Charles Dionne

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Charles Dionne

Message par Jack-Hubert Bukowski le Mar 13 Déc - 5:05

Charles Dionne
Né en 1989


Charles Dionne est le cofondateur avec Fabrice Goulet-Masson du défunt site Internet Poème sale. Il est important de soulever qu'il y a un cycliste québécois du même nom qui est né un certain 15 mars 1979. Nous pouvons aussi faire un parallèle avec Mathieu Boily qui a un homonyme qui joue au hockey à la position de défense. Pour sa part, Charles Dionne le poète est tout sauf un poète fancy, même si sa poésie dépouillée n'est pas dénuée d'attrait. Je vous réfère donc au site Poème sale pour voir une certaine partie de ses productions poétiques vu qu'il a publié un seul recueil jusqu'à ce jour, D'espoir de mourir maigre.

Bibliographie :

D'espoir de mourir maigre






Charles Dionne est considéré comme un poète de l'avant-garde québécoise. Il a également pris part à l'aventure de la maison d'édition La Tournure. Il n'y a pas si longtemps, son recueil a été réédité avec une nouvelle mise en page et une couverture plus attrayante. Je vous mentionne qu'il y a des images dans la première édition du recueil que j'ai en ma possession.

Le 1er juin 2013, Charles Dionne et Fabrice Goulet-Masson cosignaient «Cousins de personne». Dans ce texte à saveur de manifeste, le premier paragraphe du texte mérite qu'on le cite à lui seul :

À la base du projet, il y a un souper entre amis. Un jour de semaine banal où l’on se surprend à penser de grandes choses autour d’une bouteille de mauvais vin rouge. Quoi faire, se demande-t-on ? D’une part, une vie littéraire montréalaise qu’on sait bien vivante se soustrait au regard dès qu’il est question de réseaux sociaux, de site Internet… de présence numérique. D’autre part, une maigre bibliothèque et une formation universitaire de premier cycle s’exhibent comme de petits trophées. Trop modestes, se dit-on, pour légitimer les milliers de dollars dépensés au cours de nos années de formation. Ce soir-là, la communauté poétique montréalaise nous apparaît un brin austère. Nous en venons à nous demander si elle ne s’est pas cachée pour mieux mourir. Il nous vient une idée : La poésie est morte. Sa résurrection ne nous intéresse pas. Nous intéresse une poésie sale, sanglante et en lambeaux.

Source : http://www.cousinsdepersonne.com/2013/06/poeme-sale/

Avant de commenter le recueil, je reviens sur la déclaration de Jean-Simon Desrochers, président de jury du prix Émile-Nelligan 2013 :

Parce qu’il est un espace occupé par des voix puissantes, le poème qui s’imprègne des matières de l’urbanité et des imaginaires de la transgression présente une matière dangereuse. À la suite des Vaniers, Desbiens, Yvon et Ginsberg, arriver à proposer une manière personnelle d’aborder cet espace du poème sale demande une rigueur, une connaissance et une lucidité d’écriture peu commune. D’espoir de mourir maigre démontre admirablement qu’il y a de l’espace à la suite des géants, des emplacements où la terre est encore à prendre. Ce livre propose que le salut ne relève pas d’un art du pastiche, mais de la pleine reconnaissance des œuvres en place et de la certitude que la synthèse ne suffit pas. Avec une vive inventivité verbale traversant les malheurs ordinaires pour « rythmer d’inspiration les images muettes », avec ses procédés de répétition et ses réflexes sériels pour saisir le sentiment d’une Amérique, Charles Dionne affirme brillamment son désir de dire le réel immédiat, s’en servant comme espace transitoire afin de le transformer en expérience limite à la fois rude et lumineuse « pour que mourir soit charnel », pour transfigurer les rébellions triviales.

Source : http://www.fondation-nelligan.org/CharlesDionneBio.html

Vous aurez compris ici que Charles Dionne a été finaliste du Prix Émile-Nelligan en 2013 pour D'espoir de mourir maigre.

Mots-clés : #poésie #québec


Dernière édition par Jack-Hubert Bukowski le Mar 20 Déc - 8:11, édité 1 fois
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Re: Charles Dionne

Message par Jack-Hubert Bukowski le Mar 13 Déc - 5:15



D'espoir de mourir maigre (2013) :

Je serai un critique sans concession pour le recueil. C'est un bien grand mot dans la mesure où le recueil présente plusieurs belles pages de poésie qui rappellent l'importance du courant de poésie post-2010. Étant donné qu'il s'agit d'avant-garde et que nous parlons du fondateur d'un site de poésie révéré dans les milieux où la poésie tend à s'innover, il y a la tentation d'un programme. Gardez ce mot à l'esprit.

Tout bien compris, la poésie de Charles Dionne s'affirme avec beaucoup d'ampleur. Par rapport à une notion de programme, j'attire votre attention sur :

Charles Dionne, D'espoir de mourir maigre, 2013, Montréal : La Tournure, p. 19 a écrit:bourgeoisie d'asphalte
terrasse devant l'autoroute
pichet d'eau de javel

grand roi de centre d'achat de muscles de vitrine

cultivateur de rêves de croissance en affaires
de capital porte d'entrée dans le monde des grands
de cauchemar de taux de rebond
de détresse de mauvais trimestre
de mythe du monde sur ses épaules
et de poursuite de l'élévation personnelle

construire un quatrième étage
sur le bungalow

et s'approcher du ciel

Nous sommes dans une critique sociale féroce ponctuée d'une tonalité poétique - pensons ici à la référence cryptée du titre Le Windex de Narcisse de Marie-Ève Comtois :

p. 22

tous les rabais - soldes occasions incroyables
orgasmes à valeur réduite
pour éjaculer le Windex
entre deux pipes de fond de Zellers

communauté de plastique
bombeurs de torse

revenus les mains pleines de sacs espérance

En majuscules, accompagné d'une illustration sobre qui pourrait évoquer soit du papier ou des draps froissés.

p. 30

JE SUIS ALLÉ ME FAIRE DÉBOSSELER
LA GUEULE À TON PARTY PAR
CEUX QUI VENAIENT DE VIVRE
UNE RÉVÉLATION AU CENTRE
D'ACHAT

Un peu plus tard, nous restons dans le registre de la critique sociale à l'aune des baby-boomers vieillissants :

p. 45

somme toute verser le vin
devant la réussite d'une vue sur les montagnes

fatigue de marivaudage arraché au visage
d'un honneur asthmatique
indignant amour de jeunesse

ne reste qu'une fatigue pilote automatique
air enflé
journées sèches
adaptation large des contes où les vieux baisent encore
langoureusement

Nous pouvons parler d'un portrait sans concession, qui a tendance à dénoncer les travers d'une époque. Néanmoins, la référence littéraire québécoise prédomine :

p. 49

pauvres
lisant Gauvreau Giguère Aquin Lapointe
marchant pieds nus sur la neige qui ne fond pas
suicidés un peu sans succès souriant au reflet qui
stagne à leurs pieds

quel animal de métal et de brique a pris leur crâne entre ses
griffes de ciment
pour les fendre

rouage affreux des jours qui s'emboîtent

rouage
ordinaire

pour fendre leurs images tordues
fendre leurs places près des autobus

monstre de solitude
de cauchemar
laideur affreuse
machine infernale
aveugle
cannibale
monstre sans corps
sans âme

Commentaire a posteriori suite aux lectures croisées :

Il m'a semblé en lisant Quand j'parl' pour parler de Jean Narrache que Charles Dionne s'en est inspiré pour son titre. J'ai lu de la poésie, des motifs qui faisaient que Charles Dionne semble les avoir «repiqués» pour donner une résonance face à ce qu'il entreprend comme esthétique et propos. Il faudrait que je relise le recueil par exemple pour vous trouver les passages cités...

Commentaires rapatriés.


mots-clés : #poésie #quebec
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Re: Charles Dionne

Message par Jack-Hubert Bukowski le Jeu 3 Aoû - 6:48

La main invisible (2016) :

Charles Dionne écrit des recueils de poésie au contenu fort touffu. Il y a tout de même une finesse stylistique, ce qui lui a attiré les compliments de jury de prix littéraires. Il tranche singulièrement avec le commun des mortels. Il a la facilité d'écrire un poème de gauche et de s'adresser au commun des mortels, là où ça leur fait le plus mal en cette ère de selfies et de muscles de circonstance.

Son poème acquiert valeur de dénonciation, comme ici :

je satisfais enfin le désir caressé toute la journée
retourner vers où je suis déjà
j'investis entièrement l'espace du divan
m'y enfonce
le confort viendra
certains bourgeons ne fleurissent
que durant quelques secondes
je m'efforce de rester assis
les bras sur les accoudoirs
les mains sur le tissu
les ongles agrippés aux coutures
je suis maintenant disponible
pour les loisirs
les divertissements
ou le repos

p. 19

Charles Dionne évoque les gens dans l'intimité des relations superficielles :

tu as pris le temps qu'il te restait
pour t'épiler les jambes
le poil est anachronique
il te dérange quand tu magasines
et dans la cabine d'essayage tu rêves de vacances
en publiant partout la photo des sous-vêtements roses
que tu portes comme une promesse faite à toi-même
ton bonheur t'appartient tu le crées
me dis-tu dans le stationnement souterrain
nous rapportons nos sacs
je fais passer le bras de vitesse de P à R
tu me suggères de m'épiler les testicules
on en reparlera devant un drink
je dis en m'engageant dans la circulation

p. 58

En cette ère de selfies, le désir banalisé fait condition marchande :

sur la photo elle ne porte qu'une petite culotte
dans une salle de bains elle se cache
place son téléphone cellulaire stratégiquement
devant son nez la lueur du flash
l'irradie dans le grand miroir
je l'ai reçue mardi à une heure du matin
je lui ai renvoyé une photo
de mes pieds sous les draps
avec le mot-clic
jetravailledemain

p. 72

Pour voir ce qui fait photo d'époque :

quand tu rentres ton ventre
ta silhouette se fond à celle du parasol
et devant tes lunettes fumées
ton ombre danse sur le bois verni de la terrasse
tu dis je m'entraîne pour me sentir bien
ton contour dessiné par la lumière
te semble sans imperfection
tu me le dis tu me parles mais je ne vois plus
que mon ombre arrondie
sous le cercle parfait
du soleil

p. 97

Je suis très bref dans mes sélections. Il y a certains moments où les scènes érotiques - oui, oui, des poèmes qui décrivent l'acte - prennent des poses porno, pour mieux dénoncer cette industrie, du moins c'est l'interprétation que j'en retiens. Dans cette mesure, je vous invite à lire cet esprit qui évolue en poésie post-2010. Charles Dionne est un pionnier dans ce qu'il fait.
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Re: Charles Dionne

Message par Bédoulène le Jeu 3 Aoû - 11:35

intéressants ces poèmes, du quotidien qui bouscule l'intimité

_________________
"Lire et aimer le roman d'un salaud n'est pas lui donner une quelconque absolution, partager ses convictions ou devenir son complice, c'est reconnaître son talent, pas sa moralité ou son idéal" Le Club des incorrigibles optimistes de J.M. Guenessia "

"Il n'y a pas de mauvais livres. Ce qui est mauvais c'est de les craindre." L'homme de Kiev Malamud
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Re: Charles Dionne

Message par Nadine le Jeu 3 Aoû - 13:24

somme toute verser le vin
devant la réussite d'une vue sur les montagnes

fatigue de marivaudage arraché au visage
d'un honneur asthmatique
indignant amour de jeunesse

ne reste qu'une fatigue pilote automatique
air enflé
journées sèches
adaptation large des contes où les vieux baisent encore
langoureusement

j aime bien celui-là, c est une image tres personnelle et pertinente.Très projective.

J aime beaucoup moins les extraits s'adressant à une femme, c est plus cliché, et surtout je goûte moyennement la posture blazée. Le poete qui contemple la femme dans ses limites, bien assis dans son eventuel ennui, mains attachées. Mouais. Bof. Oh le pauvre , je m'dis.

Laughing

Merci de mettre des extraits JHB ! C'est intéressant !
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Re: Charles Dionne

Message par Jack-Hubert Bukowski le Jeu 3 Aoû - 16:16

Merci pour vos commentaires, Bédoulène et Nadine. Pour te répondre quant à tes préoccupations, Nadine, je prête un extrait poétique d'Hector de Saint-Denys Garneau à ton attention, pour mieux comprendre le projet de Charles Dionne.

«C'est là sans appui»

Je ne suis pas bien du tout assis sur cette chaise
Et mon pire malaise est un fauteuil où l'on reste
Immanquablement je m'endors et j'y meurs.

Mais laissez-moi traverser le torrent sur les roches
Par bonds quitter cette chose pour celle-là
Je trouve l'équilibre impondérable entre les deux
C'est là sans appui que je me repose.
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Re: Charles Dionne

Message par Nadine le Jeu 3 Aoû - 17:56

Oui ça donne écho à la sorte de transe impuissante qui semble prendre Dionne lorsqu'il s'abandonne à la contemplation amère des parades féminines modernes. En plus.
Tu veux dire aussi, sans doute, qu'il affectionne les changements de tons et qu'il passe du dialogue/écoute à la retranscription émotionnelle , plus intime et personnelle, dans ses écrits poétiques..
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Re: Charles Dionne

Message par Jack-Hubert Bukowski le Jeu 3 Aoû - 18:12

Nadine : Le règne des blasés dans le domaine du roman et de la poésie québécoise - du moins en ce qui concerne une partie de la production, on les retrouvait autour de la période fin 1980 et des années 1990. Je ne sais pas si Ducharme peut être jugé de blasé dans la posture qu'il propose, pour citer un exemple. Il y a une ambiguïté contradictoire et essentielle qui donne les élans à une littérature émergente, soit à la Révolution tranquille ou encore post-2010. Les deux époques sont très différentes, mais je dirais qu'il y a un idéalisme d'époque qui s'y exprime.

Dans le cas de Charles Dionne, je ne le vois pas du tout dans une position de «résigné». Il feint cette posture pour donner de l'élan à ce qui apparaît comme une posture paradoxale. Il est assez «revendicateur» dans ce qu'il dénonce comme travers de son époque. Prenons juste cette référence à «la main invisible» d'Adam Smith. Je vous ai livré quelques extraits avec certaines thématiques que j'ai dégagées et qui ressortent au cœur du projet poétique de Charles Dionne. C'est très infinitésimal par rapport à ce qu'il a écrit dans le recueil. J'y suis allé de détails impressionnistes, mais je peux considérer que oui, il y a quelque chose qui touche de près l'âme québécoise, du moins en littérature.
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Re: Charles Dionne

Message par Nadine le Jeu 3 Aoû - 18:17

Intéressant.

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