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Eric Vuillard

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Message par Chamaco le Sam 23 Déc - 17:20

Soboul, un monument pour les historiens, je dois bien avoir un livre de lui, en mémoire ce doit être un pavé, oui après recherches dans mon immmmmmense bibliothèque : la civilisation et la révolution francaise un bouquin d'un peu plus de 500 Pages chez Arthaud, ce que l'on peut appeler un beau-livre, il m'a beaucoup servi lorsque j'avais repris les cours à la fac (je m'étais régalé ces années là bounce ), bonne lecture avec les sans-culottes parisiens... Very Happy
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Message par ArenSor le Sam 23 Déc - 17:26

@Chamaco a écrit:Soboul, un monument pour les historiens, je dois bien avoir un livre de lui, en mémoire ce doit être un pavé, oui après recherches dans mon immmmmmense bibliothèque : la civilisation et la révolution francaise un bouquin d'un peu plus de 500 Pages chez Arthaud, ce que l'on peut appeler un beau-livre, il m'a beaucoup servi lorsque j'avais repris les cours à la fac (je m'étais régalé ces années là bounce )

Ce fut une excellente collection que celle des "grandes civilisations" chez Arthaud : Le Goff, Delumeau, Chaunu, Soboul. J'ai gardé également ces livres dans ma bibliothèque Very Happy

Tiens, pourquoi pas une lecture commune des Dieux ont soif de France ? Quasimodo semble intéressé...
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Message par Quasimodo le Sam 23 Déc - 17:28

Très intéressé même (mais je ne vais pas pouvoir avant, au moins un mois).

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Message par Chamaco le Sam 23 Déc - 17:49

Moi c'est oui ! Eric Vuillard  - Page 5 2126147062
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Message par Tristram le Sam 23 Déc - 20:45

@ArenSor a écrit:Effectivement rien ne prouve que Néron soit responsable de l'incendie de Rome. Des faisceaux d'indices laissent penser que le sinistre fut accidentel. Moi-même, j'étais en vacances à Capoue en juillet 64 et je ne peux rien en dire Very Happy
Pourtant Henryk Sienkiewicz est formel, c'est Néron qui a fait le coup.

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Message par Bédoulène le Sam 23 Déc - 23:32

dans ma pal aussi !

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Message par Armor le Dim 24 Déc - 0:20

@Tristram a écrit:
@ArenSor a écrit:Effectivement rien ne prouve que Néron soit responsable de l'incendie de Rome. Des faisceaux d'indices laissent penser que le sinistre fut accidentel. Moi-même, j'étais en vacances à Capoue en juillet 64 et je ne peux rien en dire Very Happy
Pourtant Henryk Sienkiewicz est formel, c'est Néron qui a fait le coup.

Eric Vuillard  - Page 5 1390083676 Farceur, va !

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Message par tom léo le Ven 12 Jan - 22:06

Eric Vuillard  - Page 5 Images38

L'ordre du jour

J’ai découvert avec étonnement cette discussion passionnée des pages précédents. Permettez que je reviens plus explicitement au livre « L’ordre du jour », et ma façon de le lire, d’appréhender la démarche de Vuillard, peut-être aussi marquée par mon identité comme Allemand.

Il me semble que nous sommes d’accord qu’il ne s’agit pas d’un (autre?) pur livre historique, un livre de non-fiction neutre, un dévoilement spectaculaire en plus. Pour cela l’auteur est beaucoup trop présent, présent avec des jugements, de l’ironie et un choix de vision.

De l’autre coté il est clair que Vuillard a travaillé en s’appuyant d’une manière impressionnante sur un tas de livres, documents, d’émissions radiophoniques, d’extraits de journaux, d’enregistrements du procès de Nuremberg, de lettres échangées etc. Je pense qu’il a des sources sérieuses et qu’il n’invente, dans ce domaine, pas grande chose.

Ce qu’il ajoute et qui distingue est son regard de jugement, sa présence comme prenant partie. Donc, je me suis demandé ce qu’il voulait éventuellement vraiment raconté ! Une histoire que, somme toute, on connaissait déjà ? Car tous ces documents étaient quand même bien publics et même à moi, laïque en grande partie connus ?

A mon avis son approche se rapporte et véhicule quelque chose d’autre, d’une façon ironique, parfois aussi condescendante et du point de vue de quelqu’un qui « sait », car mieux placé .
Dans les différentes épisodes, chapitres de ce livre il met en évidence un peu plus, et en pleine lumière impitoyable, ce que et ce qui a contribué à la montée de Hitler et ainsi à la catastrophe. On parle en partie ici de personnes qui ont été « innocentées » plus tard, mais qui – le moment donné et dans l’épreuve – se sont montré avare, cupide, égoïste, peureux etc. En partie des personnes de « deuxième zone ou catégorie », jugés moins influents, mais qui, en fait, ont contribué à leur façon. Par cela le livre devient une description des gestes et possibilités omises en vie de sécuriser sa position sociale, politique, économique. Vuillard écrit « Rien n’est innocent » ou encore « Les plus grandes catastrophes s’annoncent souvent à petits pas ».

Et à mon avis et d’un coup, ce livre devient en quelque sorte une mise en garde dans la situation politique, sociètale, économique, écologique, POPULISTE, actuelle : Osons le bon geste le bon moment. Nous participons ou non, à l’élaboration de la société future.
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Message par ArenSor le Dim 18 Mar - 19:14

L'ordre du jour

Eric Vuillard  - Page 5 Vuilla10

J’avais un priori négatif sur Eric Vuillard. En effet, je me méfie beaucoup des livres qui s’appuient sur l’Histoire sans qu’on sache très bien ce que sous-tend le terme « récit » par rapport à la vérité historique. Mais je m’étais promis de lire un de ses livres, comme pour Eugène Carrère. L’occasion faisant le larron, lorsque j’ai trouvé « L’Ordre du jour » à Emmaüs, et comme de plus c’est un livre court…

Eh bien, j’ai été très agréablement surpris. En premier lieu, Vuillard possède une très belle plume, trop belle pourront dire certains, nous sommes en effet parfois à la limite du « surécrit ». N’empêche, c’est très beau. J’ai pensé au Pierre Michon de « Les Onze » ou de « L’Empereur d’occident », non seulement par la structure des phrases, leur rythme, mais aussi par les sujets à connotation historique traités sur un format court. La grosse différence est que Michon s’ancre plus volontiers dans la fiction.

Vuillard définit lui son dessein comme « histoire spectacle ». Effectivement, il regarde les événements par le «petit bout de la lorgnette », relevant un détail significatif par-ci par-là, prenant plaisir à dévoiler l’envers des choses : récits, photos, films... Et dans ce domaine il réussit très bien. Cette perspective le contraint toutefois à certaines formes de construction qui peuvent paraître incongrues, voire maladroites ; ainsi ce passage sur les vêtements historiques pour Hollywood. On en comprend mieux le sens par le chapitre suivant où l’auteur s’interroge sur les images que nous possédons de l’Anschluss, manipulées par la propagande de Goebbels qui en fait justement un spectacle d’allégresse. Concevoir toutefois l’événement comme spectacle cinématographique pourrait être humiliant pour les personnes qui ont souffert ou y ont perdu la vie. De fait, Eric Vuillard prend bien garde d’évoquer le drame humain dans les derniers chapitres de son livre. La réunification présentée comme un bel enthousiasme des populations en liesse cache toutes les violences et les milliers de morts qu’elle a entraînés.

Envisager les grands événements de l’Histoire par le détail constitue  une approche intéressante. Elle montre que cette Histoire est faite par des hommes avec leurs faiblesses, leurs grandeurs, leurs ridicules et leur crapulerie. Mais la démarche rencontre aussi très vite ses limites. L’Histoire n’est pas que cela, elle est aussi question d’environnement économique et social, d’équilibres internationaux et quantité d’autres paramètres que les acteurs ne maîtrisent pas obligatoirement. Un simple exemple : dans le chapitre consacré à la manipulation des images, intéressant de la part d’un cinéaste et je pense aux très belles émissions d’Arte où Marc Ferro décortiquait les actualités cinématographiques du III Reich – Eric Vuillard décrit d’une façon lapidaire la foule enthousiaste acclamant un fou. C’est un raccourci que ne se permettrait pas un historien. Dire que Hitler était « fou » est un peu simpliste, même si on peut penser que le personnage souffrait de troubles mentaux. Par ailleurs, l’auteur ne se pose jamais la question de savoir pourquoi la foule enthousiaste  acclame le führer !

Eric Vuillard est pour moi un peu comme Sacha Guitry dans ses films historiques, que j’aime beaucoup ceci dit. Ce sont des récits qui traitent d’événements historiques, qui s’appuient souvent sur des documents authentiques, qui offrent un éclairage particulier, mais qui ne sont pas à proprement parler de l’Histoire. Ceci ne nous empêche pas de goûter notre plaisir, mais je tenais à préciser cette distinction que je n’ai pas vue abordée dans les critiques concernant ce livre : « L’Ordre du jour » n’est en aucun cas un livre d’Histoire.


mots-clés : #deuxiemeguerre #historique
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Message par topocl le Dim 18 Mar - 19:44

Tu vas en lire d’autres, Arensor?

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Message par églantine le Dim 18 Mar - 19:54

Pourquoi pas .
Jamais lu et jamais eu envie .
L'histoire je n'y comprends rien .
Donc j'élimine systématiquement dès que le #histoire pointe son vilain nez .
Spoiler:
Mais mais je vois que là il n'y en a pas ? Eric Vuillard  - Page 5 1247285341
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Message par animal le Dim 18 Mar - 19:55

Le personnage pourrait t'être sympathique. clown

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Message par églantine le Dim 18 Mar - 19:57

Bon je vais revoir mes tablettes alors .
Vous êtes terribles .
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Message par Bédoulène le Dim 18 Mar - 20:06

merci Arensor ! je n'ai pas (encore lu ce livre) mais j'aime la plume de Vuillard.

De toute façon il n'a pas la prétention d'être un historien, mais il est vrai, en principe, que les faits historiques le sont.

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Message par Tristram le Mar 23 Avr - 0:51

14 Juillet

Eric Vuillard  - Page 5 14_jui10

La Débâcle, de Zola, m’a amené à la lecture de ce « récit », l’auteur faisant d’ailleurs référence à ce livre dans le numéro 176 du mensuel Le matricule des anges de septembre 2016, qui lui consacre un dossier.
Révolution donc, le fameux 14 juillet, la prise de la Bastille, et c’est la trame historique du livre. Le thème porté, c’est l’émeute, mieux, le peuple ‒ mais qui est le peuple ? D’où les énumérations évoquées par Topocl, les brefs portraits des individus qui le composent. À ces noms égrainés dans le torrent lyrique, parmi les vertigineuses accumulations listées, notoire est celle des cloches :
« Les cloches sonnent. On enfonce les portes des beffrois. Toutes les cloches de tous les clochers sonnent à la volée. Le marteau tinte. Les murs tremblent. Les sons se propagent et s’aggravent. Le bourdon vomit son fa dièse. Depuis ses presque trois mètres de bouche, celui de Notre-Dame, qui ne sonne qu’aux grandes occasions, réverbère sur les murs de toute la cité les lourds battements de son cœur vide. Partout, les papillons de métal cognent, espiègles ; les cloches des tours, celles du chapitre, celles des combles sonnent ! Mais ce n’est ni le solennel des grandes heures, ni le plenum du dimanche, ni l’alma des fêtes du Seigneur, ni le grand vespéral, comme aux solennités majeures, ni les quatre moineaux des mariages, non – c’est le tocsin. À la fois grave et rayonnant, à la fois mâle et aigu, il mêle tous les timbres dans sa panse, il pique l’oreille et crève le corps avec ses basses que l’on est incapable d’entendre. C’est comme une fumée que l’on froisse ; le ciel sue, trémule, grelotte. Les barboteuses se taisent. Les plaisanteries se figent sur les lèvres, le pied chancelle dans la rigole d’ordures. Les chiens se cachent. La clameur s’apaise. Le vent mouche les torches. On crache son noyau de fruit, que la nuit avale. »
Revenons au thème central, ce collectif où se confondent allègrement peuple et foule, où la populace serait ce qu’étudie Gustave Le Bon dans sa Psychologie des foules, cette masse populaire aux élans aussi dangereusement unanimes qu’ils sont anonymes, et qui peut susciter la méfiance :
« Il n’imagine pas que la multitude puisse savoir quelque chose, désirer quelque chose, avoir raison même, et qu’après tout, c’est bien elle le souverain, ce sont ces bonnes femmes qui jacassent, ces crétins qui crient, ces gens qui l’empoignent et exigent des comptes. »
Comme Chamaco, je suis un peu gêné par les casseurs qui profitent des rassemblements populaires pour imposer leur violence et détruire aux frais des autres (et de la liberté d’expression de tous). Je me projette peut-être plus spontanément du côté des victimes que de celui des idéaux… c’est sans doute ainsi qu’on se transforme en vieux réac.
On retrouve dans notre histoire récente cette récurrente envie haineuse à l’égard des nantis ‒ qui m’a toujours surpris, parce que ce qu’ont ou font les autres ne m’a jamais paru m’ôter grand-chose : toute une éducation politique à revoir ? Bien sûr, il est légitime qu’une population affamée se révolte contre les accapareurs qui bâfrent et gaspillent sous ses yeux ; mais qu’un député (au sens large) ait ses aises ne me dérange pas, pourvu qu’il fasse ce pour quoi on l’a élu : tout ça pour rappeler qu’il y a une différence entre détestation fielleuse et juste revendication, comme il y en a une entre foule et peuple, nombre et unité.
Les rapprochements avec notre époque sont renforcés par un brassage forcené d’anachronismes et de parachronismes ; le texte résonne étrangement dans notre actualité… et dans notre histoire nationale (cf. l’inextirpable "mort aux vaches") :
« Quel bonheur de caillasser les argousins ! Pas de liberté qui ne passe par là. »
Comme déjà souligné par Shanidar et Topocl, on est moins dans l’Histoire que dans l’actu politico-sociale (en 2016, année de parution, comme jusqu'en 2019) : ce fameux changement réclamé dans toutes les manifs, à toute élection présidentielle… Et le livre se termine sur un appel au soulèvement (une des sources des Gilets jaunes ?) :
« On devrait plus souvent ouvrir nos fenêtres. Il faudrait de temps à autre, comme ça, sans le prévoir, tout foutre par-dessus bord. Cela soulagerait. On devrait, lorsque le cœur nous soulève, lorsque l’ordre nous envenime, que le désarroi nous suffoque, forcer les portes de nos Élysées dérisoires, là où les derniers liens achèvent de pourrir, et chouraver les maroquins, chatouiller les huissiers, mordre les pieds de chaise, et chercher, la nuit, sous les cuirasses, la lumière comme un souvenir.
Oui, on devrait parfois, lorsque le temps est par trop gris, lorsque l’horizon est par trop morne, ouvrir les tiroirs, briser les vitres à coups de pierres, et jeter les papiers par la fenêtre. Les décrets, les lois, les procès-verbaux, tout ! Et cela choirait, s’effondrerait lentement, pleuvrait dans le caniveau. Et ils tournoieraient dans la nuit, comme ces papiers gras qui, après la foire, tourbillonnent sous les manèges. Ce serait beau et drôle et réjouissant. Nous les regarderions tomber, heureux, et se défaire, feuilles volantes, très loin de leur tremblement de ténèbres. »
J’éprouve une confuse suspicion envers les écrivains "engagés", "à message", militants politiques. Malgré cela, ce récit appartient pleinement à la belle famille de ceux qui parlent humainement des humbles, des anonymes et des morts.
Qu’il me soit permis de bémoliser à l’abri des foudres topocliennes. Pour ce qui est de la forme, le flot exalté, le ton péremptoire de cette colère inspirée bouillonne si brouillon et fragmenté que son excès intrinsèque le porte parfois aux limites du maladroit et du clinquant. Par moments, on se demande s’il n’y a pas un problème de traduction, ou s’il ne s’agit pas d’un premier jet, puissant, mais pas relu par son auteur :
« Les mouches rognonnaient les passants. »

« Enfin, on pénétra la grande avenue de l’Arsenal, la Bastille était là, face à face, comme pour un duel. »

« La cour était vide, horriblement vide maintenant. Il était seul, allongé, blafard. Perrin, à dix mètres de lui, se tenait la jambe. »
Doit cependant demeurer, du chapitre « La foule » justement :
« Il faut écrire ce qu’on ignore. Au fond, le 14 Juillet, on ignore ce qui se produisit. Les récits que nous en avons sont empesés ou lacunaires. C’est depuis la foule sans nom qu’il faut envisager les choses. Et l’on doit raconter ce qui n’est pas écrit. Il faut le supputer du nombre, de ce qu’on sait de la taverne et du trimard, des fonds de poche et du patois des choses, liards froissés, croûtons de pain. Le plancher bâille. On aperçoit le très grand nombre muet, masse aphasique. Ils sont là, à la Bastille, il y a de plus en plus de monde dans les rues, tout autour. Ceux qui ne possèdent pas de fusils se sont armés de bâtons, de méchants bouts ferrés, de merlins, de tire-bouchons, qu’importe ! Depuis l’Arsenal jusqu’à Saint-Antoine, les quais et les rues sont noirs de monde. Les gueux, les décrotteurs, les cochers, tous les campagnards venus chercher pitance à Paris sont là. Les étudiants arrachent les pieux des palissades, les pieds des tabourets, les bras des charrettes. On saute, on crie. De lourds nuages roulent sur le ciel. On pisse devant les portes.
Qu’est-ce que c’est, une foule ? Personne ne veut le dire. »

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Message par topocl le Mar 23 Avr - 9:09

@Tristram a écrit:
Qu’il me soit permis de bémoliser à l’abri des foudres topocliennes. Pour ce qui est de la forme, le flot exalté, le ton péremptoire de cette colère inspirée bouillonne si brouillon et fragmenté que son excès intrinsèque le porte parfois aux limites du maladroit et du clinquant.

Comme on dit, la réponse est dans l'énoncé:
@topocl a écrit: il s'appuie sur un procédé de surenchère énumérative, de litanies d'accumulation, qui alternativement (m')irrite ou (me)séduit. Le texte est abondant quoique court, riche, survolté, d'un lyrisme emporté, qui correspond bien à l'esprit de ces journées…

Finalement, après m'être bien questionnée à ce sujet, malgré quelques passages frôlant l'indigestion, j'ai plutôt aimé.


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Message par Bédoulène le Mar 23 Avr - 10:18

@ Tristram : "On retrouve dans notre histoire récente cette récurrente envie haineuse à l’égard des nantis ‒ qui m’a toujours surpris, parce que ce qu’ont ou font les autres ne m’a jamais paru m’ôter grand-chose : toute une éducation politique à revoir ? "

plutôt une "envie de justice" !

Par exemple dans le travail, si ton employeur s'enrichit mais qu'il paie bien ses employés, pas de souci, c'est quand l'employé, l'ouvrier est mal payé, c'est à dire que son travail rapporte à son employeur mais pas à lui que cela devient de l' injustice et conduit au ras le bol !

sinon moi je garde un très bon souvenir de ma lecture !

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Message par ArenSor le Dim 23 Juin - 18:26

J'ai lu un papier intéressant de Pierre Assouline dans le magazine "L'Histoire" à propos de la récente polémique entre Eric Vuillard et l'historien de la France de Vichy, Thomas Paxton concernant "L'Ordre du jour". En effet, le livre vient d'être traduit et publié aux Etats-Unis. Paxton reproche à Vuillard d'avoir une vision tendancieuse des événements, focalisant sur le financement du parti nazi par les industriels allemands, alors que ceux-ci ont financé autant les partis conservateurs traditionnels. Il l'accuse ainsi de reprendre une théorie unilatérale de l'Internationale communiste en 1924 concernant le financement du parti fasciste. Vuillard réplique, maladroitement, en disant que Paxton est issu d'un courant de pensée d'extrême droite !
P. Assouline remet justement les pendules à l'heure. Il fait remarquer que Vuillard se place dans une optique littéraire et non d'historien universitaire. De ce fait, en tant que créateur, il a tous les droits. Peut-on reprocher des inexactitudes ou des parti-pris dans "Les Buddenbrock" de T. Mann ou "Les Sorcières de Salem" d'A Miller ?
A titre personnel, je pense que la formulation "récit" adoptée par Vuillard pour "14 juillet" et "L'Ordre du jour" peut prêter à confusion. En tout cas, elle l'expose à recevoir des coups qu'il n'a peut-être pas mérité.
Mais Vuillard lui-même fait-il bien la distinction entre son travail de recherche et d'écrivain et celui d'un historien universitaire ?
Il est intéressant de comparer Eric Vuillard avec Nicolas Chaudun, auteur notamment de "Un été en enfer" et "Le Brasier". Les deux écrivains sont sur cette thématique du "récit" historique, avec peut-être une approche plus objective chez le second.
J'ai été un peu long, mais je me souviens des discussions un peu vives sur Parfum qui nous avait opposés, Chamaco et moi avec Shanidar au sujet de "14 juillet" (eh, oui ! je n'étais pas toujours d'accord avec Shanidar  Razz )
Pour ma part, j'ai beaucoup aimé "L'Ordre du jour", mais j'ai pris ce livre comme un récit à caractère historique et non comme un livre d'histoire  Very Happy
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Message par topocl le Dim 23 Juin - 20:50

Financer les nazis, ça reste pas super-bien même si on en a aussi financé d'autres, non?

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Message par ArenSor le Lun 24 Juin - 7:35

@Bédoulène a écrit: (à noter qu'à l'époque Chamaco n'avait pas lu 14 juillet) Eric Vuillard  - Page 5 1390083676

Moi non plus Eric Vuillard  - Page 5 1038959943

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