Beyrouk

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Beyrouk

Message par Armor le Ven 16 Déc - 0:39

Beyrouk
Né en 1957


Mbarek Ould Beyrouk est né en 1957 à Atar, dans le nord mauritanien.

Beyrouk étudie le droit à l'université de Rabat, mais préfère finalement se tourner vers le journaliste.
Après avoir travaillé pour les médias officiels, il fonde en 1988 le premier journal indépendant du pays, Mauritanie demain. Il se bat pour la liberté de presse et d’opinion.
Il a aussi exercé comme chroniqueur culturel, puis comme directeur dans la presse publique. Il est aujourd’hui membre de l’instance de régulation des médias mauritaniens.

Beyrouk a écrit de nombreuses nouvelles littéraires publiées dans la presse mauritanienne.
Il a reçu le prix Kourouma pour son roman Le tambour des larmes.
source : Wikipédia et Babelio


Bibliographie :

2006 : Et le ciel a oublié de pleuvoir
2009 : Nouvelles du désert
2013 : Le Griot de l'émir
2015 : Le Tambour des larmes


Dernière édition par Armor le Ven 16 Déc - 14:08, édité 1 fois
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Armor

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Re: Beyrouk

Message par Armor le Ven 16 Déc - 0:44



Le tambour des larmes

« Je hais les miens, mon oncle et ma mère, et tout le campement.  Je me suis enfuie, Mbarka, j'ai craché sur eux tous et sur ce à quoi ils croient. Ils m'ont volé mon ventre et ma chair, Mbarka, et je me suis enfuie, j'ai enlevé le tambour de la tribu pour les émasculer, pour piétiner leur stupide vanité et pour qu'ils aient honte."
(…)
« J'ai volé leurs maudits totems, tu comprends ? J'ai volé leur fierté, tu comprends ? Et ils me poursuivent et je les fuis, et je cours derrière le petit cœur qu'ils m'ont arraché. »


Une fuite, éperdue. Et une quête, sans fin.

Rayhana court, pour échapper à ses erreurs, à son destin, et à ses poursuivants. Séduite par un beau parleur, elle a vécu le drame de tant de femmes avant elle : abandonnée et enceinte, elle n'a eu d'autre solution que de se cacher pour donner naissance à son enfant, qu'on lui a ensuite arraché.
Mais Rayhana a refusé de se conformer à ce qu'on attendait d'elle : vivre comme si de rien n'était, se marier et avoir d'autres enfants, légitimes ceux-là. Insoumise, elle a fui, emportant avec elle le bien le plus précieux de sa communauté, le tambour sacré. Un geste de défi lourd de conséquence, qui lance à ses trousses un village tout entier, rendu fou par ce sacrilège. Mais Rayhana est au-delà de la raison, elle brûle et se consume, et se lance dans une quête aussi brouillonne qu'inlassable, celle de son enfant perdu.

Le récit, émaillé de nombreux flash back, se concentre autant sur le présent de la jeune femme que sur la genèse du drame. Sous la plume de Beyrouk se déploie un monde inconnu et fascinant, celui des nomades du désert mauritanien. L'occasion pour le lecteur d'approcher un peu ces tribus où Allah et les djinns se côtoient en bonne entente, où la poésie et l'amour tiennent une place à part. Mais aussi, hélas, un monde aux codes rigides, pratiquant encore l'esclavage et où, au nom de l'honneur, l'on punit sévèrement le moindre faux pas. Comme trop souvent, les femmes, gardiennes des traditions, se font les bourreaux de leurs propres filles pour préserver leur statut au sein du groupe...

Rayhana est le symbole de la révolte, du refus de l'ordre établi. Tel un papillon affolé, elle court en tous sens, se heurtant sans cesse aux murs culturels dressés devant elle. Mais elle continue, encore et encore.
Incandescente, sa rage brûle tout sur son passage. Il serait si simple, et tellement plus sage, de se débarrasser du tambour sacré, dont le vol met en grand danger sa vie et celles de ceux qui l'accueillent. Mais elle ne peut se défaire de ce constant rappel de sa haine et de son désespoir, symbole d'une oppression mais aussi d'une faute qu'elle ne peut se pardonner.

Car c'est là toute l'ambiguïté de Rayhana : envers et contre tout, elle porte en elle la fierté de ses coutumes et de son sang. Perdue dans la grande ville, confrontée à l'anonymat et à une modernité qui la dépasse, c'est à son identité tribale qu'elle se raccroche fermement. Prisonnière malgré elle de ce dont elle cherche à s'émanciper..

La plume de Beyrouk, poétique mais sans emphase, épouse à merveille les moindres états d'âme de la jeune héroïne. Elle sait se faire sobre et discrète ou, au contraire, couler comme un torrent de lave en fusion.
L'auteur a su retranscrire avec une rare sensibilité le désespoir et la rage d'une jeune femme en rupture avec les codes ancestraux. Le personnage de Rayhana, avec sa force, ses failles et ses contradictions, porte en lui le germe d'une émancipation encore à conquérir. Avec son infinie sensibilité, Beyrouk a su nous le rendre inoubliable…

Massouda me serrait dans ses bras et pleurait avec moi. Ma mère, imperturbable, nous fixait toutes les deux. Entre deux sanglots, je vis son visage et il me fit peur. Il y avait en elle une résolution inébranlable, un regard qui avait traversé les doutes, qui avait renvoyé les larmes, et comme une espèce de démence qui gisait là, au fond, et qui allait surgir des yeux globuleux, nous engloutir toutes les deux. Et j'arrêtais soudain de pleurer, ébranlée par la vérité qui brusquement m'apparut : ma mère était prête à tout, au suicide, au meurtre, à tout si sa volonté ne s'accomplissait pas. Ma mère était devenue folle.


mots-clés : #conditionfeminine #minoriteethnique #traditions
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Armor

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