Vassili Grossman

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Vassili Grossman

Message par Bédoulène le Sam 17 Déc - 17:19

Vassili Grossman
(1905-1964)



Vassili Semionovitch Grossman (en russe : Василий Семёнович Гроссман) est un écrivain soviétique né le 12 décembre (29 novembre) 1905 à Berditchev (actuelle Ukraine) et mort le 14 septembre 1964 à Moscou.

Il est issu d'une famille bourgeoise cultivée d'origine juive assimilée ayant abandonné toute pratique religieuse ainsi que le yiddish. Son père, Semion Ossipovitch Grossman, un bundiste, était ingénieur chimiste de profession et sa mère, Ekaterina, professeur de français.
Il naît le 12 décembre 1905 à Berditchev, dans l'Empire russe (actuellement en Ukraine). Ses parents s’étant séparés, il est élevé par sa mère et vit avec elle deux ans à Genève1 de 1912 à 1914. Il étudie au lycée à Kiev, puis en 1923 commence à Moscou des études d’ingénieur chimiste.
Pourtant, dès 1927, sa passion pour la science faiblit et il s’intéresse de plus en plus à la littérature. Il commence à écrire ses premiers textes, et son essai « Berditchev, trêve de plaisanterie » est publié dans la revue Ogoniok en 1928. Il obtient son diplôme en 1929 et épouse cette même année sa fiancée Anna Petrovna Matsouk. Leur fille Ekaterina naît en 1930. Grossman commence à cette époque à s’intéresser de plus en plus à l’écriture.
En 1930, il obtient un travail d’ingénieur dans une mine à Stalino dans le bassin du Donbass, sa femme restant à Kiev. Durant cette période l'Ukraine est très durement frappée par la famine en raison de la politique de dékoulakisation du régime soviétique.
À la suite d'un diagnostic de tuberculose erroné, il parvient à quitter Stalino en 1932 et s'installe à Moscou, où il travaille dans une fabrique de crayons. Il divorce cette même année. Grossman est épargné par les premières purges, mais sa cousine Nadejda Almaz est arrêtée en 1933.

En février 1934, Grossman abandonne définitivement son travail d'ingénieur pour se consacrer à l'écriture. Sa première nouvelle, Dans la ville de Berditchev, publiée en 1934 et qui ose mettre en avant une famille juive misérable, reçoit les encouragements de Maxime Gorki, alors sacré père des lettres soviétiques, mais aussi de Isaac Babel et Mikhaïl Boulgakov. Il publie cette même année son premier roman, Glückauf, qui a pour cadre une mine de charbon.
Bien que ses romans soient dans la ligne du régime — il est en effet persuadé que seul le communisme soviétique peut faire barrière au fascisme et à l’antisémitisme —, Grossman ne se rallie cependant pas au réalisme socialiste.

Il se remarie en 1935 avec Olga Mikhaïlovna Gouber, qu'il rencontre via les membres du groupe Pereval qu'il fréquente. Ses premiers textes lui permettent de devenir en 1937 membre de l'Union des écrivains soviétiques, une marque officielle de reconnaissance qui le fait entrer dans la nomenklatura2.
Son second roman, Stepan Koltchougin (publié entre 1937 et 1940), une ode aux usines métallurgiques, est proposé pour le prix Staline, mais est finalement rayé de la liste par Staline en personne du fait des soupçons de sympathie menchevik portés contre lui.

Grossman est rattrapé par les purges en 1938. Sa femme est arrêtée en pleine Ejovchtchina au motif que son précédent mari, Boris Gouber, a été condamné et exécuté en 1937. Grossman intervient alors en prenant le risque énorme d’écrire personnellement à Nikolaï Iejov et parvient à faire libérer sa femme. Il adopte également les deux fils de Gouber pour qu'ils ne soient pas envoyés dans un orphelinat pour enfants d’« ennemis du peuple », comme on faisait avec tous les enfants de condamnés politiques. Cette même année son oncle David Cherentsis est arrêté et fusillé à Berditchev.
Durant cette période, impuissant, Grossman est contraint de signer une pétition de soutien aux procès intentés contre les vieux bolcheviks accusés de trahison.
(wikipedia)


Œuvres traduites en français

Vivre
Le Peuple qui survit
Le peuple est immortel
L'Enfer de Treblinka
Vie et Destin
Tout passe
La Paix soit avec vous
Le Livre noir (en collaboration avec Ilya Ehrenbourg)
La Madone Sixtine
À la campagne
Carnets de guerre. De Moscou à Berlin. 1941-1945
Pour une juste cause

Recueils

Stalingrad. Choses vues (septembre 1942 - janvier 1943)( L'ouvrage rassemble les nouvelles et chroniques de guerre Volga-Stalingrad, Une compagnie de jeunes fusiliers-mitrailleurs, L'âme du soldat rouge, La bataille de Stalingrad, Vlassov, Tsaritsyne-Stalingrad, Ce que voit Tchékov, L'axe d'effort principal, Sur les routes de l'offensive, Stalingrad aujourd'hui, Le conseil militaire, L'armée de Stalingrad et Le front de Stalingrad.)

Années de guerre (L'ouvrage rassemble le roman Le peuple est immortel et les nouvelles et chroniques de guerre Le vieil instituteur, Volga-Stalingrad, Une compagnie de jeunes fusiliers-mitrailleurs, L'âme du soldat de l'Armée rouge, La bataille de Stalingrad, Tsaritsyne-Stalingrad, Vu par Tchékhov, L'axe d'effort principal, Sur les routes de l'offensive, Le conseil militaire, L'armée de Stalingrad, Le front de Stalingrad, Vivre, Le premier jour sur le Dniepr, Ukraine, Quelques réflexions sur l'offensive du printemps, La frontière soviétique, La “poche” de Bobrouïsk, Le bien est plus fort que le mal, L’enfer de Treblinka, Vers la frontière, Le triomphe, Moscou-Varsovie, Entre la Vistule et l'Oder et L'Allemagne.)

L'Amour (L'ouvrage rassemble les nouvelles et chroniques de guerre Fils du peuple, Frontière soviétique, La vie, L'amour et Le vieux professeur.)

Années de guerre (L'ouvrage rassemble les nouvelles et chroniques de guerre Ville crépusculaire, L'alerte, La mort d'une ville, Le vieil instituteur, Volga-Stalingrad, L'âme du soldat de l'Armée rouge, La bataille de Stalingrad, Vu par Tchékhov, L'axe d'effort principal, Sur les routes de l'offensive, Le conseil militaire, L'armée de Stalingrad, Le front de Stalingrad, Vivre, Le premier jour sur le Dniepr, Ukraine, La frontière soviétique, L’enfer de Treblinka, Entre la Vistule et l'Oder et L'Allemagne.)

Œuvres (L'ouvrage rassemble les romans Vie et Destin, Tout passe, les nouvelles Abel. Le six août, Tiergarten, La Madone Sixtine, Repos éternel, Maman, La route, Le phosphore, À Kislovodsk, ainsi que les documents Lettre à Krouchtchev, Entretien avec M. A. Souslov et Lettres à la mère.)

La Route ( Dans la ville de Berditchev, Le printemps, Quatre journées, Le rêve, Le graphite de Ceylan, La jeune et la vieille, La tête d'élan, Le vieux professeur, La route, Les aiglons et L'éboulement.)

_________________
"Lire et aimer le roman d'un salaud n'est pas lui donner une quelconque absolution, partager ses convictions ou devenir son complice, c'est reconnaître son talent, pas sa moralité ou son idéal" Le Club des incorrigibles optimistes de J.M. Guenessia "

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Re: Vassili Grossman

Message par Bédoulène le Sam 17 Déc - 17:35



La Paix soit avec vous !

A son arrivée et à son départ  l'auteur voit en l'Arménie, des pierres. La Pierre, c'est l'âme de l'Arménie dit l'auteur. Les pierres plates, les os des montagnes éparpillés.

La préface est riche d'informations sur l'auteur,  marxiste-Léniniste  que je ne connaissais pas et les explications sur les passages en italique (ceux qui avaient été supprimés) très utiles et notamment le fait qu' il ait été happé à deux reprises par l'engrenage de la machinerie idéologique parce que juif.

Il va découvrir un pays qu'il n'imaginait pas, sera séduit par les paysages grandioses, sera sensible aux destins qui lui seront confiés ; s'étonnera de certaines violences héritées,  de leur religion chrétienne "polluée" de paganisme, de leurs us.

Ce voyage ressemble à une initiation tardive, dont il se satisfera. Sur l' image de la confession, lui le non-croyant s'accusera de ce qu'il a pu volontairement ou involontairement causé du tort aux autres.

j'ai vu ce récit comme celui d'un homme complexe, c'est-à-dire comme le sont les Hommes, et dont l'humanisme se révèle plus sensiblement avec l'âge, plus enclin à reconnaître ses torts et ses angoisses, notamment celle de la mort qui s'approche.


C'était finalement une lecture intéressante et agréable.

Spoiler:
à propos de la préface :
je reviens sur la préface. S. Markish évoque l' écriture de Grossman d'avant-guerre, je pense qu'il serait  intéressant de lire l'un de ses livres afin de voir l'évolution.  En effet, Markish dit :

"D'un autre côté il est clair que Grossman se soumet de son plein gré et sans hésitation au diktat idéologique, aux exigences et aux règles du parti, qu'il prêche pieusement les dogmes marxistes"

on devine alors son étonnement et son dégoût quand il sera  "happé  par l'engrenage de la machinerie idéologique.

Markish ajoute le conflit existant entre l'idéologie et le talent naturel qui déboucherait sur un "résultat pitoyable"

j'ai regardé la définition de réalisme-socialiste et il me semble qu'on ne peut pas uniquement le voir sur un plan négatif car il s'est étendu à plusieurs courants différents.

Plus loin il est fait mention d'un fait qui est vraiment étonnant et détonnant : "Et cela est d'autant plus important que les tourments de Strum sont ceux de Grossman lui-même qui,aux jours les plus sombres des persécutions infligées par Staline aux juifs, en janvier 1953, avait signé une lettre à Staline inspirée "d'en-haut" approuvant ces persécutions (c'est ce que rapporte Lipkine)

On comprend que la censure est amputé tout spécialement les passages relatifs à l'antisémitisme soviétique,  déguisé "en lutte contre le cosmopolitisme".


Staline domine la ville d'Erivan par sa sculpture, l'auteur a une réflexion qui me parait honnête : "Je pense que la déification de Staline et son rejet total  et
inconditionnel ont poussé sur le même terreau."

Il me semble qu' à   nombre de "personnages" pourrait s'appliquer ce constat.

L'auteur nous donne des exemples pour étayer son analyse du nationalisme et conclut : "Et, malgré tout ce qui différencie le nationalisme des agresseurs et celui des résistants, ces deux nationalismes ont beaucoup en commun."

La liberté nationale présuppose celle de l'individu !

L'auteur se retrouve seul à son arrivée à Erevan, personne pour l'accueillir, il déambule au hasard et "construit" son Erevan, ce qui nous offre un beau passage sur les cours intérieures.

Ensuite même après avoir rencontré l' écrivain,  pour lequel il s'est rendu en Arménie,  et quelques intellectuels de son entourage l'auteur est très déçu, contrarié, chagriné, isolé.

A l'occasion de l'absence dans les mémoires du passage du poète Ossip  Mandelstam  fait qui étonne et déçoit l' auteur, celui-ci dresse une liste d'écrivains, de poètes dont les écrits sont restés dans l'âme du peuple. Ceci l'amène à s'interroger sur la nature des "vrais liens séculaires entre gens".

Extraits

Le proverbe qui dit : l'habitude est une seconde nature, l' auteur parle de sa puissance et conclut de façon légère, avec une pointe d'ironie envers lui-même : "Me voilà donc habitué à la truite du Sevan,  pire même : je m'en suis lassé."




Grossman fait alors une comparaison entre le monde réel et le monde créé par un artiste (quel que soit l'art) sensé être plus subjectif mais bien souvent plus réaliste. (ou l'inverse si je n'ai pas compris)

"Appelons le Créateur à la modestie, il a créé le monde à chaud, il n'a pas retravaillé ses brouillons, les a imprimé tout de suite. Que de contradictions, de longueurs, de coquilles, de digressions hors sujets, de personnages inutiles !

C'est très habilement que l'auteur rend hommage à sa Tante et sa famille en nous confiant leur sort : "Bien sur cet épisode n'a pas sa place dans des notes littéraires" et de conclure "ce n'est pas important"

Admirable le chemin menant à Dilijan qui par tant de beauté condamne la vie dans la vallée : "voilà la vie coupable de la vallée coupable."

L'auteur a un instant le désir de vivre seul, et s'accuse : "..que de peine j'avais causée, probablement plus qu'on ne m'en avait causée."

Un excellent passage que le ressenti de son "moi" et une facette de sa spiritualité.

"La terreur de la mort, de la fin de la vie, croissait de seconde en seconde, elle était dans cette douloureuse légèreté du corps qui, déjà, n'était plus mon corps, mon unique demeure, la résidence de mon moi."

La reconnaissance de la vie : "Cela me fait penser que ce monde de contradictions, de longueurs, d'erreurs, de déserts arides, de pensées sages et stupides, ce monde de souffrances, de besoin, de travail, ce monde de sommets parés de couleurs par le soleil couchant, ce monde est beau."

L'auteur rappelle brièvement la haine de certains envers les juifs et regrette le peu de soutien

"Il m'est toujours douloureux de constater que nos lecteurs, propagandistes, travailleurs du front idéologique n'interviennent pas, par des discours ou des livres contre l'antisémitisme, comme l'avaient fait, naguère, Korolenko, Gorki, Lénine."

"Je ne me suis jamais incliné devant personne."

"... des amoureux des poings levés, des mots de mépris et de haine racistes : "Dommage que Hitler ne vous ait pas tous saignés jusqu' au dernier."


mots-clés : #voyage

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