Chamaco_VilaMatas

On sait que l’un des aspects les plus séduisants de la littérature est sa possibilité d’être une sorte de miroir qui avance ; un miroir qui, comme certaines horloges peut avancer.

Enrique Vila-Matas, Perdre des théories

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    Anne Brunswic

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    Anne Brunswic

    Message par topocl le Ven 16 Déc - 12:03

    Anne Brunswic
    Née en 1951





    Anne Brunswic est une journaliste et écrivaine française.

    Elle est née à Paris en 1951 dans une famille juive de la bourgeoisie intellectuelle établie en France après les persécutions nazies. Jeunesse à Paris, engagement politique précoce au Comité Vietnam National (1966) et dans les Comités d'Action Lycéens (1967). Participe au mouvement de mai 68 en tant que responsable du Comité d'Action Lycéen du lycée Racine (Paris 8e). Après un séjour de plusieurs mois au Brésil, s'engage au Parti communiste français et suit des études de lettres et de linguistique à la faculté de Nanterre puis à l'École normale supérieure de Saint-Cloud. Agrégée de lettres, elle enseigne dans le secondaire jusqu'en 1987. Parallèlement, elle se consacre au journalisme (presse écrite, radio, télévision) et à la politique dans la mouvance eurocommuniste (Rencontres communistes Hebdo, Politique Aujourd'hui). À partir de 1987, commence une carrière dans la presse pédagogique et culturelle (Phosphore, Lire, Télescope, Le Monde de l'Éducation). Elle rend compte de l'actualité de l'éducation, de la langue française, des livres, de la télévision, du cinéma documentaire et participe à la formation des journalistes (Centre de Formation des Journalistes, Université Paris-X-Nanterre).

    À partir de 2000, elle s'affirme comme écrivain en abordant l'autobiographie par le biais de l'autofiction. Elle s'oriente vers la littérature de voyage en publiant trois livres, liés chacun à de longs séjours à l'étranger (Palestine, Sibérie, Russie) qui tiennent à la fois du reportage, de la chronique et de l'essai. Elle s'engage en politique pour les droits des Palestiniens.

    Comme journaliste, elle collabore à la revue XXI (grand reportage), au magazine Images de la culture (cinéma documentaire) et à la Radio Suisse romande (chroniques de voyage). Elle collabore également avec des cinéastes dans l'écriture de films documentaires : Michaël Gaumnitz, Xavier Villetard, Julien Sallé.

    Bibliographie

      À contre-oubli, 2000.
      Qu'est-ce que tu fais là,  2001. Recueil de nouvelles
      Bienvenue en Palestine, 2004
      Sibérie. Un voyage au pays des femmes, 2006. .
      Les eaux glacées du Belomorkanal, 2009.
      Voyages avec l'absente, 2014.


    Dernière édition par topocl le Ven 16 Déc - 13:44, édité 1 fois


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    Re: Anne Brunswic

    Message par topocl le Ven 16 Déc - 12:06

    Sibérie Un voyage au pays des femmes




    Il m'a demandé pourquoi je voyageais. J'ai dit que j'écrivais. Il a voulu savoir quoi. « Juste ce que je vois, ce que je comprends, ce qui m'étonne. - Ah, a-t-il fait, chez nous, il n'y a rien d'intéressant. » Ensuite il m'a raconté un grand bout de sa vie.


    Un voyage en Sibérie. Un de plus. Qu'allons nous appendre sur cette terre aux ressources naturelles colossales, où la nature est chaque jour plus hostile, que le pouvoir oublie, « dans cette région à l'abandon où tout est exigu, déglingué et lamentablement rafistolé » ? Et bien, c'est une fois de plus un regard personnel qui va nous mener main dans le main à la découverte des habitants,autochtones ou descendants de victimes et de bourreaux, « les deux faces d'un même peuple,[dont les] histoires s'entremêlent aux sein des familles, souvent au cœur des individus eux-mêmes », où la religion tente de renaître sous de multiples formes, « par réaction contre cet athéisme absurde qu'on nous a inculqué de force ». Anne Brunswick, ancienne communiste d'origine juive, fait sienne la citation de François Maspero, qu'elle met en tête de son 3e chapitre


    François Maspero a écrit: La plus belle récompense d'un voyage extraordinaire est bien de rencontrer des gens ordinaires, disons comme vous et moi. Des gens qui ont traversé comme ils l'ont pu, sans faire d'histoire et sans faire forcément l'histoire, des événements pas ordinaires. Qui nous rappellent que ces événements auraient pu aussi bien nous arriver à nous, en leur lieu et place. Et vraiment, on ferait bien, avant toute chose, de se demander ce qu'on aurait fait en leur lieu et place. Le sentiment de se retrouver partout au milieu de la grande famille de l'espèce humaine n'a pas de prix – ne serait-ce que parce qu'il confirme que celle-ci existe. Ce qui n'est pas toujours évident. C'est peut-être cela le pari du voyage : au-delà de tous les dépaysements, des émerveillements et des angoisses de l'inconnu, au-delà de toutes les différences, retrouver soudain, chez certains, le sentiment d'être de la même famille. D'être, les uns et les autres, des êtres humains. Parfois ça rate. Parfois même, ça tourne mal. Mais le pari vaut d'être fait, non ?


    Anne Brunswic va à la rencontre des habitants, écartelés entre peur, haine et ferveur pour leur pays, des journalistes et professeurs, défendant avec ardeur le français, mais aussi un jeune militaire bizuté, des chauffeurs de bus, des compagnons de voyage, des logeuses.... Des femmes surtout, dans ce pays où, depuis les guerres et les déportations, et maintenant de par l'alcoolisme et la violence intrinsèque du pays, les hommes semblent perpétuellement absents. Des personnalités ordinaires ou sortant du commun, comme cette fille adoptive d' Iéjov, bras droit de Staline dans les grandes purges, discrédité, exécuté puis réhabilité, père merveilleux toujours adoré...

    Que ses interlocuteurs soient désespérés ou battants, confiants en Poutine ou effrayés par lui (on est en 2004/2005...), il ressort, sous l'unanimité patriotique, une impression de désolation.

    C'était beau de la beauté terrible des grosses machines puissantes, compliquées, insatiables, cette beauté qui a ébloui Zola.


    À côté des habitudes scènes de bureaucratie, du pèlerinage au pays des zeks , de la description d'un pays de misère et de corruption où certains s'accrochent encore à la culture et à l'hospitalité, auxquelles la sensibilité d'Anne Brunswic donne sa touche personnelle, on relèvera un chapitre consacré à Birobidjan, où survit, voire renaît, une communauté juive issue des tentatives de Staline pour créer une Région Autonome Juive, ainsi que la visite d'une mine d'or.

    Sans oublier un petit album photo encarté entre les pages.

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    Re: Anne Brunswic

    Message par topocl le Ven 16 Déc - 12:08

    Les eaux glacées du Belomorkanal




    Au début, le voyageur étranger s'étonne de rencontrer des Russes qui, directement ou à travers leurs parents, ont subi la répression stalinienne, et pour autant ne sont nullement devenus des adversaires du régime. Le cas est banal. Beaucoup même ont pu gravir les échelons au sein du Parti et s'y sentir à l'aise jusqu'à l'effondrement du régime. Le visiteur doit se rendre à l'évidence : il n'a pas toutes les clés Il essaie de comprendre quelles réalités vécues recouvrent pour son interlocuteur « communisme », « stalinisme », « Parti », tâtonne, échafaude des hypothèses, va chercher des réponses chez les historiens, les philosophes... Et plus il apprend, moins il sait.


    Ne cherchez pas ici des renseignements exhaustifs (techniques économiques ou historiques) sur ce canal, qui unit le lac Onega à la mer Blanche, chantier pharaonique conçu par Staline qui y attela 150 000 zeks dans des conditions atroces. Un canal aux archives interdites, et tenu secret pour de vagues raisons stratégiques.


    Pierre le Grand en a rêvé, Staline l'a fait. Le sort des moujiks entre temps a peu varié.

    Ou alors lisez un autre livre que celui d'Anne Brunswic. Car elle annonce d'emblée sa façon de procéder.

    La vérité est que tu aimes bien frapper à la porte d'un ou d'une inconnu(e), sans projet arrêté, sans nécessairement chercher de réponse à une question qui préexisterait. Il serait prétentieux d'ériger ce tâtonnement en méthode mais c'est bien de propos délibéré que tu joues à te perdre.



    Les eaux glacées du Belomorkanal est donc plutôt un livre d'humanité transmise, qu'un document objectif. C'est un livre sans idées préconçues, sans cases toutes prêtes, sans jugement. On y suit le cheminement géographique de l'auteur, ses rencontres dans les villes avoisinantes, dans des musées, des bibliothèques, des établissements scolaires. Mais aussi chez l'habitant commun, à ce qui reste de l’hôpital psychiatrique, au sanatorium. Là, elle va à la rencontre des hommes ou surtout des femmes, instaure une confiance, recueille des témoignages. C'est au fil de ceux-ci que sont tranquillement distillées les informations factuelles sur le canal. Et la vie aujourd'hui, si elle semble sans rapport, ne serait pas ce qu'elle est sans le canal (son empreinte dramatique mais aussi joyeuse dans les mémoires puisque certains s'y sont baignés enfants dans l'insouciance) , et les industries (scieries, usines d'aluminium ou de cellulose fabriquant des sacs de papier Kraft) qui en on découlé. Et surtout sans l'Histoire sombre qu'il véhicule, car pour chacun émerge qui un père, qui un frère arrêté, accusé, emprisonné, des vies sous l'emprise de la terreur. Ainsi se tisse peu à peu un regard nouveau sur la répression stalinienne, refoulée ou exprimée, mais toujours inscrite au cœur des Russes.

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    Re: Anne Brunswic

    Message par topocl le Ven 16 Déc - 12:09

    Voyages avec l'absente




    Anne Brunswic  voyage  « avec » sa mère Françoise,  l'éternelle absente, absente de l'enfance de ses cinq enfants car distante et occupée d'autres affaires et d'un frénétique besoin d'action , absente parce que morte quand Anne avait huit ans, et désormais enfouie sous un invincible silence familial. Anne  ne sait pas trop si elle l'aime ou s'étonne simplement, ce qu'elle sait, c'est qu'elle est un manque inscrit en creux en elle-même,  qui ne l'a jamais quittée et a contribué à la former. Et que, sans juger, elle veut savoir, tout savoir.

    S'adressant à elle par-delà la mort par lettres à la fois distantes et touchées, Anne  Brunswic voyage dans les différents lieux de sa mère, interroge, s'imprègne, imagine, complétant les données des écrits familiaux (texte de sa grand-mère, lettres de sa mère, Mémoires de son père), des photos, et de vagues impressions d'enfance conservées.

    Au-delà de cette histoire intime dont on aura la clé dans le déchirant dernier chapitre, c'est l'histoire du siècle, puisque les grands-parents de Françoise ont émigré de Lituanie fuyant les pogroms, qu'elle et sa mère on fuit le nazisme depuis Bruxelles, à travers la France, le Portugal et l'Angleterre, que sa mère a fini par émigrer en Palestine. Destins tragiquement banaux, mais toujours poignants dans leur singularité.

    C'est une fois de plus une histoire de femmes, dans cette famille grandement matriarcale, ou en tout cas vécue comme telle, à travers des témoignages souvent féminins. Anna Brunswic fait preuve d'une implication têtue, à la fois profonde et dépourvue d'affectivité, qui donne un point de vue intime et personnel.

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