Chamaco_VilaMatas

On sait que l’un des aspects les plus séduisants de la littérature est sa possibilité d’être une sorte de miroir qui avance ; un miroir qui, comme certaines horloges peut avancer.

Enrique Vila-Matas, Perdre des théories

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    Alexandre Vialatte

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    bix_229

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    Alexandre Vialatte

    Message par bix_229 le Lun 12 Déc - 16:14

    Alexandre Vialatte (1901-1971)


    Alexandre Vialatte, 1901-1971, mena une vie en apparence sans histoire, mais mélancolique non sans raisons.
    L' enfance et l'adolescence le poursuivirent toute sa vie et elles sont présentes dans son oeuvre.
    En 1940, il est fait prisonnier par les Allemands et on l'envoie à l' hôpital soigner ses hallucinations. Le traumatisme fut grave et il en parle dans Le Fidèle berger.
    Pour le reste, il vécut en Auvergne, traduisant Kafka, Hoffmansthal, Nietzsche, Thomas Mann...
    Il fut l'ami de Henri Pourrat, amoureux de cette région et qui lui dédia des recueils de contes. Et aussi du peintre Dubuffet avec qui il avait des échanges passionnés et pleins d' humour.

    Bibliographie

    Romans & nouvelles
    Battling le ténébreux ou la Mue périlleuse, 1982.
    Badonce et les Créatures, 1937. Réédition
    Le Fidèle Berger, 1942
    Le Roman des douze, 1957
    Les Fruits du Congo, 1951
    L'Auberge de Jérusalem, 1986
    La Maison du joueur de flûte, 1986
    La Dame du Job, 1987
    La Maison de M. Inhaber, 1989
    Le Fluide rouge, 1990
    Salomé, 1992
    Camille et les grands hommes, 1994
    La complainte des enfants frivoles, 1999
    Les Amants de Mata Hari, 2005
    Fred et Bérénice, 2007
    Le cri du canard bleu, 2012

    Poésie
    La paix des jardins, La Différence, 1990

    Varia
    La Basse Auvergne, 1936
    L'Auvergne absolue, 1983
    Jean Dubuffet et le grand magma, (avec Jean Dubuffet), 1989
    Légendes vertigineuses du Dauphiné, 1995
    Correspondance avec Jean Paulhan (1921-1968), 1997
    Correspondance avec Ferny Besson (1949-1971), 1999
    Correspondance avec Henri Pourrat, (en cours, 6 volumes parus depuis 2001)
    Alexandre Vialatte et les Cahiers du Sud, 2012

    Chroniques
    Dernières nouvelles de l'homme, 1978
    Et c'est ainsi qu'Allah est grand, 1979
    L'éléphant est irréfutable, 1980.
    Almanach des quatre saisons, 1981.
    Antiquité du grand chosier, 1984.
    Bananes de Königsberg, 1985.
    La porte de bath-Rabbim, 1986.
    Eloge du homard et autres insectes utiles, 1987.
    Les champignons du détroit de Behring, 1988.
    Chronique des grands Micmacs, 1989.
    Profitons de l'ornythorinque, 1991
    Chronique des immenses possibilités, 1993
    Pas de H pour Natalie, 1995
    Dires étonnants des astrologues, 1993
    L'oiseau du mois, 1993
    Les proverbes Bantous, avec Michel Perrin, 1998
    Kafka ou l'Innocence diabolique, 1998 (repris et augmenté : "Mon Kafka" en 2001)
    Chroniques de La Montagne, 2000 (2 vol.)
    Chroniques des Arts Ménagers, 2001
    Chroniques de Flammes et Fumées, 2001
    Au coin du désert, 2002
    1968 Chroniques, 2008
    Lettres à Maricou, 2009





    Les premiers marrons d'Inde tombent le long du trottoir. Tombent comme des plombs, roulent comme des billes. Autrefois c'était la rentrée.
    On les chassait à coups de souliers. Ils avaient une couleur brûlée, brune et brillante.
    On discernait dans le brouillard gris la silhouette du kiosque à musique vide comme l'épave d'un bateau naufragé, comme une salle après le bal, comme un lendemain de fête.
    Les grands marronniers étaient roux et le sol couvert de coques vertes.
    On récitait Rosa la rose...


    L'automne arrive et l'automne convient à Alexandre Vialatte et ses latences mélancoliques.

    L'humour de Vialatte est présent dans les merveilleuse Chroniques qu'il écrivit pour le journal La Montagne et qui furent publiées après sa mort, comme la plupart de ses livres.

    Un exemple ?

    J'ai appris à sept ans que j'étais un mamifère, autour de huit ans que j'étais un auvergnat... Jusqu'à ce moment décisif, j'avais toujours pensé que l'Auvergne était un pays fabuleux inventé par ma tante Lucie pour y loger plus aisément quelques vieilles histoires de famille...
    J'ai connu depuis une Auvergne plus vraie. J'ai connu l'Auvergne absolue, dans sa haute mélancolie.

    Ou encore :

    Qui a dit : "La plupart des hommes meurent de chagrin." ?
    Buffon, ce chantre du tatou, ce narrateur du tamanoir, ce portraitiste
    indifférent de la sauterelle !
    C'est Buffon, ce compteur de fourmis. Remarquons d'ailleurs que si l'homme meurt de chagrin, c'est ce qui lui permet de rire de tout. Quand rirait-on sinon quand on est triste.
    Le bonheur ne sait qu'être béat.


    Vialatte, Quel bonheur de le lire !

    (Message rapatrié)





    Trop peu connu de son vivant, Vialatte ne cesse d'être édité, réédité. Et c'est justice.
    Cet homme sensible, cet écrivain au style unique, à l'humour tellement particulier tient la route et comblera tous les mélancoliques pudiques, mais rieurs.
    Et pas seulement !
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    Re: Alexandre Vialatte

    Message par bix_229 le Lun 12 Déc - 18:52



    LES FRUITS DU CONGO
    . - L' Imaginaire/Gallimard

    C'est un livre tendre et mélancolique. Tendre parce que Vialatte s'attarde volontiers sur une période de la vie qui lui tient à coeur, l'adolescence...
    Comme s'il revivait lui-même des souvenirs obsédants et qu'il les fixait par l'écriture avant qu'ils ne s' effacent...
    Mélancolique, parce que les adolescents sont pleins de rêves fous, d'amours et d' amitiés et d'aventures imaginaires.
    Et qui parfois finissent mal. Quand la réalité les plombe… La réalité ou Monsieur Panado...
    Mais chut !

    L'atmosphère de ce livre oscille entre le réél et et l'imaginaire. La fantaisie, l'extravagance et le drame. Et il y a ces adultes qui s'ennuient dans leur vie trop étriquée
    et dans leur défroque d' enfants vieillis et qui sombrent en songeant à ce qu'ils n' ont pas fait, à ce qu'ils auraient dû faire...
    La vie est un rêve éphémère et qui finit mal.
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    Re: Alexandre Vialatte

    Message par GrandGousierGuerin le Mar 13 Déc - 20:22

    Alexandre Vialatte a écrit:La ponctuation, ce n’est pas de l’orthographe, c’est de la pensée.
    Oui ... en effet ... qui en ce site oserait dire autre chose, se permettre la moindre contradiction de cette sentence ...
    Et c'est là que je constate que j'abuse des points de suspension ...
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    Re: Alexandre Vialatte

    Message par églantine le Mar 13 Déc - 20:41

    @GrandGousierGuerin a écrit:
    Alexandre Vialatte a écrit:La ponctuation, ce n’est pas de l’orthographe, c’est de la pensée.
    Oui ... en effet ... qui en ce site oserait dire autre chose, se permettre la moindre contradiction de cette sentence ...
    Et c'est là que je constate que j'abuse des points de suspension ...
    Spoiler:
    Nous sommes de grands penseurs GGG !!!!!!!!!!! .............  clown            
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    Re: Alexandre Vialatte

    Message par GrandGousierGuerin le Mar 13 Déc - 20:42

    @églantine a écrit:
    @GrandGousierGuerin a écrit:
    Alexandre Vialatte a écrit:La ponctuation, ce n’est pas de l’orthographe, c’est de la pensée.
    Oui ... en effet ... qui en ce site oserait dire autre chose, se permettre la moindre contradiction de cette sentence ...
    Et c'est là que je constate que j'abuse des points de suspension ...
    Spoiler:
    Nous sommes de grands penseurs GGG !!!!!!!!!!! .............  clown            
    !!!!!!!!!!! oui !!!!!!!!!!!!!!!!!
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    Re: Alexandre Vialatte

    Message par GrandGousierGuerin le Mer 14 Déc - 21:04

    L'Oiseau du mois de Alexandre Vialatte a écrit:L'homme accepte difficilement qu'un animal vienne contrarier des idées reçues acquises au prix de diplômes couteux.
    A tous les modos et tout particulièrement à l'admin, vous voilà prévenu !
    C'est pas moi ... c'est Vialatte ...
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    Re: Alexandre Vialatte

    Message par animal le Mer 14 Déc - 21:08

    hahaha, la variante sur le "animal, on est mal"


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    Re: Alexandre Vialatte

    Message par GrandGousierGuerin le Jeu 15 Déc - 23:12

    Chroniques des grands micmacs de Alexandre Vialatte a écrit:"La première chose à faire en janvier est de ne jamais employer le subjonctif à la suite de « après que ». La deuxième est de continuer. Il n’y a aucune raison sérieuse de retourner à une aberration."

    GGG:
    Au cas où on soit en manque de bonnes résolutions en janvier ....
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    Re: Alexandre Vialatte

    Message par animal le Ven 16 Déc - 8:23

    ça me fait découvrir le look à la page de l'Académie française pour aborder ces sujets :

    chébran quoiqu'assez joli ?:

    et rattrapage pour celles et ceux qui comme les pandas n'ont pas trop réfléchi à la logique de l'affaire : academie-francaise.fr


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    Re: Alexandre Vialatte

    Message par GrandGousierGuerin le Ven 16 Déc - 12:40

    @animal a écrit:ça me fait découvrir le look à la page de l'Académie française pour aborder ces sujets :

    chébran quoiqu'assez joli ?:

    et rattrapage pour celles et ceux qui comme les pandas n'ont pas trop réfléchi à la logique de l'affaire : academie-francaise.fr

    Toujours de revenir à la source ... L'eau y est plus pure, si ce n'est plus fraîche Very Happy
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    Re: Alexandre Vialatte

    Message par bix_229 le Ven 16 Déc - 15:10

    @GrandGousierGuerin a écrit:
    @animal a écrit:ça me fait découvrir le look à la page de l'Académie française pour aborder ces sujets :

    chébran quoiqu'assez joli ?:

    et rattrapage pour celles et ceux qui comme les pandas n'ont pas trop réfléchi à la logique de l'affaire : academie-francaise.fr

    Toujours de revenir à la source ... L'eau y est plus pure, si ce n'est plus fraîche Very Happy
    Et si on parlait de Vialatte ?
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    Re: Alexandre Vialatte

    Message par GrandGousierGuerin le Sam 17 Déc - 8:37

    @bix_229 a écrit:
    @GrandGousierGuerin a écrit:
    @animal a écrit:ça me fait découvrir le look à la page de l'Académie française pour aborder ces sujets :

    chébran quoiqu'assez joli ?:

    et rattrapage pour celles et ceux qui comme les pandas n'ont pas trop réfléchi à la logique de l'affaire : academie-francaise.fr

    Toujours de revenir à la source ... L'eau y est plus pure, si ce n'est plus fraîche Very Happy
    Et si on parlait de Vialatte ?
    Il me semble que cette intrusion vers les méandres de l'Académie Française aurait fait les délices de Vialatte  Very Happy

    Bestiaire a écrit:Les chats sont de sales bestioles qui lacèrent les fauteuils et font pipi au milieu des salons, après quoi ils vont s'établir sur les genoux d'une dame respectable, une présidente de confrérie, une grand-mère de parents d'élèves, une lauréate de jeux floraux infiniment maigre et savante.

    Tel est l'avis de plusieurs personnes autorisées. Ce sont des choses qu'on ne permettrait pas à un vieux général en retraite tout couvert de décorations, ou au premier vicaire d'une paroisse distinguée. a un igame, à un banquier utile, à un diplomate en fonction.

    Et que font les dames ? Elles disent : "minou, minou, minou."

    On voit par là combien le mal est profond.

    GGG:
    Tout bien considéré, les chats sont droits sur leurs patounes ... ce sont juste les humains qui débloquent à fond à leur sujet  jocolor
    Et un igame c'est un Inspecteur général de l'Administration en mission extraordinaire
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    Re: Alexandre Vialatte

    Message par GrandGousierGuerin le Sam 17 Déc - 18:43

    La beauté ne s'explique pas, elle s'impose, elle vous attrape, elle vous saisit. Quand elle vous lâche, elle laisse des bleus sur vos poignets.
    Les romantiques ajoutent qu'elle tue, que son itinéraire est jonché de cadavres et d'assassinats impunis.
    Ce fut un soir de printemps où la nuit tombait vite, que Frédéric se trouva soudain en sa présence. Elle s'était cachée pour l'attendre dans l'affiche des Fruits du Congo. (...) Frédéric se trouva nez à nez avec elle. Il s'en approcha, interdit, tendit un doigt, mais le sortilège étant plus fort, le laissa retomber inerte, puis y revint, renifla et partit lentement, d'un pied pensif.
    Il lui en resta quelque chose pour la vie, comme à ces gens qui demeurent boiteux d'avoir servi de route à la foudre.
    Les Fruits du Congo

    GGG:
    Le choc de l'esthétique face à la passion ... On ne peut se limiter à ressentir, il faut s'approcher pour la regarder de plus près, la toucher, la sentir ...
    Spoiler:
    Heureusement il n'a pas essayé de lécher cette affiche jocolor
    Besoin de s'assurer de ses sens, de faire un nouvel abaque de cette découverte ? Car cette rencontre est si forte qu'elle restera pérenne ...
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    GrandGousierGuerin

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    Re: Alexandre Vialatte

    Message par GrandGousierGuerin le Mar 20 Déc - 12:30

    «Que serait l'homme sans le kangourou? Sans le kangourou, l'homme n’aurait jamais su qu'il ne possède pas de poche marsupiale. Le kangourou et le jardinier sont seuls à se distinguer par une poche marsupiale.»
    Bestiaire

    GGG:
    Par cet extrait, la filiation de Desproges à Vialatte semble pour le moins évidente, non ?
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    Re: Alexandre Vialatte

    Message par bix_229 le Mar 20 Déc - 12:53

    Toujours à propos de Les Fruits du Congo :

    Dora, je revois ta robe verte au bal du Labyrinthe, et ta ceinture d'argent qui accrochait des lumières. Mais tu ne reviendras jamais.

    Jamais je n'accepterai ta mort. Jamais je n'accepterai cette mort inhabitable.

    Je ne veux pas que tu sois morte ainsi, que ton fantôme traîne dans ce grenier, ou sous les orties d'un tombeau.
    Je t'ai choisi une mort habitable, je te l'ai choisie comme pour moi. C'est dans un vieux village, un vieux village de montagne, couleur de bure et de fumée, sur un horizon de même couleur. Il n'accueille que des morts paisibles.
    Les enfants de la mort violente n'ont pas le droit d'entrer ici, mais je te passerai en contrebande pendant la nuit sur la barque de Pied-volage.....

    Nous ferons venir Fred ici. Nous nous referons une existence au petit hôtel du Labyrinthe, qui a une enseigne d'or ternie, au dessus d'une salle basse aux poutres apparentes. Il y fait sombre, autour d'une petite lampe jaune.
    Nous y vivrons comme au moulin à vent.
    Ton marin reviendra, nous ne serons pas jaloux, il sortira de son sac vert des choses brillantes. Et nous vivrons au fil de l'heure une vie de fantômes sans professsion.
    Tu nous chanteras les chansons tristes qui faisaient plaisir à ton marin, et Fred nous dira les histoires qu'on racontait à la Sardine bleue.


    Les Fruits du Congo. P. 427-428

    Le roman touche à sa fin, et le narrateur évoque les amis morts et ses accents douloureux ont quelque chose qui me rappelle les chansons de Jacques Brel.... Ne me quitte pas ou Ces gens-là… Les accents d'un enfant seul et inconsolable.

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    Re: Alexandre Vialatte

    Message par bix_229 le Mar 20 Déc - 13:01

    GGG a bien raison d'insister sur l'humour de Vialatte.

    N'oubliez surtout pas les Chroniques, 12 recueils publiés à ma connaissance et tous après sa mort. Toutes ces chroniques ont été choisies par Ferny Besson. Je les ai presque toutes lues et je peux vous dire qu' il n' y a pas grand chose de mieux comme livre de chevet. Ces chroniques sont un miracle de spontanéité et de style vraiment pensé, tenu. On peut s' y tromper, parce que Vialatte les écrivait très vite, mais non, on sent juste le talent !

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    bix_229

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    Re: Alexandre Vialatte

    Message par bix_229 le Mar 20 Déc - 13:06

    Quelques propos sur le général De Gaulle par Vialatte. Vialatte était gaulliste, mais sans flagornerie, et en n'oubliant jamais d'être drôle.

    "Le général de Gaulle, c'est Jeanne d' Arc en plus osseux, et moins jeune fille. C'est un homme
    démesuré fait de toutes les façons, c'est un homme inspiré qui balance ses bras en V sur la Place de la République, et ce V signifie Victoire, et au bout de ses deux bras il brandit une Victoire, une Constitution, quelque chose d' immense, d'énorme et de trop lourd pour les autres, qu' il jette aux français dans le besoin.
    Ensuite il bat la mesure et avance à reculons en entonnant la Marseillaise et toute la classe le suit en chantant avec lui [...]

    De Gaulle semble né dans Plutarque. "Le voici, dit Gaston Bonheur,  ressurgi devant le micro, aussi anachronique, aussi mystérieux qu' un gisant de Saint Denis, soudain debout et se mettant en marche ; venu de sa crypte, de sa forêt, de ses versions latines, appareilant d'Aigue-Mortes, et croisé."

    On ne saurait mieux dire. Oui de Gaulle, est en effet l' enfant de la version latine. L'ablatif absolu et le verbe déponent l'ont tenu sur les fonds baptismaux aprés l'avoir conçu dans une alcove romaine.
    Habitués depuis un certain temps à ne plus faire que des archivistes, ils ont reculé d' effroi
    devant ce fils anguleux, plus long et plus osseux que leurs notaires de province, et l'ont
    laissé se débrouiller avec Churchill, leur enfant gras, devant les perspectives de l' Histoire.

    Que s'est-il passé ? Tirons le rideau sur ce ring illustre.

    "De toutes les croix que j'ai eu à porter, celle de Lorraine n'a pas été la moins pénible", dit Churchill en demandant l'éponge au sortir de ces grands combats.
    Chronique du 9 septembre 1958, dans Chroniques des immenses possibilités.- Julliard

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    bix_229

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    Re: Alexandre Vialatte

    Message par bix_229 le Mar 20 Déc - 13:13



    L' AUBERGE  DE  JERUSALEM. - Le Dilettante

    "Jérusalem n'était que son surnom ; il s'appelait en réalité Etienne Lauze ; mais de tous ceux qui l'ont connu, aucun ne se le rappelle autrement que sous ce sobriquet nostalgique et fastueux que les gens du pays avaient donné à son arrière grand-père, quand il revint de la campagne de Syrie, et qui s'était transmis, depuis à sa descendance.
    C'est un nom qu'on a chuchoté bien des fois dans la salle d' études du petit collège, derrière les atlas Vidal-Lablache dont nous faisions un rempart contre la curiosité du répétiteur...

    Il ne m' est rien resté de lui sinon cette ombre inidentifiable, sur un cahier griffonné, à coté d'une cornue verte qui sert à préparer quelque chose de chimique dont les théoriciens savent le nom...

    Tout en haut du col de Gourland où les diligences s'arrêtent sur la neige, où les traineaux sont assiégés par des loups, l'auberge de Jérusalem était debout sur la montagne comme un berger qui rallie ses moutons.
    A ses pieds les forêts profondes dévalaient comme des béliers noirs, les cascades pendaient comme des fils contre la roche, ou comme de gigantesques architectures de verre filé, l'air était épais comme du lait bourru et frais comme un alcool dont on frotte les joues, les bergeries semblables à des joujoux sur les hauts plateaux semblaient illustrer des histoires de livres de prix.

    L'auberge avait dû être déposée là par des anges un soir de Noël plus beau que les autres...


    Cette nouvelle de 39 pages est un petit bijou que Vialatte n'a pas eu le temps de terminer.

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    GrandGousierGuerin

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    Re: Alexandre Vialatte

    Message par GrandGousierGuerin le Mer 21 Déc - 21:54

    @bix_229
    Merci pour tous ces extraits qui donnent un bel éventail de ce Vialatte à la fois poète, trublion, accrocheur de bons mots comme ci-dessous sur son Auvergne ...

    L'Auvergne produit des ministres, des fromages et des volcans... La chèvre broute sur leur profil une espèce de pierre ponce poreuse, mais de faible valeur nutritive, qui donne à son lait un peu rêche un petit goût de secousse tellurique apprécié par les géologues .
    Dernières nouvelles de l'homme
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    Re: Alexandre Vialatte

    Message par GrandGousierGuerin le Sam 7 Jan - 20:23

    La confiture n’est bonne que s’il faut monter sur une chaise pour attraper le pot dans le placard.

    Cela donne faim... de lire ou relire Vialatte, non ?

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    Re: Alexandre Vialatte

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