Ivan Gontcharov

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

Ivan Gontcharov

Message par bix_229 le Mar 13 Déc - 16:01

Ivan Gontcharov
(1812-1891)



En 1847,Ivan Gontcharov publie son premier roman,Une histoire ordinaire, et commence la rédaction d''Oblomov', son chef d'oeuvre, publié en 1859 et qu'il mettra dix ans à rédiger. En tant que haut fonctionnaire, il travaille pour le Ministère de l'Instruction Publique, puis comme attaché au Ministèe des Finances où lui incombe la tâche d'établir les premières relations commerciales avec le Japon. A cet effet il embarque sur une frégate, relaté dans 'La Frégate Pallas', document sociologique et ethnographique unique pour son temps. Il sera ensuite nommé à la censure et aux affaires de presse. Son oeuvre complète,des essais, des critiques, des portraits, des nouvelles, des contes, de la poésie et des traductions (Schiller, Goethe), des analyses critiques (Balzac, Zola, Flaubert, les Goncourt, Lemontov). Il est l'un des fondateurs du roman réaliste russe, et maître du réalisme positif. Monument de la littérature russe, 'Oblomov' crée un personnage mythique, donnant naissance au concept d'oblomovisme. Son héros ne se bat pas, ne quitte ni sa robe de chambre ni son domicile, passe du canapé au lit et vice versa, n'agit que dans ses rêves, engourdi par une enfance protégée, inapte à la vie. Deux ans après l'abolition du servage par le tsar (1857), ce roman satirique raconte avec humour la disparition des petits propriétaires terriens, face à la nouvelle élite de l'industrialisation. Son dernier livre, le ravin (1869) fait le procès du nihilisme.
Source Evène

Bibliographie en français :

1836 : Nymphodora Ivanovna (publié anonymement, retrouvé en 19598)
1838 : La Terrible Maladie
1847 : Une histoire ordinaire
1856 : La Frégate Pallas
1859 : Oblomov
1869 : Le Ravin
1889 : Mois de mai à Pétersbourg


Message récupéré
avatar
bix_229

Messages : 5818
Date d'inscription : 06/12/2016
Localisation : Lauragais

Voir le profil de l'utilisateur
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Ivan Gontcharov

Message par bix_229 le Mar 13 Déc - 16:18



Oblomov

ll est temps que je vienne au secours d'Ivan Gontcharov avant qu'on l'oublie...

Oblomov, esprit vide, infantile, passif, régressif ? Voilà ce qu'on reproche à ce personnage de Gontcharov.
A ceux qui l'accusent de rever sa vie, Oblomov pourrait répondre qu'il préfererait vivre son rêve. Mais il ne répond rien. En fait, il défend fermement sa conception à lui de la vie. Contre ses prétendus amis qui cherchent à l'enrégimenter, à le culpabiliser, qui voudraient bien le marier et faire son bonheur malgré lui ; lui donner des ambitions sociales, bref en faire un conformiste bon teint comme euxv

A tous ceux-là, à tous les esprits positifs, Oblomov rappelle que le rêve est supérieur à l'homme, à la réalité, à la vie même. Et que s'il ne la remplace pas, il permet au moins d'échapper à ses aspects les plus sordides, à reculer les limites du possible.
Mais que serions nous donc sans le rêve, sans la possibilté de réinventer le monde, de le réanchanter. De le transcender ?...

Oblomov symbole du naufrage humain et de la régression ? Certainement pas, mais il dit non à la banalité. Aux compromis. C'est un rêveur sensible, et il a gardé de l'enfance le souvenir lumineux et créateur qui lui permet de vivre. Enfin de survivre.
Mais parce qu'il veut que la vie réalise son rêve, Oblomov parvient à opposer sa volonté d'etre comme son moi intime le lui demande. Il réussit à être lui-même en dépit des autres qui n'ont que faire de sa révolte intérieure. Et satisfait au fond d'etre différent d'eux.
Car ce rêveur sensible, finit par s'opposer timidement mais fermement à ses amis. Tout aussi fermement que le Bartleby de Melville à qui il me fait penser.

Que fait il ? Un simple pas de côté.
En tant que personnage romanesque, il s'oppose à tous ces héros positifs qui bombent le torse, et à ceux qui n'ont rien choisi.
A tous ceux que la société étouffe, à force de conseils irréalistes, de sagesse bleme, de moralisme béat ou d'esprit de compétitivité avant de les rejeter usés.
Oblomov est aussi attaché à ses chimères que Don Quichotte, sauf qu'il n'en meurt pas et ne s'en repent pas non plus.

Oblomov, c'est finalement la recherche obstinée, souterraine du bonheur. D'une certaine forme de bonheur en tout cas.
C'est l'histoire d'un rêve exaucé. Ce rêve poétique et nostalgique, Gontcharov le partage sans l'approuver nécessairement. Il laisse simplement son personnage s'exprimer librement. Comme le faisait Dostoievski avec les siens.
Et tout le style de Gontcharov est lié à son projet. Il n'est qu'à voir le célèbre passage intitulé "le rêve d'Oblomov".

Ce personnage, je l'ai inventé ?
Peut-être. Chaque livre publié appartient à celui qui le lit.

mots-clés : #philosophique #xixesiecle
avatar
bix_229

Messages : 5818
Date d'inscription : 06/12/2016
Localisation : Lauragais

Voir le profil de l'utilisateur
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Ivan Gontcharov

Message par Bédoulène le Mar 13 Déc - 17:15

merci Bix, j' ai l'impression que c'est le seul livre Oblomov facile à trouver

_________________
"Lire et aimer le roman d'un salaud n'est pas lui donner une quelconque absolution, partager ses convictions ou devenir son complice, c'est reconnaître son talent, pas sa moralité ou son idéal" Le Club des incorrigibles optimistes de J.M. Guenessia "

"Il n'y a pas de mauvais livres. Ce qui est mauvais c'est de les craindre." L'homme de Kiev Malamud
avatar
Bédoulène

Messages : 7409
Date d'inscription : 02/12/2016
Age : 73
Localisation : En Provence

Voir le profil de l'utilisateur
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Ivan Gontcharov

Message par bix_229 le Mar 13 Déc - 17:49

Je ne sais pas. Je jeterai un coup d' oeil à la médiathèque départementale.
Mais Oblomov est son chef d' oeuvre. En tout cas celui qui le reflète le mieux.
Et il avait eu un impact sur la société de son temps.
avatar
bix_229

Messages : 5818
Date d'inscription : 06/12/2016
Localisation : Lauragais

Voir le profil de l'utilisateur
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Ivan Gontcharov

Message par Hanta le Dim 26 Fév - 12:23

Nymphodora Ivanovna



Un récit vraiment marquant. L'histoire d'une jeune femme russe perdant son mari fraîchement épousé.. Il y a beaucoup d'émotion dans cette histoire ce qui est assez déroutant car elle est directe, pure et étrangement simple, accessible. Gontcharov nous aide à la ressentir car il s'adresse directement à nous, joue le médiateur en tant que narrateur pour que nous puissions comprendre ce qui a priori nous est étranger.. Il nous explique la psychologie de l'héroïne et lui donne une véracité, une réalité en se jugeant lui, narrateur et auteur incapable de contrôler ni d'anticiper les actions de son personnage. Mélange des genres, drame réaliste, intrigue policière, le récit est accompagné d'un style précis, efficace, et percutant. Un style presque journalistique mais d'une époque où la presse savait écrire.
Je ressors ravi de cette lecture marquante.


mots-clés : #psychologique
avatar
Hanta

Messages : 1110
Date d'inscription : 03/12/2016
Age : 30

Voir le profil de l'utilisateur
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Ivan Gontcharov

Message par shanidar le Dim 26 Fév - 14:46

Le plaisir revient Hanta ?? Chouette !
avatar
shanidar

Messages : 1594
Date d'inscription : 02/12/2016

Voir le profil de l'utilisateur
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Ivan Gontcharov

Message par Hanta le Dim 26 Fév - 18:05

Pas vraiment. La lecture me fait tenir et je lis vraiment des oeuvres exceptionnelles en ce moment.
avatar
Hanta

Messages : 1110
Date d'inscription : 03/12/2016
Age : 30

Voir le profil de l'utilisateur
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Ivan Gontcharov

Message par Tristram le Mer 14 Fév - 21:33



Oblomov

Lu dans la première traduction française (P. Artamov et C. Deulin), qui a l’avantage d’être presque contemporaine et (donc) d’un français châtié, mais tronque sévèrement l’original : à relire dans la traduction intégrale de Luba Jurgenson !

Ce personnage attachant m’a réjoui, si bien servi par l’humour incessant de son auteur.
D’abord c’est un doux ; il est intéressant d’accoler ce qualificatif à un homme adulte pour percevoir comme il en fait un individu peu viril, pas en phase avec notre société. Pusillanime, velléitaire, procrastinateur, casanier, timoré, incurieux (dans les deux sens du terme) mais soucieux, Elie Oblomov est particulièrement inadapté à notre monde de presse et de célérité, d’activité intense, d’ambition carriériste.
Comme le Bartleby de Melville "would prefer not to", « n’aimerait autant pas », Oblomov répète « n’approchez pas, n’approchez pas ! vous venez du froid »… Sinon, il rêve dans l’expectative de la vie, il est épuisé.
Gontcharov impute le penchant d’Oblomov à l’atavisme, à son enfance paisible, simple (et gâtée) dans une campagne éloignée, où l’engouement pour le labeur et le changement étaient assez limités, les gens sans besoins et assez apathiques dans une société structurée par les coutumes, l’insouciance le disputant à la négligence. La peinture des mœurs rustiques est très pertinente ‒ et vaut pour d’autres contrées…

Les autres personnages sont aussi magistralement dépeints, comme son serviteur, Zakhare, « un chevalier de peur et de reproche », passionnément dévoué et dans le même temps particulièrement désastreux, parfait produit atavique du paternalisme en aigri à cheval sur l’époque du serf et celle du « coquin ».

Satires, y comprise celle des auteurs réalistes ‒ dont Gontcharov fait partie :

« Ils ne représentent que des voleurs, des femmes perdues, exactement comme s’ils les empoignaient dans la rue et les conduisaient au poste. […] Qu’on représente un voleur, une femme perdue, un sot bouffi d’orgueil, mais qu’en eux on n’oublie pas l’homme ! Où donc est l’humanité ? Vous ne voulez écrire qu’avec la tête ! criait presque Oblomoff. Vous croyez que la pensée n’a rien à faire avec le cœur ? »

Dans notre société si attentive (au moins verbalement) aux minorités et si sensible à la défense des faibles (donc démocratique), il me semble que l’on oublie un peu ceux qui ne sont pas taillés pour la foire d’empoigne, pas forcément paresseux, peut-être sujets à la peur, ou peu faits pour le travail et l’effort, ou sensibles justement, ou encore qui prennent le (long) temps de la réflexion…

« Dans une société où règnent compétitivité, performance et puissance, la fragilité n’est pas de mise. Or le déni de fragilité amoindrit notre fraternité et la considérer élargirait notre humanité. »
(France Culture)
avatar
Tristram

Messages : 4220
Date d'inscription : 09/12/2016
Age : 61
Localisation : Guyane

Voir le profil de l'utilisateur
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Ivan Gontcharov

Message par topocl le Jeu 15 Fév - 9:37

@Tristram a écrit:
Dans notre société si attentive (au moins verbalement) aux minorités et si sensible à la défense des faibles (donc démocratique), il me semble que l’on oublie un peu ceux qui ne sont pas taillés pour la foire d’empoigne, pas forcément paresseux, peut-être sujets à la peur, ou peu faits pour le travail et l’effort, ou sensibles justement, ou encore qui prennent le (long) temps de la réflexion…

Faut absolument que je le lise!

_________________
Il y a plus de personnages dans la littérature que d'habitants en Chine
Héctor Abad
avatar
topocl

Messages : 4213
Date d'inscription : 02/12/2016
Age : 58
Localisation : Roanne

Voir le profil de l'utilisateur https://topocleries.wordpress.com/
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Ivan Gontcharov

Message par topocl le Jeu 15 Fév - 9:41

Tristram, tu dirais que c'est un roman "philosophique" (selon le mot-clé si-dessus)?

_________________
Il y a plus de personnages dans la littérature que d'habitants en Chine
Héctor Abad
avatar
topocl

Messages : 4213
Date d'inscription : 02/12/2016
Age : 58
Localisation : Roanne

Voir le profil de l'utilisateur https://topocleries.wordpress.com/
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Ivan Gontcharov

Message par Arturo le Jeu 15 Fév - 11:13

Je vais écouter cette conférence avec grand intérêt. Et pessimisme quant à cette question.

Pour Oblomov, j'avais aimé, même si je m'étais au final un peu ennuyé. Je crois que j'en attendais trop. Dans le genre, je préfère les personnages d'Albert Cossery.
avatar
Arturo

Messages : 1964
Date d'inscription : 09/12/2016
Age : 32
Localisation : Par-delà le bien et le mal

Voir le profil de l'utilisateur
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Ivan Gontcharov

Message par topocl le Jeu 15 Fév - 11:18

C'est moi qui suis cruche ou ça ne peut pas se podcaster?

_________________
Il y a plus de personnages dans la littérature que d'habitants en Chine
Héctor Abad
avatar
topocl

Messages : 4213
Date d'inscription : 02/12/2016
Age : 58
Localisation : Roanne

Voir le profil de l'utilisateur https://topocleries.wordpress.com/
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Ivan Gontcharov

Message par Tristram le Jeu 15 Fév - 11:56

Bix a écrit:Ce personnage, je l'ai inventé ?
Peut-être. Chaque livre publié appartient à celui qui le lit.
Je viens de relire le commentaire de Bix (où je retrouve notamment la référence à Bartleby), avant de répondre à Topocl : mon commentaire est ma lecture d'Oblomov, orientée par des années de réflexions sur le regard critique qu'on porte sur les "fainéants" sous diverses latitudes, réflexions qui m'ont amené à des points de vue en dehors du consensus général. Ma lecture est donc partiale, et Oblomov n'est pas objectivement un ouvrage philosophique ; on pourrait aussi en faire une lecture politique, à la charnière de la Russie et de l'URSS, ou une étude de la confrontation ville-campagne, ou cultures Est-Ouest, ou encore un regard sur le progrès versus coutumes ancestrales, l'action opposée à la fatalité. C'est en tout cas un roman de mœurs très agréable à lire (ne serait-ce que par son humour) ; bel épisode par exemple des paysans qui regardent pourrir une galerie ou un perron, et se désolent quand ils s'effondrent _ sans pour autant intervenir. Gontcharov ne prend pas partie, juge encore moins : mais on sent son empathie pour ses personnages, qui viennent fort probablement de ses expériences et observations personnelles.
avatar
Tristram

Messages : 4220
Date d'inscription : 09/12/2016
Age : 61
Localisation : Guyane

Voir le profil de l'utilisateur
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Ivan Gontcharov

Message par bix_229 le Jeu 15 Fév - 15:42

Quand j'ai lu le livre, il était frappant de constater que la critique du personnage se poursuivait encore.
On l'accusait de mille maux et notamment d'aller à l'encontre d'une vie "positive", raisonnable, normative.
Et ça avait provoqué chez moi une explosion de colère.
J'avais mon idée sur le travail salarié et ses séquelles et sur la bienséance des vies dans les rails, axées sur le travail et la morale qui l'accompagne.
De la vie qu'on perd en croyant la gagner.
Bref, une morale d'esclave, content de l'être. Et dont le taylorisme ou le stakahnovisme n'étaient qu'une extension démente de la valeur travail.
J'avais lu Le Droit à la paresse de Lafargue et plus tard André Gorz qui énoncaient clairement l'escroquerie misérabiliste de la valeur travail et sa non nécessité.
Oblomov réconciliait aussi en moi quelque chose du rêve enfantin brutalement interrompu.


Dernière édition par Armor le Jeu 15 Fév - 17:00, édité 2 fois (Raison : vvais lu Le Droit à la paresse de Lafargue)
avatar
bix_229

Messages : 5818
Date d'inscription : 06/12/2016
Localisation : Lauragais

Voir le profil de l'utilisateur
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Ivan Gontcharov

Message par Contenu sponsorisé


Contenu sponsorisé


  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut

 Des Choses à lire :: Lectures par auteurs :: Écrivains Russes

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum