Dino Buzzati

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

Dino Buzzati

Message par Bédoulène le Jeu 15 Déc - 18:31

Dino Buzzati (1906-1972)



Dino Buzzati Traverso, connu sous le nom de Dino Buzzati, né le 16 octobre 1906 à San Pellegrino di Belluno en Vénétie, mort le 28 janvier 1972 à Milan, est un journaliste (au Corriere della Sera), peintre et écrivain italien dont l'œuvre la plus célèbre est le roman intitulé Le Désert des Tartares. De son métier de journaliste lui vient l'habitude de chercher des thèmes et des récits de la vie quotidienne et d'en faire ressortir l'aspect insolite, parfois fantastique.

Dino Buzzati (le nom Traverso fut ajouté en 1917), est né à San Pellegrino di Belluno en Vénétie dans la maison familiale. Sa mère, vétérinaire, était originaire de Vénétie, son père était professeur de droit international et descendait d'une famille notoirement et anciennement connue de Belluno. Il est le deuxième d'une fratrie de quatre enfants. En 1924, il entame des études de droit à l'Université de Milan. Alors qu'il achève ses études, il est embauché par le journal milanais Corriere della Sera où il poursuit sa carrière journalistique jusqu'à la fin de sa vie. Il y débute comme correcteur et devient ensuite reporter, correspondant spécial, essayiste, éditeur et critique d'art.

La critique littéraire des œuvres de Buzzati souligne que son activité journalistique a influencé ses écrits dans la mesure où ses récits fantastiques sont rédigés dans un style très réaliste. Buzzati lui-même fait un commentaire à ce sujet : « Il me semble que le fantastique doit être aussi proche que possible du journalisme. Il ne s'agit pas de banaliser les choses, même si en fait il y a un peu de ça. Disons plutôt que l'efficacité d'une histoire fantastique est liée à l'emploi de mots et de paroles les plus simples et les plus concrets possible ».

Durant la Seconde Guerre mondiale, Buzzati est affecté comme journaliste correspondant de la Marine Royale italienne. À cette période, son roman Le Désert des Tartares, publié en 1940 en Italie, est un succès littéraire encensé par la critique et le fait accéder à la célébrité.

En 1964, il épouse Almerina Antoniazzi (1941-2015). Une année plus tôt est paru son roman Un amour, une de ses dernières œuvres. Dino Buzzati décède d'un cancer du pancréas en 1972. Informé depuis longtemps de la gravité de sa maladie, ses angoisses et ses interrogations s'expriment dans un de ses derniers écrits, Le Régiment part à l'aube, publié de façon posthume, où il évoque le temps qui passe et une fin inéluctable, deux thèmes récurrents dans son œuvre. Ses derniers écrits sont à cette occasion rédigés directement sur un agenda-calendrier.

Dino Buzzati est auteur de la phrase : « Dieu qui n'existe pas, je t'implore ». Bien que se disant non-croyant, il éprouve une fascination « pour la question du mystère et de l'au-delà ».

Courant littéraire

L'œuvre littéraire de Dino Buzzati renvoie pour une part à l'influence de Kafka par l'esprit de dérision et l'expression de l'impuissance humaine face au labyrinthe d'un monde incompréhensible, mais aussi au surréalisme comme dans ses contes où la connotation onirique est très forte. Son œuvre peut aussi être rapportée au courant existentialiste représenté par Jean-Paul Sartre dans La Nausée (1938) et Albert Camus dans L'Étranger (1942), pour ne citer que ces œuvres majeures contemporaines du Désert des Tartares. Enfin, ce roman au succès mondial qui décrit un « présent perpétuel et interminable ». Une sensibilité judéo-chrétienne empreinte de sympathie pour tous les humbles et les faibles, mais aussi de compassion pour la méchanceté elle-même (non sans révolte pour ses victimes toutefois - voir L'Œuf) s'en dégage très souvent.

Son œuvre picturale oscille entre surréalisme et peinture métaphysique. La série d'ex-voto imaginaires de l'album P.G.R. (Per Grazia ricevuta) en est un exemple par ses réalisations graphiques.

Oeuvres traduites en français :

Spoiler:
Romans

Bàrnabo des montagnes
In Bàrnabo des montagnes et le Secret du Bosco Vecchio.
Le Secret du vieux bois
Le Désert des Tartares
L'Image de pierre
Un amour

Contes

1942 : Les Sept Messagers
1945 : La Fameuse Invasion de la Sicile par les ours
1953 : Sept étages
1954 : L'Écroulement de la Baliverna

Bande dessinée

1969 :  Poème-bulles

Théâtre

1942 : Petite Promenade
1946 : La Révolte contre les pauvres
1955 : Un cas intéressant
1955 : La Fin tragique d'un musicien
1958 : Seule à la maison
1958 : Une fille arriva
1959 : L'Horloge
1959 : Les Fenêtres
1959 : Procédure pénale, livret
1960 : Un Ver au ministère
1960 : Le Manteau, théâtre, puis livret
1960 : Les Conseillers
1960 : Train aérien, livret
1962 : L'Homme qui ira en Amérique
1962 : La Colonne infâme
1962 : Spogliarello
1963 : Ils cognent à la porte, livret
1963 : C'était défendu, livret
1968 : La Fin du bourgeois
1968 : Le Règne de Noël

Nouvelles

1949 : Panique à la Scala
1956 : Le Chien qui a vu Dieu
1954 : Les Souris
1958 : recueil d'une soixantaine de nouvelles, L'Écroulement de la Baliverna, et Les Sept Messagers. Nous sommes au regret de...
1966 : Le K, recueil de textes
1966 : Les Sept Messagers, recueil de nouvelles
1967 : Pauvre petit garçon !, nouvelle et recueil
1971 : Les Nuits difficiles
1971 : Le Rêve de l'escalier
1972 : L'Homme et la Lune, recueil

Nouvelles posthumes :

1982 : Les Journées perdues
Le régiment part à l'aube
La Tirelire
Nouvelles étranges et inquiétantes
Nouvelles oubliées

Poésie

1965 : Le Capitaine Pic et autres poésies
1965 : Trois coups à la porte
1967 : Deux madrigaux

Autres œuvres

Chroniques terrestres, (articles journalistiques)
Chroniques de la Guerre Sur Mer
Mystères à l'italienne
Sur le Giro 1949 le duel Coppi-Bartali

_________________
"Lire et aimer le roman d'un salaud n'est pas lui donner une quelconque absolution, partager ses convictions ou devenir son complice, c'est reconnaître son talent, pas sa moralité ou son idéal" Le Club des incorrigibles optimistes de J.M. Guenessia "

"Il n'y a pas de mauvais livres. Ce qui est mauvais c'est de les craindre." L'homme de Kiev Malamud
avatar
Bédoulène

Messages : 4729
Date d'inscription : 02/12/2016
Age : 72
Localisation : En Provence

Voir le profil de l'utilisateur
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Dino Buzzati

Message par Bédoulène le Jeu 15 Déc - 18:36



«Un amour»

L'histoire : Un architecte Milanais, la cinquantaine, s'entiche d'une jeune fille de 20 ans qu'il rencontre dans la maison d'une mère-maquerelle où elle se prostitue.. Moyennant finance la JF accepte de le rencontrer plusieurs fois par semaine.
L'amour qu'il lui porte fait qu'il admet tout d'elle ; humiliations, manipulation et mensonges éhontés. C'est la descente en enfer pour lui, il ne vit que pour elle même s'il prend conscience que son attitude est indigne d'un homme de son milieu.

Après avoir avalé beaucoup de couleuvres, bon gré, mal gré, la preuve irréfutable de ses mensonges fait qu'il met la JF en demeure de se consacrer uniquement à lui. Une conversation avec une amie de la JF qui se prostitue aussi, lui fait prendre conscience de sa condition et de celle de la JF.
Après 2 mois d'éloignement, il relance la JF, leur relation reprend alors dans la sérénité car ils ont changé tous deux.

«Un jour très lointain la fillette regardait en l'air avec un petit sourire timide et malicieux ; le paquet est fermé - voulait-elle dire -, mais je suis maligne, je sais ce qu'il contient, je les connais toutes ces belles choses qui s'y trouvent. Voilà pourquoi elle souriait. Oh ! si elle avait pu savoir.
Maintenant la fillette n'existe plus depuis longtemps elle n'existe plus et une jeune fille se trouve à sa place en apparence une jeune fille qui n'est pas une jeune fille car elle est trop habituée aux jeux de l'amour, une femme se trouve à sa place une femme aux traits tirés qui regarde autour d'elle comme une petite bête traquée et fuit avec entêtement tout droit vers sa propre ruine.»

«Et Dorigo la désirait toujours davantage bien qu'elle ne lui appartint pas, bien qu'elle appartint à d'autres hommes inconnus, à une multitude d'autres hommes qu'il haïssait en s'efforçant de se les représenter : grands, désinvoltes, moustachus, au volant de voitures puissantes, qui la traitaient comme une chose esclave, comme une parmi tant d'autres à leur entière disposition, qui ne valait pas même la peine qu'on y pense, et au moment choisi, après une soirée au night-club, l'emmenaient d'un air blasé dans une chambre et ne la regardaient même pas tandis qu'elle se déshabillait, comme des satrapes de l'Antiquité, et s'en allaient pisser et se rincer les gencives à l'eau de dentifrice, assurés de la retrouver au lit, complètement nue et si l'envie leur en prenait ensuite, se faisant caresser les mamelons, et dans le meilleur des cas la faisait se plier, écarter les cuisses de ses bras, plonger leur visage sur leur bas-ventre, suprême complaisance aux yeux de ces mâles sélectionnés dotés de Ferrari et de yacht à Cannes, mais qui le lendemain matin, au golf de Monza, n'y feraient même pas la moindre allusion, une quelconque petite putain comme il y en a tant, rien de plus, rien de moins qu'une boisson prise dans une auberge de campagne où l'on s'arrête au cours d'un long voyage en auto décapotable, sous le soleil, uniquement pour apaiser sa soif et puis en route !»

«Dans son savoir de femme, stupéfiant à cet âge, elle avait dit : non, sans moi tu n'es pas capable de vivre. Et je ne suis parvenu à rien répondre j'aurais pu rétorquer de cent façons hautaines, cinglantes ou spirituelles au contraire je n'ai rien répondu une fois encore j'étais vaincu, elle m'avait défait, cette fillette me tenait entre ses mains petites, délicates, gentilles, douces, terribles mains mais elle ne serrait pas, elle avait eu juste une minuscule contraction, de quoi seulement me faire comprendre que, si elle avait serré, elle me brisait en deux, mais elle ne serrait pas elle ne souriait pas même, tant cela était tellement naturel et simple pour elle, ce n'était même pas un jeu c'était pour elle la chose la plus naturelle au monde, un moment quelconque de sa vie de femme, qui s'élevait pendant un temps avec une irréfutable puissance.»


Ce que j'en pense : avec justesse et en décrivant les pensées du personnage principal l'auteur nous fait vivre la descente en enfer de cet amour avec son cortège d'espoir, de désillusions, d'attentes,de turpitude. Ce récit est aussi une réflexion sur la prostitution de jeunes filles ; sur la situation sociale ; sur les relations des hommes avec ces jeunes filles qu'ils considèrent tels des objets destinés à leur plaisir et dont ils peuvent disposer. L'écriture et les personnages ont beaucoup de consistance.

_________________
"Lire et aimer le roman d'un salaud n'est pas lui donner une quelconque absolution, partager ses convictions ou devenir son complice, c'est reconnaître son talent, pas sa moralité ou son idéal" Le Club des incorrigibles optimistes de J.M. Guenessia "

"Il n'y a pas de mauvais livres. Ce qui est mauvais c'est de les craindre." L'homme de Kiev Malamud
avatar
Bédoulène

Messages : 4729
Date d'inscription : 02/12/2016
Age : 72
Localisation : En Provence

Voir le profil de l'utilisateur
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Dino Buzzati

Message par Chamaco le Jeu 15 Déc - 19:20

Lu il y a longtemps Le désert des Tartares, une lecture envoûtante, lente, pleine, une longue attente de rien dans une atmosphère absurde...
avatar
Chamaco

Messages : 2026
Date d'inscription : 02/12/2016
Age : 71
Localisation : Au balcon du Luberon, à l'écoute

Voir le profil de l'utilisateur
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Dino Buzzati

Message par Barcarole le Jeu 15 Déc - 19:49

Sur l'attente, et dans le même registre que Le Désert des Tartares, tu devrais aimer Un balcon en forêt de Julien Gracq, si tu ne l'as pas déjà lu, Chamaco.
avatar
Barcarole

Messages : 1711
Date d'inscription : 02/12/2016
Age : 62
Localisation : Tours

Voir le profil de l'utilisateur
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Dino Buzzati

Message par Chamaco le Jeu 15 Déc - 19:50

Merci, non je ne l'ai pas lu...
avatar
Chamaco

Messages : 2026
Date d'inscription : 02/12/2016
Age : 71
Localisation : Au balcon du Luberon, à l'écoute

Voir le profil de l'utilisateur
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Dino Buzzati

Message par Bédoulène le Ven 16 Déc - 8:41

Ah Le désert des Tartares, une lecture qui reste en moi !

_________________
"Lire et aimer le roman d'un salaud n'est pas lui donner une quelconque absolution, partager ses convictions ou devenir son complice, c'est reconnaître son talent, pas sa moralité ou son idéal" Le Club des incorrigibles optimistes de J.M. Guenessia "

"Il n'y a pas de mauvais livres. Ce qui est mauvais c'est de les craindre." L'homme de Kiev Malamud
avatar
Bédoulène

Messages : 4729
Date d'inscription : 02/12/2016
Age : 72
Localisation : En Provence

Voir le profil de l'utilisateur
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Dino Buzzati

Message par tom léo le Ven 16 Déc - 22:15

Pas seulement le nom d'un recueil, mais aussi d'une nouvelle. Au moins en Allemand aussi édité à part :


Panique à la Scala


Originale : Paura alla Scala (Italien, 1949)

CONTENU :
Quelque chose se trame. Les invités pour la Première à la Scala de Milan d'un grand (?) œuvre moderniste – qui oseraient y douter ? - sont en fête, mais il y a des rumeurs de rebellions dans la ville. Est-ce que les « Morcistes » vont vouloir prendre le pouvoir ? Lentement des rumeurs s'amplifient et trouvent da nourriture dans la présence d'un tel ou d'un tel, dans les bruits et nouvelles qui arrivent du dehors via des gens « bien informés ». Après le spectacle la Scala se transforme en camp de retranchement dans un état exceptionnel, voir une presque captivité. Le matin, d'un coup, ce spectacle sans fondements s'écroule et la vie peut reprendre...

REMARQUES :
Je dois avouer que pendant les premiers pages je ne voyais pas très bien vers où ce récit et Buzzati pourraient bien nous mener : Une première se profile à l'horizon de la soirée et on est introduit à quelques personnages : le componiste de l'oeuvre, un ancien dirigent etc... On accompagne ce dernier qui croit discerner ci et là des vagues menaces. Qu'est-ce qui se passe ? Est-ce que son fils est menacé ? Est-ce que le groupe des « morcistes » veulent s'accaparer du pouvoir ?

Tout l'opéra et ses visiteurs deviennent une proie à des telles questions et des tels soupçons. On interprète, on semble voir des signes indubitables etc.... et quand la première prendra fin les commentaires sont rapidemment à la question : Quoi faire maintenant ? On ne pourra pas rentrer à la maison ! On a entendu parler des forces qui s'avancent ! Voir des executions ! Peu à peu des gens s'isolent, forment des groupes, préparent en tout oppurtunisme le terrain : Ah, à vrai dire on faisait toujours parti de ces groupes... Et si on s'alliait quand ils arrivent ? Juste quelques personnes restent calmes ou resolues : surtout une femme de conviction.

Et c'est en ces dernières trente pages que Buzzati menent la danse, nous montre l'homme dans sa fuite devant la menace, et son rapide ralliement à la (mauvaise?!) cause. Et pourtant : pourquoi tant de vacarme ? Est-ce qu'il y a, est-ce qu'il y avait des vraies raisons de s'alarmer, où est-ce que c'est un processus d'inquiétude grandissante « sans raisons » ?

Splendide !


mots-clés : #nouvelle
avatar
tom léo

Messages : 490
Date d'inscription : 04/12/2016
Localisation : Bourgogne

Voir le profil de l'utilisateur
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Dino Buzzati

Message par Contenu sponsorisé


Contenu sponsorisé


  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut

 Des Choses à lire :: Lectures par auteurs :: Écrivains Italiens et Grecs

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum