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Malcolm de Chazal

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Message par Aventin le Jeu 15 Déc - 19:24

Malcolm de Chazal (1902-1981)

Malcolm de Chazal  Malcolm3_qiig-232x300

Malcolm de Chazal, né à Vacoas, Île Maurice, le 12 septembre 1902 et mort à Curepipe le 1er octobre 1981, est un poète, écrivain et peintre mauricien.

Malcolm de Chazal avait une vision du monde très empreinte de mysticisme et certainement influencée par la formation reçue à l'Église de la Nouvelle Jérusalem, qui suit les principes de la pensée swedenborgienne. À l'âge de seize ans (en 1918), il accompagne son frère à Bâton-Rouge en Louisiane et il y étudie les techniques de l'industrie sucrière. Il en ressort diplômé en tant qu'ingénieur agronome spécialisé en technologie sucrière.

Après avoir travaillé quelques mois à Cuba, il rentre sur son île natale en 1925. Il travaille quelques années dans l'industrie sucrière puis dans celle du textile obtenu à partie d'aloès. Mais il a du mal à s'entendre avec l'état-major de ces industries. Il quitte alors ce secteur et devient fonctionnaire du service des télécommunications de 1937 jusqu'à sa retraite en 1957. Son passage dans l'industrie sucrière et textile le poussera à écrire trois ouvrages d'économie politique.

Puis, ses interrogations personnelles le mèneront à écrire des ouvrages de Pensées, puis des textes de nature philosophique. Il s'exprimera également par une peinture abondante au style naïf. Sur le plan littéraire, il est surtout connu pour Sens-plastique, publié en France chez Gallimard en 1948. Encensé dans un premier temps par les surréalistes à la recherche d'un second souffle, Malcolm de Chazal a cependant toujours refusé d'être caractérisé comme étant un surréaliste comme l'avait proposé André Breton.

Cette publication fit également impression sur d'autres écrivains tels que Georges Bataille, Jean Paulhan, Francis Ponge, et sur des peintres comme Georges Braque et Jean Dubuffet.

Malcolm de Chazal est également l'auteur d'un grand nombre de gouaches qui se trouvent aujourd'hui dans des collections privées mauriciennes, sud-africaines ou françaises. Il est enterré au cimetière de Phœnix.

Bibliographie :

Cliquer ici pour accéder à la bibliographie de cet écrivain prolifique ::
1935 : Une synthèse objective de la crise actuelle, Medec (pseudonyme de Malcolm de Chazal)
1935 : Nouvel essai d'économie politique
1936 : Historique de notre change et de notre délégation à Londres
1940 : Pensées I
1941 : Laboratoire central de contrôle
1942 : Pensées II
1942 : Pensées III,
1943 : Pensées IV
1944 : Pensées V
1944 : Pensées VI
1945 : Pensées et Sens-Plastique
1945 : Pensées VII
1946 : Histoire de la pensée universelle
1947 : Sens-plastique II
1949 : La Vie filtrée
1950 : Iésou, théâtre
1950 : L'Âme de la musique
1950 : La Pierre philosophale
1950 : Penser par étapes
1951 : Petrusmok
1951 : Mythologie du Crève-Cœur
1951 : Le Rocher de Sisyphe
1951 : Aggenèse I
1951 : La Clef du cosmos
1951 : Manifeste, Aggenèse II, Révélation de la nuit
1952 : Le Livre de conscience
1952 : La Grande révélation
1952 : La Science immortelle
1952 : Le Roi du monde
1952 : Le Pape et la science et la révélation de l'angélisme
1952 : Le Livre d'or
1952 : La Bible du mal
1952 : L'Évangile de l'eau
1952 : La Fin du monde
1952 : Le Livre des principes
1952 : Message aux Français, in Synthèse
1953 : Judas, Esclapon
1953 : Judas ou la trahison du prêtre
1953 : L'Absolu
1953 : Pentateuque
1953 : Préambule à l'absolu
1954 : Les Deux infinis
1954 : L'Espace ou Satan
1954 : Les Dieux ou les consciences-univers
1954 : Les Désamorantes, suivi de Le Concile des poètes
1955 : La Parole
1956 : Le Sens de l'absolu
1957 : Sens Magique
1958 : Apparadoxes
1962 : Les Courses à l'Île Maurice à l'occasion du cent cinquentenaire du M.T.C. - 1812-1962
1968 : Poèmes
1973 : L'Île Maurice proto-historique...
1974 : L'Homme et la connaissance, Jean-Jacques Pauvert ;
1974 : Sens unique, 1974
1974 : Sens-plastique
1976 : La Bouche ne s'endort jamais
1991 : Le Pré-natal
2002 : L’Île du Dodo en l’an 2000
2008 : Autobiographie spirituelle, carnets présentés en fac similé
2008 : Moïse, théâtre






Ce grand pondeur d'aphorismes n'a pas signé celui-ci:
Les urbains européens contemporains ont le métro et le boulot, mais les Mauriciens avaient le Dodo !

Et, en l'occurrence, peut-être sommes-nous en présence d'une espèce écrivaine de Dodo, disparue, trop sympa, pas méfiante, pas préoccupée de sa propre sauvegarde au point de ne rien opposer à toute prédation.

Né en 1902 à Curepipe, non loin de Vascoas, descendant d'un rosicrucien disciple de Swedenborg, francophone et même davantage: comme souvent hors de France hexagonale, un maniement de la langue complètement majeur et flamboyant.

Ingénieur, sucrier, caste de planteurs avec pignon sur rue, il eût pu se (mor)fondre dans une vie aisée, au lieu de cela, et c'est tout l'intérêt littéraire à mon humble avis, il envoie tout balader.

Prolixe et même un peu trop - peut-être (sans doute, si vous voulez mon opinion) a-t-il trop écrit.

Sens plastique, son premier opus, est reçu à Paris comme on accueille une splendeur.

Jean Dubuffet, Francis Ponge, bien sûr André Breton -le délivreur de sauf-conduits pour la modernité- Léopold Sédar-Senghor, Jean Paulhan sont aux anges. Songez, un créateur, un vrai, pas de code-barre à apposer, pas de paternité revendiquée, beaucoup de souffle, du délire...

Mais, patatras ! L'homme est entier, et intègre, au lieu de profiter du confort de la vague, il tient à se démarquer du surréalisme sur lequel il voit bien qu'il peut se trouver embedded à peu de frais et contre son gré, et, en fait, conchie tout modernisme, qui serait rupture, mais avec quoi, et pour quoi de mieux, de plus-disant ?

Un homme nouveau dans le paysage littéraire, pas formaté, le Malcolm.
Ni tout à fait sorcier, ni chaman, mais un peu quelque chose comme ça, si vous voulez, quelqu'un dont la prose ne se tarit jamais, une loghorrée découlant d'un troisième œil, qu'il se serait percé ?
Hum, en tous cas, l'homme est un peu voyant, mais jamais voyeur.

Visage sévère, allure conformiste, rébarbatif, front large, cou épais, yeux rapprochés, nœud pap', lunettes façon hublots, costume élimé. On n'imagine pas comme ça le coloré, hybride, protéiforme, cool (sic, qu'est-ce que je peux détester ce mot en usage à la française !), exotique Mauricien.

Renvoyant paître à peu près tout le monde hormis une ou deux compagnies féminines, préférant la nature Mauricienne (surtout le végétal et le minéral) aux bonnes gens, il signe pourtant des contes pour enfants témoignant d'un ultime souci de vie en société humaine, des aphorismes réellement anti-misanthropes. Paradoxes.

Maurice ? Il est sévère: "les idées y pénètrent, une goutte par siècle"

En fait Malcolm de Chazal est d'emblée hors d'époque et de temps







(suite plus tard, demain ou davantage, elle est où l'option brouillon, je vais pas survivre sans, moi ?)
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Message par GrandGousierGuerin le Jeu 15 Déc - 19:40

Malcolm de Chazal a écrit:L’eau de mer

Retire toujours

Son pantalon

Pour sauter

Le récif.

GGG:
Désolé ... mais depuis Maiakovski, tout ce qui parle d'enlever son pantalon m'inspire ... poétiquement ?
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Message par animal le Jeu 15 Déc - 22:25

(la fonction brouillon est bien là quand on répond à un sujet, pas avec la réponse rapide, et les brouillons sont accessibles en passant par le profil ou par le lien sous la barre de menu).

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Message par Marie le Ven 16 Déc - 1:27

@Aventin a écrit:Maurice ? Il est sévère: "les idées y pénètrent, une goutte par siècle"

Sévère, certes, mais... Very Happy

Ah oui, la suite!
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Message par Aventin le Ven 16 Déc - 17:04

Alors...(merci à tous au passage !)..."Como decíamos ayer..." *
En fait Malcolm de Chazal est d'emblée hors d'époque et de temps
Malcolm de Chazal, l'intemporel par excellence, est un contre-exemple accompli, valant témoignage à charge sans aucun doute, des hystéries du monde d'alors, autrement dit de la civilisation que l'on peut à tout le moins considérer comme encore contemporaine. Au reste, il est en lutte contre tous les modes de pensée qu'il juge incomplets, comme le surréalisme, l'existentialisme, ce qui ne le place pas du côté de la bien-pensance intellectuelle du Paris d'après-guerre...

Il interdit à la télévision française de venir à Maurice le filmer et à la radio de s'entretenir avec lui, il dédaigne tous les prix au grand dam de son éditeur, et déclare:
Mon intention est de rester un mystère pour Maurice et le reste du monde.

Tenu parfois pour fou, appréciation qui ne le dérange pas outre mesure, il se partage entre des randonnées dans les massifs montagneux de l'île, sa résidence de Curepipe, Port-Louis et le Morne-Brabant, station balnéaire du sud de l'île, à l'aspect exotico-paradisiaque. Là, il écrit sur une petite table, à loisir, se promène interminablement sur la plage, se baigne vêtu d'un vieux maillot de bain et d'un chapeau, un gros savon à la main histoire de faire mousser l'océan, et paye, quand il est léger d'argent, parfois son séjour en gouaches de facture naïve et colorée, et en petits papiers scribouillés froissés: il paraît que ces "œuvres"-là trônent encore dans certaines chambres d'hôtes, j'irais bien vérifier...

Il décède à 79 ans en 1981, sans hommages ni commémorations.
Ce n'est qu'aujourd'hui qu'à Maurice comme dans l'ensemble de la francophonie qu'on commence à percevoir qu'il y a là un grand talent à part (en attendant une diffusion plus vaste, certains de ses ouvrages, comme Sens plastique, sont traduits au moins en anglais et en espagnol depuis un bon demi-siècle).      

Malcolm de Chazal  Malcom14oct
Gouache de Malcolm de Chazal, sans titre.

Malcolm de Chazal  Chazal_45b
La Maison, gouache de Malcolm de Chazal.

@GrandGousierGuérin:
Certains de ses aphorismes ont une telle charge poétique qu'ils n'en sont plus tout à fait (ou plus du tout !), quoiqu'en conservant l'aspect de l'aphorisme, en voici deux par exemple:
Elle ancra sa bouche au regard de l'homme et le mit au port.
Le bruit se croqua et laissa ses dents dans les touches du piano.

D'autres sont d'apparence plus habituelle - hum, quoique...
Les idées n'ont de conscience qu'en tas.
La tulipe souleva sa robe pour cacher ses fesses.





* Como decíamos ayer
Spoiler:
"Comme nous disions hier" est la célèbre entame du cours de Fray Luis de León retrouvant sa chaire à l'Université de Salamanque, au retour de cinq années de captivité en conditions dures.
On raconte qu'il ne put finir sa phrase et guère plus son cours, la salle bondée d'étudiants (on y refusa du monde et nombreux s'agglutinèrent à l'entrée en vain) se levant pour applaudir à tout rompre.
Manière de dire il ne s'est rien passé et d'ailleurs tellement rien que c'était hier, sans rupture, nous continuons.
Je suis content de la placer là, certes comme un cheveu sur la soupe, parce que je l'ai longtemps méditée, et surtout admirée.
Pardonnez-moi cette petite fantaisie !


Dernière édition par Aventin le Ven 16 Déc - 19:02, édité 1 fois
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Message par Aventin le Ven 16 Déc - 17:52

Malcolm de Chazal  411apl10

Petrusmok
Roman (?) 160 pages environ, en fait Livre I d'un ensemble comprenant, en Livre II, Makoco. L'ensemble "pèse" tout de même ses 470 pages environ.


Publié en 1951 par The Standard Printing Establishment, Port-Louis, Île Maurice, puis seconde édition en 1979 par La Table Ovale, toujours à Port-Louis.
L'édition la plus évidente à trouver aujourd'hui est celle des éditions Léo Scheer de 2004, Petrusmok partage le tome IV des œuvres complètes parues chez cet éditeur avec Makoco.

Malcolm de Chazal  Index2
Le Pouce, Île Maurice

Malcolm de Chazal  Piter-bioty-tete
Pieter Both, Île Maurice

Nouvelle Atlantide où tout part de la pierre, de Chazal, chamanique, se projette à l'origine du monde et Maurice était le continent des Lémuriens, peuplade ou plutôt civilisation exceptionnelle, tout en retombant parfois les pieds sur terre dans son siècle, ce qui lui est fort désagréable. Car de Chazal a dû faire un vrai travail de démiurge.  On note que Petrus signifie la pierre en latin, et Mok se rapporte à la chaîne de montagne centrale de Maurice, et à ses habitants, les Mokiens
Spoiler:
(qui sont, si j'ai bien compris, parfois moqués - un peu simplets, ou nuques-épaisses, si vous voulez - si, si authentique)
.

On le suivra (ou pas) dans ses délires, qui mettent, au centre et à l'origine, le minéral, puis le végétal, et l'accord profond de l'homme avec ceux-ci: attention, je sais bien que dit comme ça, mais non, ce n'est pas un roman crypto-écolo ou à prétention écologique.
Mais c'est une belle, poétique, introspective fresque abondante, fouillée, dans laquelle le lecteur réceptif se verra entraîné, un peu fasciné parfois.

Peut-être, cher Malcolm, eût-il été possible de dire cela en deux centaines de pages de moins, ou davantage ? Allez, je n'insiste pas, je vois parfaitement votre haussement d'épaules.

Non, bien sûr, je ne crois pas qu'il soit possible de travailler littérairement à créer comme un lieu enchanté, n’en retenant que la magie des couleurs et des formes, la puissance de la matière en quelques pages.
Ce regard particulier, le vôtre, associé à une quête spirituelle et mystique intense (et pas seulement fort érudite), possède une puissance incomparable.  

Mais, votre capacité à re-créer un langage, et vos emphases, vos flamboyances, votre distinction (qui est la résultante, je n'en doute pas, de votre constante dans la différence assumée) me taraudent.

Oui, vous ne pouviez pas imaginer nos facilités de lecteurs du XXIème siècle à aller chercher les lieux et les images qui vous inspirèrent ce livre rare, en quelques clics et sans refermer le bouquin. Mais, même avec ces facilités-là: on parvient parfois à ne pas vous suivre.
Vous êtes seul, Malcolm, devant, à une telle distance... et nous...modestes suiveurs, derrière.
Qui vous aime vous suive ?


mots-clés : #nature
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Message par GrandGousierGuerin le Ven 16 Déc - 21:46

Eh bien ! Cela donne envie d'avoir quelques extraits à se mettre sous la dent ... Possible ?
Et prendre l'opportunité d'aller dans une bibliothèque pour parcourir quelques pages, histoire de voir si je ne suis pas trop incompatible ...
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Message par Aventin le Sam 17 Déc - 22:05

@GrandGousierGuerin a écrit:Eh  bien ! Cela donne envie d'avoir quelques extraits à se mettre sous la dent  ... Possible ?
Bien sûr que c'est possible, cher fin dégustateur de Maïakovski et de Calvino !

En voici un:
Chapitre III a écrit:
 Un profond Crépuscule est sur la Terre. Un grand cri dans mon âme. Je me réveille à la Réalité. Cette île est Petrusmok. Je l'ai vue par les grèves de la Rvière-Noire que je viens de quitter, où j'ai été si souvent dans ma vie terrestre, à ce Flic-en-Flac où j'ai passé tant d'heures inoubliables. J'ai reconnu tes veloutiers, ô mon doux pays, si cher et si beau. Et ces grèves odorantes sont toujours là, où Crébecca plongea sa pensée. Et si je n'ai pas rencontré cette femme pendant que j'étais en vie, c'est que ma pensée était à la Toute-Femme, à l'Universelle Nature.

 Le soleil n'est plus. Voici le crépuscule - argenté et divin, mauve et pur, où une résille embrasse l'espace reliant les cheveux du Temps.

 Où suis-je ? Je suis à mi-montagne. Petrusmok, certes - puisque l'odeur des prés, je la reconnais. Mais où, mon Dieu ? Ah, je fais le point, je suis déjà venu ici. Je sens comme une réincarnation. Un effort, ô mon âme; sois Bouddha pour un temps, et rappelle-toi d'où tu es venue. Tiens, cette croupe chaleureuse est l'utérus profond du Tranquebar accroupi, les cuisses sont vers Port-Louis, la chaleur du ventre du Pouce m'enlace. Je suis dans le Berceau de ta vie, Petrusmok. Là je suis né à la vie. Combien de fois n'ai-je vu ce Lieu l'Eternité !

 Et je caresse le velours de tes grandes herbes, Château d'Eau, allant presque jusqu'aux genoux des mers là-bas, où les derniers poils du vivant ont été émondés, où la surface des grèves est de soie grège, où mon île se perd des pieds dans les eaux, où ma terre natale part en marchant sur les flots jusqu'au Temps Irrémissible.

 Il est mi-temps entre la lumière et le noir. Les eaux des criques éclairent encore les visages. Entre la vérité et le mal, des gens méditent. Je me couche de l'oreille contre la terre, pour écouter ce colloque, où des êtres lunaires parlent aux temps lunaires.

 Petrusmok est encore un Eden, où le glaive aigu de l'Argent n'a pas tranché le Nœud Gordien qui nous relie à Dieu.    
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Message par GrandGousierGuerin le Mar 20 Déc - 12:26

@Aventin
Merci pour le passage !
Pas si évident d'y rentrer de prime abord je dois l'avouer ... Cela ne se laisse pas apprivoiser à la première lecture ...
Mais on se laisse à cette dévotion, cet amour tout en sensualité de Mère Nature qui oublie ses vieux oripeaux de déesse protectrice pour prendre ceux plus légers et troublants de l'amante qui s'offre ...
Qui est Crébecca ?Une Eve mauricienne ?
Est-ce toujours de ce tonneau ?
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Message par Aventin le Dim 19 Mai - 9:02

Sens-plastique

Malcolm de Chazal  Sens_p10
1948 pour l'édition métropolitaine, écrit entre juillet 1945 et octobre 1946, 310 pages environ plus 5 pages de post-face.
Recueil de pensées, de métaphores, de renversement de propositions, d'aphorismes (et de métaphorismes ?).


Sens-plastique est le livre le plus connu, notoire et le plus vendu du "fol ingénieur littéraire", peut-être parce que c'est celui qui l'a fait connaître, peut-être parce que c'est celui dont la lecture est la plus abordable pour le lecteur, peut-être parce que c'est le plus facile à partager avec autrui (?).

Cette inépuisable mine (à ciel ouvert !) de citations est totalement désarçonnante. J'en sème sur le forum ces jours-ci, quelques autres à suivre ci-dessous.
Faute de pouvoir matériellement isoler ne serait-ce qu'une citation de chacune des pages, le mieux est de recommander l'ouvrage avec chaleur, sans doute !

Dans Petrusmok c'était Malcolm-le-Voyant, au sens rimbaldien du terme, là c'est une autre facette de son talent.


La longueur varie, d'une ligne à deux pages, mais surtout parfois le même thème (par exemple, la volupté, ou une couleur, etc...) peut-être repris des pages et des pages plus loin, comme une correspondance.

Les dénominateurs communs, bien qu'on ne puisse embrasser le panorama du livre, ce qui le rend si difficile à présenter ou commenter, sont les sens dans la signification de sensations à l'évidence (les cinq sens et les sensations éprouvées).
Toutefois, à bien y regarder, ce sont aussi les sens équivalents à directions, itinérances, celles-ci davantage dans le registre métaphysique.
Plastique se réfère à élasticité, souplesse, par opposition à rigide, cassant, mais là aussi, dans un second temps, on peut dégager l'autre notion de plastique c'est-à-dire faisant signe esthétique, l'ensemble relatif à la beauté ou à l'expressivité des lignes, des formes, des couleurs, des sons, des goûts (de Chazal emploie le terme le "goûter" pour dire le "goût" culinaire)...    

La thématique sens selon de Chazal est bien loin d'être épuisée avec cet ouvrage, lequel publiera un Sens-magique et un Sens-unique.
Au reste, il précise:
[...] La poésie ne sera angélique que le jour où les mots seront plastiques.
Ceci hante l'auteur, et, pour lecteur de Petrusmok,  renvoie aux sons originels -langage sacré- des Géants disparus.    

L'Académicien Jean Paulhan (préface à l'édition ci-dessus), et l'un de ses biographes (Laurent Beaufils, dans l'épatant Malcolm de Chazal, éditions La Différence 1995), s'accordent sur l'extrême singularité, le côté non-rattachable et d'ailleurs (= extranéité, exogène) du foisonnement flamboyant de Malcolm de Chazal: en somme l'unicité, pour prendre un terme chazalien.
À mon humble échelle de lecteur, j'ajoute une fascination, et le sentiment que la pâte sera longue à lever, mais qu'un jour viendra où de Chazal sera édité et diffusé de façon plus convenable qu'aujourd'hui.


Citations, choisies parmi les plus brèves, certaines sont similaires à des proverbes, par exemple:

La souffrance ne grandit que les grands.
Mauvais chanteur chante du gosier. Mauvais diseur déclame des dents.
Lèvre ourlée met le sourire en dos d'âne.
Le silence est un avocat qui plaide avec ses yeux.
L'égoïsme met les sentiments à la file indienne.
Tous les peureux sont bègues du regard.

D'autres de l'ordre de l'esthétique théorique ou de l'inclassable, comme:
La face n'acquiert sa parfaite unité qu'à longueur de bras, distance minimum pour que le blanc de l'œil, l'iris et la pupille se fondent en un - en l'absence de quoi la face est divisée, et l'expression se voit en sections. L'expression de la face exige de l'œil qui la fixe le maximum de son art impressionniste.  

Plus la terre est dure et plus retient-elle tenacement les racines de l'arbre, et plus les branches de l'arbre tendront à s'étirer et à s'effiler vers les nues, afin de s'arracher de terre. La plupart des grands penseurs sont nés de milieux bourgeois avec racines dans le peuple.

Le regard est l'accoudoir premier et l'universel dossier des rêves.

D'autres se situent aux confluences de la métaphore, de la poétique et de la métaphysique:
Le nuage est la plus haute tasse d'eau. En temps de sécheresse, les oiseaux montent plus haut dans le ciel, comme pour boire à même le nuage.
Cris mi-humains des bêtes sont les "gros mots" des animaux.
La pluie qui scintille en plain soleil met des bougies de clarté sur le candélabre des rayons. Pluie en plein soleil: il pleut du feu, et la lumière s'égoutte, comme les larmes d'une bougie qui s'allument en tombant.
Les arêtes de montagne sont les épines dorsales du vent.
Et, page suivante:
Les vallées sont les soutien-gorge du vent.
Les gencives et les lèvres chez l'homme sont à peu près de la même teinte, ce qui, chez lui, marie les parties avant du rire. Les fleurs, elles, sont muettes. Aussi leurs gencives sont-elles toujours plus foncées que leurs lèvres. D'où leur rire en profondeur à vue, en l'absence de la voix pour le compléter dans le son.


(aucun mot-clé à suggérer !)
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Message par Aventin le Dim 19 Mai - 9:07

Non-intitulé, recueil Contes & poèmes, les délices métaphysiques, ou de propositions renversées, d'aphorismes ou de pseudo-aphorismes, avec ce côté percutant si caractéristique de son écriture:

Spoiler:

Tous les bleus
Qui
Ont froid
Se blottissent
Dans
Le blanc.





Le glaçon
Dans
La
Cataracte
Faisait
Du
Ski
Nautique.





Les formes
De
Son corps
Etaient
Son
Catéchisme.





Elle
Vendangeait
Des
Seins.





Quand
On
Presse
Le ventre
Du feu
La lumière
Rit.






L’or
Sur
La putain
Se
Momifia.





L’ombre
Qui
Dépasse
Son pas
Crée
Le
Faux jour.






Dieu
Nous
Regarde
Dans
Les formes
A
Travers
Leurs
Archétypes.






Le gris
Hypnotisé
Par
Le blanc
S’endormit.





Toute
Pierre
Dans
Le
Mur
Se
Sent
Enterrée
Vive.




La symétrie
Absolue
N’importe où
Arrêterait
L’univers.





L’œil
Dort
Quand
La bouche
Parle
Trop.






Le jet d’eau
Faisait
Des
Exercices
Pour
Maigrir.






L’eau
Est
Toujours
Poussée
Et
L’air
Tiré.






L’œil
Soustrait
Et
La bouche
Additionne
Dans
L’ennui.

L’eau
Mordue
Par
La vague
Poussa
Un cri.






La
Ceinture
Mal
Fermée
Cherchait
Sa
Taille.





Le lit
N’est
Quantitatif
Qu’après
L’amour.






Quand
Passe
Le vent
Les herbes
S’allongent
Pour
Faire
L’amour.





C’est
Afin
Que
Tout
Ait
Un poids
Que
L’espace
N’en
A pas.






L’eau
Qu’on
Jetait
Dans
Le feu
Eut
Une
Convulsion.






Seul
Le feu
A
Le pouvoir
De
Se lécher
Les yeux.






La bouche
Ne
S’endort
Jamais.






Si l’air
Ne
Devenait
Papillon
Comment
Le papillon
Pourrait-il
Voler
Dans
L’air ?






Le robot
C’est
L’aveugle
Conduisant
Le paralytique.





Le
Pot de chambre
C’est
La république
Des fesses.





Tout
Obèse
Qui
Marche
Fait
L’ours.





La mer
Quand
Il pleut
Croit
Avoir
Enfanté
La plage.





La
Bouche
Blessée
Dans
Sa
Vanité
Se
Mettait
Des
Pansements
D’orgueil.






La
Solitude
Des
Fesses
Est
L’enfer
Des femmes.



L’eau
Mordue
Par
La vague
Poussa
Un cri.






La
Ceinture
Mal
Fermée
Cherchait
Sa
Taille.





Le lit
N’est
Quantitatif
Qu’après
L’amour.






Quand
Passe
Le vent
Les herbes
S’allongent
Pour
Faire
L’amour.





C’est
Afin
Que
Tout
Ait
Un poids
Que
L’espace
N’en
A pas.






L’eau
Qu’on
Jetait
Dans
Le feu
Eut
Une
Convulsion.






Seul
Le feu
A
Le pouvoir
De
Se lécher
Les yeux.






La bouche
Ne
S’endort
Jamais.






Si l’air
Ne
Devenait
Papillon
Comment
Le papillon
Pourrait-il
Voler
Dans
L’air ?






Le robot
C’est
L’aveugle
Conduisant
Le paralytique.





Le
Pot de chambre
C’est
La république
Des fesses.





Tout
Obèse
Qui
Marche
Fait
L’ours.





La mer
Quand
Il pleut
Croit
Avoir
Enfanté
La plage.





La
Bouche
Blessée
Dans
Sa
Vanité
Se
Mettait
Des
Pansements
D’orgueil.






La
Solitude
Des
Fesses
Est
L’enfer
Des femmes.



L’eau
Mordue
Par
La vague
Poussa
Un cri.






La
Ceinture
Mal
Fermée
Cherchait
Sa
Taille.





Le lit
N’est
Quantitatif
Qu’après
L’amour.






Quand
Passe
Le vent
Les herbes
S’allongent
Pour
Faire
L’amour.





C’est
Afin
Que
Tout
Ait
Un poids
Que
L’espace
N’en
A pas.






L’eau
Qu’on
Jetait
Dans
Le feu
Eut
Une
Convulsion.






Seul
Le feu
A
Le pouvoir
De
Se lécher
Les yeux.






La bouche
Ne
S’endort
Jamais.






Si l’air
Ne
Devenait
Papillon
Comment
Le papillon
Pourrait-il
Voler
Dans
L’air ?






Le robot
C’est
L’aveugle
Conduisant
Le paralytique.





Le
Pot de chambre
C’est
La république
Des fesses.





Tout
Obèse
Qui
Marche
Fait
L’ours.





La mer
Quand
Il pleut
Croit
Avoir
Enfanté
La plage.





La
Bouche
Blessée
Dans
Sa
Vanité
Se
Mettait
Des
Pansements
D’orgueil.






La
Solitude
Des
Fesses
Est
L’enfer
Des femmes.







Mots-clés : #poésie
Aventin
Aventin

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