Boris Chiriaev

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Boris Chiriaev

Message par topocl le Sam 17 Déc - 8:32

Boris Chiriaev
(1889-1959)



Né à Moscou en 1889, Boris Nikolaïevitch Chiriaev est un intellectuel russe formé également à l’Académie militaire. En 1918, il est arrêté et condamné à mort pour avoir tenté de quitter la Russie mais il réussit à s’évader.

Condamné une deuxième fois à la peine de mort, il sera finalement envoyé aux îles Solovki en 1923. Déporté à Tachkent puis à Stavropol, il quitte l’URSS en 1944 pour l’Allemagne puis l’Italie, où il meurt en 1959.

Bibliographie :

La veilleuse des Solovki

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Re: Boris Chiriaev

Message par topocl le Sam 17 Déc - 8:34

La veilleuse des Solovki



   « Etant enfant, je me suis retrouvé un jour dans un abattoir. J'y ai vu, dans un coin, un tas de viscères provenant d'animaux que l'on venait d'abattre. Entre les poumons rosâtres et les boyaux blanchâtres se détachaient en sombre les petites masses des cœurs d'où s'échappait un épais sang noir... Les cœurs palpitaient encore ; on les voyait se contracter et se dilater dans un rythme irrégulier. La force d'inertie de la vie en allée les possédait encore et les forçait à battre. Les uns se mouraient, les autres s'activaient encore, mais à vide, car arrachés à l'organisme qu'ils servaient, jetés sur le sol maculé et inondé de sang.
   Telles m'apparurent les Solovkis des années 1923-927, comme un tas d'entrailles arrachées, mais encore palpitantes et sanguinolentes. Ils n'avaient ni avenir ni présent, ces rebuts jetés sur la grande décharge russe, ils n'avaient qu'un passé. Et ce passé puissant faisait encore frémir leurs cœurs vidés de leur sang.
   Ils étaient déjà morts, mais leur cœur battait encore… »


Boris Chiriaev a été déporté aux îles Solovki de 1923 à 1930. C'était l'époque initiale où on y trouvait surtout des aristocrates, des intellectuels, des  religieux,où l'empreinte du monastère valeureux et rayonnant qui avait habité ces îles depuis des siècles était encore marquée, et où N A Frenkel n'avait pas encore soumis le travail forcé à ses vues stakhanovistes.
La veilleuse des Solovki a été écrit sur 25 ans, et forcément, au fil du temps, Chiriaev et son livre ont évolué. Il n'a pas écrit le livre vengeur qu'il projetait initialement, il a fait le choix non des soviétiques, mais de « l'âme russe ».


  « A travers les ténèbres vers la lumière ; à travers la mort vers la vie »


Les Solovki sont en effet à cette époque un amalgame intime de la tradition  russe historique, avec ce que cela importe de jouissance, de fidélité au tsar, de religiosité et de l'austérité de l'esprit révolutionnaire le plus extrême. Mais tout n'est pas encore tout à fait noir et blanc, des échappées sont encore possibles.

   « Ainsi s'entremêlaient et s'entrelaçaient bizarrement les délicats fils de soie du passé et la toile rêche des temps nouveaux ».


La veilleuse des Solovki, c'est cette veilleuse qu'a maintenue allumée jusqu'à sa mort un moine ascète retiré dans les forêts voisines, c'est aussi la flamme de l'enthousiasme, de la culture et de la dignité, entretenue par les hommes, malgré le travail exténuant, la peur, les coups et la mort qui rôdait. Cette flamme a revêtu de nombreux aspects, par l'entretien de la culture russe (théâtre, journaux et publications diverses, bibliothèque, musée du monastère astucieusement camouflé sous l' appellation « musée anti-religieux », recherche scientifique...), de la religion, et de divers petits actes d'honneur et de rébellion plus ou moins cachée, dont la célébration secrète de Noël, autour d'un sapin interdit, par six détenus de six religions différentes, est un des points culminants.


   « La veilleuse de la conscience morale réveillée, ranimée, la Veilleuse  incandescente de l'Esprit »


L'idée de Chiriaev n'est  pas de cacher l'épouvantable quotidien, qui trouve bien le moyen d'apparaître dans toute son horreur au fil de son récit. Mais ce qu'il veut, c'est transmettre depuis son exil italien  un message d'espoir, traquer  l'humain au cœur de ces détenus avilis. Son récit s'appuie sur de nombreux portraits d'hommes et de femmes qui ont tous su trouver quelque chose à opposer à la barbarie et à l'injustice. Ce n'est pas un roman, mais cela se lit comme un roman entre la truculence du conte populaire et le souffle de la tradition littéraire russe. L'écriture est à la fois attentive et habitée, y convergent la tolérance, l' absence de jugement, la malice par moments, et aussi une grande humilité, puisque de Chiraiev lui-même, on entendra très peu parler.

(commentaire rapatrié)
mots-clés : #campsconcentration

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