Vassili Grossman

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

Vassili Grossman

Message par Bédoulène le Sam 17 Déc - 17:19

Vassili Grossman
(1905-1964)



Vassili Semionovitch Grossman (en russe : Василий Семёнович Гроссман) est un écrivain soviétique né le 12 décembre (29 novembre) 1905 à Berditchev (actuelle Ukraine) et mort le 14 septembre 1964 à Moscou.

Il est issu d'une famille bourgeoise cultivée d'origine juive assimilée ayant abandonné toute pratique religieuse ainsi que le yiddish. Son père, Semion Ossipovitch Grossman, un bundiste, était ingénieur chimiste de profession et sa mère, Ekaterina, professeur de français.
Il naît le 12 décembre 1905 à Berditchev, dans l'Empire russe (actuellement en Ukraine). Ses parents s’étant séparés, il est élevé par sa mère et vit avec elle deux ans à Genève1 de 1912 à 1914. Il étudie au lycée à Kiev, puis en 1923 commence à Moscou des études d’ingénieur chimiste.
Pourtant, dès 1927, sa passion pour la science faiblit et il s’intéresse de plus en plus à la littérature. Il commence à écrire ses premiers textes, et son essai « Berditchev, trêve de plaisanterie » est publié dans la revue Ogoniok en 1928. Il obtient son diplôme en 1929 et épouse cette même année sa fiancée Anna Petrovna Matsouk. Leur fille Ekaterina naît en 1930. Grossman commence à cette époque à s’intéresser de plus en plus à l’écriture.
En 1930, il obtient un travail d’ingénieur dans une mine à Stalino dans le bassin du Donbass, sa femme restant à Kiev. Durant cette période l'Ukraine est très durement frappée par la famine en raison de la politique de dékoulakisation du régime soviétique.
À la suite d'un diagnostic de tuberculose erroné, il parvient à quitter Stalino en 1932 et s'installe à Moscou, où il travaille dans une fabrique de crayons. Il divorce cette même année. Grossman est épargné par les premières purges, mais sa cousine Nadejda Almaz est arrêtée en 1933.

En février 1934, Grossman abandonne définitivement son travail d'ingénieur pour se consacrer à l'écriture. Sa première nouvelle, Dans la ville de Berditchev, publiée en 1934 et qui ose mettre en avant une famille juive misérable, reçoit les encouragements de Maxime Gorki, alors sacré père des lettres soviétiques, mais aussi de Isaac Babel et Mikhaïl Boulgakov. Il publie cette même année son premier roman, Glückauf, qui a pour cadre une mine de charbon.
Bien que ses romans soient dans la ligne du régime — il est en effet persuadé que seul le communisme soviétique peut faire barrière au fascisme et à l’antisémitisme —, Grossman ne se rallie cependant pas au réalisme socialiste.

Il se remarie en 1935 avec Olga Mikhaïlovna Gouber, qu'il rencontre via les membres du groupe Pereval qu'il fréquente. Ses premiers textes lui permettent de devenir en 1937 membre de l'Union des écrivains soviétiques, une marque officielle de reconnaissance qui le fait entrer dans la nomenklatura2.
Son second roman, Stepan Koltchougin (publié entre 1937 et 1940), une ode aux usines métallurgiques, est proposé pour le prix Staline, mais est finalement rayé de la liste par Staline en personne du fait des soupçons de sympathie menchevik portés contre lui.

Grossman est rattrapé par les purges en 1938. Sa femme est arrêtée en pleine Ejovchtchina au motif que son précédent mari, Boris Gouber, a été condamné et exécuté en 1937. Grossman intervient alors en prenant le risque énorme d’écrire personnellement à Nikolaï Iejov et parvient à faire libérer sa femme. Il adopte également les deux fils de Gouber pour qu'ils ne soient pas envoyés dans un orphelinat pour enfants d’« ennemis du peuple », comme on faisait avec tous les enfants de condamnés politiques. Cette même année son oncle David Cherentsis est arrêté et fusillé à Berditchev.
Durant cette période, impuissant, Grossman est contraint de signer une pétition de soutien aux procès intentés contre les vieux bolcheviks accusés de trahison.
(wikipedia)


Œuvres traduites en français

Vivre
Le Peuple qui survit
Le peuple est immortel
L'Enfer de Treblinka
Vie et Destin
Tout passe
La Paix soit avec vous
Le Livre noir (en collaboration avec Ilya Ehrenbourg)
La Madone Sixtine
À la campagne
Carnets de guerre. De Moscou à Berlin. 1941-1945
Pour une juste cause

Recueils

Stalingrad. Choses vues (septembre 1942 - janvier 1943)( L'ouvrage rassemble les nouvelles et chroniques de guerre Volga-Stalingrad, Une compagnie de jeunes fusiliers-mitrailleurs, L'âme du soldat rouge, La bataille de Stalingrad, Vlassov, Tsaritsyne-Stalingrad, Ce que voit Tchékov, L'axe d'effort principal, Sur les routes de l'offensive, Stalingrad aujourd'hui, Le conseil militaire, L'armée de Stalingrad et Le front de Stalingrad.)

Années de guerre (L'ouvrage rassemble le roman Le peuple est immortel et les nouvelles et chroniques de guerre Le vieil instituteur, Volga-Stalingrad, Une compagnie de jeunes fusiliers-mitrailleurs, L'âme du soldat de l'Armée rouge, La bataille de Stalingrad, Tsaritsyne-Stalingrad, Vu par Tchékhov, L'axe d'effort principal, Sur les routes de l'offensive, Le conseil militaire, L'armée de Stalingrad, Le front de Stalingrad, Vivre, Le premier jour sur le Dniepr, Ukraine, Quelques réflexions sur l'offensive du printemps, La frontière soviétique, La “poche” de Bobrouïsk, Le bien est plus fort que le mal, L’enfer de Treblinka, Vers la frontière, Le triomphe, Moscou-Varsovie, Entre la Vistule et l'Oder et L'Allemagne.)

L'Amour (L'ouvrage rassemble les nouvelles et chroniques de guerre Fils du peuple, Frontière soviétique, La vie, L'amour et Le vieux professeur.)

Années de guerre (L'ouvrage rassemble les nouvelles et chroniques de guerre Ville crépusculaire, L'alerte, La mort d'une ville, Le vieil instituteur, Volga-Stalingrad, L'âme du soldat de l'Armée rouge, La bataille de Stalingrad, Vu par Tchékhov, L'axe d'effort principal, Sur les routes de l'offensive, Le conseil militaire, L'armée de Stalingrad, Le front de Stalingrad, Vivre, Le premier jour sur le Dniepr, Ukraine, La frontière soviétique, L’enfer de Treblinka, Entre la Vistule et l'Oder et L'Allemagne.)

Œuvres (L'ouvrage rassemble les romans Vie et Destin, Tout passe, les nouvelles Abel. Le six août, Tiergarten, La Madone Sixtine, Repos éternel, Maman, La route, Le phosphore, À Kislovodsk, ainsi que les documents Lettre à Krouchtchev, Entretien avec M. A. Souslov et Lettres à la mère.)

La Route ( Dans la ville de Berditchev, Le printemps, Quatre journées, Le rêve, Le graphite de Ceylan, La jeune et la vieille, La tête d'élan, Le vieux professeur, La route, Les aiglons et L'éboulement.)

_________________
"Lire et aimer le roman d'un salaud n'est pas lui donner une quelconque absolution, partager ses convictions ou devenir son complice, c'est reconnaître son talent, pas sa moralité ou son idéal" Le Club des incorrigibles optimistes de J.M. Guenessia "

"Il n'y a pas de mauvais livres. Ce qui est mauvais c'est de les craindre." L'homme de Kiev Malamud
avatar
Bédoulène

Messages : 7419
Date d'inscription : 02/12/2016
Age : 73
Localisation : En Provence

Voir le profil de l'utilisateur
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Vassili Grossman

Message par Bédoulène le Sam 17 Déc - 17:35



La Paix soit avec vous !

A son arrivée et à son départ  l'auteur voit en l'Arménie, des pierres. La Pierre, c'est l'âme de l'Arménie dit l'auteur. Les pierres plates, les os des montagnes éparpillés.

La préface est riche d'informations sur l'auteur,  marxiste-Léniniste  que je ne connaissais pas et les explications sur les passages en italique (ceux qui avaient été supprimés) très utiles et notamment le fait qu' il ait été happé à deux reprises par l'engrenage de la machinerie idéologique parce que juif.

Il va découvrir un pays qu'il n'imaginait pas, sera séduit par les paysages grandioses, sera sensible aux destins qui lui seront confiés ; s'étonnera de certaines violences héritées,  de leur religion chrétienne "polluée" de paganisme, de leurs us.

Ce voyage ressemble à une initiation tardive, dont il se satisfera. Sur l' image de la confession, lui le non-croyant s'accusera de ce qu'il a pu volontairement ou involontairement causé du tort aux autres.

j'ai vu ce récit comme celui d'un homme complexe, c'est-à-dire comme le sont les Hommes, et dont l'humanisme se révèle plus sensiblement avec l'âge, plus enclin à reconnaître ses torts et ses angoisses, notamment celle de la mort qui s'approche.


C'était finalement une lecture intéressante et agréable.

Spoiler:
à propos de la préface :
je reviens sur la préface. S. Markish évoque l' écriture de Grossman d'avant-guerre, je pense qu'il serait  intéressant de lire l'un de ses livres afin de voir l'évolution.  En effet, Markish dit :

"D'un autre côté il est clair que Grossman se soumet de son plein gré et sans hésitation au diktat idéologique, aux exigences et aux règles du parti, qu'il prêche pieusement les dogmes marxistes"

on devine alors son étonnement et son dégoût quand il sera  "happé  par l'engrenage de la machinerie idéologique.

Markish ajoute le conflit existant entre l'idéologie et le talent naturel qui déboucherait sur un "résultat pitoyable"

j'ai regardé la définition de réalisme-socialiste et il me semble qu'on ne peut pas uniquement le voir sur un plan négatif car il s'est étendu à plusieurs courants différents.

Plus loin il est fait mention d'un fait qui est vraiment étonnant et détonnant : "Et cela est d'autant plus important que les tourments de Strum sont ceux de Grossman lui-même qui,aux jours les plus sombres des persécutions infligées par Staline aux juifs, en janvier 1953, avait signé une lettre à Staline inspirée "d'en-haut" approuvant ces persécutions (c'est ce que rapporte Lipkine)

On comprend que la censure est amputé tout spécialement les passages relatifs à l'antisémitisme soviétique,  déguisé "en lutte contre le cosmopolitisme".


Staline domine la ville d'Erivan par sa sculpture, l'auteur a une réflexion qui me parait honnête : "Je pense que la déification de Staline et son rejet total  et
inconditionnel ont poussé sur le même terreau."

Il me semble qu' à   nombre de "personnages" pourrait s'appliquer ce constat.

L'auteur nous donne des exemples pour étayer son analyse du nationalisme et conclut : "Et, malgré tout ce qui différencie le nationalisme des agresseurs et celui des résistants, ces deux nationalismes ont beaucoup en commun."

La liberté nationale présuppose celle de l'individu !

L'auteur se retrouve seul à son arrivée à Erevan, personne pour l'accueillir, il déambule au hasard et "construit" son Erevan, ce qui nous offre un beau passage sur les cours intérieures.

Ensuite même après avoir rencontré l' écrivain,  pour lequel il s'est rendu en Arménie,  et quelques intellectuels de son entourage l'auteur est très déçu, contrarié, chagriné, isolé.

A l'occasion de l'absence dans les mémoires du passage du poète Ossip  Mandelstam  fait qui étonne et déçoit l' auteur, celui-ci dresse une liste d'écrivains, de poètes dont les écrits sont restés dans l'âme du peuple. Ceci l'amène à s'interroger sur la nature des "vrais liens séculaires entre gens".

Extraits

Le proverbe qui dit : l'habitude est une seconde nature, l' auteur parle de sa puissance et conclut de façon légère, avec une pointe d'ironie envers lui-même : "Me voilà donc habitué à la truite du Sevan,  pire même : je m'en suis lassé."




Grossman fait alors une comparaison entre le monde réel et le monde créé par un artiste (quel que soit l'art) sensé être plus subjectif mais bien souvent plus réaliste. (ou l'inverse si je n'ai pas compris)

"Appelons le Créateur à la modestie, il a créé le monde à chaud, il n'a pas retravaillé ses brouillons, les a imprimé tout de suite. Que de contradictions, de longueurs, de coquilles, de digressions hors sujets, de personnages inutiles !

C'est très habilement que l'auteur rend hommage à sa Tante et sa famille en nous confiant leur sort : "Bien sur cet épisode n'a pas sa place dans des notes littéraires" et de conclure "ce n'est pas important"

Admirable le chemin menant à Dilijan qui par tant de beauté condamne la vie dans la vallée : "voilà la vie coupable de la vallée coupable."

L'auteur a un instant le désir de vivre seul, et s'accuse : "..que de peine j'avais causée, probablement plus qu'on ne m'en avait causée."

Un excellent passage que le ressenti de son "moi" et une facette de sa spiritualité.

"La terreur de la mort, de la fin de la vie, croissait de seconde en seconde, elle était dans cette douloureuse légèreté du corps qui, déjà, n'était plus mon corps, mon unique demeure, la résidence de mon moi."

La reconnaissance de la vie : "Cela me fait penser que ce monde de contradictions, de longueurs, d'erreurs, de déserts arides, de pensées sages et stupides, ce monde de souffrances, de besoin, de travail, ce monde de sommets parés de couleurs par le soleil couchant, ce monde est beau."

L'auteur rappelle brièvement la haine de certains envers les juifs et regrette le peu de soutien

"Il m'est toujours douloureux de constater que nos lecteurs, propagandistes, travailleurs du front idéologique n'interviennent pas, par des discours ou des livres contre l'antisémitisme, comme l'avaient fait, naguère, Korolenko, Gorki, Lénine."

"Je ne me suis jamais incliné devant personne."

"... des amoureux des poings levés, des mots de mépris et de haine racistes : "Dommage que Hitler ne vous ait pas tous saignés jusqu' au dernier."


mots-clés : #voyage

_________________
"Lire et aimer le roman d'un salaud n'est pas lui donner une quelconque absolution, partager ses convictions ou devenir son complice, c'est reconnaître son talent, pas sa moralité ou son idéal" Le Club des incorrigibles optimistes de J.M. Guenessia "

"Il n'y a pas de mauvais livres. Ce qui est mauvais c'est de les craindre." L'homme de Kiev Malamud
avatar
Bédoulène

Messages : 7419
Date d'inscription : 02/12/2016
Age : 73
Localisation : En Provence

Voir le profil de l'utilisateur
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Vassili Grossman

Message par Bédoulène le Ven 2 Mar - 17:03

"Pour une juste cause"


Deuxième guerre mondiale, Hitler ne tenant aucun compte du pacte germano/soviétique ( traité de non-agression entre l'Allemagne et l'Union soviétique)  prend  la décision unilatérale  d'attaquer l'URSS en déclenchant l'opération Barbarossa (le 22 juin 1941).

C'est cette invasion sur le sol soviétique et notamment la bataille de Stalingrad que l'auteur choisit de raconter.

Le lecteur fait la connaissance, au tout début de la guerre, d'une famille et de quelques personnages qui gravitent autour d'elle. Evidemment les chefs militaires impliqués dans cette guerre, qu'ils soient soviétiques ou allemands sont évoqués et intégrés à cette petite histoire dans la grande Histoire.

Les membres de cette famille, les personnages de fiction représentent toutes les classes (cf révolution d'Octobre ) de la population, les ouvriers, les kolkhoziens, les médecins, infirmières, les instructeurs politiques...

Certains personnages qualifient d'autres  ou se qualifient de "communistes" ; sous-entendant  que d'autres ne l'étaient pas. A plusieurs reprises il est fait état  de personnes âgées qui se signent.

Evidemment les valeurs, de courage, de travail, de force, d'humanisme sont mis en avant ; c'est le Peuple, le peuple qui vaincra parce que "la cause est juste", la barbarie nazie sera balayée du sol soviétique, de l'Europe, du Monde.

Tous les personnages sont intéressants, attachants dans leur façon de vivre comme dans celle de mourir.

Cette bataille de Stalingrad coûta des millions de vies, les secteurs les plus touchés furent : la gare et le tertre de Mamaïev, là le lecteur voit mourir plusieurs des personnages connus.

« Des milliers de gens en Europe, en Chine, en Amérique ressentirent la tension de cette bataille ; elle influa sur les idées des diplomates et des politiciens à Tokyo et à Ankara, elle détermina le cours des entretiens secrets de Churchill avec ses conseillers et l’esprit des appels et des décrets publiés par la Maison Blanche et signés par Roosevelt. »

« La tension de cette bataille fut ressentie par les partisans soviétiques, polonais, yougoslaves, par les maquisards français, par les prisonniers de guerre dans les terribles camps allemands, par les Juifs dans les ghettos de Varsovie et de Bialystok : le feu de Stalingrad fut, pour des millions de gens, un feu de Prométhée.


Ce sont de petits détails qui comme souvent montrent le plus la cruauté, l' affection, tous les sentiments qui affectent l'homme.

« Dans l’un des havresacs, il trouva une tablette de chocolat enveloppée dans un torchon blanc propre ; dans la sacoche d’un lieutenant, parmi les cahiers, les papiers et les lettres, il trouva un couteau, un miroir, un rasoir en bon état. »


Après les combats il y eut des rivalités entre chefs pour s’attribuer les victoires, bien que  tous reconnaissaient la valeur des soldats, des « disciplinaires », des ouvriers, des divers régiments placés sous leurs ordres.

« Mais ceux qui avaient occupé le tertre de Mamaïev (ou le cote 102) n’avaient pas besoin de discuter pour comprendre que c’étaient eux, et personne d’autre, qui avaient pris cette cote ; d’ailleurs, en haut, ils s’étaient retrouvés tous seuls. Les morts, nombreux, se taisaient : chacun d’eux aurait pu apporter sa parole à cette dispute. Mais les ergoteurs partageaient la gloire entre les vivants. »

Cette bataille n'impliquait pas seulement les allemands, leurs alliés et les soviétiques, elle impliquait le monde.

« Il savait que le mot « Stalingrad » avait apparu, écrit au charbon et à l’ocre rouge – cette encre noire et rouge de la foule – sur les murs des immeubles et des casernes d’ouvriers, sur les baraquements des camps dans des dizaines de villes d’Europe occupées par les nazis, que ce mot était répété par les partisans et les parachutistes dans les forêts de Briansk et de Smolensk, par les soldats de l’armée révolutionnaire chinoise, qu’il faisait bouillonner les esprits et les cœurs, qu’il attisait l’espoir et poussait à la lutte dans les camps de la mort d’où l’espoir semblait pourtant à jamais banni… »

Il me faut aussi parler du rôle de la Volga, cette rivière qu'il fallait traverser, qui amenait dans son flot matériel, hommes, les allemands croyaient la soumettre :

« la Volga n’avait pas séparé les deux ailes de la grande bataille. La netteté et la profondeur de cette ligne de démarcation n’étaient qu’apparentes : Il s’agissait en fait d’une ligne de soudure. La Volga ne coupait pas, elle unissait la patience et le courage de la rive droite à la puissance de tir de la rive gauche. »

Pendant que les soldats luttaient, des scientifiques, des ouvriers faisaient rugir les usines, les mines... Les tanks sortaient des usines, le charbon, on construisait des villes pour ces travailleurs.

Les armées soviétiques ont beaucoup subi, elles ont beaucoup reculé, mais elles ont tenu, elles ont gagné. L' allemagne nazie est entrée en force, en hommes (soutenus par les Italiens) en matériel mais la réplique du peuple soviétique s'est dressée par delà le nazisme qui lui s'était levé "par delà le Bien et le Mal" (Spengler)

L'auteur a présenté quelques uns des chefs allemands les plus vindicatifs, mais il a aussi fait s'élever une voix humble qui s'interroge :

« Comment était-il arrivé que lui, le soldat Karl Schmidt, un Allemand, fils et petit-fils d’allemands, qui aimait sa patrie, était épouvanté par les victoires de l’Allemagne au lieu de s’en réjouir ? »

Le livre se termine avant la victoire de Stalingrad ; nous n'entendons pas les cris de joie, mais l'espoir est là dans les champs, dans les récoltes.

c'était une bonne lecture, l'écriture de l'auteur juste dans le ton.

Extraits :

hommage à l'infanterie :  « Sans le courage de l’infanterie, la force monstrueuse de l’artillerie aurait été vaine. Celle-ci ne put déployer toute la puissance et la rapidité de concentration de son tir que parce que l’infanterie réussit à tenir dans la ville. »

du côté allemand :

« Pour dire la vérité, à présent que la guerre est finie, eh bien, toutes ces discussions sur l’unité du peuple ne sont que des balivernes. Les bourgeois boufferont à n’en plus pouvoir, ce sont eux qui tireront profit de la victoire : les nazis et les SS comme Stumpfe et son frère s’en mettront plein la panse, eux aussi, et s’il y en a qui se font égorger, ce seront des imbéciles d’ouvriers comme moi ou des paysans comme mon père. Nous, on fera les frais de cette fameuse unité ! Allez tous au diable, nos chemins se séparent après la guerre. »


mots-clés : #deuxiemeguerre #lieu

_________________
"Lire et aimer le roman d'un salaud n'est pas lui donner une quelconque absolution, partager ses convictions ou devenir son complice, c'est reconnaître son talent, pas sa moralité ou son idéal" Le Club des incorrigibles optimistes de J.M. Guenessia "

"Il n'y a pas de mauvais livres. Ce qui est mauvais c'est de les craindre." L'homme de Kiev Malamud
avatar
Bédoulène

Messages : 7419
Date d'inscription : 02/12/2016
Age : 73
Localisation : En Provence

Voir le profil de l'utilisateur
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Vassili Grossman

Message par Tristram le Ven 2 Mar - 20:37

Merci Bédoulène. Ta dernière citation ne vaut pas que pour le côté allemand, si on se rappelle ce qui suivit, notamment en Russie...
De Vassili Grossman, je n'ai lu "que" Vie et destin, un grand livre :
« "Geneviève, il est de bon ton, chez nous, de railler les intellectuels pour leur dédoublement à la Hamlet, leurs doutes, leurs hésitations. Dans ma jeunesse, je méprisais, en moi, ces traits de caractère. Mais j'ai, aujourd'hui, un autre point de vue : les grandes découvertes, les grands livres, l'humanité les doit à tous ces indécis, à tous ces gens qui doutent. Leur œuvre n'est pas moindre que celle de tous ces imbéciles qui ne dévient jamais. Ils sont capables d'aller au feu quand il faut, et ils essuient les balles, aussi bien que tous ces gens résolus et volontaires. »

« L'histoire des hommes n'est pas le combat du bien cherchant à vaincre le mal. L'histoire de l'homme c'est le mal cherchant à écraser la minuscule graine d'humanité. »
avatar
Tristram

Messages : 4229
Date d'inscription : 09/12/2016
Age : 61
Localisation : Guyane

Voir le profil de l'utilisateur
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Vassili Grossman

Message par Bédoulène le Ven 2 Mar - 22:47

bien sur Tristram, je me plaçais seulement dans le texte du livre, car il me semble que justement avec cette réflexion l'auteur évoque le sort de tous les ouvriers ou paysans, les gens du peuple, quel que soit les pays.

Ce sont les sentiments de Grossman à ce moment là (puisqu'il y a eu un avant et un après)

je lirai Vie et destin, juste après une pause.

_________________
"Lire et aimer le roman d'un salaud n'est pas lui donner une quelconque absolution, partager ses convictions ou devenir son complice, c'est reconnaître son talent, pas sa moralité ou son idéal" Le Club des incorrigibles optimistes de J.M. Guenessia "

"Il n'y a pas de mauvais livres. Ce qui est mauvais c'est de les craindre." L'homme de Kiev Malamud
avatar
Bédoulène

Messages : 7419
Date d'inscription : 02/12/2016
Age : 73
Localisation : En Provence

Voir le profil de l'utilisateur
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Vassili Grossman

Message par Tristram le Ven 2 Mar - 23:35

J'espère que tu donneras ici ton ressenti !
avatar
Tristram

Messages : 4229
Date d'inscription : 09/12/2016
Age : 61
Localisation : Guyane

Voir le profil de l'utilisateur
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Vassili Grossman

Message par Contenu sponsorisé


Contenu sponsorisé


  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut

 Des Choses à lire :: Lectures par auteurs :: Écrivains Russes

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum