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Robert Musil

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Message par bix_229 le Ven 16 Déc - 18:33

Robert Musil (1880-1942)

Robert Musil  Musil10

Robert Musil est un écrivain, essayiste et dramaturge autrichien.

Fils unique d’un ingénieur, il suit pendant cinq ans une formation militaire dans différentes académies avant de l’interrompre pour commencer des études d’ingénieur à Brno. Il est diplômé en 1901 et, en 1903, il s’installe à Berlin pour des études de philosophie et de psychologie, pour lesquelles il obtient un doctorat. Durant ces années il écrit son premier roman "Les Désarrois de l’élève Törless" (1906).

De retour à Vienne, il devient bibliothécaire et se marie en 1911, année où paraît "Noces". Après la Première Guerre mondiale qui le voit officier sur le front italo-serbe, il s’installe à nouveau à Berlin où il travaille à son roman, considéré comme l’un des plus grands romans du XXème siècle, "L’Homme sans qualités" dont le premier tome paraît en 1930, suivi d’une deuxième partie en 1933. Il publie en 1921 sa pièce "Les Exaltés" suivie de "Trois femmes" (1924) et de "Vincent et l'amie des personnalités" (1926).

Le 16 janvier 1927, il prononce un discours aux funérailles de Rilke. L’arrivée des Nazis au pouvoir le fait quitter Berlin pour Vienne et, après l’Anschluss, Vienne pour Zürich. En 1938 les "Œuvres pré-posthumes" sont interdites par les autorités autrichiennes et allemandes pour dissidence, comme tout le reste de son œuvre dès 1939. Ses revenus déclinent et la situation du couple est alors très précaire. Robert Musil meurt, sans avoir terminé son roman. Son "Journal" est publié après sa mort.

Babélio

Bibliographie en français :

- L' Homme sans qualité - Roman
- Les Désarrois de l'élève Torless - Roman ; Page 1
- Trois femmes, suivi de Noces - Nouvelles : Page 1
- Oeuvres pré-posthumes - Proses
- Journaux
- Essais
- Théâtre
- Proses éparses

màj le 27/09/2018
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Message par animal le Ven 16 Déc - 22:59

Je profite de l'occasion pour m'incruster en début de fil. Il faut dire que c'est un excellent souvenir de lecture. Certes les détails se sont effacés de même que la plupart des images mais la qualité de l'impression est particulièrement durable. Dans ces pages il y a un rare alliage de la forme littéraire et de l'imagerie de la pensée et du sentiment, ça devient un espace-temps complet que l'on traverse ou habite le temps de la lecture. Comme ça c'est bien il est en début de fil, Törless on y reviendra plus tard.

Ce que je pouvais en partager en 2009 (déjà !) :

Robert Musil  51adxx10

Trois femmes suivi de Noces

quatrième de couverture a écrit:Voici réunis en un seul volume les deux recueils de nouvelles publiés, le premier, Noces, en 1911, le second, Trois femmes, en 1924. Trois femmes font trois nouvelles portant chacune le nom d'une héroïne, énigmatique pour l'homme qui l'aime. Noces comprend deux récits ayant pour personnages l'un Véronique, l'autre Claudine. L'amour, la jalousie, le doute, l'union impossible, la solitude, tous les thèmes musiliens sont condensés dans ces cinq textes qui ont pour motif commun les désordres amoureux, le monde trouble et fascinant qui se cache derrière la stabilité apparente.

Dans trois femmes on suit trois hommes vers l'amour et leur perte, les trois femmes sont très différentes, les hommes aussi mais chaque histoire est une sorte de rupture avec la réalité ou avec une vie conventionnelle. Les sentiments et les pensées vont se mêler ou confronter au paysage, de très belles pages laissant glisser dans l'esprit immobilisé du lecteur leurs mutations, leurs transformations avec apparaissant de temps à autres des troubles et des doutes moraux, des doutes qui ne sont pas liés à l'environnement social mais profonds, comme une lointaine inquiétude soudainement accentuée.

Noces est en quelque sorte un pendant féminin... ce sont des femmes qui sont décrites dans de longues et sensuelles hésitations. L'exercice de manipulation de l'écriture étant ouvert, ou à découvert, il est facile de se laisser porter par les descriptions doubles, les longues circonvolutions brumeuses... voyage en rêve dans les paysages de la pensée intime et solitaire... très beau et évitant les compromis, en ne fuyant ni le doute ni certaines transgressions...

Ce sont des textes à la force tranquille, pénétrants, profondément marquants enivrant le lecteur comme de l'ether. Une lecture extraordinaire qui se dévoile inévitablement et à laquelle je me suis senti incapable de ne pas céder, ce qui implique un certain vertige.

C'est troublant et fascinant comme ce qu'il peut y avoir de plus essentiel...

extrait de Noces :

C'était bien un angle, il suffisait d'un peu d'attention pour s'en convaincre ; mais l'"autre chose" presque matérielle qu'il y avait dans cet angle, ces deux êtres étaient seuls à pouvoir la saisir, à qui il semblait que ce fût entre eux comme une poutrelle du plus dur métal qui les eût maintenus chacun à sa place tout en les liant, si séparés fussent-ils, d'un lien quasi tangible... Cela prenait appui au creux de l'estomac où ils sentaient la pression... Cela les raidissait contre le dossier de leur siège, avec des visages immobiles et des regards fixes, et ils n'en devinaient pas moins, à l'endroit du contact, une mobilité tendre, une légèreté infinie, comme si leurs coeurs, tels deux essaims de papillons, confondaient leurs vols...
A ce sentiment ténu, à peine réel et pourtant si perceptible, ainsi qu'à un axe un peu tremblant, et aux deux êtres sur qui il s'appuyait, toute la chambre était suspendue : les objets retenaient leur souffle, la lumière sur les parois se figeait en pointes dorées, tout se taisait, attendait, tout était là pour eux... Le temps, qui court dans le monde tel un fil qui n'aurait jamais fini d'étinceler, paraissait passer par cette chambre, par ces êtres, et soudain s'arrêter, se figer, toujours plus immobile, toujours plus étincelant... et les objets se rapprochèrent un peu les uns des autres. Ce fut un arrêt puis un affaisssement infime, comme quand des surfaces s'organisent soudain en cristal, autour de ces deux êtres à travers qui passait la ligne médiane et qui tout à coup se regardaient dans ce suspens, cet infléchissement, cet enveloppement ainsi que dans une multitude de surfaces miroitantes, et se regardaient encore, comme si c'était la première fois qu'ils se voyaient...
La femme reposa la théière, sa main s'allongea sur la table. Comme épuisé par le poids de son bonheur, chacun se renfonça dans les coussins ; tandis qu'ils se tenaient captifs par le regard, ils eurent un sourire perdu et sentirent le besoin de ne pas parler d'eux-mêmes. Ils se remirent à parler du malade - un personnage d'un livre qu'ils avaient lu ensemble - et ils commencèrent par un passage et une question tout à fait précis, comme s'ils y avaient pensé, alors que ce n'était pas vrai, alors qu'ils ne faisaient que reprendre un dialogue qui les avait déjà pendant des jours envoûtés, comme si ce dialogue dissimulait son vrai visage et, tout en ayant l'air de parler du livre, tendait à tout autre chose ; et cette fois encore, en effet, au bout de quelques instants, grâce à ce prétexte inconscient, leurs pensées étaient revenues à eux-mêmes.
-... Un homme tel que ce G., comment crois-tu qu'il se voie ? demanda la femme qui poursuivit, presque comme pour soi, tant elle était absorbée : Il séduit des enfants, il incite des jeunes femmes à se prostituer. Ensuite, le voilà qui sourit, debout, considérant d'un oeil fasciné la faible flamme d'érotisme qui vacille quelque part au fond de lui. Crois-tu qu'il pense mal agir ?
- S'il le pense ?... Peut-être ; ou êut-être non, répondit le mari. Je ne sais si l'on peut poser la question ainsi à propos de tels sentiments.
- Moi, je crois... dit la femme, et il apparaissait maintenant qu'elle ne parlait nullement de ce personnage fortuit, mais de quelque chose de précis qui se faisait jour déjà pour elle derrière lui... je crois qu'il pense bien agir.
Alors, pendant un instant, leurs pensées glissèrent côte à côte, puis de nouveau, très loin, ressurgirent en mots. (...)
après, les égarements et l'inquiétude plus grande...imaginez le mouvement qui se poursuit...


mots-clés : #nouvelle

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Message par GrandGousierGuerin le Sam 17 Déc - 8:23

Je découvre la cuvée 2009 qui avait déjà tout pour donner envie de déguster ... Et qui n'est plus le même que celui de 2016 ... On sent bien le même terroir, le même cépage mais un indubitable changement s'est produit .. Difficilement exprimable ... Et dont je ne connais pas les tenants ...
Mais c'est en cela aussi que ce forum est une chose à part, elle permet de découvrir l'humain derrière le livre ...
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Message par animal le Sam 17 Déc - 8:45

ça me fait plaisir quoique pour ce genre d'appréciation j'espère ne pas être trop changé. (et avoir le droit d'être animal !).

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Message par GrandGousierGuerin le Sam 17 Déc - 8:54

@animal a écrit:ça me fait plaisir quoique pour ce genre d'appréciation j'espère ne pas être trop changé. (et avoir le droit d'être animal !).
Un peu comme les grands crus, on reconnait dans un premier temps le vignoble, le château et on note ensuite les variations au cours des années ...
A toi de me dire si la comparaison est valable aussi pour les bières Basketball
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Message par bix_229 le Jeu 8 Mar - 15:35

Ce sont les rêveurs qui paraissent insensibles. Ils cheminent de par le monde, ils regardent faire les gens qui se sentent chez eux dans le monde. Et ils portent en eux quelque chose que ces gens là ne devinent pas.
Une chute à chaque instant et à travers tout dans l'abîme. Sans périr. L'état de création.

Les Exaltés
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Message par Bédoulène le Jeu 8 Mar - 23:01

encore des prévisions ! mais, mais..............

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Message par Avadoro le Ven 9 Mar - 7:55

L'intensité expressive, minutieuse des phrases de Musil est toujours marquante...il faut se plonger progressivement dans son oeuvre, mais elle ne doit pas intimider tant sa puissance évocatrice peut apporter au lecteur.
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Message par Quasimodo le Sam 10 Mar - 23:01

Oui, j'ai hâte d'y revenir. J'ai acheté Trois femmes récemment. Ca peut être une étape dans le chemin vers L'homme sans qualités Smile

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Message par bix_229 le Dim 11 Mar - 1:46

Lisez aussi Les Oeuvres pré posthumes et les Journaux.
Il y a vraiment très peu de déchets chez Musil.
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Message par Arturo le Dim 11 Mar - 9:09

Dans Bartleby et compagnie, de Vila-Matas, un personnage assène que plus rien de valable n'a été écrit depuis Musil ! Robert Musil  3933839410
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Message par Quasimodo le Dim 11 Mar - 11:26

Il n'avait pas lu Vila-Matas ? Very Happy

Tiens, j'ai son théâtre aussi, à Musil. Quelqu'un connaît ? Je le sens un peu moins...

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Message par Antoine8 le Dim 17 Juin - 22:18

J'entends parler de Musil depuis bien longtemps, alors étant un peu dans ma période "nouvelles", je me plongerais bien dans Trois femmes et dans Noces : le commentaire d'Animal m'y encourage grandement ! Alors hop, rajouté dans la liste de mes prochains achats Very Happy
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Message par animal le Dim 17 Juin - 22:23

Et moi je repousse toujours le jour d'approcher L'homme sans qualités...

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Message par bix_229 le Dim 17 Juin - 22:33

@Quasimodo a écrit:Il n'avait pas lu Vila-Matas ? Very Happy

Tiens, j'ai son théâtre aussi, à Musil. Quelqu'un connaît ? Je le sens un peu moins...
J' ai des problèmes avec le théatre en général.
PLutot les oeuvres préposthumes si tu ne les connais pas.
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Message par Tristram le Lun 17 Sep - 1:24

Les désarrois de l'élève Törleß

Premier roman de Musil, écrit à 25 ans (et son seul succès critique et commercial) : https://www.franceculture.fr/emissions/la-compagnie-des-auteurs/le-roman-de-lecole-14-frederic-joly-leleve-torless
Son personnage principal est un ego expérimental, comme l'Ulrich de L'Homme sans qualités, ouvert à tout.
Découverte de ce que le mal et le bien sont à parts égales dans l'homme ("Il n'y a pas de mur pour séparer le bien du mal"), prémices du fascisme (et encore un exemple de bouc émissaire, ici dans le bizutage initiatique).
« C'était ainsi que les choses devaient se passer ; ainsi qu'il devait trouver la vérité, sans jamais lâcher la vie. La vie vivante, complexe, ambiguë… »
Robert Musil, « Les désarrois de l'élève Törleß »  

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Message par animal le Lun 17 Sep - 12:46

Récup ?

Robert Musil  51rhhv10

Les désarrois de l'élève Törless

quatrième de couverture a écrit:Ce roman, qui est d'abord une admirable analyse de l'adolescence, relate l'éveil d'une conscience à travers les désarrois intellectuels, moraux et charnels de Törless, élève dans un collège très huppé de la vieille Autriche à la fin du siècle dernier. La cruauté et la brutalité qui les suscitent, et dont les " amitiés particulières " ne sont que l'exutoire, prophétisent les aberrations de l'ère nazie. Musil n'avait que 25 ans lorsqu'il écrivit ce premier roman qui préfigure, par la lucidité et la description des " aspects nocturnes " de l'homme, toute l'oeuvre à venir.
pas celui de l'édition Points que j'ai en tout cas.

Deux éclairages avant lecture : le film et ce "prophétisent les aberrations de l'ère nazie".

C'est une lecture un peu particulière, pour éviter de m'emmêler les pinceaux, je coupe en deux : la forme et le contenu... c'est assez idiot dans ce cas parce que c'est très lié, enfin...

La forme :

Désarroi. Pensées hésitantes, pensées qui s'obscurcissent, doutes, égarements... la forme le rend très bien, ainsi que la percpetion pénétrante de Törless, sa manière de détacher les choses. Cependant dans les "pages de réflexion" on se perd facilement, plus exactement, il est facile de décrocher quand on suit une pensée qui ne se dévoile pas ... et qu'on s'interrompt avant de l'avoir approchée d'assez prêt. Atmosphère mentale contagieuse et réussie (très même, c'est une des grandes qualités du livre) mais teintée d'un peu de frustration, parce que plusieurs fois on court derrière une idée qui ne se dévoile vraiment pas beaucoup. c'est des épisodes dans le livre et c'est un peu... arbitraire ?

Le contenu :

Dans les grandes lignes c'est une approche psychologique et un peu philosophique de la construction de l'adolescent (réflexion généralisable sur les résultats donnés, nous, les autres... ) avec une grande attention portée aux mécanismes et à leur développement dans un rapport de force. Törless est entre Reiting (qui a un penchant pour l'intrigue "politique") et Beineberg (plus branché mystique, influencé en cela par un oncle officier qui a voyagé et lu quelques pensées orientales) d'un côté, les forts. Et de l'autre Basini, physiquement plus faible et qui se retrouve soumis, humilié, torturé par les deux Reiting et Beineberg... et Törless en spectateur ambigu. Törless est mélancolique et cherche en quelque sorte à réunifier ses pensées et ses sentiments, chose au combien compliqué. Il réfléchit à sa vie d'élève, à ses parents... Mais il n'est pas vraiment sympathique Törless, il est froid, rêveur mais lui aussi calculateur et, comme ses camarades, un peu méprisant... les amitiés de ses jeunes sont plus des obligations finalement. Dans l'analyse des réflexions et des comportements, il y a quelque chose de systématique (qu'on pourrait confirmer par les études menées par l'auteur et une lettre à un critique, donnée dans la préface). La lecture en souffre un peu malgré que ce soit souvent intéressant et toujours baigné dans le cadre rigide et pourri de l'école et des règles qui unissent ces jeunes.

Maintenant il faut bien se pencher sur l'autre sens du problème (ou pas tant que ça ?) : la cruauté et la violence des élèves pour leur victime désignée.

Törless se cherche et doute de ses forces pour s'imposer face à ses encombrants (et un peu pénibles camarades), Basini le fascine parce qu'il est le reflet probable d'un Törless qui céderait au rapport de force... divisé plus fortement encore entre ses pensées intimes et son existence apparente. Le fascine et lui fait peur. Si pour Reiting et Beineberg il est souffre douleur autant que cobaye (et l'objet de relations physiques aussi), ce sont le produit de ses réactions qui les intéressent. Törless lui veut comprendre les pensées de "l'objet Basini", objet de son analyse auquel il se lie par des sentiments incertains. Objet d'analyse donc, et si Törless est un peu mal à l'aise avec une forme d'esclavage, lui qui avait essayé de rejeter cette problématique par une prise de position plus radicale s'en accommode... jusqu'à ce que ça devienne trop gratuit et que les motivations de ses deux "amis" lui apparaissent comme dérisoires autant que malsaines.

De ce côté là, le rapprochement avec le nazisme futur ne saute pas aux yeux. Le cheminement de Törless est plus intellectuel que moral (bien que la forme rende bien compte de l'indécision et de la difficulté à nommer les choses) et ce qui me semble une lecture plus évidente du roman est de dire que c'est un système traditionnel reposant beaucoup sur les apparences et encourageant l'obéissance et le rapport de force qui crée la situation qui sert de noeud à l'intrigue.

J'ai un peu regretté que la tension morale et l'incertitude dans la recherche d'une méthode pour se réaliser se détourne, ou se diffuse dans la relation physique (et psychologique plus que sentimentale ?) entre Törless et Basini. Chose qu'on retrouve beaucoup moins dans le film qui me semble plus épûré et peut-être bien plus ambigu dans le "laisser faire".

La fin (30 dernières pages) qui sonne comme une libération de Törless qui essaye de s'expliquer complètement est très belle je trouve, la réalisation d'une certaine assurance d'être défini (et qui s'accepte d'une certaine manière) est en plus assez nuancée. Il y a de très beaux passages, d'autres plus simplement "intéressants". Un livre pas si simple à aborder et qui mérite un peu de réflexion, il y a des éléments à peser encore... la rédaction de ce très imparfait commentaire ne faisant que renforcer cette impression et relevant mon intérêt un peu au dessus de ce qu'il était pendant la lecture.

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Message par animal le Lun 17 Sep - 12:48

Un livre à relire un jour et le genre de livre qui reste très présent, un peu à la manière d'un 1984 dans son aura ? mais sans le biais d'une projection, Törless forçant plutôt le jeu de miroir ?

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Message par Tristram le Lun 17 Sep - 16:09

Relecture avant d'aborder la suite, L'Homme sans qualités ?

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Message par animal le Lun 17 Sep - 17:06

Ou dans l'autre sens... on verra comment ça finit par se présenter.

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