Italo Calvino

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Italo Calvino

Message par topocl le Sam 17 Déc - 9:11

Italo Calvino
(1923 - 1985 )




Né en 1923 à La Havane, Italo Calvino a passé son enfance et son adolescence en Italie, à San Remo, dans un milieu scientifique, antifasciste et résolument laïque. Après la chute de Mussolini, il interrompt ses études universitaires, prend le maquis et se bat avec les partisans des brigades Garibaldi. Ce contact avec la guerre clandestine, la violence et la mort a eu sur lui une importance déterminante, qui transparaît dans son premier livre Le Sentier des nids d’araignées (Il Sentiero dei nidi di ragno), publié dès 1947. «L'écureuil de la plume» publiera en 1951 le premier volume de ce qui deviendra la « Trilogie des Ancêtres », Le Vicomte pourfendu, et lui vaudra une célébrité précoce et durable.

Il entre en 1956 en opposition avec la politique culturelle du Parti communiste italien, et, après l’intervention soviétique en Hongrie, quitte définitivement le Parti. Ami de Raymond Queneau, il traduisit en italien les Fleurs bleues. C’est au cours des années d’« ermite » où il vécut à Paris, de 1967 à 1980, qu’il rejoint l’Oulipo, en 1973 précisément. En été 1985, alors qu’il travaillait sur les conférences qu’il devait donner à Harvard, il est victime d’une série d’attaques cardiaques. Il meurt à l’hôpital de Sienne dans la nuit du 18 au 19 décembre 1985.

Bibliographie

1947 Le Sentier des nids d'araignées
1949 Le Corbeau vient le dernier
1952 Le Vicomte pourfendu
1956 Contes italiens
1957 Le Baron perché
1959 Le Chevalier inexistant
1963 Marcovaldo ou les Saisons à la ville
1963 La Journée d'un scrutateur
1963 La Spéculation immobilière
1964 Aventures
1965 Cosmicomics
1968 Temps zéro
1972 Les Villes invisibles
1973 Le Château des destins croisés
1979 Si par une nuit d'hiver un voyageur
1983 Palomar
1984 La Machine littérature
1984 Collection de sable
1988 Leçons américaines
1988 Sous le soleil jaguar
1990 La route de San Giovanni
1991 Forêt-Racine Labyrinthe
1991 Pourquoi lire les classiques
1994 Ermite à Paris

(puisque personne ne semblait vouloir s'y coller...)

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Re: Italo Calvino

Message par topocl le Sam 17 Déc - 9:13

Si par une nuit  d'hiver un voyageur



Chapitres 1 à 7

C’est confondant d'intelligence, éblouissant de malice, émerveillant de sensibilité. Le premier chapitre, en particulier, est LE chapitre que j'emmènerais sur une île déserte.
Cela parle du livre, de l'amour des livres, des lecteurs, c'est-à-dire de moi, de nous, en somme. Dans une espèce de livre à tiroirs, de jeux de piste, de parcours ludique au pays des livres. Calvino confronte deux lecteurs : le lecteur-personnage de  son livre, et le lecteur-lecteur de son livre, qu’il apostrophe tous deux avec un « tu »complice, les fait se regarder alternativement dans un miroir, et à travers une vitre. Il leur propose en pâture des amorces de romans réjouissantes, où l'absurde le dispute au loufoque, et où manque systématiquement la fin qu'on va chercher dans un autre livre non moins inachevé. C'est totalement brillant et réjouissant.

«Ton appartement, c'est le lieu où tu lis : il peut nous dire la place que les livres tiennent dans ta vie, s’ils sont une défense que tu opposes au monde extérieur, un rêve où tu t'absorbes, comme une drogue ; ou au contraire autant de ponts que tu jettes vers l'extérieur, vers un monde qui t’intéresse au point que tu veuilles en multiplier et en élargir grâce aux livres les dimensions.»

Chapitres 5 à 10

Italo Calvino n'est pas du genre à se contenter de suivre un chemin tout tracé. Il veut en faire plus, et  poursuit sa réflexion sur le livre, l'écriture, aborde la traduction et le plagiat,  nous entraîne dans une réflexion sur la fiction, le faux, la mystification et la manipulation. Et évidemment nous mystifie et nous manipule. Il y a tout un jeu sur le roman d'espionnage, un chassé-croisé complexe avec le lecteur et cela devient beaucoup plus dense et touffu, moins lumineux, en bref assez confus et cela est devenu pour moi une espèce de galimatias oppressant et ennuyeux..

Chapitre 11 et 12

On retrouve le Calvino du début, clair, lumineux, malicieux, intelligent, c'est à nouveau totalement drôle et vrai, tout un chœur de lecteur s’adresse à nous, chacun a sa façon de lire et d’aimer lire , et nous découvrons que nous sommes la somme de tous ces lecteurs, c’est un enchantement. Car, le saviez-vous, chaque lecteur a sa façon de lire, et pour chaque lecteur, un même livre est différent.

Rarement livre a éveillé en moi des réactions aussi contrastées. Je ne saurais en aucun cas le condamner, car de nombreux lecteurs avant moi ont été totalement enthousiastes, et aussi, car je trouve qu'il y a énormément de choses excellentes là-dedans.

(commentaire rapatrié)



mots-clés : #humour #nouvelle

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Re: Italo Calvino

Message par GrandGousierGuerin le Sam 17 Déc - 9:16

Merci Topocl ! J'avais raté ton commentaire sur le site précédent... Ceci sera donc mon kif du jour! Et j'espère revenir faire un commentaire plus circonstancié ... Là j'ai juste laissé parler mon enthousiasme Very Happy
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Re: Italo Calvino

Message par topocl le Sam 17 Déc - 10:16

Ce fil était un attrape-GGG Wink !

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Re: Italo Calvino

Message par GrandGousierGuerin le Sam 17 Déc - 10:41

topocl a écrit:Ce fil était un attrape-GGG Wink !
Quelle Diane chasseresse cette topocl !

GGG:


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Re: Italo Calvino

Message par topocl le Sam 17 Déc - 11:15

Tu ne me vois pas plutôt comme ça?


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Re: Italo Calvino

Message par animal le Sam 17 Déc - 13:44

J'ai a-do-ré Si par une nuit d'hiver un voyageur... ça va même un poil plus loin qu'un amour de la narration, c'est le déroulement du texte et de la lecture (clonage) :



Si par une nuit d'hiver un voyageur

Aïe, comment parler de ça. Ou comment parler de la lecture et de l'écriture, de la lecture surtout et des enjeux et de la place et de l'évolution de la littérature ? Ça il le fait dans son livre.

Dans son livre il y a un lecteur "tu", "je" par extension et donc "vous" et "nous". Il se retrouve avec un défaut de fabrication dans le livre qu'il vient d'acquérir dans une expédition hyper précise à la librairie pour mettre la main sur le dernier Italo Calvino (toute ressemblance... ). Oui, pas de bol ça s'arrête. Une lectrice à le même problème, et le livre de remplacement qui n'est plus le même (pas de bol le mélange de cahiers entre deux titres) à toujours son problème.

Impossible de finir, même de poursuivre un livre pourtant prenant ! Et difficile de courir après la lectrice idéale.

Mais pas si difficile de s'y retrouver dans ce livre baladeur à la fluidité et à la pertinence, voire clairvoyance, impeccable. Démasqué, reconnu à chaque instante on s'amuse pas mal et on se prend au jeu, notre lecture, notre joie, notre jalousie de lecteur passée au peigne fin, au microscope et balancée au milieu d'un monde fou de faux semblants, de mafieux, de sectes, de services secrets, de mensonge, de commerce.

Mais il y a la lectrice qui intéresse l'auteur, l'autre auteur et le traducteur comprenez-vous ? Et les styles s'embrouillent du café de la gare au japon en passant par... dix façons, dix histoires, dix contes, un livre.

Vous allez me dire que ça a l'air lourd de théoriser et de tenter de faire de l'humour avec une analyse du problème de la lecture et tout le baratin ! Oui, par moments on se dit qu'il en fait trop, beaucoup trop... mais c'est vrai ! ce qu'il dit. Ou alors malgré nous on tourne les pages pour connaitre la suite. Et quelle souplesse, le livre se glisse dans les interstices pour revenir à vous.

Impossible de s'en défaire. Et derrière tous les développements et ces petites longueurs et redondances qu'on peut se permettre d'imaginer soigneusement choisies, entraînées et sélectionnées on en revient précieusement et un rien débonnaire à une essence toute simple des choses.

C'est le bordel, mais c'est bien. Et essentiellement d'une incroyable limpidité et intelligence. Pour le voyage le plein de malice et de surprise est bien fait. Surprenant, réjouissant, attachant. Et malgré tout questionne la lecture, l'asticote. 

Il y a un jeu sur les attentes et les frustrations du lecteur qui ne fait qu'augmenter le plaisir...

Extrait :
   Donc, t'y voici de nouveau, page 31, page 32... Et après ? Encore une fois la page 17, la troisième ! Mais qu'est-ce que c'est que ce livre qu'on t'a vendu ! On y a relié ensemble des exemplaires d'un seul cahier, il n'y a plus une seule bonne page dans tout le livre.
   Tu jettes le livre sur le plancher, tu le lancerais bien par la fenêtre, et même à travers la fenêtre fermée, entre les lames du store, tu voudrais voir ces cahiers importuns lacérés, et dispersés les phrases mots morphèmes phonèmes au point que les reconstruire en discours soit exclu ; à travers les vitres, et tant mieux si elles sont incassables, pour transformer le livre en photons, vibrations ondulatoires, spectres polarisés ; à travers le  mur, pour qu'il s'émiette en molécules et en atomes, passant entre les atomes du ciment armé, se décomposant en électrons, neutrinos, particules élémentaires de plus en plus subtiles ; à travers les fils du téléphone, pour le réduire à des impulsions électroniques, un flux d'informations, secoué de redondances et de bruits, qui se dégrade enfin dans un tourbillon d'entropie. Tu voudrais le jeter hors de la maison, hors du bloc de maisons, hors du quartier, de la communauté, du département, de la région, du Marché commun, hors de la culture occidentale, de la plate-forme continentale, de l'atmosphère, de la biosphère, de la stratosphère, du champ de la gravitation, du système solaire, de la galaxie, de l'amas des galaxies, et l'envoyer plus loin encore, au-delà du point limite d'expansion des galaxies, là où l'espace temps n'est pas encore arrivé, là où il rencontrerait le non-être, et même le non-avoir-été, sans avant ni après, et se perdrait enfin dans la négativité la plus absolue, la plus radicale, la plus incontestable. Comme il le mérite, ni plus ni moins.
   Mais tu n'en fais rien : tu le ramasses, tu l'époussettes ; il faut  que tu le rapportes au libraire pour qu'il te l'échange. Tu es plutôt impulsif, nous le savons, mais tu as appris à te contrôler. Ce qui t'exaspère le plus, c'est de te trouver à la merci du hasard, de l'aléatoire, de la probabilité : avec, dans les affaires humaines, l'étourderie, l'approximation, l'imprécision, la tienne comme celle des autres. La passion qui t'emporte dans ces cas là, c'est l'impatience d'effacer les effets perturbateurs de l'arbitraire ou de la distraction, de rétablir dans leur cours régulier les événements. Tu voudrais déjà avoir en main un exemplaire non défectueux du livre que tu as commencé. Pour un peu tu te précipiterais à la librairie ; mais, à cette heure-ci, tous les magasins sont fermés. Il faudra attendre demain.

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Re: Italo Calvino

Message par GrandGousierGuerin le Sam 17 Déc - 18:09

Wahou ! Cela envoie animal ...
Pour moi, ton commentaire c'est le petit truc que j'attendais dans mes souliers à Noel ...
Wahou ! Tu as bien choisi ton avatar ...
Allez open bar ou open bambou ...

topocl a écrit:Tu ne me vois pas plutôt comme ça?

Mais non mais non

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Diane Chasseresse par Houdon a écrit:
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Re: Italo Calvino

Message par topocl le Sam 17 Déc - 18:13

animal a écrit:
C'est le bordel, mais c'est bien. Et essentiellement d'une incroyable limpidité et intelligence.

Tout comme une envie de m'y remettre!

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Re: Italo Calvino

Message par GrandGousierGuerin le Sam 17 Déc - 18:25

topocl a écrit:
animal a écrit:
C'est le bordel, mais c'est bien. Et essentiellement d'une incroyable limpidité et intelligence.

Tout comme une envie de m'y remettre!
Chiche ?

GGG:
Pour attirer le chaland, un joli avatar sorti de la naphtaline
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Re: Italo Calvino

Message par Tristram le Lun 5 Juin - 12:21

Complément sur Si par une nuit d'hiver un voyageur :

« C’est un contresens d’écrire aujourd’hui de longs romans : le temps a volé en éclats, nous ne pouvons vivre ou penser que des fragments de temps qui s’éloignent chacun selon sa trajectoire propre et disparaissent aussitôt. Nous ne pouvons retrouver la continuité du temps que dans les romans de l’époque où le temps n’apparaissait déjà plus immobile sans encore avoir éclaté. Une époque qui a duré en gros cent ans, et c’est tout. »

« …] parce qu’une inclination naturelle me porte à reconnaître mes états d’âme dans l’immobile souffrance des objets. »

« Mais comment déterminer le moment exact où une histoire commence ? Tout est déjà commencé depuis toujours, la première ligne de la première page de chaque roman renvoie à quelque chose qui a déjà eu lieu hors du livre. Ou bien la véritable histoire est celle qui commence dix ou cent pages plus loin, et tout ce qui précède n’est qu’un prologue. Les vies humaines forment une trame continue, et toute tentative d’isoler un fragment de vécu qui ait un sens en dehors du reste − par exemple, une rencontre entre deux personnes qui deviendra décisive pour toutes les deux − doit tenir compte du fait que chacun des deux traîne avec lui un tissu de faits, de lieux, d’autres personnes, et que de la rencontre il découlera à nouveau d’autres histoires, qui a leur tour se sépareront de leur histoire commune. »

« Depuis combien d’années ne puis-je me permettre une lecture désintéressée ? Depuis combien d’années ne suis-je plus capable de m’abandonner à un livre écrit par d’autres, sans aucun rapport avec ce que je dois écrire, moi ? »

« Parfois, je pense à la matière du livre à écrire comme à quelque chose qui existe déjà : pensées déjà pensées, dialogues déjà proférés, histoires déjà arrivées, lieux et atmosphères déjà vus ; le livre ne devrait être rien d’autre qu’un équivalent du monde non écrit traduit en écriture. D’autres fois, en revanche, je crois comprendre qu’entre le livre à écrire et les choses qui existent déjà, il ne peut y avoir qu’une espèce de complémentarité : le livre devrait être la contrepartie écrite du monde non écrit ; sa matière, ce qui n’est pas et ne pourra pas être sans avoir été écrit, et dont ce qui existe éprouve obscurément le manque dans sa propre incomplétude. »

« Je voudrais écrire un livre qui ne serait qu’un incipit, qui garderait pendant tout sa durée les potentialités du début, une attente encore sans objet. Mais comment un pareil livre pourrait-il bien être construit ? Devrait-il s’interrompre après le premier alinéa ? Ou prolonger indéfiniment les préliminaires ? Ou encore emboîter un début de narration dans l’autre, comme font les Mille et Une Nuits ? »

« Je m’arrête avant d’être submergé par la tentation de recopier Crime et Châtiment en entier. Pendant un instant, je crois comprendre ce qui a dû être le sens et l’attrait d’une vocation désormais inconcevable : celle de copiste. Le copiste vivait dans deux dimensions temporelles en même temps, celle de la lecture et celle de l’écriture ; il pouvait écrire sans l’angoisse du vide qui s’ouvre devant la plume ; lire sans l’angoisse que son acte propre manque de se concrétiser en rien de matériel. »

« C’est sur la page, et non avant, que la parole − fût-elle celle du raptus prophétique − devient définitive, en devenant écriture. C’est dans les limites de l’acte d’écriture que l’immensité du non-écrit devient lisible [… »
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Re: Italo Calvino

Message par Tristram le Lun 5 Juin - 15:22

Le château des destins croisés



Même s’il y a le risque de n’y trouver qu’un exercice de style abscons (on est en plein OULIPO), ce court roman réserve un bel instant de lecture. La contrainte : construire des histoires croisées en combinant sémiotiquement, comme autant de scènes, les arcanes de jeux de tarot (dont les lames illustrent le texte). Dans un château (raffinés tarots milanais du XVe), puis une taverne (populaires tarots de Marseille), avec une note de l’auteur en explicit (qui retrace cette laborieuse élaboration), c’est tout un monde qui se déploie de cette brève narration, rigoureuse construction cruciverbiste sur l’inconscient collectif (voire les archétypes jungiens) contenu dans ces images.

« Tout cela est comme un rêve que la parole porte en soi et qui, passant par celui qui écrit, se libère en le libérant. Dans l’écriture, ce qui parle c’est le refoulé. »
« L’écriture avertit de tout ça comme l’oracle, et comme la tragédie elle en purifie. En somme, il n’y a pas là de quoi faire un drame. L’écriture en somme possède un sous-sol qui appartient à l’espèce, ou du moins à la civilisation, du moins dans les limites de certaines catégories de revenus. »

On y rencontre Roland, Faust, Perceval/ Parsifal, Hamlet, le Tao ; on y trouve des allusions à Sade, Stendhal. Il y a même un essai (sur la peinture représentant saint Jérôme et saint Georges). Quête du Graal, labyrinthe, puzzle, on y découvre de multiples perspectives borgésiennes ; je comprends mieux la fascination cartomancienne des "réussites" ou "patiences", cet entrelacement de possibles aux variations infinies.

« C’est dans les cours une vieille et sage tradition que le fou, le jongleur, le poète aient pour fonction de renverser et tourner en dérision les valeurs sur lesquelles le souverain édifie son pouvoir, qu’ils lui démontrent que toute ligne droite dissimule un envers tordu, tout produit fini un chambardement de pièces qui ne concordent pas, tout discours suivi un bla-bla-bla. »

Le narrateur/ auteur intervient aussi (« Moi aussi je veux raconter la mienne »), nous parlant de la création littéraire :

« Le moment est peut-être arrivé d’admettre que le tarot numéro un est le seul à représenter honnêtement ce que j’ai réussi à être : un prestidigitateur ou illusionniste qui dispose sur son étalage de foire un certain nombre de figures et qui, les déplaçant, les réunissant, les échangeant, obtient un certain nombre d’effets. »

Et bien sûr dans sa note :

« Si je me décide à publier la Taverne des destins croisés, c’est avant tout pour m’en libérer. Aujourd’hui encore, alors que le livre est en épreuves, je continue de le retoucher, de le démonter, de le récrire. C’est seulement lorsque ce volume aura été fabriqué que j’en serai sorti une fois pour toutes ; du moins je l’espère. »


Pour approfondir l’aspect production littéraire à partir du matériau médiéval : https://crm.revues.org/2683

Ce livre a été publié juste après Les villes invisibles, un ouvrage extraordinaire que je recommande encore plus vivement.
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Re: Italo Calvino

Message par animal le Lun 5 Juin - 15:26

ça fait terriblement envie ce commentaire, en sortie de sieste en plus on ne peut imaginer que le meilleur.

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