Shumona SINHA

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

Shumona SINHA

Message par Armor le Mar 13 Déc - 5:50

Shumona Sinha
Née en 1973


Shumona Sinha est une romancière franco-indienne de langue française qui vit à Paris.

A l'age de 17 ans, en 1990, Shumona Sinha obtient le prix du meilleur jeune poète du Bengale.
Elle enseigne le français à la Ramkrishna School of Foreign Languages de Calcutta de 1997 jusqu'à 2001.

Venue en France en 2001 par le biais d’un programme d’échange de l'ambassade française en Inde, Shumona Sinha continue des études en littérature et linguistique françaises. Elle a est diplômée d'un DEA en lettres modernes de la Sorbonne.

Shumona Sinha a travaillé dès 2009 comme interprète pour l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), afin d’aider à la traduction pour les demandeurs d’asile bangladais. Cette expérience lui a donné l’idée de son second roman, qui raconte les conditions de vie des demandeurs d’asile.

Shumona Sinha a publié plusieurs anthologies de poésie française et bengalie en collaboration avec le poète Lionel Ray, son ex-mari.
Elle est à ce jour l'auteur de 3 romans.

Ses romans sont écrits en français, fait suffisamment rare pour être souligné.
source : wikipédia, Babelio.

Bibliographie :

2008 : Fenêtre sur l'abîme
2011 : Assommons les pauvres !
2014 : Calcutta


Dernière édition par Armor le Sam 1 Juil - 20:37, édité 7 fois
avatar
Armor

Messages : 1830
Date d'inscription : 02/12/2016
Age : 36

Voir le profil de l'utilisateur
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Shumona SINHA

Message par Armor le Mar 13 Déc - 6:08



Calcutta

Autrefois il y avait un escalier. Raide et étroit. Sa rampe était en ciment rugueux, avec des trous en forme de croix. Trisha se tenait au bord, après s'être dandinée de la chambre du fond jusque-là. Elle avait réussi à se mettre debout, à tomber et à se relever encore, et elle avait marché avec ses petits pieds tout ronds et aussi mous que des raviolis. Le chemin était sans obstacle, elle avait les chaises et les fauteuils comme repères. Sa grand-mère criait depuis sa chambre, mais elle ne pouvait ni marcher ni courir pour attraper Trisha, qui était maintenant au bord du vide. Probablement surprise par le sol qui cessait soudain d'être là, elle oscillait peut-être, attirée par le chemin ouvert, creux, par les marches pointues s'élevant vers  elle comme des dents de scie, leurs bras ouverts et moqueurs, elle avait peur aussi, sans doute. Un peu par peur, un peu par sidération, elle s'était penchée alors, tête en avant.

Depuis des années, Trisha a fait sa vie à Paris. Et c'est à contre coeur qu'elle effectue le voyage retour vers Calcutta pour assister à la crémation de son père. Une fois seule dans la maison de son enfance, les souvenirs affluent... Et en premier lieu, l'image un révolver dissimulé sous une couette rouge… Puis des jeux d'enfants dans les champs et dans le coton, au pied des couettiers itinérants. Et encore et toujours ce révolver, dont il valait mieux ignorer l'existence…

Pour Trisha, le Bengale de l'enfance est un pays sous état d'urgence, en proie aux troubles religieux, et où les soldats d'Indira Gandhi font régner la terreur au sein des groupes communistes. Avoir un père marxiste, c'est l'incertitude au quotidien : la crainte de l'arrestation, ou pire encore, de l'exécution sommaire.

Et puis, il y a sa mère. Une femme éduquée dont un chagrin d'amour a révélé le caractère instable. Même les attentions d'un époux aimant ne peuvent éviter les subits accès de dépression, moments terribles durant lesquels la mère devient un être inerte et insensible à tout ce qui n'est pas sa propre douleur. Alors l'enfant guette anxieusement le moindre signe annonciateur d'une nouvelle crise, et le couple fait de chaque jour heureux une victoire sur le sort et les préjugés.

Tout ceci, et tellement plus encore, nous est révélé par bribes, au fil des souvenirs de Trisha. Des souvenirs dans le désordre, parfois confus, parfois terriblement précis, comme des petites touches impressionnistes. Au lecteur de reconstituer le tableau...

Je l'avoue, je n'ai pas été d'emblée séduite par ce roman malgré ses qualités indéniables. Je suis restée quelques temps extérieure au récit. Et puis, et puis j'ai été cueillie, d'un coup d'un seul, sans trop vraiment savoir pourquoi. Saisie par les émotions qui se succédaient, par cette plume sobre et inventive, par ces images inattendues que seul un poète pouvait trouver.
Quelle est la part de Sumonha en Trisha ? L'auteur a savamment brouillé les pistes, oubliant le récit à première personne du chapitre initial pour se concentrer sur son héroïne. Mais il en fallu du talent pour esquisser en si peu de pages ce Bengale terriblement authentique, et laisser deviner derrière les silences toute la complexité de personnages dont les émotions à fleur de peau et les non-dits pénètrent peu à peu le lecteur jusqu'au coeur.
Un livre qui, une fois refermé, m'a longtemps accompagnée...

Sa mère avait veillé sur lui, jour et nuit, versant des larmes en silence pour ne pas effrayer son fils et cacher son désarroi : elle se sentait coupable d'être en pleine santé tandis que son fils luttait contre un cœur malade. Plusieurs années plus tard quand elle ne put plus se tenir debout, condamnée à un fauteuil roulant que son fils poussait, elle s'était sentie étrangement soulagée, comme tout était rentré dans l'ordre. Se confier aux soins de son fils la rassurait : il y avait là une cohérence. Son fils ignorait tout cela : ils n'avaient pas l'habitude de parler de leurs sentiments. La maison comme une grotte sauvage engloutissait toute parole, toute émotion qui pouvait ressembler à de l'amour. On exprimait sa reconnaissance, sa gratitude, son chagrin, sa déception, sa colère ou sa haine, mais jamais son amour.


(Ancien commentaire remanié)


mots-clés : #initiatique #famille #regimeautoritaire #pathologie


Dernière édition par Armor le Lun 4 Sep - 22:05, édité 8 fois
avatar
Armor

Messages : 1830
Date d'inscription : 02/12/2016
Age : 36

Voir le profil de l'utilisateur
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Shumona SINHA

Message par Bédoulène le Mar 13 Déc - 8:21

merci Armor je le note celui-ci, j'en ai un dans ma pal : ErschlagtdieArmen
que tu as peut-être lu ?

_________________
"Lire et aimer le roman d'un salaud n'est pas lui donner une quelconque absolution, partager ses convictions ou devenir son complice, c'est reconnaître son talent, pas sa moralité ou son idéal" Le Club des incorrigibles optimistes de J.M. Guenessia "

"Il n'y a pas de mauvais livres. Ce qui est mauvais c'est de les craindre." L'homme de Kiev Malamud
avatar
Bédoulène

Messages : 4762
Date d'inscription : 02/12/2016
Age : 72
Localisation : En Provence

Voir le profil de l'utilisateur
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Shumona SINHA

Message par Armor le Mar 13 Déc - 9:54

@Bédoulène a écrit:merci Armor je le note celui-ci, j'en ai un dans ma pal : ErschlagtdieArmen
que tu as peut-être lu ?

Visiblement c'est la traduction allemande d'Assommons les pauvres !
Je ne l'ai pas lu, mais je sais qu'il avait eu de très bonnes critiques à sa sortie.

Tu vas le lire en allemand, du coup ?
avatar
Armor

Messages : 1830
Date d'inscription : 02/12/2016
Age : 36

Voir le profil de l'utilisateur
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Shumona SINHA

Message par Bédoulène le Mar 13 Déc - 11:16

je ne connais aucune langue Armor, j' ai téléchargé au nom d'auteur pfffffffffffff

mais du coup ce titre m'attire

_________________
"Lire et aimer le roman d'un salaud n'est pas lui donner une quelconque absolution, partager ses convictions ou devenir son complice, c'est reconnaître son talent, pas sa moralité ou son idéal" Le Club des incorrigibles optimistes de J.M. Guenessia "

"Il n'y a pas de mauvais livres. Ce qui est mauvais c'est de les craindre." L'homme de Kiev Malamud
avatar
Bédoulène

Messages : 4762
Date d'inscription : 02/12/2016
Age : 72
Localisation : En Provence

Voir le profil de l'utilisateur
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Shumona SINHA

Message par Contenu sponsorisé


Contenu sponsorisé


  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut

 Des Choses à lire :: Lectures par auteurs :: Écrivains d'Asie

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum