Dominique Ané

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Dominique Ané

Message par topocl le Ven 16 Déc - 9:19

Dominique Ané (Né en 1968 )



Dominique A, de son vrai nom Dominique Ané né le 6 octobre 1968 à Provins en Seine-et-Marne, est un auteur-compositeur-interprète français. Il est considéré comme l'un des fondateurs de la « nouvelle scène française », au début des années 1990.

Publications

   Un bon chanteur mort,  2009
   Y revenir, 2012
   Tomber sous le charme. Chroniques de l'air du temps, 2014
   Regarder l’océan, 2015

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Re: Dominique Ané

Message par topocl le Ven 16 Déc - 9:21

Y revenir





   À l'époque où je revois Vincent, je tente d'écrire des nouvelles. Je ne m'y suis pas essayé depuis l'enfance, tétanisé par ma vénération pour la littérature, et redoutant le syndrome du «livre de chanteur ». Mais je persévère cette fois, parce qu'on m'y encourage, et qu'écrire consiste peut-être en ça aussi : reconnaître son impuissance à le faire, et s’y atteler malgré tout. Vivre nous apprend bien que nous ne savons pas vivre, et nous le faisons quand même. Si au bout il y a un livre, tant pis si ce n'est pas celui qu'on voulait faire. Un livre est un regret, mais au moins est-il délesté de celui de ne pas l'avoir écrit.


Y revenir, c'est revenir à Provins, ville sans vie, ville figée où son enfance se trouva non bercée, mais étrangère. Enfant unique, enfant secret, enfant maladroit, marqué au saut de la solitude, avec son lot de secrets sombres, d'humiliations rentrées. Aimé avec douceur, nourri de feuilletons télévisés, il a grandi à Provins, perclus de rancoeur contre une vie provinciale étriquée, sauvé par sa découverte de la musique qui lui a offert le salut.


   Le pacte scellé avec la musique est irréversible.


Ah ! N'attendez pas le « livre de chanteur » et les anecdotes truculentes. Le livre est tout en sensibilité dans une mélancolie qui exclut l'apitoiement et qui affronte une remise en question d'une honnêteté désarmante. Dominique A est un humble qui sait reconnaître ses attachements comme ses erreurs, qui sait se reconnaître et se raconter.
C'est en outre superbement écrit en petits textes courts, sobres, sans étalage de sentiments, sans larmoiement, profondément touchant.





 
Peut-être faut-il ruser pour mettre le temps à ses pieds ; comme ce garçon fils de menuisier, qui de marionnette est devenu enfant par l'entremise d'une fée, et dont je suis passionnément les aventures cathodiques. N’obéissant qu’à son instinct, il ne se voue qu’à l'instant présent ; il n'anticipe rien, le passé l'indiffère, il est libre. Il le pays cher, et redevient morceau de bois pour avoir bravé les interdits du monde des adultes. Au prix d'innombrables épreuves, il retrouve forme humaine, et la dernière image du dernier épisode le voit courir sur une plage, entraînant son père, qui peine à le suivre. Un enfant peut donc être celui qui mène la marche, tirant le vieux monde derrière lui. Il faut pour cela beaucoup de courage, et je ne suis pas sûr d'en avoir autant. Mais quoiqu'il en coûte, il semble préférable d'être un enfant plutôt qu'un morceau de bois.


 
Le soir parfois, dans la nuit en hiver, ou dans le jour déclinant aux approches de l'été, j'accompagne ma mère jusqu'à la cabine téléphonique face à la supérette à l'entrée de notre résidence. Maman  téléphone à ses soeurs, et moi je traîne autour de la cabine. À rythme régulier, ma mère insère des pièces dans la machine, et la conversation ne s'interrompra que lorsque le porte-monnaie sera vide. Pendant ce temps, je fais des allers-retours sur un muret. De rares voitures passent lentement ; elles semblent le faire à contrecœur, comme désolées de perturber la sérénité du décor. Je ne sais pas pourquoi j'aime autant ces moments-là. Peut-être parce que tout me paraît enfin paisible, imprégné d'une fine brune mélancolique qui, déjà, m'a pris dans ses filets. Le silence de ces fins de journées tient à distance  toutes les peurs. Ici, les dangers que font peser la vie et la fréquentation des autres n'ont plus cours, et je pourrais rester là des heures avec ma mère, auprès de cette cabine, sur ce bout de trottoir où presque personne ne passe, pendant que la machine décompte le temps et les mots échangés.


 
L'enfance vient à glisser. Elle ne rend pas tout à fait les armes, mais l'on doute que celles qu’elle nous a confiées suffirons à nous protéger, et à donner corps à nos désirs. Aucun pistolet en plastique ne fera disparaître la plaine. Une fois le fait admis, la déception ravalée, on rit de sa naïveté, et on chute dans l'adolescence, dans cet entre-deux où les armes de substitution sont si dures à trouver, si peu fiables, et où les pas sont en quête d'adhérence.


   Depuis toujours, le son des pas me fascine. Je rêve d'une musique qui ne serait faite que du frottement de la semelle sur le sol, du claquement du talon sur l'asphalte.
   Lorsque je m'imagine filmé sur le chemin de l'école, je marche exprès sur du gravier pour donner de la densité à la bande-son.


mots-clés : #autobiographie

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