui qui les sauvera. Notre empathie pour ces personnages à vif et à fleur de peau est totale et l'on ne peut que déplorer d'arriver trop tard dans ces vies tourmentées.

Le style est magnifique bien que trop doux à mon sens, j'aurais aimé plus de colère, de violence dans la tristesse, plus rudesse afin que les sentiments soient aussi râpeux que le froid sibérien.
Mais c'est être tatillon tant la plume est belle, tant l'émotion est là.
J'ai particulièrement aimé les références culturelles qui démontrent qu'Enard n'a pas écrit pour écrire mais s'est intéressé à son sujet, et les références littéraires sont là pour placer le livre parmi tous les autres. En tout cas il demeurera parmi ceux de ma bibliothèque en bonne place.

Un grand merci Topocl.
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Re: Mathias Enard

Message par topocl le Lun 7 Aoû - 17:43

De rien, Hanta : c'est toujours un plaisir de passer un flambeau ainsi!

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Re: Mathias Enard

Message par Tristram le Sam 28 Oct - 21:40

Parle-leur de batailles, de rois et d'éléphants



A mon tour j'ai lu ce bref roman, qui m'a paru un peu trop convenu, et desservi par quelques formulations creuses, des approximations et faiblesses d’images. Le sujet (Michel-Ange à Constantinople) méritait effectivement plus de développement, ou plutôt d’épaisseur. Je me demande ce qu’en aurait fait un Tabucchi, par exemple. Mais je manque de recul sur cet auteur, dont c’est le premier ouvrage que je lis.
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Re: Mathias Enard

Message par Bédoulène le Sam 28 Oct - 23:48

pas encore lu celui-ci !

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Re: Mathias Enard

Message par topocl le Dim 29 Oct - 10:17

@Tristram a écrit:
A mon tour j'ai lu ce bref roman, qui m'a paru un peu trop convenu, et desservi par quelques formulations creuses, des approximations et faiblesses d’images. Le sujet (Michel-Ange à Constantinople) méritait effectivement plus de développement, ou plutôt d’épaisseur. Je me demande ce qu’en aurait fait un Tabucchi, par exemple. Mais je manque de recul sur cet auteur, dont c’est le premier ouvrage que je lis.

je l'ai toujours trouvé infiniment moins bon et personnel que les autres, donc, que cela ne t'arrête pas, Tristram.

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Re: Mathias Enard

Message par Tristram le Dim 29 Oct - 10:53

Merci Topocl : en conséquence, je vais persister (peut-être avec Remonter l'Orénoque)
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Re: Mathias Enard

Message par topocl le Dim 29 Oct - 11:00

Je ne l'ai pas lu celui-là (c'était ses débuts)

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Re: Mathias Enard

Message par Tristram le Dim 29 Oct - 11:14

J'ai aussi repéré La perfection du tir
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Re: Mathias Enard

Message par topocl le Dim 29 Oct - 12:55

La perfection du tir



Si cela veut montrer que la guerre (civile en l’occurrence) est une saloperie, c'est parfaitement réussi. Mathias Enard suit pas à pas son héros, tout jeune garçon sûr de sa cause, fier de sa puissance meurtrière, de sa maîtrise implacable. Seulement tout cela part à la dérive, le héros se laisse aller à jouer avec la puissance de son arme, dans un grand n'importe quoi malsain de turpitudes meurtrières. Cela ne l’effleure jamais qu'il est en plein délire, il ne fait que continuer sur la voie de la trahison et de l’infamie. Ce qui le déstabilise beaucoup plus, c’est la douceur sensuelle qui le met en émoi quand il embauche Myrna, une jeune fille pure de 15 ans, pour garder au  domicile sa mère entrée dans une autre forme de folie. Même cette fascination virginale a des relents de veulerie.

Cela devrait être implacable et  terrifiant, ça l’est souvent, mais je dois dire que je me suis parfois laissée submerger par la confusion des combats et l’ennui qui en est ressorti. De très beaux passages alternent avec des descriptions totalement distanciées et factuelles. La fin par contre est un chef-d'oeuvre de poésie lyrique qui empoigne le lecteur. L’amour dont la dimension  soi-disant rédemptrice ne peut guère cacher l’appel de la chair et le despotisme du soldat ne prend vraiment toute sa valeur que dans cette dernière scène.

Un livre dérangeant donc, qui ne tient pas toutes ses promesses, et laisse un  certain malaise, sans doute voulu par l’auteur.

La chair souffre pour laisser passer la lame, entre deux côtes, un instant et c'est la victoire sur celui que l'on sent souffler contre soi. Aucun des deux ne pense, aucun des deux n'est présent, en vérité, nous ne sommes que panique et étrange courage brutal, personne n'attaque, tous se défendent, ce que l'on veut, ce que l'on désire jusqu'au plus profond de soi c’est ce repos magique de l'oubli et du sommeil

(Commentaire récupéré)

mots-clés : #contemporain #guerre

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Re: Mathias Enard

Message par Tristram le Dim 29 Oct - 13:04

Encore merci !
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Re: Mathias Enard

Message par Tristram le Jeu 16 Nov - 0:00



Zone

Suppression des points de ponctuation (et passages à la ligne), de façon à faire une immense phrase de chaque chapitre (en trichant un peu avec des « : » et des « ‒ », mais aussi en éludant quelques virgules avec un résultat à la fois juste et déroutant). C’est congru au tempo du train et au monologue introspectif de ce long voyage, ainsi qu’au projet totalisant (tout sur la guerre immémoriale en un peu plus de 500 pages). Reste que la ponctuation a été établie pour faciliter la compréhension, et que son absence rend la lecture malaisée. Parti pris sans doute, j’avais préféré scruter l’articulation des phrases de Proust, qui ne dépassent généralement pas la page (« cherchez le verbe »). Là, plus de ressort dans la langue, mais un flux sans relief. Pire : difficile d’en tirer des citations !

« …] je suis un sauvage, brutal et rugueux, qui malgré toutes les frusques qu’on lui a fait endosser tous les livres qu’il a lu reste un primitif farouche capable d’égorger un innocent d’étrangler une femelle et de manger avec les mains [… »

Un autre inconvénient de ce procédé, c’est le vague dans l’exposé des faits historiques, plus ou moins attestés et même revendiqués comme tels, mais quand même postulés comme témoignage (je pense à l'ex-Yougoslavie, pour laquelle j’ai peu de références). Le roman est très documenté, mais cette présentation embrouille un peu plus un domaine déjà complexe ; c’est un traitement fort différent que celui de John le Carré concernant le renseignement, deuxième volet de l’engagement du narrateur. Mais ce n’était pas le propos d’Énard : revenir au vieux topos des humains jouets des dieux, à la vengeance atavique chez l’espèce humaine.
La recherche de l’œuvre totale est plus que jamais d’actualité (L'invention du monde d’Olivier Rolin, par exemple), fascinant fantasme s’il en fut, et nul ne pourra pas plus reprocher à un auteur la tentative ou l’échec.
Cela m’a fait penser par endroits à La confession négative de Richard Millet (comment aller écrire l’histoire chez les autres, devenir « un homme, un vrai », quand on est jeune dans un pays privé de guerre…), et surtout à Tombeau pour cinq cent mille soldats, de Pierre Guyotat.
Surenchère dans l’horreur et/ou litanie inspirée, cette zone (au moins en référence identifiée à Burroughs) compose une réussite du genre ‒ et une exigence d’effort de la part du lecteur.
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Re: Mathias Enard

Message par Chamaco le Jeu 16 Nov - 3:56

Je me suis heurté au même schéma d'écriture avec "L'Automne du patriarche" de Gabriel Garcia Marquez et c'est vrai que c'est destabilisant, j'ai eu beau dans un premier temps voulu jouer les bravaches pour endormir mon esprit rétif en me disant : pour une fois que l'on sort des sentiers battus...Bin non, la ponctuation cela manque, c'est comme une respiration intellectuelle, l'autorisation de faire des pauses,, peut être que la Liberté est ailleurs.. Laughing , en tous cas de refuser la ponctuation provoque une fatigue à la lecture et même pour moi qui ne suis pas un rapide, la machine est en surchauffe à force de mettre du charbon dans la loco...
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Re: Mathias Enard

Message par topocl le Jeu 16 Nov - 8:15

@Tristram a écrit: . Pire : difficile d’en tirer des citations ! .

Rédhibitoire en effet .

J'avais trouvé ça magique. Qu'Enard avait trouvé le moyen de se passer de ponctuation sans gêner la lecture (enfin la mienne), inssufflant son souffle propre à la phrase.
Je note tes deux références (Millet, Guyotat)

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Re: Mathias Enard

Message par Bédoulène le Jeu 16 Nov - 8:17

merci Tristram, je retiens "une réussite du genre" !


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Re: Mathias Enard

Message par Tristram le Jeu 7 Déc - 11:59

Boussole



L’existence pitoyable du narrateur, Franz Ritter (un Autrichien contemporain ‒ et la civilisation germanique tient une grande place dans cet ouvrage) en contrepoint prosaïque de l’érudition musicologique qu’il déploie le temps d’une longue insomnie « orientée » par son désir de Sarah, me parut celle d'un personnage un peu raté (une sorte de repoussoir caricatural, forcé et mal venu, trivial et même vulgaire), en maladroit contraste à sa culture et son romantisme. La thèse est celle de l’altérité orientale déterminante dans la révolution de la musique occidentale aux XIXe et XXe, et c’est aussi une histoire de l’orientalisme.
Dans sa volonté implicite d’épuiser le sujet, Enard fait bien sûr référence au Docteur Faustus de Thomas Mann, « le roman de la musique » :

« La musique, c’est le temps domestiqué, le temps reproductible, le temps en forme. […] la musicologie, qui est à la musique ce que l’horlogerie est au temps, mutatis mutandis. »

« De la fugue à la variation, de la fuite à l’évolution. […]
Le génie de ces variations, vous en conviendrez sans doute, monsieur Mann, réside aussi dans leurs transitions. C’est là que se trouve la vie, la vie fragile, dans le lien entre toutes choses. La beauté c’est le passage, la transformation, toutes les manigances du vivant. Cette sonate est vivante, justement parce qu’elle passe de la fugue à la variation et débouche sur le rien. »

On se demande d’abord si l’auteur a mal digéré son abondante documentation, complaisamment étalée, thésarde. Mais, par goût personnel, j’apprécie les termes peu employés ou étrangers, les anecdotes exotiques et biographiques, les allusions/ citations littéraires, les récits enchâssés (dont une superbe mise en miroir de l’histoire d’amour passionné du narrateur avec celle du vil professeur de Sarah), et j’ai eu le plaisir de rechercher des compléments d’information (notamment sur la poésie perse, érotique et bachique). J’aime le principe de ces souvenirs de voyages et de lectures réarrangés en monodie ‒ digressif et citationniste, comme de juste ‒ dont le fil d’associations d’idées est particulièrement bien rendu ici ‒, et j’ai donc apprécié ce roman comme une causerie élevée et de bon ton.
On y trouve également certains témoignages d’intérêt historique (comme sur la révolution iranienne), et un piquant portrait-charge d’une certaine conception du milieu universitaire, notamment archéologique, et aussi diplomatique.
Clin d’œil anachronique ? Sarah rencontre le père Évariste Huc, auteur de Souvenirs d’un voyage dans la Tartarie, le Thibet et la Chine, pendant les années 1844, 1845 et 1846 (sic, voir page 347).
Et on est évidemment rattrapé par l’actualité (est-ce jamais une bonne nouvelle ?) :

« L'Europe a sapé l'Antiquité sous les Syriens, les Irakiens, les Égyptiens ; nos glorieuses nations se sont approprié l'universel par leur monopole de la science et de l'archéologie, dépossédant avec ce pillage les populations colonisées d'un passé qui, du coup, est facilement vécu comme allogène : les démolisseurs écervelés islamistes manient d'autant plus facilement la pelleteuse dans les cités antiques qu'ils allient leur profonde bêtise inculte au sentiment plus ou moins diffus que ce patrimoine est une étrange émanation rétroactive de la puissance étrangère. »

Le monde soi-disant globalisé s’est rétréci : il y a tellement d’endroits, notamment en Orient, auxquels on ne peut plus rendre visite…

« Dans ce sentiment du temps qui est la définition de la mélancolie, la conscience de la finitude, pas de refuge, à part l’opium et l’oubli [… »

« La vie est une longue méditation sur la mort. »
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Re: Mathias Enard

Message par topocl le Ven 8 Déc - 8:24

@Tristram a écrit:

On se demande d’abord si l’auteur a mal digéré son abondante documentation, complaisamment étalée, thésarde. Mais, par goût personnel, j’apprécie ...


Nous avons la même analyse, mais pas le même ressenti, donc. Ton esprit curieux et tortueux s’accommode mieux de ces "délires érudits", jusqu'à t'en délecter.
Tu devrais essayer Taba-Taba, de Patrick Deville qui a le même genre de "défauts adorables", un jour où tu pourras te le procurer (quoique différent évidemment).

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Re: Mathias Enard

Message par Tristram le Ven 8 Déc - 12:18

J'ai tendance (en ce moment ?) à aborder mes lectures avec un esprit critique, négativiste, mais ce livre-là a forcé mon intérêt, et je l'ai vite apprécié. Pas pour ses thèmes, mais par son totalitaire "vertige de la liste", comme dit Eco, par le tour de pensée qui remue les éléments de tout un concept, qui voudrait les évoquer tous (au risque de saturer). C’est arabesque, c'est-à-dire congru au propos, guère présenté comme rationnel. De plus c’est habilement narré, les os de la structure saillent peu tout en donnant de la cohérence à l’ensemble. Bref j’ai aimé, et ceci malgré une certaine faiblesse dans le personnage du narrateur, à ce qu'il m'a semblé.
Ça m'ennuie de commenter avec tous ces "je", mais par souci d'objectivité je ne peux pas me résoudre à affirmer que tel livre est ceci ou cela. Et il est rare de pouvoir recommander un livre sans réserve.
En tout cas ce roman s'est démarqué des deux autres lus du même auteur (à « gros potentiel » !)
J'ai noté soigneusement ta recommandation, Topocl (les commentaires sur le fil m'avaient laissé dubitatif, surtout concernant le style...)
Et je note "tortueux", après "marottes" : ou comment on se fait tailler un costard peu cartésien…
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