Fernando Pessoa

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Re: Fernando Pessoa

Message par Jack-Hubert Bukowski le Lun 27 Nov - 13:03

Il y a de quoi sourire ici :

Si l'homme était, comme il faudrait qu'il soit,
Non point un animal malade, mais le plus achevé des
animaux,
Un animal dans le droit fil et non plus en ligne indirecte,
Elle devrait être autre sa façon de trouver un sens aux
choses,
Autre et dans le vrai.
Il devrait avoir acquis un sens de l'«ensemble»;
Un sens, tel que voir et entendre, de la «totalité» des
choses
Et non, telle que nous l'avons, une pensée de
l'«ensemble»;
Et non, telle que nous l'avons, une «idée» de la totalité
des choses.
Et de la sorte - nous verrions - nous n'aurions pas la
notion de l'«ensemble» ou de la «totalité»,
Parce que le sens de la «totalité» ou de l'«ensemble»
ne provient pas d'une totalité ou d'un ensemble
Mais de la Nature véritable qui peut-être n'est pas plus
un tout que des parties.

Poèmes païens, Édition Points Poésie, p. 103.
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Re: Fernando Pessoa

Message par Arturo le Sam 23 Déc - 10:42

Un peu de Pessoa, pour les amateurs de citations :

Prises dans Le livre de l'intranquillité :

Aucun homme ne peut comprendre les autres. Comme l’a dit le poète, nous sommes des îles sur l’océan de la vie ; entre nous ondoie la mer, qui nous définit et nous sépare. Une âme aura beau tenter de savoir ce qu’est une autre âme, elle saura seulement ce que pourra lui dire un mot – ombre informe projetée sur le sol de son esprit.

J’aime les expressions, parce que je ne sais rien de ce qu’elles expriment. Je suis comme le maître de Saint-Martin : je me contente de ce qu’on me donne. Je vois, et c’est déjà beaucoup. Qui donc est capable de comprendre ?

C’est peut-être en raison de ce scepticisme à l’égard de l’intelligible que je regarde du même œil un arbre et un visage, une affiche et un sourire (tou est naturel, tout est artificiel, tout se vaut). Ce que je vois est pour moi tout le visible, que ce soit le ciel bleu profond, d’un blanc vert, de l’aube sur le point de naître, que ce soit le rictus qui déforme le visage d’une personne assistant, devant des tiers, à la mort d’un être aimé.

Petits bonhommes de papier, simples gravures, pages qui se bornent à exister, et que l’on tourne. Mon cœur ne s’attache pas à eux, et mon attention guère davantage ; elle les parcourt du dehors, comme une mouche marchant sur une feuille de papier.

Est-ce que je sais seulement si je sens, si je pense, si j’existe ? Je ne sais rien : rien d’autre qu’un schéma objectif de couleurs, de formes et d’impressions, dont je suis le miroir oscillant, bon à vendre au rabais.
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Re: Fernando Pessoa

Message par Bédoulène le Sam 23 Déc - 13:33

seule la première citation me convient

merci Arturo

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Re: Fernando Pessoa

Message par colimasson le Mar 26 Déc - 17:26

Merci, c'est toujours bien bon de retrouver Pessoa. J'aime beaucoup celle-ci :

@Arturo a écrit:
C’est peut-être en raison de ce scepticisme à l’égard de l’intelligible que je regarde du même œil un arbre et un visage, une affiche et un sourire (tou est naturel, tout est artificiel, tout se vaut). Ce que je vois est pour moi tout le visible, que ce soit le ciel bleu profond, d’un blanc vert, de l’aube sur le point de naître, que ce soit le rictus qui déforme le visage d’une personne assistant, devant des tiers, à la mort d’un être aimé.


Dans Un singulier regard, s'interrogeant sur ses dons de médiumnité (écriture automatique), Pessoa procède à son auto-analyse :

« 1)Comment est survenue la médiumnité.
a)Base hystérique ou hystéro-neurasthénique (rechercher et analyser les caractères psychiques de ces névroses, déterminer comment elles s’articulent avec les phénomènes typiques de ce qu’on appelle la « médiumnité » […]).
b)Autosuggestion progressive, grâce à l’affermissement d’une certaine croyance (tout au moins relative, mais d’une efficacité certaine) en la réalité spirite de ces phénomènes, croyance née de la lecture d’ouvrages d’occultisme et de théosophie.
c)Des éléments de suggestion, recueillis au cours d’entretiens divers, dans le prolongement des éléments antérieurs et venant s’ajouter à :
d)Des éléments de suggestion hypnotique ou pseudo-hypnotique (la médiumnité a débuté à la suite d’une légère hypnose).
e)L’état dépressif provoqué 1/ par des contrariétés et troubles divers, 2/ par le trouble mental proprement dit, causé par l’apparition de phénomènes médiumniques, aussi bien en raison de cette apparition en elle-même que du contenu des phénomènes appelés « communications », et 3/ par le conflit entre tout cela et l’état normal et fondamental d’un esprit exigeant tout à la fois lucidité, logique et précision scientifiques, scepticisme philosophique et tendance à l’analyse rationnelle.
f)Les stimulants mentaux -curiosité de l’avenir, désir très vif de savoir, etc. -normaux chez un être humain, et tout d’abord suscités par des études d’astrologie, puis aggravés par les différents facteurs décrits ci-dessus.
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Re: Fernando Pessoa

Message par Tristram le Lun 24 Sep - 2:04

https://www.franceculture.fr/emissions/une-vie-une-oeuvre/fernando-pessoa-un-ecrivain-pluriel-1888-1935
Où l'on s'y retrouve un peu dans les hétéronymes, demi-hétéronyme et orthonyme _ vraiment LA personne plurielle _ Pessoa le scissipare ! trou noir et porte-voix (au pluriel).
Intéressant rapprochement avec Rilke et Kafka.
Le livre de l'intranquillité, constitué de fragments, peut-être pour être tout, simultanément...
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Re: Fernando Pessoa

Message par Jack-Hubert Bukowski le Lun 24 Sep - 8:26

Important de mentionner qu'il y a eu une parution récente :



Au nombre de fois que Le livre de l'intranquillité a été réédité et remanié, il est parfois difficile de s'y retrouver... Smile
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Re: Fernando Pessoa

Message par Tristram le Lun 24 Sep - 11:52

Oui JHB, cette fois c'est le Livre de l"inquiétude... Dans l'émission, un des intervenants insiste sur l'importance du mot intranquillité, comme c'est différent de l'inquiétude... C'est un peu comme reprise et répétition chez Kierkegaard !
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Re: Fernando Pessoa

Message par Bédoulène le Lun 24 Sep - 13:04

donc on peut être à la fois intranquille et inquiet ! Smile

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Re: Fernando Pessoa

Message par Tristram le Lun 24 Sep - 13:23

Oui, il faut exprimer par un (minimum de) terme(s) ce qui fait la caractéristique d'une pensée _ ce qui est un peu la définition de la littérature !
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Re: Fernando Pessoa

Message par Bédoulène le Lun 24 Sep - 13:52

merci Tristram ! (et c'est là que je trouve ma difficulté à commenter trouver le terme précis !

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Re: Fernando Pessoa

Message par Jack-Hubert Bukowski le Mar 25 Sep - 10:30

Citer Pessoa est un art de réfléchir sur son oeuvre en même temps.

Dans Le Gardeur de troupeaux :

Navire qui pars pour des terres lointaines,
comment se fait-il qu'à l'inverse des autres
tu ne me laisses, en partant, aucun regret?
C'est que, dès que je ne te vois plus, tu cesses d'exister.
Et, s'il est des gens pour regretter ce qui n'existe pas,
il n'est chose au monde dont j'éprouve un tel regret;
ce n'est pas le navire, mais nous-mêmes, que nous
regrettons.
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Re: Fernando Pessoa

Message par colimasson le Mer 26 Sep - 17:56

Entre ce fil et celui destiné à Walter Benjamin, je n'arrête pas de voir des similitudes se tisser...

Et merci pour ce beau poème.
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Re: Fernando Pessoa

Message par bix_229 le Mer 26 Sep - 18:28

@colimasson a écrit:Entre ce fil et celui destiné à Walter Benjamin, je n'arrête pas de voir des similitudes se tisser...

Et merci pour ce beau poème.
Les similitudes... Tu peux préciser un peu ?
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Re: Fernando Pessoa

Message par Jack-Hubert Bukowski le Jeu 27 Sep - 8:37

Je viens de commencer à feuilleter mon édition Pléiade de Pessoa. Il y a plein de pépites. Je prendrai mon temps pour y revenir. Je serais également curieux de savoir ce que tu dresses comme parallèles entre les fils de Pessoa et Benjamin, Colimasson... pour ma part, je vois un fil ténu qui vient de leur démarche commune, disons propension à flâner ou flotter dans leur conscience.
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Re: Fernando Pessoa

Message par Jack-Hubert Bukowski le Jeu 27 Sep - 9:48

Dans Ode martiale :

Si moi j'enlève d'un coup de poing
Le gâteau bon marché de la bouche de l'enfant pauvre
Où trouverai-je de la justice dans ce monde,
Où me cacherai-je des yeux du Visage
Invisible qui surveille à travers les étoiles
Lorsque le coeur voit de ses propres yeux
Le mystère regarder l'univers?
Mon émotion concrète, ô jouet pour enfants,
Ô petites joies légitimes des gens obscurs,
Ô pauvre richesse restreinte de ceux qui ne sont
personne...

Les meubles achetés par tant de sacrifices,
Les nappes rapiécées avec tant de soin,
Les petites choses de la maison si ajustées et rangées à leur
place
Et la roue de l'une des mille voitures du roi vainqueur
Casse tout, et tous ont perdu.

Quel empereur a-t-il le droit
De casser sa poupée à la fille de l'ouvrier?
Quel César avec ses légions a-t-il la juste licence
De casser la machine à coudre de la vieille?
Si je m'en vais à travers rues
Et que j'arrache cette tranche de pain sale de la main de la
fillette
Et que je la fasse pleurer, où rencontrerai-je le moindre
Christ?

p. 253

Ce poème me réconcilie avec le dessein de la poésie, dans la mesure où le propos peut s'adapter dans une contexture politique pour mettre du relief à un propos. Dans ce dernier extrait, Pessoa parle de guerre... et j'ai trouvé qu'il en parlait bien...
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Re: Fernando Pessoa

Message par colimasson le Jeu 27 Sep - 19:06

Merci pour le poème Jaku, pas encore lu ce recueil.

Pour les similitudes entre Benjamin et Pessoa, j'approuve ce que tu dis : la propension à flâner. Une certaine forme de recul lucide qui les fait devenir observateurs aigus du monde, tout en refusant d'en jouer le jeu. Une sensibilité qui semble abolir les frontières entre le soi et le reste du monde et qui fait ressentir la participation de toutes choses entre elles. Le goût pour le paradoxe. Une certaine façon intellectuelle d'amener les réflexions pour mieux se moquer de ce goût pour le rationalisme... la révolte qui les fait bouillir et qui s'épuise parfois en mélancolie.

Et sans doute bien d'autres choses.
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Re: Fernando Pessoa

Message par bix_229 le Jeu 27 Sep - 19:27

Benjamin était quand meme beaucoup plus engagé politiquement, à l' image
d' Adorno, Brecht et autres.
Peut etre était-il meme trop impliqué par rapport à son temps, à sa judéité,
à ses angoisses existentielles.
La vie de proscrit qu' il du mener, a annihilé beaucoup de ses désir et véllèités.
Alors que, d' une certaine façon, Pessoa menait une vie de raté, se considérait
lui-meme comme un raté (malgré des moments d'orgueil et de revenciation), mais il ne songeait pas à changer le monde ni lui-meme.
Sa vison du monde était pessimiste, mais son univers intime était vertigineusement
irréel et vivable seulement par lui parce qu' il le revait.
Alors oui, certaines similitudes, mais aussi pas mal de différences qui ne tenaient
pas qu' à eux.
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