Anna Maria Ortese

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Anna Maria Ortese

Message par bix_229 le Mar 13 Déc - 20:38

Anna Maria Ortese, 1914-1998



Pour parler d' Anna Maria Ortese, une fois n' est pas coutume, je vais m'attarder sur sa vie, qui permet de mieux comprendre son oeuvre, une oeuvre belle et originale mais très surprenante parfois. Je me suis servi d' une étude de Bernard Simeone, écrivain lui-meme et grand traducteur et introducteur de la littérature italienne en France :

Anna Maria Ortese a mené en Lybie et dans toute l'Italie une vie errante pratiquement toute sa vie. Une vie qui ressemble à un mélo : disparition à Fort de France d' un frère très aimé, conditions matérielles de plus en plus précaires, exils... Après la Deuxième Guerre Mondiale, la maison de Naples où elle vivait alors, est détruite par les bombes. Même si elle a quelques amis, aucun ne lui pardonnera d' avoir mis à nu avec la cruauté de sa candeur, les mensonges de l' écriture, l'oubli des utopies et la quête désespérée du succès.

Anna Maria Ortese connaissait depuis longtemps Edgar Poe et Katherine
Mansfield, et plus tard, Lewis Carroll, Coleridge, Blake, Defoe, Stevenson, les soeurs Bronte, Emily Dickinson, Hawthorne, Melville, James. Et ces écrivains, dont on sent parfois l'influence dans son oeuvre, l' aidèrent à supporter une solitude terrible et souvent hallucinée.

De maisons d'amis en chambres meublées, de ports en villes du continent, de la jeunesse sauvage et muette jusqu'à la vieillesse très malheureuse, on peut dire que sa vie ne fut jamais réelle. La pauvreté, l'hypersensibilité, le sentiment d'une Italie morte avec la guerre lui a fait écrire, comme Sivio d'Arzo, que nous vivons dans la maison des autres. Toute sa vie, elle connut des problèmes de survie. Et ceci permet d'expliquer d'où naissent les tensions dans ses écrits... Et puis la solitude, la fuite et cette sensation permanente de désastre.


Bibliographie sélective :

- L' Iguane, 1988
- Le murmure de Paris, 1989
- De veille et de sommeil, 199O
- Les beaux jours, 1991
- La lune sur le mur, 1991
- La Douleur du chardonneret, 1998





La plupart des histoires d'amour, écrit A.M. Ortese, ne sont qu'histoires de haine, de vol et de farce, accompagnées de chants célestes...
Naturellement, il existe aussi des exceptions, et ce sont les histoires de l'affection, des grandes affections qui concernent les humbles vies purement animales, où l'amour n'existe pas.

Les oeuvres de Anna Maria Ortese sont hantées, en permanence, visionnaires...

La norme et la règle semblent semblent brisées. Cela ne signifie pas que la raison nous soit plus lointaine qu'hier. C'est la normalité qui s'est éloignée.

L'étrangeté est dans les choses, dans la vie réelle. La peur aussi.

Seul l'homme fait souffrir, car il le fait aussi quand ce n'est pas nécessaire... Il choisit ceux qui n'ont aucun droit.
Je me sens plus que jamais du coté des bêtes, je me sens comme leur parente, à tout le moins leur amie, leur fidèle.

Si écrire lui était nécéssaire, indispensable même, plus nécessaire encore était la compassion, le secours porté à toute vie.

Je voudrais parler encore longtemps de cette femme, mais je le ferai quand elle sera lue. Je crois que son oeuvre est parfois difficile à lire et à comprendre.
Je n'ai pas tout lu ni tout compris. Mais elle m'a beaucoup apporté.


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Re: Anna Maria Ortese

Message par bix_229 le Mar 13 Déc - 20:40

Une partie des hommes -nous ne savons jamais laquelle- aime la destruction pour la destruction, aime l' effet du détruire : la douleur de l' autre est son but.
Le monde est un enfer à cause de ces hommes-là. et ce ne sont pas toujours les exlus de la société.

Il est des hommes intègres qui jouissent de la souffrance d' une bète,
et qui mentent lorsqu' ils affirment (science, labos) que cette souffrance est nécéssaire.
Il en va de meme pour les chasseurs et les marchands d' animaux.
Non moins atroce (et mystéreux) nous apparait le comportement de nombreux pères et mères, en Europe comme ailleurs.

Ces gens-là, que rien ne distingue apparemment des gens normaux, sont laissés libres de faire ce qu'ils veulent, de décider, de torturer...
En vérité ce sont des fantomes, des morts vivants...
La littérature tout entière, abonde en objets du mal de cette espèce, mais ils ne viennent pas de la littérature - elle ne fait que les identifier, les isoler -, ils proviennent du monde.

Anna Maria ORTESE - Le Petit dragon, entretiens avec Bernard Simeone. Dans le recueil De veille
et de sommeil, p. 183.

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Re: Anna Maria Ortese

Message par Bédoulène le Mar 13 Déc - 22:33



"la lune sur le mur"

C'est aussi la nouvelle intitulée «Masa» qui m'a le plus retournée. Un tel enfermement de ces personnages qui survivent dans l'amour, l'amitié, enfuis. Aucune perspective sociale ne leur permet l'espérance d'une vie meilleure ; disparue elle aussi avec l'amour et l'amitié. La maison déménagée s'est aussi vidée des souvenirs.


«Terreurs d'été» :

«Conny et moi nous vous attendons» : cette courte phrase révèle dans cette nouvelle l'espoir d'une reconnaissance, d'un moment d'amitié pour la narratrice.
Toutefois le sentiment de solitude, de pauvreté s'étend à la vision de l'auteure sur l'Italie entière.

Je pense lire un autre livre de cette auteure mais je choisirai le moment pour le faire car les mots d'Anna maria Ortese sont lourds à entendre.



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Re: Anna Maria Ortese

Message par Bédoulène le Mar 13 Déc - 22:39



«le murmure de Paris» merci Bix !

Un voyage à la fois déroutant et attachant, au moment où le plaisir de voir se terni de la peur d'en voir plus. Où le réel et le rêve se fondent, puis s'évadent tels les nuages dans les ciels, ces ciels que même les gris on regrette.

Et dans chacune de ces villes le regard de la passante qu'est la narratrice, s'arrête avec intérêt sur des personnages comme pour humaniser ces villes, ces lieux. L'amour et la compréhension de la Nature ressort aussi dans ses mots.

Reste un goût de rêve perdu en refermant ce livre, une envie de solitude pour découvrir ces lieux et se les raconter. La lettre de Nico Orengo rend encore plus attachante AMO, dans sa fragilité et malgré tout une volonté de s'accrocher :

«Et je dois croire en quelque chose»

extrait

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