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Italo Calvino

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Message par Nadine le Dim 5 Jan - 14:35

Italo Calvino - Page 2 A4493710

Le vicomte pourfendu


Le vicomte pourfendu


Je crois que c’est le premier livre que je lis de cet auteur. Merci Tristam de m’y avoir incité par la chaîne de lecture de la fin d’année.

Medardo , dans la splendeur de sa jeune innocence, se fait couper en deux dans les premières minutes de sa première bataille guerrière.
Un des moments du texte le plus savoureux, et qui traduit assez bien le ton de candeur -égale que Calvino prête à tous ses protagonistes, dans l'exercice de leur expression- propre.
C'est un des secrets je crois de son style, dans ce livre.
Un ton particulier qui suspend la hierarchie pour nous ramener à la règle du Conte.
Et qui nous mobilise en totale empathie pour tous les personnages , baignés du bon- sens- de- l'instant -T de chacune de leur existence. Le valet montre à son maître ce que celui-ci n'a su voir tout simplement, et de continuer. De l'avant.
Et le voilà donc qui courait, esquivant les coups de cimeterre, jusqu'à ce qu'il trouvât un Turc petit, à pied, et qu'il le tuât. Ayant compris comment on faisait, il alla en chercher un grand à cheval, et il eut tord. Parce que c'étaient les petits les plus redoutables. Ils allaient jusque sous les chevaux avec leur cimeterre et les éventraient.
Le cheval de Medardo s'arrêta jambes écartées.
"Qu'est ce que tu fais? "dit le vicomte. Curzio arriva en indiquant vers le bas "Regardez un peu là"

Un bon sens de l'instant T qui constamment donne aussi valeur à la notion d'expérience. C'est un trait qui m'a marqué.  La malice en ressort un enseignement, très souvent.


Medardo rate en beauté , par la suite, un autre assaut. Je ne divulgâche pas tout ça, c'est trop bien raconté.

Et ses gens de récupérer ce qu’ils peuvent de sa dépouille, une moitié bien nette coupée du crâne au pubis.
Unijambiste tout en droite part, il reprend des forces, pour faire connaitre au peuple de ses terres une inouïe cruauté.
Ce mal qui l’anime se comprend pour tous comme résultante de ses blessures atroces, et peu à peu tout ce monde s’ habitue à souffrir de lui mille maux,
apprend à s’en méfier, trouve sa fragile liberté à le nommer à mots couverts
et à lire clairement toute alternative, réduite à la survie, à qui s’y frotte.

Celui qui raconte l’aventure est son neveu, parent pauvre. Un enfant.
« Ouh làlà », répond t’il à son effrayant oncle, lorsque ce dernier cherche à l’attirer vers la mort ou des pièges pervers.
De sa nourrice, « Comment va t ‘elle », demande un autre jour le tyran : « Euh comme ci comme ça. j’y vais » esquive l’enfant.

Et puis un jour, se lève une antithèse sur le pays. Les fruits volontairement éclatés sont pansés, les hirondelles mutilées enrubannées, et Medardo, le seigneur, mais vétu de hardes et non plus en seigneur, désoriente le peuple : il se montre doux et serviable, contre toute habitude prise, jusqu’à ce que tout un chacun comprenne que son autre moitié, gauche, a survécu et réapparu.

Ce court conte raconte cela. La réunion possible ou impossible des deux facettes d’un homme, et par les moyens de figures fortes : une jeune fille « rustique », un médecin couard mais passionné, un village de lépreux, bannis, une nourrice sans peur à l’attachement sans loi de bon sens, un neveu circonspect, des Huguenots austères prisonniers de leur habitus, des bandits inconséquents.

La veulerie, l’attache intime à la droiture, le divertissement musical, le sentiment religieux, le sentiment politique, la science comme fuite, le savoir faire humain, la mansuétude, l’inertie, le temps, toutes ces notions sont rencontrées , illustrées avec le ton du conte comme des sagesses qui se dérobent tour à tour. Il y a présence d'un panthéisme , je trouve, assez beau, aussi, dans la cosmogonie racontée. Tout est signe et se répond. Les humains et la terre entière sont dans le même flot d'existence.

La pérennité la plus solide semble résider dans l’être au monde de chacun, uniquement, un être au monde qui semble rappelé comme étant aussi multiple que souhaitable.
La fantaisie du ton m’a plu, la langue, exotiquement « médiévale » aussi, associée à des ruptures de ton amusantes dans leur crudité simple.

C’était un bon voyage, apte à amadouer les peurs que la conscience du « mal » provoque parfois.

Apte à amadouer, aussi, le déséquilibre, auquel la notion du « bien » total échoit aussi.


En définitive j’ai aimé que cette sorte d’écriture autour de l’absurde invite à réparer tout manichéisme, d’une vision à la fois humaniste et immanente.
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Message par Nadine le Dim 5 Jan - 14:56

ps : il y a une histoire d'amour, aussi, dans la trame, assez loufoque, dans son expression. Elle occupe pas mal du dernier tiers du livre, j'en ai été moins enchantée, c'est à dire que cela devient plus grotesque, très drôle, en fait, mais finir sur ces trames là accuseraient presque un ennui latent de l'ecrivain à clôre son histoire. Le panache éblouissant du début du livre a heureusement placé à mon avis toute la subtilité de ses enjeux. Non mais c'est vrai, à la lecture, j'ai eue l'impression qu'il accélérait un peu le rythme pour faire un sort à tout ça. (cf le canard et le mouton habillés, qui attendent à la sortie de l'église, etc)
Je devrais lire un autre livre de lui, pour voir. Lequel aborder, de ce point de vue là ? :
Le vicomte pourfendu a été écrit tôt, avant sa rencontre avec l'Oulipo,
y a t il un livre qui soit avant tout un roman, et non un manifeste ? Par la suite ? A même de distiller cet espèce de regard sur la vie qu'a l'auteur dans le Vicomte, mais sans la notion d'absurde- trop- mise -en -scène ?
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Message par Quasimodo le Dim 5 Jan - 15:11

Waouh ! Je crois que je vais le piquer dans la bibliothèque paternelle !

@Nadine a écrit:C’était un bon voyage, apte à amadouer les peurs que la conscience du « mal » provoque parfois.

Apte à amadouer, aussi, le déséquilibre, auquel la notion du « bien » total échoit aussi.
@Nadine a écrit:Il y a présence d'un panthéisme , je trouve, assez beau, aussi, dans la cosmogonie racontée. Tout est signe et se répond. Les humains et la terre entière sont dans le même flot d'existence.
Ça me parle, ça Italo Calvino - Page 2 1304972969

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Message par bix_229 le Dim 5 Jan - 15:18

Les feuilles des érables deviennent en novembre d' un rouge écarlate qui est la note dominante du paysage de l' automne japonais : elles se détachent sur le fond vert sombre des conifères et des
diverses tonalités de fauve, rouille et jaunes des autres feuillages.
Mais les érables ne s'imposent pas à lavue par un acte d' arrogance chromatique effronté : si
l' oeil est aimanté par eux comme s' il poursuivait le motif d' une musique, c' est à cause de la
légèreté de leurs feilles étoilées, comme suspendues autour de branches fines, toutes horizontales,
sans épaisseur, tendant à s' étendre sans toutefois encombrer la transparence de l' air.
Les feuilles du ginkgo sont au contraire jaunes, du jaune le plus vif et le plus lumineux; elles tombent en pluie de très hautes branches, comme des pétales de fleurs : infinité de petites feuilles
en forme d' éventail, pluie légère et contiue qui pigmente de jaune la surface du petit lac.


L' Envers du sublime dans le recueil Collection de sable

Voilà un aspect de Calvino que je ne connaissais pas celui de l' observateur minutieux et spéculatif
du monde visible...
Qu' il s' agisse des observations cartographiques anciennes ou de musées de monstres de cire, de la colonne Trajane ou de voyages au Japon et au Mexique, Calvino révèle un talent de connaisseur cultivé et poétique.

Récupéré.
A noter que Calvino avait très inspiré les lecteurs de Parfum de livres. B
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Message par Nadine le Dim 5 Jan - 15:18

En attendant, lorsque j'ai écris "Apte à amadouer, aussi, le déséquilibre, auquel la notion du « bien » total échoit aussi." j'étais pas sûre d'être dans un exercice conforme de la grammaire. Si j'ai fais une faute je vous remercie de rectifier. C'est ardu d'utiliser ce verbe. glups
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Message par Nadine le Dim 5 Jan - 15:20

@Bix, voilà donc une piste de prochaine lecture, merci !
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Message par bix_229 le Dim 5 Jan - 15:23

En  terminant Collection de sable et j' ai l' impression d' avoir saisi, pas nécéssairement compris, des notions claires, précises sur le Japon, le Mexique, l' Iran.
Une manière de synthétiser, de montrer, d' expliquer en très peu de phrases et très peu de mots ce qui nous plonge dans l' embarras quand on est confronté à une culture inconnue, et de ne pouvoir capter ce qu' il y a derrière ce qu' on voit. Et qui est essentiel.
Par exemple quand il parle d' une mosquée à Ispahan.

Ce que j' avais compris au cours d' un lointain voyage à Ispahan : que la chose la plus importante au monde, ce sont les espaces vides.
Les voutes en nids d' abeilles des coupoles de la mosquée du shah Abbas, la coupole brune de la mosquée du Vendredi, portée par une succession d' arcs de taille décroissante, calculés suivant
une arithmétique sophistiquée pour souder la base carrée au cercle qui soutient la calotte;
les liwan, ces grands portails quadrangulaires à la voute arquée : tout confirme ici que la véritable substance du monde est donnée par la forme en creux.


Le Mihrab, dans Collection de sable

Récupération
Vous m'avez donné l'envie de relire Si par une nuit d'hiver...


Dernière édition par bix_229 le Dim 5 Jan - 15:29, édité 1 fois
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Message par Nadine le Dim 5 Jan - 15:26

Ah oui, c'est chiadé.
Après le volet d'immanence auquel il m'a introduite, une vision de l'espace sculpté me plais. Merci pour ces citations. C'est un style très différent du conte que je viens de lire, ce n'est pas pour me déplaire, en plus, qu'il ait ainsi des cordes variées à son arc.
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Message par Quasimodo le Dim 5 Jan - 15:45

Le seul livre que j'ai lu de Calvino, dont j'ai retenu peu de choses sinon une ambiance qui n'appartient d'ailleurs peut-être plus du tout au livre (car je l'ai lu il y a très longtemps), le plaçait plutôt dans le sillage d'Elsa Morante : Le sentier des nids d'araignée. Ce qui pourrait d'ailleurs expliquer que j'aie tellement aimé les nouvelles de Morante, dans la mesure où elles me rappelleraient un fonds très ancien.
À vous lire, j'ai l'impression que l'on parle d'un autre auteur que celui que j'ai lu.

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Message par Tristram le Dim 5 Jan - 15:51

Bien content que Le Vicomte ait retenu ton attention, Nadine ! Tu as mis le doigt sur la (une) clef de ce (pseudo) conte philosophique : le risque de l'extrémisme dans le déséquilibre dialectique.
« Ce n’est pas moi seul, Paméla, qui suis écartelé et pourfendu, mais toi aussi, nous tous. »
Italo Calvino, « Le vicomte pourfendu » , VII
Heureux aussi que tu envisages de poursuivre la lecture de cet auteur. A noter que je t'avais conseillé ce titre parce que c'est le le premier roman de la « trilogie héraldique » Nos Ancêtres, dont les volumes suivants sont Le Baron perché et Le Chevalier inexistant. Mais, comme souligné par Bix, Calvino est étonnamment éclectique (il y a même un recueil genre SF, Cosmicomics, où je n'ai pas compris grand chose), et la plupart des textes de La Collection de sable sont passionnants : ici, un côté "Bouvier" :
« Voyager ne sert pas beaucoup à comprendre (cela, je le sais depuis un bout de temps ; je n’ai pas eu besoin d’arriver en Extrême-Orient pour m’en convaincre), mais sert à réactiver pendant un instant l’usage des yeux : la lecture du monde. »
Italo Calvino, « La vieille dame en kimono violet », in « Collection de sable », II, « La forme du temps », « Japon »
Personnellement, j'avais aussi beaucoup apprécié Les villes invisibles, une sorte de rêverie hallucinée sur des villes fantastiques. Ici, un extrait qui pourrait concerner la lecture :
« − Moi je parle, je parle, dit Marco, mais celui qui m’écoute ne retient que les paroles qu’il attend. […] Ce qui commande au récit, ce n’est pas la voix : c’est l’oreille. »
Italo Calvino, « Les villes invisibles », IX

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Message par Nadine le Dim 5 Jan - 16:10

Tu as su me recommander de quoi avancer dans mon volcanisme émotionnel, Tristam.
La clef du déséquilibre dialectique est très rondement amenée, j'aurais été nulle de ne pas la trouver. Mais il y a d'autres postures plus complexes qui auront laissé leur scorie en moi.
Je retiens aussi tes indications sur la trilogie et Les villes invisibles : je crois d'ailleurs que tu en as déjà parlé quelque part.

Je reste éblouie par "La forme d'une ville" de gracq, sans doute parce que c'était l'une des premieres lectures qui m'aient prouvé que le Verbe puisse être épanoui en dehors d'une problématique pathétique humaine directe, tout en développant pourtant tout le sel de l'expérience humaine. Alors si ça parle aussi des cités , j'ai hâte de continuer par là.
Merci
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Message par Bédoulène le Dim 5 Jan - 16:30

merci Nadine, je n'ai lu que le' Baron perché et donc j'aurais du commencer par le viconte pourfendu !

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Message par Tristram le Dim 5 Jan - 16:37

J'ai fait pareil, Bédoulène ! Mais cela n'a pas grande importance. Il est vrai que ces trois livres forment un tout, dans l'atmosphère, l'époque concernée, le ton, et puis c'est Calvino qui l'a voulu/ conçu ainsi, mais ils sont indépendants les uns des autres.

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Message par Bédoulène le Dim 5 Jan - 16:44

ok !

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Message par Tristram le Sam 14 Mar - 20:10

Forêt-Racine-Labyrinthe

Italo Calvino - Page 2 Forzot10


Bref conte dans le ton de la trilogie des Ancêtres.
« ‒ Les branches nous empêchent d’avancer. Il faut que nous passions par-dessus ou par-dessous.
L’écuyer s’étonna :
‒ Les branches ? Mais ce sont des racines, Majesté.
‒ Si ces choses-là sont des racines, répliqua le Roi, alors nous sommes en train de marcher sous la terre !
‒ Si ce sont des branches, insista le vieil Amalbert, alors nous avons perdu le sol de vue et nous sommes suspendus en l’air. »

« Dis-moi, tu n’as pas une idée de l’endroit où nous sommes ? Je descendais dans les racines et je me retrouve dans les branches…
‒ Je ne sais pas. Je grimpais dans les branches… et je me retrouve enfoncé dans un labyrinthe. »

Mots-clés : #contemythe #moyenage #nouvelle

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Message par Tristram le Mar 17 Mar - 17:27

Pourquoi lire les classiques

Italo Calvino - Page 2 Pourqu10


Recueil d’articles, de préfaces et d’interventions érudits sur la littérature classée chronologiquement : classique gréco-romaine (Xénophon, Ovide, Pline, etc.), puis Dante, l’Arioste, Ortes, Nezâmi, l’auteur de Tirant le Blanc, Voltaire, Diderot, Stendhal, Dickens, Twain, Hemingway, Ponge, Queneau, Pavese, etc.
Pourquoi lire les classiques :
(qui ramentoit un peu le Comme un roman de Pennac)
1) Les classiques sont ces livres dont on entend toujours dire : « Je suis en train de le relire… » et jamais : « Je suis en train de le lire… »
2) Sont dits classiques les livres qui constituent une richesse pour qui les a lus et aimés ; mais la richesse n’est pas moindre pour qui se réserve le bonheur de les lire une première fois dans les conditions les plus favorables pour les goûter.
« …] toutes choses qui continuent à opérer même lorsqu’il ne nous reste que peu de chose, ou même rien, du livre que nous avons lu dans notre jeunesse. En relisant ce livre à l’âge mûr, il nous arrive d’y retrouver ces constantes dont nous avions oublié l’origine, et qui font désormais partie de nos mécanismes intérieurs. L’œuvre littéraire possède cette force spécifique : se faire oublier en tant qu’œuvre tout en laissant sa semence. »
3) Les classiques sont des livres qui exercent une influence particulière aussi bien en s’imposant comme inoubliables qu’en se dissimulant dans les replis de la mémoire par assimilation à l’inconscient collectif ou individuel.
4) Toute relecture d’un classique est une découverte, comme la première lecture.
5) Toute première lecture d’un classique est en réalité une relecture.

La définition no 4 peut être considérée comme le corollaire de celle-ci :
6) Un classique est un livre qui n’a jamais fini de dire ce qu’il a à dire.
7) Les classiques sont des livres qui, quand ils nous parviennent, portent en eux la trace des lectures qui ont précédé la nôtre et traînent derrière eux la trace qu’ils ont laissée dans la ou les cultures qu’ils ont traversées (ou, plus simplement, dans le langage et les mœurs).
8 ) Un classique est une œuvre qui provoque sans cesse un nuage de discours critiques, dont elle se débarrasse continuellement.
9) Les classiques sont des livres que la lecture rend d’autant plus neufs, inattendus, inouïs, qu’on a cru les connaître par ouï-dire.
10) On appelle classique un livre qui, à l’instar des anciens talismans, se présente comme un équivalent de l’univers.

Définition qui nous conduit à l’idée du livre total, tel que le rêva Mallarmé.
(Etc.)

Les Odyssées dans L’Odyssée :
« La mémoire ne compte vraiment – pour les individus, les collectivités, les civilisations – que si elle assure la cohésion entre empreinte du passé et projet de l’avenir, si elle permet de faire sans oublier ce que l’on voulait faire, de devenir sans cesser d’être, d’être sans cesser de devenir. »

« Pour Ulysse-Homère, peut-être que la distinction mensonge-vérité n’existait pas, qu’il racontait la même expérience tantôt dans le langage du vécu, tantôt dans le langage du mythe ; et de même pour nous, encore : chacun de nos voyages, petit ou grand, est toujours une Odyssée. »
La ville-roman chez Balzac :
« Toute la force romanesque est soutenue et condensée par la fondation d’une mythologie de la métropole. Une métropole où chaque personnage apparaît encore, comme dans les portraits d’Ingres, en propriétaire de son propre visage. L’ère de la foule anonyme n’a pas encore commencé ; cela ne saurait tarder, il s’en faut de la vingtaine d’années qui séparent Balzac, et l’apothéose de la métropole dans le roman, de Baudelaire, et l’apothéose de la métropole dans la poésie en vers. »
Léon Tolstoï, Deux Hussards :
« Il n’est pas facile de comprendre la manière dont Tolstoï construit sa narration. Ce que tant d’écrivains laissent à découvert – schémas de symétrie, poutres maîtresses, contrepoids, charnières – demeure caché chez lui. »
Pasternak et la révolution :
Le regard de Calvino sur des œuvres qu’on a lues surprend par ce qu’il y voit : souvent des aspects qu’on n’avait pas mesurés, explicités, voire qui ne nous avaient pas intéressés, mais qui après-coup prennent de l’importance comme interprétations supplémentaires. C’est le cas dans cette relativement longue analyse.
« Une idée qui se réalise poétiquement ne peut jamais ne pas avoir de signification. Avoir une signification ne veut pas dire en fait correspondre à la vérité. Cela veut dire indiquer un point crucial, un problème, une inquiétude. Kafka, croyant faire de l’allégorie métaphysique, a décrit de façon incomparable l’aliénation de l’homme contemporain. »
Le monde est un artichaut :
(à propos de Gadda)
« La réalité du monde se présente à nos yeux comme multiple, hérissée, avec une épaisseur de strates superposées. Comme un artichaut. Ce qui compte pour nous, dans l’œuvre littéraire, c’est la possibilité de continuer à l’effeuiller comme un artichaut infini, en découvrant des dimensions de lecture toujours nouvelles. »
Eugenio Montale, Forse un mattino andando (Peut-être, un matin, allant…) :
« J’en viens sans plus tarder au cœur de la question : dans une époque où les mots sont génériques et abstraits, des mots bons pour tous les usages, des mots qui servent à ne pas penser et à ne pas dire, une peste du langage qui se répand du domaine public au privé, Montale a été le poète de l’exactitude, du choix lexical motivé, de la précision terminologique soucieuse de capturer l’unicité de l’expérience [… »

Mots-clés : #ecriture #essai

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Message par Bédoulène le Mar 17 Mar - 18:09

donc je pourrais apprendre beaucoup à cette lecture, je pense.

merci Tristram

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Message par bix_229 le Ven 20 Mar - 20:48

A propos de Si une nuit d'hiver un voyageur

La réceptivité du lecteur, par rapport à l'ensemble des sensations que le roman prétend communiquer, se trouve etre très réduite, en premier lieu par le fait que sa lecture souvent précipitée et distraite ne saisit pas ou néglige, un certain nombre de signaux et d'intentions effectivement contenus dans le texte, ensuite, non seulement parce qu'il y a toujours quelque chose d'essentiel qui reste extérieur de la phrase écrite, mais qu'on peut meme dire que les choses que le roman ne dit pas sont nécessairement plus nombreuses que celles qu'il dit, et que, seul un reflet particulier de ce qui est écrit peut donner l'illusion de lire aussi ce qui n'est pas écrit. P. 284

Tant que je saurai qu'il y a au monde quelqu'un qui fait des tours de prestidigitation par amour du
jeu, tant que je saurai qu'il y a une femme qui aime lire pour lire, je pourrai me convaincre que
le monde va continuer. P. 336
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