Chamaco_VilaMatas

On sait que l’un des aspects les plus séduisants de la littérature est sa possibilité d’être une sorte de miroir qui avance ; un miroir qui, comme certaines horloges peut avancer.

Enrique Vila-Matas, Perdre des théories

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    Gaël Faye

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    Armor

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    Gaël Faye

    Message par Armor le Lun 12 Déc - 18:15

    Gaël Faye Né en 1982



    Gaël Faye est né en 1982 à Bujumbura au Burundi d'une mère rwandaise et d'un père français.

    En 1995, après le déclenchement de la guerre civile et le génocide des Tutsi au Rwanda en 1994, il arrive avec les siens en France.
    Gaël Faye, qui passe son adolescence dans les Yvelines, découvre le rap et trouve dans le hip-hop un refuge mental salvateur.

    Il étudie dans une école de commerce, obtient un master de finance et travaille à Londres durant deux ans pour un fonds d'investissement. Il quitte la City de Londres pour se lancer dans l'écriture et la musique.

    Gaël Faye forme le groupe Milk Coffee and Sugar avec Edgar Sekloka. Le duo sort un album en 2009 et est nommé « découverte » du Printemps de Bourges en 2011. Edgar Sekloka décide de quitter le duo en 2015.
    Pili Pili sur un croissant au beurre, le premier album solo de Gaël Faye, sort en 2013 sur le label Motown France.

    En août 2016, il publie chez Grasset un premier roman, Petit Pays, qui remporte le prix du roman FNAC et le prix Goncourt des lycéens.

    Bibliographie :

    2016 : Petit pays


    Dernière édition par Armor le Mer 14 Déc - 11:59, édité 1 fois
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    Armor

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    Re: Gaël Faye

    Message par Armor le Lun 12 Déc - 18:22



    Petit pays

    (…)Au temps d'avant, avant tout ça, avant ce que je vais raconter et tout le reste, c'était le bonheur, la vie sans se l'expliquer. L'existence était telle qu'elle était, telle qu'elle avait toujours été et que je voulais qu'elle reste. Un doux sommeil, paisible, sans moustique qui vient danser à l'oreille, sans cette pluie de questions qui a fini par tambouriner la tôle de ma tête. Au temps du bonheur, si l'on me demandait « Comment ça va ? » Je répondais toujours « Ça va ! ». Du tac au tac. Le bonheur, ça t'évite de réfléchir. C'est par la suite que je me suis mis à considérer la question. À soupeser le pour et le contre. A esquiver, à opiner vaguement du chef. D'ailleurs, tout le pays s'y était mis mis. Les gens ne répondaient plus que par « Ca va un peu ». Parce que la vie ne pouvait plus aller complètement bien après tout ce qui nous était arrivé.

    Le bonheur. La vie sans se l'expliquer.
    Cette vie telle qu'on voudrait tous qu'elle reste, Gaël Faye nous la décrit comme si cela coulait de source, de son écriture à la fois simple et poétique, parsemée de jolies trouvailles comme autant de petit moments de grâce. L'enfance privilégiée d'une bande de copains, avec leurs facéties de garnements, leurs jeux et leurs grands éclats de rire.

    Oui mais voilà, nous sommes au Burundi dans les années 90, et malgré tous les efforts de notre narrateur pour la maintenir à distance, la fureur des hommes pénètre peu à peu son monde si bien protégé. Ce sont tout d'abord des rumeurs, venues du Rwanda voisin, prémices d'un drame qui tout à coup explose et emporte tout sur son passage. Jusqu'aux âmes, parfois...

    Avec autant de talent qu'il en avait pour nous décrire le bonheur dans un Burundi aux airs de paradis perdu, Gaël Faye nous narre la fin de l'innocence, la découverte de l'horreur absolue, de la haine, la division qui peu à peu gangrène jusqu'aux plus belles amitiés.
    Malgré ses tentatives désespérées pour garder, encore un peu, ses illusions, les moments de franche amitié, les jeux d'entants si nécessaires mais maintenant si dérisoires, Gabriel voit son monde se déliter autour de lui ; sommé de choisir un camp, parce que, désormais, le monde est en noir et blanc, en hutu et tustsi, et c'est tout. Parce que, désormais, même les enfants perpétuent, pour se protéger _ mais peut-être pas seulement…_ le cycle infernal de la violence...

    Ce qui marque d'emblée à la lecture de ce texte, c'est la justesse du ton. Conté à hauteur d'un enfant de 11 ans, jamais pourtant le récit ne tombe dans cette naïveté ou cette précocité factices trop souvent lues. L'auteur fait montre d'un véritable talent pour retranscrire les sentiments de ce jeune Gabriel qui voit peu à peu son univers se désintégrer, et son identité se dissoudre.
    Derrière le récit de l'enfance et du bonheur perdu, perce toujours en filigrane l'adulte dont les certitudes ont volé en éclat, le jeune homme en exil et en quête de lui même ; plus vraiment d'ici, mais pas totalement d'ailleurs non plus. Lorsque l'on sait ce roman en grande partie autobiographique, il n'en devient que plus poignant.

    J'ai beau chercher, je ne me souviens pas du moment où l'on s'est mis à penser différemment. À considérer que, dorénavant, il y aurait-nous d'un côté, et, de l'autre, des ennemis, comme Francis. J'ai beau retourner mes souvenirs dans tous les sens, je ne parviens pas à me rappeler clairement l'instant où nous avons décidé de ne plus nous contenter de partager le peu que nous avions et de cesser d'avoir confiance, de voir l'autre comme un danger, de créer cette frontière invisible avec le monde extérieur en faisant de notre quartier une forteresse et de notre impasse un enclos.
    Je me demande encore quand, les copains et moi, nous avons commencé à avoir peur.
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    shanidar

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    Re: Gaël Faye

    Message par shanidar le Lun 23 Jan - 11:59



    Petit pays

    Difficile d'écrire quelques mots après le commentaire parfaitement équilibré, juste, tentateur d'Armor.
    Mais je m'en voudrais de ne pas chercher à vous attirer dans les mailles du filet de ce Petit pays.

    Gaël Faye nous vient donc du Burundi, minuscule point au centre de l'Afrique dont les frontières et les pouvoirs nous restent bien obscurs. Né d'un père français et d'une mère rwandaise, le petit garçon vit dans une impasse. Et ce n'est pas seulement la réalité de l'enfant mais celle aussi de tout un pays, ce 'petit pays' et peut-être même, au-delà, de l'Afrique toute entière dont il est ici symboliquement question. Une impasse dans laquelle on fait toutes les bêtises du monde, où se mélange le melting-pot des nationalités, où les abords des villas ne sont pas encore fermés par de hauts murs, où parfois les tensions investissent l'espace.

    L'enfant métis nous raconte son enfance africaine, ses copains, ses incartades, sa liberté et puis ce jour où le monde commence à vaciller sur son axe, l'instant où la mère se détache du père, abandonne ses enfants et que soudain la réalité politique du Rwanda tout proche (nous sommes en 94-95) e du Burundi rattrape inéluctablement le petit Gabriel. Qui du coup quitte l'enfance.

    Gaël Faye nous parle de ce passage d'une manière qui m'a totalement bouleversée, happée. Sans jamais verser dans l'enfantillage, ni l'infantilisme, il dit, trace, retrace la réalité d'une Afrique noire, métissée et blanche, aux langues multiples, aux aspirations démocratiques et aux réveils sanglants. Sans jamais chercher la phrase choc, ni l'enluminure exotique, l'auteur ouvre son cœur comme une mangue bien mûre et nous donne la becquée, laquelle est à la fois sucrée et suave mais quand on arrive au noyau on pourrait bien s'y casser les dents.

    Quel livre !
    Quelle magie !
    Je suis complètement sous le charme de ce conteur sans rage, qui raconte avec une énergie débordante, vivifiante, exaltée le meilleur comme le pire, l'atroce et l'amitié, ce qui dans une vie est à tout jamais insoutenable et pourtant là, bien réel, cette part d'enfance, et qui le dit sans excès, avec une sorte de grâce incroyable, terriblement touchante et ailée.

    Gros coup de cœur.
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    topocl

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    Re: Gaël Faye

    Message par topocl le Lun 23 Jan - 13:59

    Je n'en ai entendu que du bien (et pas plus tard qu'hier), la folie des réservations semble se calmer à la médiathèque, je me suis donc inscrite en liste d'attente.


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    shanidar

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    Re: Gaël Faye

    Message par shanidar le Lun 23 Jan - 14:05

    Ce n'est pas un roman 'génial' ou 'exceptionnel' mais un roman 'juste', je ne sais pas comment le dire autrement.
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    topocl

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    Re: Gaël Faye

    Message par topocl le Lun 23 Jan - 15:49

    @shanidar a écrit:Ce n'est pas un roman 'génial' ou 'exceptionnel' mais un roman 'juste', je ne sais pas comment le dire autrement.

    ben comme ça c'est bien Very Happy !


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    Re: Gaël Faye

    Message par Armor le Lun 23 Jan - 17:54

    Je rejoins Shanidar, la justesse du ton m'a aussi profondément marquée. Sur un sujet aussi intime et douloureux, l'auteur aurait pu tomber dans le pathos. Tout au contraire, il se dégage de ce roman une pudeur et une absolue sincérité qui m'ont profondément touchée.
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    Re: Gaël Faye

    Message par Gnocchi le Lun 23 Jan - 18:28

    On dit souvent que le Prix Goncourt de lycéen est parfois meilleur que le Prix Goncourt lui-même (puisque les lycéens sont libres de la politique de maisons d’éditions ?). Alors c’est un bon exemplaire, peut-être ?
    Vous me donnez vraiment envie de le lire comme j’ai lu plusieurs de Jean Hatzfeld.

    Merci Armor et Shanider !
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    Re: Gaël Faye

    Message par shanidar le Lun 23 Jan - 18:46

    Je te rejoins complètement sur ton analyse du Goncourt des lycéens qui est souvent bien plus intéressant que celui des 'Grands' !

    Et contente de lire que nos commentaires donnent envie de lire ce jeune auteur qui en vaut vraiment la peine.
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    Re: Gaël Faye

    Message par églantine le Lun 23 Jan - 18:54

    Je l'ai accessible en lecture numérique mais après toutes les louanges que je lis et entends partout j'ai peur de moi . Petit blocage .
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    Re: Gaël Faye

    Message par Armor le Lun 23 Jan - 19:44

    Au pire tu n'aimeras pas, tu le diras et on ne t'en voudra pas. Alors lance-toi !
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    Re: Gaël Faye

    Message par Avadoro le Lun 23 Jan - 23:59

    Je vous rejoins complètement sur la perception d'une justesse de ton, face à un contexte historique si douloureux à aborder. J'ai aimé la sensibilité de Petit pays, même si l'écriture m'a semblé parfois trop forcée et démonstrative dans l'évocation de l'enfance et des expériences vécues. Mais Gaël Faye est un auteur à suivre...
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    Re: Gaël Faye

    Message par topocl le Ven 21 Avr - 20:35

    Petit pays

    Je ne peux qu'apporter mon approbations aux avis exprimés plus haut sur ce roman très attachant d'un jeune garçon burundais qui croit longtemps que son pire drame sera la séparation de ses parents. Face à la réalité inacceptable de la guerre civile et du génocide, il essaie longtemps de s'accrocher à son statut d'enfant avant de se faire rattraper par la haine.
    L'emprise de la peur et du désastre monte peu à peu, on ne doute pas un instant de la fin tragique mais Gabriel Faye tout en subtilité, sait conserver jusqu'au bout son regard d'enfant, dans un récit tout à la fois naïf, poétique et lucide.



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    Re: Gaël Faye

    Message par églantine le Ven 21 Avr - 21:47

    Je n'ai pas rencontré une seule critique négative sur ce bouquin .
    Et pourtant je n'ai pas envie de le lire .


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    Re: Gaël Faye

    Message par topocl le Sam 22 Avr - 20:53

    On reconnaît bien là ton esprit de contradiction! Reste toi,ne le lis pas!
    Ceci étant dit, je me reconnais tout à fait dans shanidar pour dire que c'est un bon livre, mais pas génial non plus.


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    Re: Gaël Faye

    Message par églantine le Sam 22 Avr - 21:00

    @topocl a écrit:On reconnaît bien là ton esprit de contradiction!
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