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Paul Verlaine

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Message par Aventin le Sam 17 Déc - 9:23

Paul Verlaine
(30 mars 1844-8 janvier 1896)

Paul Verlaine Paul_v10

Fils d’un officier napoléonien, Paul Verlaine fait ses études à Paris au lycée Bonaparte. Il travaille ensuite à l’hôtel de ville de la capitale. Ne pouvant supporter cet emploi médiocre, il fréquente les cafés et leurs poètes et commence à boire.
Ce rapport catastrophique à l'alcool est générateur de violence. Tout au long de sa vie, il est sujet, en état d'ivresse, à de très graves colères qui lui font commettre des actes qu'il regrettera ensuite.

Cette compagnie l’incite à rédiger ses premiers poèmes, empreints de mélancolie, où se mêlent préciosité et personnages de la commedia dell'arte ("Fêtes galantes" 1869) ainsi que son admiration pour Baudelaire ("Poèmes saturniens" 1866 à 22 ans) . En 1870, il fait la connaissance de Mathilde Mauté, qu’il épouse. Il écrit pour elle le recueil "La Bonne Chanson".

En 1871, il rencontre Arthur Rimbaud pour lequel il sacrifie son couple et s’enfuit en Angleterre. A l'issue d'une dispute entre eux, il blesse à coups de pistolet le jeune poète. Condamné pour homosexualité, Verlaine est emprisonné pendant deux ans et c'est à cette époque qu'il rédige l’essentiel des recueils "Romance sans paroles" (1874) et "Sagesse" (1881). De retour à Paris, il sombre à nouveau dans l’alcoolisme. En 1884, paraît son recueil "Jadis et naguère" qui reprend des poèmes écrits une décennie plus tôt et que couronne Art poétique. La mort de sa mère en 1886, le condamne à la misère, malgré l’admiration des symbolistes.

Paul Verlaine est avant tout le poète des clairs-obscurs. L’emploi de rythmes impairs, d’assonances, de paysages en demi-teintes le confirment, rapprochant même, par exemple, l’univers des Romances sans paroles des plus belles réussites impressionnistes. Il s'ingénie à introduire le maximum de variété dans le rythme, initiant par là l'avènement du vers libre.

C’est lui qui a lancé la notion de « poètes maudits»
source : Babelio

Pour accéder à une biographie très complète rédigée par Aventin, cliquer ici:
Paul Verlaine est né le 30 mars 1844 à Metz, où son père est officier du Génie, ville que la famille quitte en 1850.
De 1851 à 1861, Verlaine fait ses études à Paris à l'institution Landry, rue Chaptal, puis au Lycée Bonaparte (futur lycée Condorcet).
En 1858 (à 14 ans), il envoie à Victor Hugo un poème de sa composition, intitulé La Mort.
Passionné de dessin et de littérature, il écrit des vers et des nouvelles à la manière d'Edgar Poe.
En 1862, il passe son bac ès lettres, mais fréquente plus les cafés littéraires que la fac de droit où il s'est inscrit.

A 21 ans, Verlaine est chargé de la critique littéraire dans la revue "L'Art", il écrit des articles élogieux sur Charles Baudelaire et Victor Hugo. Il rencontre les parnassiens, François Coppée, Théodore de Banville, José-Maria de Heredia et Leconte de Lisle.
Il vit toujours chez ses parents et, après le décès de son père en décembre 1865, chez sa mère avec laquelle il entretiendra une relation de proximité et de violence toute sa vie.

Paul Verlaine est aussi très proche de sa chère cousine Élisa, orpheline recueillie en 1836 et élevée par les Verlaine avec leur fils: il souhaitait secrètement l'épouser, mais elle se marie en 1861 avec un entrepreneur aisé (il possède une sucrerie dans le Nord) ce qui permettra à Élisa de l'aider à faire paraître son premier recueil.
La mort en couches en 1867 de celle dont il restait amoureux le fait basculer un peu plus dans l'excès d'alcool qui le rend violent: il tente alors plusieurs fois de tuer sa mère.

En 1866, Verlaine collabore au premier Parnasse contemporain et publie les Poèmes saturniens. On y sent l'influence de Charles Baudelaire, cependant que s'y annonce déjà "l'effort vers l'Expression, vers la Sensation rendue" (Lettre à Mallarmé du 22 novembre 1866), qui caractérise, sinon le meilleur de sa poésie, appréciation dangereuse que l'on laisse volontiers de côté au vu du maniement précautionneux qu'elle entraîne, du moins le plus notoire.

1867 voit la parution confidentielle et la diffusion sous le manteau, histoire de contourner la censure, de la plaquette Les Amies (sous-titré Scènes d'amour sapphique)) comprenant cinq sonnets (Sur le balcon, Pensionnaires, Per amica silentia, Printemps, Été, Sappho).

En 1869, Les Fêtes galantes, des fantaisies évoquant le dix-huitième siècle de Watteau, confirment cette orientation vers la sensation restituée, ajoutant toutefois une touche de musicalité, et le rendu quasi-musical restera désormais une de ses caractéristiques, fût-ce au prix de quelques acrobaties formelles.

Il se marie en 1870 avec une jeune fille de 17 ans, Mathilde Mauté de Fleurville pour qui il vient de publier La Bonne Chanson, union encouragée par la mère de Verlaine.
Mais le couple dysfonctionne presque d'emblée. L'alcool est de plus en plus présent dans la vie du poète, et, au rêve des fiançailles succèdent, presque tout de suite, les malentendus, aggravés par la violence conjugale dont Verlaine fait preuve.

Le couple explosera en 1871, lorsque Verlaine fait la connaissance d'un certain Arthur Rimbaud, qui n'est pas la première liaison homosexuelle qu'on lui prête (à 16 ans il se serait épris d'un de ses camarades de lycée, Edmond Lepelletier, qui sera son futur biographe, puis de Lucien Viotti qui sera tué lors de la guerre de 1870).

En janvier 1872, la pauvre Mathilde, victime de ces violences conjugales, s'enfuit à Périgueux avec leur jeune fils Georges qui vient de naître.

Verlaine, quant à lui, suit le jeune poète ardennais en Angleterre puis en Belgique, avec parfois Germain Nouveau en complément du duo. C'est pendant ces voyages qu'il écrit Les Romances sans paroles.

En 1873, il blesse Rimbaud d'un coup de revolver et est condamné à deux ans de prison, bien que Rimbaud ait retiré sa plainte, peine qu'il purge à Bruxelles et à Mons. Il apprend lors de sa détention que Mathilde a demandé et obtenu la séparation de corps et la garde de leur fils.

Son retour au catholicisme date de ce séjour dans les geôles belges. C'est là qu'il entreprend, puis peaufine le futur recueil Sagesse (paru en 1880).

A sa sortie, il se rend à nouveau en Angleterre, puis à Rethel et exerce une charge de professeur. En 1884, il publie un essai sur Trois "poètes maudits" (Mallarmé, Tristan Corbière, Rimbaud) qui contribue à le faire connaître.

Jadis et Naguère parait également en 1884, c'est un patchwork de recueil, franchement disparate, comprenant pour l'essentiel (et le plus notable !) des pièces écrites dix ans plus tôt, et des poésies secondaires: recueil alimentaire ? Hum, sans doute, mais il cèle quelques petits joyaux, comme "Art poétique", ou encore "Langueur", etc... qui sont des jalons de prime importance dans sa trajectoire poétique.

Avec Mallarmé, il est traité comme un maître et un précurseur par les poètes du symbolisme et par les décadents. A partir de 1887, alors que sa célébrité s'accroît, il plonge dans la misère la plus noire.

Il publie, pourtant, et de façon assez régulière et abondante: Amour (1888), Parallèlement (1889), Dédicaces (1890), un bref recueil érotique Femmes (1890), Bonheur (1891), Chanson pour Elle (1891), Liturgies intimes (1892), Odes en son honneur (1893), Élégies (1893), Dans les limbes (1894), Épigrammes (1894).

En 1895, la ville de Nancy donne son nom à une de ses rues, ce sera le début d'une interminable série, puisque, de nos jours, de la métropole à la sous-préfecture voire même certains villages, il n'y a pas une agglomération de France qui ne s'enorgueillisse de "sa" plaque Paul Verlaine, sur un édifice ou en nom de voirie.  

En 1895 toujours, il signe la préface d'un recueil des œuvres complètes de Rimbaud publiées par la sœur de ce dernier.

Puis, post-mortem, paraissent Chair (1896), Invectives (1896), Hombres (1903), Biblio-sonnets (1913).

Partageant son temps entre cafés, hôpitaux et asiles, usé de façon prématurée, il sombre dans la misère, tendance semi-clochardisation. Comme un peu de baume sur ses plaies, il est pensionné par le gouvernement en 1894, pathétiquement couronné par celui-ci "Prince des Poètes".

Pour être complet, signalons qu'il a aussi écrit quelques ouvrages critiques, quelques fragments autobiographiques et d'autres polémiques, des récits de voyage et même des livres de fiction type roman, qu'il a tenté et abandonné des recueils de poésie (Les Vaincus, Cellulairement, Varia...). Quelques crobards ou dessins plus élaborés jalonnent aussi son parcours, et bon nombre de vers sont perdus ou restent à compiler, à recueillir: des collectionneurs fortunés en gardent jalousement, dit-on.  


Il décède d'une congestion pulmonaire à Paris le 8 janvier 1896.
Le lendemain de son enterrement, plusieurs quotidiens relatent un événement curieux: dans la nuit qui a suivi les obsèques, la statue de la Poésie, au faîte de l'Opéra, a perdu un bras qui s'est écrasé, avec la lyre qu'il soutenait, à l'endroit où le corbillard de Verlaine venait de passer...

Bibliographie sélective :

Recueils en vers
1866 : Poèmes Saturniens
1867 : Les Amies, scènes d'amour sapphique (recueil érotique)
1869 : Fêtes galante
1874 : Romances sans paroles
1880 : Sagesse
1884 : Jadis et Naguère
1888 : Amour
1889 : Parallèlement
1890 : Dédicaces
1890 : Femmes (recueil érotique)
1891 : Bonheur
1891 : Chansons pour Elle
1892 : Liturgies intimes
1893 : Odes en son honneur
1893 : Élégies
1894 : Dans les limbes
1894 : Épigrammes
1896 : Chair
1896 : Invectives
1903 : Hombres (recueil érotique)
1913 : Biblio-sonnets

Œuvres de fiction (en prose)
1886 : Les mémoires d'un veuf
1886 : Louise Leclercq - Le Poteau - Madame Aubin - Pierre Duchatelet
1888 – 1890 : Histoires comme ça
1893 : L'obsesseur
1895 : Conte pédagogique

Œuvres autobiographiques (en prose)
1885 ? : La goutte
1889 – 1891 : Gosses
1891 : Mes hôpitaux
1891 : Souvenirs
1891 : Bénéfices
1891 : Le Diable
1892 : Chronique de l'hôpital. L'ennui, là
1892 : Souvenirs d'un messin
1893 : Mes prisons
1893 : Quinze jours en Hollande. Lettres à un ami
1893 : Onze jours en Belgique
1894 : Un tour à Londres
1895 : Confessions
1895 : Croquis de Belgique
Enfance chrétienne (publication posthume)
La mère souris (publication posthume)
Les Bigarrures de l'honneur  (publication posthume)

Œuvres critiques
1884 et 1888 : Les Poètes maudits
1885 – 1892 : Les hommes d'aujourd'hui

Œuvres polémiques et récits de voyages
1867 : Les Imbéciles
1869 : Articles du Rappel
1880 : Voyage en France par un Français
1882 – 1883 : Nos Ardennes

Mot-clé : #poésie
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Message par Aventin le Sam 17 Déc - 21:19

En se disant comme ça, se sera fait, peut-être va-t-on ouvrir ce fil par une thématique lugubre, non, ne fuyez pas !

Comme dit dans le message précédent, le premier poème connu de Verlaine, celui qu'il posta à Victor Hugo à quatorze ans, est La mort. Et son dernier connu s'intitule... Mort !.

La mort
         
Spoiler:

Telle qu'un moissonneur, dont l'aveugle faucille
Abat le frais bleuet, comme le dur chardon,
Telle qu'un plomb cruel qui, dans sa course, brille,
Siffle, et, fendant les airs, vous frappe sans pardon ;

Telle l'affreuse mort sur un dragon se montre,
Passant comme un tonnerre au milieu des humains,
Renversant, foudroyant tout ce qu'elle rencontre
Et tenant une faulx dans ses livides mains.

Riche, vieux, jeune, pauvre, à son lugubre empire
Tout le monde obéit ; dans le cœur des mortels
Le monstre plonge, hélas ! ses ongles de vampire !
Il s'acharne aux enfants, tout comme aux criminels :

Aigle fier et serein, quand du haut de ton aire
Tu vois sur l'univers planer ce noir vautour,
Le mépris (n'est-ce pas, plutôt que la colère)
Magnanime génie, dans ton cœur, a son tour ?

Mais, tout en dédaignant la mort et ses alarmes,
Hugo, tu t'apitoies sur les tristes vaincus ;
Tu sais, quand il le faut, répandre quelques larmes,
Quelques larmes d'amour pour ceux qui ne sont plus.
Mort !

Spoiler:
Les Armes ont tu leurs ordres en attendant
De vibrer à nouveau dans des mains admirables
Ou scélérates, et, tristes, le bras pendant,
Nous allons, mal rêveurs, dans le vague des Fables.

Les Armes ont tu leurs ordres qu'on attendait
Même chez les rêveurs mensongers que nous sommes,
Honteux de notre bras qui pendait et tardait,
Et nous allons, désappointés, parmi les hommes.

Armes, vibrez ! mains admirables, prenez-les,
Mains scélérates à défaut des admirables !
Prenez-les donc et faites signe aux En-allés
Dans les fables plus incertaines que les sables.

Tirez du rêve notre exode, voulez-vous ?
Nous mourons d'être ainsi languides, presque infâmes !
Armes, parlez ! Vos ordres vont être pour nous
La vie enfin fleurie au bout, s'il faut, des lames.

La mort que nous aimons, que nous eûmes toujours
Pour but de ce chemin où prospèrent la ronce
Et l'ortie, ô la mort sans plus ces émois lourds,
Délicieuse et dont la victoire est l'annonce !

(Décembre 1895)

C'est curieux sinon troublant, d'autant que dans le cas de Verlaine on a envie de mettre en exergue la célèbre apostrophe de Saint Paul dans la première lettre aux Corinthiens (qui fit les choux gras de Daniel-Rops):
Ô mort, où est ta victoire ?
Où est ta victoire, tant Verlaine est présent, dans les noms de voirie et d'édifices comme je le disais dans le message ci-dessus, mais aussi dont certains poèmes sont appris par cœur en Poésie (alias récitation) par les générations d'écoliers qui se succèdent depuis un bon trois quart de siècle ?
Où est ta victoire, quand vous demandez à une dizaine d'adultes, par jeu, de vous dire quelques vers, une strophe si possible, plusieurs d'entre eux vous déclameront spontanément du Verlaine ?
Où est ta victoire, quand le message codé le plus célèbre de la Résistance française lors du deuxième conflit mondial furent deux vers tirés de Chanson d'automne (BBC, 21h, 1er et 5 juin 1944) ?
Les sanglots longs des violons de l'automne
Blessent mon cœur d'une langueur monotone.

La mort, pourtant, si souvent évoquée dans son œuvre...de magnifique manière, comme dans Sub Urbe (recueil: Poèmes Saturniens):

Sub urbe

Les petits ifs du cimetière
Frémissent au vent hiémal,
Dans la glaciale lumière.

Avec des bruits sourds qui font mal,
Les croix de bois des tombes neuves
Vibrent sur un ton anormal.

Silencieux comme les fleuves,
Mais gros de pleurs comme eux de flots,
Les fils, les mères et les veuves,

Par les détours du triste enclos,
S’écoulent, - lente théorie, -
Au rythme heurté des sanglots.

Le sol sous les pieds glisse et crie,
Là-haut de grands nuages tors
S’échevèlent avec furie.

Pénétrant comme le remords,
Tombe un froid lourd qui vous écœure
Et qui doit filtrer chez les morts,

Chez les pauvres morts, à toute heure
Seuls, et sans cesse grelottants,
- Qu’on les oublie ou qu’on les pleure ! -

Ah ! vienne vite le Printemps,
Et son clair soleil qui caresse,
Et ses doux oiseaux caquetants !

Refleurisse l’enchanteresse
Gloire des jardins et des champs
Que l’âpre hiver tient en détresse !

Et que - des levers aux couchants -
L’or dilaté d’un ciel sans bornes
Berce de parfums et de chants,

Chers endormis, vos sommeils mornes !

La prodigieuse première strophe est archi-connue à juste titre: normalement, en poésie classique, c'est elle qui donne le nombre de pieds, et là, petit piège, sommes-nous sur du huit ou du neuf pieds ?  Sur le premier vers, en détachant les diérèses, on peut arriver à compter dix syllabes !
L'emploi (géniale trouvaille) de ifs à la césure permet toutes les audaces, surtout avec l'emploi du pluriel (Le petit if du cimetière, au singulier, eût fait basculer la liaison de -zifs en -tif, pour un résultat sensiblement moins harmonieux) !
 
A la diction, j'ai presque tendance, pour ma part, à scander dix syllabes, problème: ensuite je n'ai pas "mon compte" de pieds pour les vers qui suivent. Il faut donc en élider une, mais laquelle ? Le "e" de "petits" ne paraît pas possible à supprimer (c'est-à-dire prononcer "p'tits" à la façon des tribus sauvages d'outre Loire, idem le "e" de "cimetières", "cim'tières" serait rédhibitoire pour l'effet du mot et la musique générale du vers, donc c'est à la fin de cimetière qu'on peut retomber, tel le poulpe, sur "nos" neuf pieds.
Donc il ne faut pas prononcer cime-ti-ère, mais -tière. C'est, au reste, l'usage de prononciation courant de cimetière.

C'est une belle figure de style poétique, en ce sens qu'en matière d'usage, en poésie française, les groupes de voyelles ne formant qu'une seule syllabe par synérèse (une diphtongue, quoi) et ne comprenant pas un -e muet sont plutôt exceptionnels, or, là, Verlaine nous tend en une, mais agrémentée de deux "e" potentiellement muets, qui s'avèrent ne pas l'être, dans le même vers !      
Sachant, de surcroît, que ne pas utiliser -i... en diphtongue a tendance à être plutôt rare, en poésie française, on détache le -i de la voyelle qui le suit ou le précède, sauf bien sûr l'-e muet, quitte à donner dans l'emphase vis-à-vis de la prononciation du mot, en comparaison de lorsqu'il est habillé en tous-les-jours, exemple:
Nuages, firmaments, plé-i-ades protectrices (Victor Hugo, les Quatre Vents de l'Esprit)
Où le -i détaché sert carrément de césure !
Ou, au moins aussi précieux dans la construction, pas là pour "faire nombre" des pieds, beau parce que tirant tout le vers:
Et, comme un long linceul traînant à l'Or-i-ent, (Charles Baudelaire, Recueillement).  

Vous aurez noté la prise rythmique bien distincte, résultant d'un vers cassé, par simple onomatopée:
Ah ! vienne vite le Printemps,

Et tout ainsi jusqu'à la fin du poème, qui est un vers isolé s'achevant sur une sourde. A noter l'entrelac permanent, rigoureux, de rimes masculines et de rimes féminines, du plus bel effet, vraiment efficace.

Et cette permanence de la musique, on a parlé du goût de la chanson grise à son propos, je crois que c'est un compliment.

Moult thèses, sûrement, ont dû voir le jour sur le travail euphonique chez Verlaine, mais il y a là matière à émerveillement.

C'est peut-être aussi pour cet aspect-là, en dehors d'autres que nous aborderons sans doute au fil du...fil, que, à mon humble avis, Verlaine est l'une des grandes canalisations centrales de la poésie française au XIXème, avec Baudelaire, Hugo et Mallarmé. Des gens vers qui aboutit la poésie française antérieure, et d'où part la poésie française ultérieure.


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Message par Arturo le Dim 18 Déc - 16:48

Pour être précis, les mots en iè comme cimetière, font la synérèse pour la plupart. Exceptions quand ils sont précédés de deux consonnes différentes comme dans pri-ère, ou pour le mot : hy-ène.
Et pour les ian, c'est la diérèse sauf exception.
La diérèse et la synérèse sont vraiment les pierres d'achoppement de la versification, mais on s'y fait à la longue, et en lisant les grands auteurs. (La remarque ne t'est pas destinée, mais pour ceux qui auraient des doutes là-dessus).

Mais pour en revenir à Verlaine, ayant récemment lu in extenso son oeuvre, je crois que j'ai une préférence pour Les poèmes Saturniens, et Romances sans paroles. Même s'il a fait des choses très intéressantes par la suite.
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Message par Bédoulène le Dim 18 Déc - 17:03

et les profanes se contentent de leur ressenti et de la musique des mots

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Message par Aventin le Dim 18 Déc - 18:46

@Bédoulène a écrit:et les profanes se contentent de leur ressenti et de la musique des mots
Ce qui est déjà énorme et tout à fait à partager !

@Arturo a écrit:Pour être précis, les mots en iè comme cimetière, font la synérèse pour la plupart. Exceptions quand ils sont précédés de deux consonnes différentes comme dans pri-ère, ou pour le mot : hy-ène.
Et pour les ian, c'est la diérèse sauf exception.
La diérèse et la synérèse sont vraiment les pierres d'achoppement de la versification, mais on s'y fait à la longue, et en lisant les grands auteurs. (La remarque ne t'est pas destinée, mais pour ceux qui auraient des doutes là-dessus).

Mais pour en revenir à Verlaine, ayant récemment lu in extenso son œuvre, je crois que j'ai une préférence pour Les poèmes Saturniens, et Romances sans paroles. Même s'il a fait des choses très intéressantes par la suite.
Oui Arturo, nous sommes bien d'accord sur la diérèse et la synérèse.

Cet accord se prolonge d'ailleurs au niveau de la préférence, nous avons les mêmes quoique j'ajoute Sagesse, recueil que j'avais survolé un peu vite sans doute, peu attiré par la thématique générale, et dans lequel je me suis plongé avec de grands délices cet automne: à y revenir, sans doute, sur ce fil !

Sinon je puis même entendre sans vaciller que Verlaine n'a rien fait qui ajoute considérablement à son œuvre dès les années 1880, M. Jacques Borel dans la préface aux "œuvres poétiques complètes" dans La Pléiade donne même 1876 comme date de déclin.

Je partage l'opinion suivant laquelle le meilleur de sa production postérieure à Sagesse est...lorsqu'il recycle des matériaux anciens qui n'avaient pas encore paru, bien qu'à fouiller un peu, on exhibera de çà de là quelques pièces éparses tout à fait remarquables.  

Ne paraît pas inacceptable la théorie suivant laquelle l'esclavage de la Fée Verte avait trop rongé son talent sinon ses capacités, en sus d'accaparer son temps.
Temps dont il gaspillait le reste dans d'impérieux besoins, d'abord d'argent, ce qui le conduisait à pisser de la copie versifiée non apprêtée, mal maturée, ne s'insérant pas dans un projet artistique, et aussi auprès d'amours parfois sordides mais dont certains lui furent pourtant plus que de secourables bâtons de vieillesse prématurée (Philomène, mais Eugénie sans doute surtout).

A titre d'exemple de ce pathétisme, Verlaine, nom en vue, mais réel semi-clochard, allait revendre (pour boire ?) les livres qu'on lui adressait, souvent à un libraire nommé Chacornac. Il y rencontre un certain Pierre Dauze, Directeur de la Revue biblio-iconographique. Dauze commande à Verlaine 24 sonnets, donnant les sujets, les canevas (ils ont tous traits à la bibliophilie). 13 seulement paraissent, payés dix francs chacun. C'est la plaquette dite des Biblio-sonnets.

Je trouve poignant cette production de poivrot-épave et verse une larme sur ce qui a été fait du talent de celui que je tiens, je le répète, pour l'un d'entre les vraiment plus grands poètes français, et je crois bien que si je vous en donne un exemple sous spoiler, cette fois-ci c'est bien par pudeur:

Spoiler:

   Bibliomanie

Lire n’est rien : faut avoir lu ; faut ; l'a fallu !
Pour que si vous lisez dans les livres, qu'honore
La Reliure gaie ou sombre, que décore
Encore un blason fier ou tendre au choix élu,

Pourriez, hélas ! contaminer d’un doigt poilu
D’amateur brut le vélin noble que, sonore
Abstraitement, la gloire emplit, glaive ou mandore,
D’un grand héros ou d’un poète très... relu !

C’est vrai qu’étant à la fleur de votre bel âge,
Vous auriez tort — quand l’Amour vous laisserait cois
Un instant — de ne pas lire, — tels autrefois

Nous ! — les exploits et les beaux vers, quittes, hommage
Suprême, à vénérer, dès dûment reliés,
Leur majesté, leur force et... leurs dos repliés !
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Message par Aventin le Mar 7 Aoû - 15:36

Le recueil Sagesse, a priori in extenso (je n'ai pas vérifié).
Yves Bonnefoy s'étonnait, Verlaine n'étant pas très éloigné du faîte de sa notoriété, que le recueil n'atteignit qu'un modeste tirage de 400 exemplaires pour un tel opus.
En effet pourtant, quelle matière novatrice: de çà, de là, parfois les premières dissonances sciemment recherchées pour leur effet, les premières dysharmonies formelles, de temps en temps des pieds que même un comptage capillotracté ne fait pas retomber sur une métrique ajustée au pied à coulisse.

La critique elle-même, aujourd'hui encore, voire l'enseignement m'a-t-on affirmé (bien sûr je ne suis pas allé vérifier) montre des difficultés à ranger ce recueil parmi le tout meilleur de la production Verlainienne.

Pour ma part, j'en reste à partager l'ébahissement de Bonnefoy devant les trouvailles, plus d'un poète du tournant XIXème siècle / XXème siècle, mais aussi du XXème et du XXIème, et plus d'un amateur de poésie disent merci, à toute poitrine et du fond du cœur.



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Message par Tristram le Mar 7 Aoû - 20:41

Je découvre ce fil à l'occasion de ton dernier post, Aventin, et t'en remercie pour un poète majeur.
Sans doute bien connu, mais emblématique :
« De la musique avant toute chose,
Et pour cela préfère l'Impair
Plus vague et plus soluble dans l'air,
Sans rien en lui qui pèse ou qui pose.

Il faut aussi que tu n'ailles point
Choisir tes mots sans quelque méprise
Rien de plus cher que la chanson grise
Où l'Indécis au Précis se joint.

C'est des beaux yeux derrière des voiles
C'est le grand jour tremblant de midi,
C'est par un ciel d'automne attiédi
Le bleu fouillis des claires étoiles !

Car nous voulons la Nuance encor,
Pas la Couleur, rien que la nuance !
Oh ! la nuance seule fiance
Le rêve au rêve et la flûte au cor !

Fuis du plus loin la Pointe assassine,
L'Esprit cruel et le Rire impur,
Qui font pleurer les yeux de l'Azur
Et tout cet ail de basse cuisine !

Prends l'éloquence et tords-lui son cou !
Tu feras bien, en train d'énergie,
De rendre un peu la Rime assagie.
Si l'on n'y veille, elle ira jusqu'où ?

Ô qui dira les torts de la Rime ?
Quel enfant sourd ou quel nègre fou
Nous a forgé ce bijou d'un sou
Qui sonne creux et faux sous la lime ?

De la musique encore et toujours !
Que ton vers soit la chose envolée
Qu'on sent qui fuit d'une âme en allée
Vers d'autres cieux à d'autres amours.

Que ton vers soit la bonne aventure
Eparse au vent crispé du matin
Qui va fleurant la menthe et le thym...
Et tout le reste est littérature. »

Paul Verlaine, « Art poétique », in « Jadis et naguère »

Cet extrait résonne aussi du ton qui parcourt toute son oeuvre :
« J'aime le mot de décadence, tout miroitant de pourpre et d'ors. J'en révoque, bien entendu, toute imputation injurieuse et toute idée de déchéance. Ce mot suppose au contraire des pensées raffinées, d'extrême civilisation, une haute culture littéraire, une âme capable d'intenses voluptés (...). Il y a aussi dans ce mot une part de langueur faite d'impuissance résignée, et peut-être le regret de n'avoir pu vivre aux époques robustes et grossières de foi ardente, à l'ombre des cathédrales. »
Paul Verlaine, « Les Poètes maudits »

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« Nous causâmes aussi de l’univers, de sa création et de sa future destruction ; de la grande idée du siècle, c’est-à-dire du progrès et de la perfectibilité, et, en général, de toutes les formes de l’infatuation humaine. »
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Message par Aventin le Jeu 9 Aoû - 15:50

@Tristram a écrit:un poète majeur.
Sans doute bien connu, mais emblématique

Tu sais Tristram, comme disait Montesquieu, "il y a de beaux monstres"  - ainsi, bien que nous en soyons à 1400 et des pelletées auteur(e)s à fil ouvert ici, par exemple (dé)flagrant de beaux monstres littéraires il n'y a pas de sujet Arthur Rimbaud (ou encore Lamartine, Byron, Musset, William Shakespeare et cœtera), et je culpabilise presque (si, si), de ne pas encore avoir, par exemple, ouvert le topic Francis Jammes, et si l'on entre dans ces considérations-là, bien sûr une foultitude d'autres...
D'un autre côté je me dis que nous sommes un forum encore jeune, enfin du moins suffisamment récent pour que de tels passages obligés soient susceptibles qu'on hésite avant de les proposer, comme un entendu (=qui va de soi), ou encore souvenirs de jeunesse pour ceux qui comme moi blanchissent un tantinet, et puis de tels mastodontes impressionnent ceux qui participent et se disent peut-être, tellement leur pedigree, disons leur charge pondérale littéraire, est notoire, "à quoi bon ? ", wé, sans doute...
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Message par Arturo le Jeu 9 Aoû - 18:06

Si, si, je lui ai fait un fil à Shakespeare !
Pour les autres, ça viendra, espérons ! cat
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Message par Tristram le Jeu 9 Aoû - 18:13

Personnellement, je trouverais Lamartine et Musset limite secondaires ; on verra s'ils ont l'honneur et l'avantage d'un fil...

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Message par bix_229 le Jeu 9 Aoû - 19:54

Un homme transgressif, courageux, révolté.
Il a fait partie de ceux, rares, qui ont approuvé et participé à la Commune de Paris.
Le poète, je le préférais ado.
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Message par Tristram le Jeu 9 Aoû - 20:13

Perso, ce poète me revient sur le tard, par persistance dans l'oreille, réactivée par Gainsbourg.

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Message par Quasimodo le Jeu 9 Aoû - 23:02

Le théâtre de Musset, c'est magnifique. Je me laisserais bien tenter par une relecture, avec un fil à la clé ?..

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Entre les deux coups de feu qui décidèrent de son destin, il eut le temps d'appeler une mouche : "Madame".
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Message par Tristram le Jeu 9 Aoû - 23:05

Héhé, ça marche !

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Message par Bédoulène le Ven 10 Aoû - 9:36

je compte sur vous pour ouvrir les fils des poètes ; même si j'ai lu et apprécié Lamartine, Musset, Vigny et quelques autres, je ne puis les commenter comme toi Aventin, JHB...

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Message par Jack-Hubert Bukowski le Ven 10 Aoû - 10:16

Je vous livre un poème lu par hasard sur le net :

«Cauchemar»

J’ai vu passer dans mon rêve
- Tel l’ouragan sur la grève, -
D’une main tenant un glaive
Et de l’autre un sablier,
Ce cavalier

Des ballades d’Allemagne
Qu’à travers ville et campagne,
Et du fleuve à la montagne,
Et des forêts au vallon,
Un étalon

Rouge-flamme et noir d’ébène,
Sans bride, ni mors, ni rêne
Ni hop ! ni cravache, entraîne
Parmi des râlements sourds
Toujours ! toujours !

Un grand feutre à longue plume
Ombrait son œil qui s’allume
Et s’éteint. Tel, dans la brume,
Éclate et meurt l’éclair bleu
D’une arme à feu.

Comme l’aile d’une orfraie
Qu’un subit orage effraie,
Par l’air que la neige raie,
Son manteau se soulevant
Claquait au vent,

Et montrait d’un air de gloire
Un torse d’ombre et d’ivoire,
Tandis que dans la nuit noire
Luisaient en des cris stridents
Trente-deux dents.

Paul Verlaine, Poèmes saturniens

Tiré de : https://www.eternels-eclairs.fr/poemes-verlaine.php

Je dois avouer que je suis particulièrement sensible à la matière et la composition du poème.
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Message par Aventin le Ven 10 Aoû - 22:29

@Jack-Hubert, sache combien je partage ton enthousiamse !

@bix_229 a écrit:Un homme transgressif, courageux, révolté.
Il a fait partie de ceux, rares, qui ont approuvé et participé à la Commune de Paris.
Le poète, je le préférais ado.
Quand tu étais adolescent, tu veux dire, ou bien les premiers poèmes de Verlaine, à son adolescence ?

Pour ma part c'est ce pont qu'il fait entre l'héritage de Baudelaire (tiens, encore un qui n'a pas son fil, il me semble ?) et le symbolisme, le décadentisme. Cette façon de triturer les vers, les assonances aussi, il est presque iconoclaste parfois (comme dit plus haut sur cette page). Même s'il y a fort peu à garder (rien ou quasi) de ce qu'il fit paraître après Sagesse, à mon avis.


@Arturo a écrit:Si, si, je lui ai fait un fil à Shakespeare !
Pour les autres, ça viendra, espérons ! cat
Espérons, en effet  cheers !

Disons que Verlaine est une grande canalisation centrale, comme le sont Hugo, Baudelaire, Mallarmé...,  de la poésie française du XIXème siècle, je ne sais si ce fut le siècle le plus riche en ce qui concerne la poésie française, mais c'est sans doute le siècle le plus prisé du grand public, et c'est toujours vrai aujourd'hui, il me semble, et pas seulement grâce à l'enseignement scolaire.
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Message par bix_229 le Ven 10 Aoû - 22:47

Je préfère l'homme au poète. Je le regrette.
Il faudrait peut etre que je le lise....
Mais entre les poèmes un peu évanescents et Sagesse, qu' y a-t-il ?
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Message par Arturo le Sam 11 Aoû - 14:29

Toute son oeuvre après conversion au Christianisme est assez touchante je trouve. Un peu comme le parcours d'un Huysmans. On y sent cette lutte intérieure, et le désespoir existentiel en mal de transcendance.
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Message par Aventin le Dim 27 Jan - 18:58

Ce poème archi-connu est aussi du recueil Sagesse, écrit à Bruxelles au début de son emprisonnement (en septembre 1873).

Le pourquoi ? martelé, la célèbre allitération aile-folle-vole suggérant le vol saccadé d'un oiseau marin, au reste l'oiseau et la mer, comme le pourquoi ? sont très caractéristiques de l'homme emprisonné...

Toutes les trouvailles prosodiques, tout ce qui nous semble évidence sur ce poème trop su, tellement notoires (ou récitées) qu'on ne les remarque plus, comme par exemple Ivre de soleil , le si tristement crie, tout ce poème nous livre, quand même, une musique d'exception....

Je ne sais pourquoi


Je ne sais pourquoi
Mon esprit amer
D’une aile inquiète et folle vole sur la mer.
Tout ce qui m’est cher,
D’une aile d’effroi
Mon amour le couve au ras des flots. Pourquoi, pourquoi ?

Mouette à l’essor mélancolique,
Elle suit la vague, ma pensée,
À tous les vents du ciel balancée,
Et biaisant quand la marée oblique,
Mouette à l’essor mélancolique.

Ivre de soleil
Et de liberté,
Un instinct la guide à travers cette immensité.
La brise d’été
Sur le flot vermeil
Doucement la porte en un tiède demi-sommeil.

Parfois si tristement elle crie
Qu’elle alarme au lointain le pilote,
Puis au gré du vent se livre et flotte
Et plonge, et l’aile toute meurtrie
Revole, et puis si tristement crie !

Je ne sais pourquoi
Mon esprit amer
D’une aile inquiète et folle vole sur la mer.
Tout ce qui m’est cher,
D’une aile d’effroi
Mon amour le couve au ras des flots. Pourquoi, pourquoi ?
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