Ignazio Silone

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Ignazio Silone

Message par Bédoulène le Sam 17 Déc - 16:42

Ignazio Silone (1900-1978)


Ignazio Silone, pseudonyme de Secondo Tranquilli, né le 1er mai 1900 à Pescina, dans les Abruzzes et mort le 22 août 1978 à Genève en Suisse, est un homme politique et écrivain italien du xxe siècle.

Ignazio Silone perd une grande partie de sa famille dans le tremblement de terre d'Avezzano en 1915. Il adhère aux Jeunesses socialistes italiennes et en devient le chef. Il dirige le journal du Parti socialiste italien (PSI), Il Lavoratore, à Trieste, dont le siège social est incendié par les fascistes en octobre 1920. Il adhère ensuite au Parti communiste italien (PCI) en 1921, dont il deviendra l'un des dirigeants dans la clandestinité. Il quitte l'Italie en 1928 pour des missions en URSS, s'installe en Suisse en 1930, où il s'oppose à Staline et prend position pour Trotski et Zinoviev. Il est alors exclu du Parti communiste. Il publie son premier roman, Fontamara. Il ne pourra regagner l'Italie qu'en 1945, où il est élu député (socialiste). Il renonce à la politique, puis crée la revue Tempo presente. Il a pris part aux activités du Congrès pour la liberté de la culture.

Dans les années 1950 il redécouvre les racines chrétiennes de sa culture. De même qu'il est un «socialiste sans parti» il se déclare «chrétien sans église», invitant par ses écrits les chrétiens à se libérer des lourdes structures ecclésiastiques et retrouver le socialisme primitif et le partage des biens des débuts de l'Église tel que rapporté dans le livre des Actes des Apôtres. Il est fasciné par la figure du pape des Abruzzes, Célestin V, qui pour revenir à une vie de grande simplicité renonce au pouvoir pontifical et démissionne.

Au début des années 2000, les historiens Mauro Canali et Dario Biocca ont soutenu, à la lumière de documents retrouvés dans les archives fascistes, la thèse d'une activité d'espionnage au profit de la police de l'Italie fasciste. Ce double jeu d'un grand dirigeant du parti communiste aurait provoqué chez lui une grosse dépression, due aussi à la mort de son frère dans les prisons fascistes, et une crise de conscience qui l'ont poussé à abandonner son activité d'espionnage et ses responsabilités politiques, pour uniquement se dédier à son activité littéraire. Giuseppe Tamburrano a quant à lui toujours proclamé l'innocence d'Ignazio Silone.
(wikipedia)

Traduits en français

Fontamara (1930)
Le Pain et le Vin
Le Grain sous la neige
Une poignée de mûres
Le Secret de Luc
Le Renard et les Camélias
L'Aventure d'un pauvre chrétien
Severina (1971)

Théâtre
Et il se cacha

Essais
L'École des dictateurs
Sortie de secours


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Une poignée de mûres

Cette histoire relate la vie des « Cafoni » les pauvres paysans de la région des Abruzzes, même si le personnage principal  est l’ingénieur Rocco de Donatis, cadre du Parti Communiste Italien et originaire lui aussi de cette vallée. Le récit se déplace sur 3 villages San Luca, Sant’Andrea  et la Fournaise mais il est un lieu isolé le Casal, repaire de voleurs très actif durant la guerre, pourvoyeurs de Marché Noir, mais aussi refuge d'émigrés et dont le « chef » se révèlera homme de confiance.

Les Cafoni subissent depuis des siècles la loi des riches propriétaires, soutenus par les divers régimes passés et par l’Eglise. Aussi quand se termine la drôle de guerre, que la représentation sculptée du Grand sorcier (le Duce) est détruite et que s’installe le Parti Communiste  certains croient un changement de leur situation possible. Certains  qui avaient dû fuir, reviennent au village à la fin de la guerre pensant le climat apaisé.  Le Parti et les riches propriétaires, certains fonctionnaires sous le régime fasciste  trouvent un intérêt commun à une alliance  au détriment, encore une fois, des Cafoni.

Paysans, bergers, villageois, s’habituent au nouveau gardien de leur foi, le curé Don nicolo qui officie justement et honorablement. Quant à ceux qui rompent avec le Parti, ceux qui représentent un danger pour lui, pour les riches propriétaires, ils sont harcelés, par le Parti qui utilise des méthodes odieuses, mensongères pour piéger et punir  les « déserteurs ».
Quand Vivre au village devient impossible parce qu'accusé  à tort, de meurtre, la fuite est la seule solution.
Il ne reste plus qu’une espérance, celle d’une nouvelle libération quelle que soit son attente !

Une écriture paisible avec des touches de dérision comme piment et des tableaux émouvants de la vie quotidienne.
J’aime les auteurs qui reconnaissent et transmettent  par l’écriture leur amour pour une région, et dans ce récit pour les Abruzzes et les Cafoni.
L’image que l’auteur donne du Parti Communiste Italien est la même que d’autres auteurs ex-communistes. Sauf qu’en Italie foi catholique et foi communiste se fondent, voire se confondent pour beaucoup de personnes.
Les descriptions des personnages, leur langage, sont comme la région, brutes et attachantes. L’auteur sait démontrer l’intelligence des Cafoni, qui pour la plupart n’ont aucune instruction, leur  persévérance devant l’adversité.
C’est un récit édifiant quant aux persécutions, de tous ordres que subissaient les Cafoni à l’époque.
C'est une première rencontre avec cet auteur que je vais approfondir.

Extraits :

Sur le PCI

Plus une action ressemble à cela même que pourrait entreprendre le Parti, et plus elle est perfide et exécrable si elle est réalisée à l'insu et contre la volonté du parti.»

«voulez-vous savoir qu'elle serait la plus grande des trahisons ? Réaliser le programme du Parti sans le Parti.»

«Deux importantes reliques étaient conservées : un sachet contenant des fragments de décombres provenant de Stalingrad et un mouchoir tâché du sang d'un héroïque partisan... une fois par an, à la date du premier mai, Pâques du travail, les deux reliques étaient portées en procession par les rues du village.»

«Le parti est en guerre. Tout le reste en découle. Quiconque abandonne le Parti est un déserteur, on le fusille. Le Parti ne pet pas discuter avec un déserteur, un déserteur en temps de guerre on le fusille.»

Les Cafoni

«La plaine n'a jamais été à nous, dit Giacinto. La bonne terre a toujours été aux barons, aux princes, à l'Eglise. C'est de l'espérance vaine.»

« Catherine et Côme étaient en train de manger leur soupe de fèves, assis devant leur maison. A côté de la porte, il y avait un vieux banc, fait d’une planche clouée sur quatre pieux.Le frère et la sœur tenaient leur écuelle sur leurs genoux. Soudain se présenta un carabinier. »

… Cet après-midi, en redescendant de la carrière avec ton âne chargé de cailloux, tu n’as pas été arrêtée par un étranger ?

-Tu ne lui as pas donné un morceau de pain ? demanda le carabinier. Tu ne lui as pas indiqué son chemin ? Dans ton intérêt je t’invite à dire la vérité.

Catherine posa son écuelle à côté de soi, sur le banc, puis demanda à son frère :

- C’est un péché, la chose dont il m’accuse ? Faire la charité est maintenant un péché ? Je ne savais pas que c’était un péché.

-On n’en finirait pas de raconter les histoires de cette forêt maudite, dit Judith.

Quand Lazare commence, il ne s’arrête plus. Mais cela explique bien pourquoi les Tarocchi se mettaient à trembler dès qu’ils voyaient la place de San Luca ou de Sant’Andrea toute pleine de Cafoni. Ils étaient pris d’une peur panique. On ne pouvait jamais savoir ce qui se passerait.

-De fait les autorités finirent par dissoudre la Ligue des Paysans, dit Zacharie. Pendant quelque temps, notre antique usage de nous réunir sur la place fut même interdit.

-Mais ils ne se sentaient pas sûrs, tant que restait le clairon, dit Judith. L’important ce n’était pas la ligue, mais le clairon.

-C’est bien pourquoi la confiscation en fut ordonnée, reprit Zacharie. Mais l’instrument détesté demeura introuvable. Lazare refusa d’avouer où il l’avait caché.

«Dans la montagne, en effet, on peut voir encore aujourd'hui des ruines de maisons détruites par les tremblements de terre des autres temps. Quand la catastrophe se produit, vu que personne n'est sans pêché, personne non plus n'ose s'étonner ni protester.»

(cette région a subi un tremblement dévastateur à L’Aquila en 2009)

L’instituteur

«Don Raphaël ne possédait point de terres, mais à la poste un livret d'épargne représentant un dépôt de cinq mille lires. La somme, même pour San Luca était modeste.

En d'autres termes, en raison de ce livret qu'il se trouvait posséder, le maître d'école du village de San Luca considérait son propre sort comme lié à celui du capitalisme.

Ce livret était son privilège, sa distinction. L'importance qu'il lui attachait était émouvante.»


mots-clés : #regimeautoritaire #social


Dernière édition par Bédoulène le Dim 20 Aoû - 11:08, édité 1 fois

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Re: Ignazio Silone

Message par Bédoulène le Sam 17 Déc - 16:46



Fontamara

Cette histoire est toujours celle des Cafoni, du ruisseau qui alimente leurs terres ; une histoire d’eau, son cheminement, son détournement, son vol.

Les Fontamarais acceptent avec fatalisme, par habitude tous les coups qui leur sont portés. Auparavant par les Seigneurs aujourd’hui par le gouvernement qu’accompagnent les « chemises noires ».

Un seul homme Bérardo ose se rebeller, pour les jeunes gens du village, il est un Dieu. Mais la plupart des habitants craignent ses paroles et ses actions et essaient souvent de le tenir à l’écart quand ils ont affaire avec, l’administration, les ecclésiastiques, les riches propriétaires pour ne pas envenimer les relations. Leur manque d’instruction les réduisent à accepter ce qui s’apparente à de l’esclavage, à être spoliés en permanence, raillés par ceux de la vallée et en arrive, c’est triste, à baiser la main qui profite de l’ « Ami du Peuple », un avocat corrompu.

Or quand Berardo décide qu’il est temps pour lui de fonder un foyer et reste sourd aux appels des Fontamarais à qui l’eau, l’eau qui leur est vitale, leur est supprimée, ceux-ci se sentent abandonnés.

Que faire ? cette interrogation est le leitmotiv des Fontamarais face à toutes les exactions, et c’est aussi leur seule réponse.

A Rome où Berardo accompagné de son neveu, cherche à travailler, truanderie, abus etc… règnent. Après sa rencontre avec un partisan anti-fasciste actif Berardo emprisonné, dans un dernier sursaut, lui le révolté, décide de ne pas le trahir et d’offrir sa vie pour les Fontamarais ; d’être le cafone qui ne mourra pas pour lui-même.

L’avènement du gouvernement fasciste ayant aggravé leur situation, alors qu’ils apprennent la mort de Berardo, certains ont l’envie de « faire quelque chose », le premier journal des Cafoni, cette « rebellion » se terminera dans un bain de sang.

C’est un récit amer, l’auteur ne nous cache pas que les habitants de cette ville des Abruzzes, qui sont majoritairement des « cafoni » les paysans pauvres, sont arriérés, qu’ ils souffrent d’un manque crucial d’instruction, qu’ils sont la risée des profiteurs (lesquels usaient de ruses ignobles) et des gens de la ville. Leur pauvreté qui selon les événements devient misère les rend procéduriers. Même la tentative de solidarité des femmes pour réclamer le droit n’est pas accomplie. Le dur labeur des cafoni ne les sortent pas de cette pauvreté dont ils ont hérité. Le secours de la religion leur est refusé puisque le village n’a pas de prêtre.
Devant cet état de misères : physique, matérielle, intellectuelle et spirituelle effectivement « Que faire ? »

La guerre générera bien d’autres questions, et après l’installation d’un nouveau régime qu’adviendra-t-il des Cafoni ? C’est une autre histoire.

Nota : satisfecit pour les réponses des Fontamarais à l’examen d’ un « avorton » fasciste.

Extraits :

« Puis vint l’époque où la mort des hommes de Fontamara en âge de voter ne fut plus notifiée à la municipalité mais à don Circonstanza, qui s’entendait, fort habilement, à les conserver vivants sur le papier et, à chaque élection, à les faire voter selon ses désirs. Chaque fois, en guise de compensation, la famille du mort-vivant recevait cinq lires. »

« ….. c’était en outre la seule occasion où, au lieu de débourser de l’argent, nous en recevions. »

Ce système avantageux s’appelait, ainsi que nous le répétait l’Ami du Peuple, la démocratie. »

« Un jour ledit Baldissera était revenu tout excité à Fontamara, en prétendant que l’époque des morts-viants était revenue, ainsi qu’il avait pu en juger au chef-lieu où il avait assisté à un défilé d’hommes en chemises noires, rangés derrière un fanion également noir, des ossements et des têtes de mort ornant aussi bien la poitrine de ces hommes que leurs drapeaux. « Et si c’étaient nos morts ? » avait dit Marietta qui songeait à ses trépassés et aux cinq lires de consolation. »

« Seul était vraiment beau le tableau de l’Eucharistie, sur l’autel : Jésus tenait un morceau de pain blanc à la main et il disait : Ceci est mon corps. Le pain blanc est mon corps. Le pain blanc est fils de Dieu. Le pain blanc est vérité et vie. Jésus ne faisait pas la moindre allusion au pain de maïs que mangent les paysans, ni à cet insipide succédané du pain qu’est l’hostie des Prêtres. »

« Comment dit-on déjà ? continua Berardo, têtu. On dit tu gagneras ton pain. On ne dit pas ainsi qu’il advient pourtant dans la réalité : tu gagneras les spaghettis, le café et les liqueurs de l’Entrepreneur. »

« « - L’accord est très clair, dit-il. Trois quarts de l’eau iront dans le nouveau lit tracé par la commune et les trois quarts de l’eau qui reste continueront à couler dans le vieux fossé. »


mots-clés : #social

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